Cotation Clément

La cotation Clément, ou lettrage Clément, représente le système de classification, créé à la fin du XVIIe siècle par le bibliothécaire français Nicolas Clément pour la Bibliothèque du Roi (actuelle Bibliothèque Nationale de France). Elle est utilisée à la BnF pour tous les documents entrés avant la fin de l'année 1996.

Historique

Au XVIIe siècle, la bibliothèque du roi connut un accroissement fulgurant. En 1645, elle comptait 1329 livres imprimés. À sa mort, Jacques Dupuy légua au roi plus de 9000 volumes. Puis, sous l’administration de Colbert, la collection de livres imprimés de la bibliothèque royale atteignit environ 35 000 livres imprimés[1].

Avec un accroissement aussi rapide, un catalogue permettant de s’y retrouver devint indispensable. C’est le mandat qui fut confié à Nicolas Clément en 1675. Jusqu’en 1684, il élabora un système permettant de cataloguer les collections. La méthode de classification intellectuelle qu’il mit en place se fondait sur celle de Gabriel Naudé, qui faisait alors autorité. Dans son Advis pour dresser une bibliothèque, Naudé établit cinq catégories générales de la connaissance à utiliser pour classifier des documents : théologie, droit, histoire, sciences et belles-lettres[2]. Clément reprit pratiquement la même division, qu’il subdivisa ensuite en 23 lettres pour la première version de son catalogue : théologie (A à D), droit (E et F), histoire (G à Q), sciences et arts (R à V) et littérature (X à Z)[2]. On y retrouvait 23 lettres puisque Clément représentait ces divisions avec la graphie classique de l’alphabet latin où on ne distingue pas i et j, ni u et v[2]. Une cote était alors formée d’une lettre suivie d’un numéro représentant l’ordre dans lequel un document avait été coté.

Cette première version du Catalogus librorum impressorum Bibliothecae regiae se composait de 13 volumes, dont six contenaient des tables d’auteurs classés par ordre alphabétique. Ce catalogue répertoriait alors près de 35 000 documents[2]. Cependant, dès 1688 la première version de son catalogue devint insuffisante avec l’accroissement de la collection[1]. Clément élabora une seconde version, terminée en 1697[3], où il élargit notamment le contenu de chaque lettre. Par exemple, il adjoignit l’agriculture à l’histoire naturelle de la lettre S et la chimie à la médecine de la lettre T[1]. Cette seconde édition permit quant à elle de répertorier les 43 000 documents dorénavant contenus dans la collection[1]. Elle était composée de 13 volumes in-folio et 19 volumes de noms d’auteurs[4].

À partir de 1852, plusieurs lettrages de la cotation furent élaborés plus en détails. Il s’agit des lettres L, N, O, O2, O3, P, P2 qui concernaient l’histoire, ainsi que la lettre T qui concernait les sciences médicales. Elles furent alors subdivisées en chapitre par un identifiant alphabétique, puis en sous-chapitre par un identifiant numérique. Par exemple, L indiquait l’histoire de France, Ln les biographies françaises, et Ln27 les biographies individuelles. Les lettres théologiques furent élaborées de la même manière quelques années plus tard[5].

La manière de coter fut ensuite révisée en 1875. Un élément qui indiquait le format du document (Gr. fol., fol., 4°, 8°, 16°, Nains) était dorénavant placé en tête de cote[6],[7]. Une cote complète pouvait alors ressembler à ceci : 8-Ln27-45530. Il s’agit d’une biographie française individuelle classée dans l’histoire de France, tel que dénoté par Ln27. Le chiffre 8 venait quant à lui préciser qu’il s’agit d’un format octavo, alors que le 45530 indiquait l’ordre dans lequel le volume avait été reçu[2]. Puisque la cotation Clément est encore utilisée pour les livres de la Réserve, il est possible d’effectuer une recherche par cette cote dans le catalogue de la BnF. On trouverait alors dans le catalogue général qu’il s’agit de la cote de Lettres d'une grand'mère : La Comtesse de Ségur à son petit-fils Jacques de Pitray. Cette révision de 1875 fut le dernier changement majeur apporté au système de cotation Clément pour les livres imprimés jusqu’à son remplacement à la fin des années 1990[5].

En effet, l’utilisation générale de la cotation Clément cessa avec la rétroconversion du catalogue de la BnF et le déménagement des documents[6]. Avant d’utiliser la cotation définitive du nouveau site de la BnF, une cotation transitoire fut utilisée jusqu’en 1998[5]. Cette dernière se fondait sur la cotation Clément et contenait dans cet ordre les éléments suivants : le format du document, un lettrage (qui représentait cette fois l’identifiant du département de conservation), une indication abrégée du type de document (monographie ou périodique), puis son numéro d’ordre de réception. Par exemple : 4-D1 MON-250[5].

L’utilisation de la cotation Clément n’a pas entièrement cessé d’être utilisée. En effet, deux exceptions subsistent au site François-Mitterrand. Tout d’abord, les périodiques continuent d’être classés selon leur cote d’origine, qui peut être la cotation Clément[5]. Ensuite, le département de la Réserve utilise quant à lui une version allégée de la cotation Clément, ce qui permet de conserver la spécificité de ses collections. Cette version allégée date de 2002 et a été simplifiée par la réduction du nombre de lettres utilisées[8],[6].

Classification

Classification originelle

Dans la cotation Clément, les livres étaient classés selon 3 caractéristiques. Ils étaient d’abord regroupés par format (quarto, octavo, folio, etc.). Ensuite, on retrouvait la cote, qui commençait par la lettre correspondant à la catégorie du savoir à laquelle le document était rattaché, par exemple Y pour un ouvrage de poésie. Enfin se trouvait une numérotation continue représentant l’ordre dans lequel le document avait été coté[6]. Une même œuvre pouvait donc avoir des cotes différentes lors d’une révision du système de cotation. Par exemple, les Poemata d’Estienne Pasquier avaient initialement eu la cote Y 1822, alors qu’après l’élaboration de la seconde version du catalogue, la cote du même document était désormais Y 2371[9].

