Corruption au Soudan du Sud
La corruption au Soudan du Sud est un phénomène de économique et social. En 2024, le Soudan du Sud était à la dernière place du classement de l'indice de perception de la corruption de l'ONG Transparency International qui classe un total de 180 pays[1], une place qu'il occupait déjà en 2021[2]. Depuis son indépendance obtenue en 2011, le Soudan du Sud n'a jamais dépassé la 171e place de ce classement en 2014[3].
La corruption su Soudan du Sud est étroitement liée à l'abondance de ses ressources naturelles, principalement pétrolières, et sa dépendance économique à l'égard de cette rente. À l'instar de l'Algérie et du Venezuela, les élites politiques sud-soudanaises sont encouragées par cette richesse à maintenir une gouvernance économique opaque afin d'en détourner le maximum pour leur propre compte. La captation de ces revenus et le manque d'investissement qui en résulte dans le développement économique et social a pour conséquence un maintien du Soudan du Sud à la dernière place d'un autre classement de l'ONU, celui de l'indice du développement humain[4]. La corruption au Soudan du Sud a aussi un impact fort sur la liberté individuelle, notamment d'expression, plaçant le pays à la 109e place du classement de la liberté de la presse de Reporters sans frontières.
Mais l'impact le plus grave est probablement sécuritaire, les élites politiques du pays étant particulièrement enclines à recourir à la violence armée pour s'accaparer les ressources et réprimer toute dissidence. Cette prédation économique provoque une compétition pour le pouvoir, elle-même alimentée par des rivalités ethniques entre dinkas et nuers qui dégénère dans une guerre civile dévastatrice qui fait plus de 400 000 morts entre 2013 et 2020. En plus de la crise humanitaire provoqué par ce conflit, celui-ci a aggravé le détournement des ressources du pays pour financer une militarisation de la politique, toujours au détriment des besoins les plus basiques de la population comme l'alimentation, la santé, et l'éducation[5].
Selon un rapport de l’ONU publié en , la corruption et l'impunité systémiques au Soudan du Sud forment un système qui s'auto-alimente[4]. Les institutions chargées de faire respecter l'État de droit et de garantir la transparence démocratique sont délibérément privées des ressources financières, humaines et techniques essentielles à leur bon fonctionnement[4]. Il en résulte un système de gouvernance vidé de sa substance, où les institutions publiques sont incapables ou délibérément en refus de servir l'intérêt général[4].
Historique
Le Soudan du Sud devient indépendant le .
Entre 2013 et 2020, ce pays a connu une guerre civile particulièrement meurtrière et sanglante entre les partisans du président de la République, Salva Kiir, et ceux du vice-président de la République, Riek Machar.Plus de 7,2 millions de personnes souffriront de malnutrition aiguë à la mi-2021 au Soudan du Sud, soit près de 60% de la population du pays, selon des estimations communiquées par les agences de l'ONU et le gouvernement sud-soudanais. En 2022, ce nombre est de huit millions[6].
Prédation des ressources naturelles
La dépendance économique du Soudan du Sud à l'exploitation de ses ressources pétrolières qui pèsent pour plus de 80 % de ses exportations, crée un climat « favorable » à la corruption via l'accaparement des ressources naturelles par ses élites politiques[7]. Entre 2022 et 2024, les recettes publiques ont atteint près de 3,5 milliards de dollars, mais seule une infime partie de cette somme a été consacrée à des missions d'intérêt public, tandis que la majorité a été détournée[4].
Conséquences
Conséquences économiques
Conséquences sociales
Conséquences sécuritaires
L'accaparement des ressources naturelles du Soudan du Sud par ses élites politiques aliment entre elles des guerres intestines susceptibles de dégénérer en conflits très violents, le principal étant la guerre civile sud-soudanaise qui fait plus de 400 000 morts entre 2013 et 2020. Des combats éclatent de nouveau en 2025 entre belligérants, faisant craindre un retour de la guerre civile. La perpétuation de ce climat d'insécurité empêche la tenue d'élections présidentielles qui rendrait possible un gouvernance.
Conséquences sur la liberté de la presse sud-soudanaise
Selon l'ONG Reporters sans frontières, les médias sud-soudanais sont régulièrement la cible d’intimidations et de censure de la part des autorités politiques qui leur impose leur agenda[8]. Ce secteur est contraint par d'importantes barrières à l'entrée comme les taxes et le coût très élevé d’enregistrement d’un organe de presse auprès des autorités, ce qui maintient la concentration de l'information par un petit nombre de médias inféodés au gouvernement[8]. Les journalistes locaux ou étrangers, qui tentent de délivrer une information libre s’exposent à des représailles comme l'assassinat, la torture, le kidnapping ou la détention arbitraire[8]. Au moins 9 journalistes ont été tués entre 2014 et 2025 (sachant que le pays a été en guerre civile la plupart de cette période), et l'impunité prévaut dans la quasi-totalité des crimes[8].
Notes et références
- ↑ (en) « South Sudan », sur Transparency.org, (consulté le )
- ↑ (en) « 2021 Corruption Perceptions Index - Explore South Sudan’s results », sur Transparency.org, (consulté le )
- ↑ (en) « 2014 Corruption Perceptions Index - Explore South Sudan’s results », sur Transparency.org, (consulté le )
- UNDP, Human Development Report 2025, , 324 p. (lire en ligne)
- ↑ Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, Plundering a Nation: how rampant corruption unleashed a human rights crisis in South Sudan, , 101 p. (lire en ligne), p. 2 et 3
- ↑ Le Point magazine, « Huit millions de personnes menacées de famine au Soudan du Sud, selon l'ONU », sur Le Point,
- ↑ « Au Soudan du Sud, l’ONU dénonce le « pillage de la nation » par les élites au pouvoir », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- « Soudan du Sud | RSF », sur rsf.org, (consulté le )
Voir aussi
Sources et bibliographie
Ouvrages
- Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, Plundering a Nation: how rampant corruption unleashed a human rights crisis in South Sudan, , 101 p. (lire en ligne)
Articles scientifiques et académiques
Presse et vulgarisation
Sites web
- Fiche du Soudan du Sud sur le site de Transparency International
Articles connexes
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