La classification originelle de 1684 comprend les 23 divisions suivantes[10] :

A Biblia et Bibliorum interpretes
B Liturgiæ
C Sancti Patres
D Theologi
E Concilia et jus Canonicum
F Jus civile
G Geographi et chronologi
H Historia ecclesiastica
I Historia græca et romana
K Historia italica
L Historia germanica et belgica
M Historia gallica
N Historia anglica
O Historia hispanica et indica
P Historia miscellanea
Q Bibliothecarii
R Philosophi
S Historia naturalis
T Medici
V Mathematici
X Grammatici
Y Pœtæ
Z Philologi
- Grands livres de figures

Évolutions postérieures

Afin de mieux classer les ouvrages, la cotation Clément est précisée par les bibliothécaires suivants de la BnF. Ainsi, en 1896, des catégories ont été ajoutées. Par exemple D2 pour les ouvrages de théologie non catholique. Par ailleurs de nombreuses catégories concernant la poésie sont ajoutées.

En 1896, la classification utilisée par le département des imprimés de la BnF est la suivante[10] :

A Écriture Sainte
B Liturgie
C Pères de l'Église
D Théologie catholique
D2 Théologie non catholique
E Droit canonique
*E Droit de la nature et des gens
F Jurisprudence
G Géographie et histoire générale
H Histoire ecclésiastique
I Histoire ancienne
K Histoire d'Italie
L Histoire de France
M Histoire d'Allemagne
N Histoire de la Grande Bretagne
O Histoire d'Espagne et du Portugal
O2 Histoire d'Asie
O3 Histoire d'Afrique
P Histoire d'Amérique
P2 Histoire de l'Océanie
Q Bibliographie
Annexe de la division Q
R Sciences philosophiques, morales et politiques
S Sciences naturelles
T Sciences médicales
Vm Musique
X Linguistique et rhétorique
Y Introduction et généralités de la poésie
Ya Poésie orientale
Yb Poésie grecque
Yc Poésie latine
Yd Poésie italienne
Ye Poésie française
Yf Théâtre français
Yg Poésie espagnole et portugaise
Yh Poésie allemande
Yi Poésie néerlandaise
Yk Poésie anglaise
Yl Poésie scandinave
Ym Poésie slave
Yn Poésie celtique
Yth Théâtre
Y2 Romans
Z Polygraphie et mélanges

Références et notes

Références

  • Rolland Jacques, « Y bis. », Matériaux pour l’histoire de notre temps 2/2006 (N° 82), p. 133-137 - URL : www.cairn.info/revue-materiaux-pour-l-histoire-de-notre-temps-2006-2-page-133.htm.

Notes

  1. Léopold Delisle, « Notice sur les anciens catalogues des livres imprimés de la Bibliothèque du roi. », Bibliothèque de l'École des chartes, vol. 43, no 1,‎ , p. 165-201 (DOI 10.3406/bec.1882.447082, lire en ligne, consulté le )
  2. Corinne Gibello-Bernette, « A comme Alphabet, B comme Bibliothèque, C comme Clément… », Strenæ. Recherches sur les livres et objets culturels de l’enfance, no 1,‎ (ISSN 2109-9081, DOI 10.4000/strenae.97, lire en ligne, consulté le )
  3. Frédéric Barbier, « Les bibliothèques et l’invention de l’absolutisme (1627-1719) », dans Histoire des bibliothèques : D'Alexandrie aux bibliothèques virtuelles, Paris, Armand Colin, , 304 p. (ISBN 9782200616250)
  4. Nicolas-Thomas Leprince et Louis Paris, Essai historique sur la Bibliothèque du roi, aujourd'hui Bibliothèque impériale : avec des notices sur les dépôts qui la composent et le catalogue de ses principaux fonds / par Le Prince ; nouv. éd., rev. et augm. des annales de la Bibliothèque... par Louis Paris,..., Paris, Bureau du Cabinet historique, , 466 p. (lire en ligne), p. 362
  5. Bibliothèque nationale de France, « La cotation à la BnF », sur BnF - Site institutionnel (consulté le )
  6. Louise Amazan, « Lettres, chiffres, estampilles et ex-libris des imprimés anciens de la Bibliothèque nationale de France. Petit vademecum à l’usage du chercheur », Réforme, Humanisme, Renaissance, vol. 88, no 1,‎ , p. 21–44 (ISSN 1771-1347, DOI 10.3917/rhren.088.0021, lire en ligne, consulté le )
  7. Bibliothèque nationale de France, « Carnet général des entrées (1875-1996) », sur archivesetmanuscrits.bnf.fr (consulté le )
  8. Bibliothèque nationale de France, « Consulter les documents au département de la Réserve des livres rares », sur BnF - Site institutionnel (consulté le )
  9. Laurent Portes, « Archéologie des archives catalographiques de la Bibliothèque nationale de France (xviie-xxie siècle) », dans Archives en bibliothèques (XVIe-XXIe siècles), ENS Éditions, coll. « Métamorphoses du livre », (ISBN 979-10-362-0588-0, lire en ligne), p. 301–316
  10. (en) Pim den Boer (trad. du néerlandais de Belgique par Arnold J. Pomerans), History as a Profession : The Study of History in France, 1818-1914, New Jersey, Princeton University Press, , 470 p. (ISBN 0-691-03339-0, lire en ligne), « Appendix I », p. 367

Voir aussi

  • icône décorative Sciences de l’information et bibliothèques