Courant nord équatorial
Le courant nord-équatorial (North Equatorial Current, abrégé NEC) est un courant marin dirigé vers l’ouest, principalement situé à proximité de l’équateur, bien que sa position varie selon les océans. Le NEC se situe entre 5° et 20° N dans le Pacifique et l’Atlantique, tandis que dans l’océan Indien, il se trouve tout près de l’équateur. Il s’étend de la surface de la mer jusqu’à 400 m dans le Pacifique occidental[1].

Le NEC est entraîné par les alizés d’est de l’hémisphère Nord. En parallèle, un autre courant appelé courant sud-équatorial (South Equatorial Current, SEC) se forme sous l’effet des alizés de l’hémisphère Sud. Bien que leurs noms suggèrent une symétrie, la répartition du NEC et du SEC n’est pas exactement symétrique par rapport à l’équateur : le NEC se situe légèrement au nord. Cette asymétrie correspond à la position de la zone de convergence intertropicale (ZCIT), où convergent les alizés du nord-est et du sud-est.
Processus associés
Courant contre-équatorial
Le NEC et le SEC engendrent un courant contre-équatorial (en) (Equatorial Counter Current, ECC), appelé courant contre-équatorial nord (NECC) dans le Pacifique et l’Atlantique, et courant contre-équatorial sud (SECC) dans l’océan Indien.
Le NEC et le SEC coulent continuellement vers l’ouest. Toutefois, l’eau ne s’accumule pas simplement dans les bassins occidentaux : elle doit retourner vers l’est par un autre mécanisme. L’équilibre de Sverdrup explique en partie ce déplacement. Lorsque le NEC et le SEC atteignent l’extrémité ouest d’un bassin, une partie de l’eau se déplace vers les pôles pour rejoindre les circulations de basses latitudes, tandis qu’une autre se dirige vers l’équateur pour alimenter le courant contre-équatorial.
Transport d’Ekman
Le transport d’Ekman est un transport océanique induit par le vent, lié à la rotation de la Terre. Il se déplace vers la droite du flux dans l’hémisphère Nord et vers la gauche dans l’hémisphère Sud. Dans les régions tropicales, où le NEC et le SEC se déplacent vers l’ouest, il se manifeste par un transport d’Ekman vers le nord dans le NEC et vers le sud dans le SEC. Ce transport, perpendiculaire au courant principal, contribue à la composante méridienne des deux courants, bien que son intensité soit bien moindre.
Ce phénomène provoque aussi une remontée d’eaux profondes entre le NEC et le SEC, où se produit une forte divergence des eaux de surface.
Interaction avec le climat
Le NEC, le SEC et l’ECC jouent un rôle essentiel dans le système climatique mondial, influençant des phénomènes tels que El Niño – Oscillation australe (ENSO), le mode méridien atlantique (AMM), l’Oscillation atlantique multidécennale (AMO) et la mousson saisonnière dans l’océan Indien. Inversement, ces phénomènes climatiques affectent à leur tour le comportement des courants équatoriaux.
Dans les différents océans
Pacifique

Le NEC se situe entre 10° et 18° N à travers tout le bassin pacifique, de l’archipel des Philippines au Nicaragua. Sa vitesse moyenne zonale est d’environ [1]. Le NEC présente peu de variabilité saisonnière mais une instabilité interannuelle marquée, fortement liée à l’ENSO : il se renforce pendant La Niña et s’affaiblit pendant El Niño.
Sa composante méridienne, associée au transport d’Ekman, est dirigée vers le nord. En atteignant les Philippines, le courant se divise en deux courants de bord ouest (en) : l’un vers le nord, alimentant le courant de Kuroshio, l’autre vers le sud, alimentant le courant de Mindanao (en)[3].
Cette bifurcation du courant nord-équatorial (NECB) influence fortement le climat de l’Asie du Sud. Le changement climatique accentue la migration de cette bifurcation, entraînant une redistribution des masses d’eau et des flux de chaleur le long de la bordure occidentale du Pacifique, modifiant ainsi la zone chaude et le régime de mousson[4].
Atlantique

Le NEC atlantique s’étend entre 10° et 20° N, de 16° à 60° O. Sa vitesse moyenne est d’environ , plus faible que dans le Pacifique. Il présente une forte saisonnalité : le NECC est plus intense de juillet à décembre, plus faible de janvier à juin. De plus, le NEC se situe plus près de l’équateur au premier semestre de l’année.
En atteignant le nord de l’Amérique du Sud, le courant se divise en deux branches : l’une rejoint le courant du Brésil nord (en) (NBC), l’autre le NECC. Le transport d’Ekman vers le nord domine dans la zone tropicale atlantique et joue un rôle majeur dans le transport de chaleur vers le nord, constituant la partie supérieure de la circulation méridienne de retournement atlantique (AMOC). À l’échelle saisonnière, la variabilité de ce transport de chaleur influence les anomalies de température de surface, susceptibles d’affecter la saison des ouragans.
À des échelles interannuelles ou plus longues, les régions équatoriales et tropicales de l'Atlantique interagissent avec plusieurs modes de variabilité : le Niño atlantique, le mode méridien atlantique (AMM) et l'oscillation atlantique multidécennale (AMO)[5].
Indien

Dans l’océan Indien, le NEC est fortement influencé par la présence du continent au nord, ce qui le situe plus au sud que dans les autres bassins. Il alimente donc le courant contre-équatorial sud (en) (SECC). Le NEC longe l’équateur entre 45° et 100° E. Sa vitesse moyenne en hiver atteint jusqu’à sous l’effet des vents de mousson du nord-est. Ce courant est plus rapide que le SEC en raison de plusieurs facteurs : une insolation plus forte à l’équateur qui rend la couche supérieure plus dense mais plus fine, et un effet de force de Coriolis plus faible.
Le NEC montre une forte variabilité saisonnière. En janvier et février, il atteint la côte est de la Somalie et rejoint le courant somalien (en) vers le sud-ouest, alimentant le SECC. Durant cette période, il transporte les eaux de surface du sud du golfe du Bengale vers le sud de la mer d'Arabie. En juillet et août, la situation s’inverse : le NEC se déplace vers le sud, le courant somalien change de direction, et les deux alimentent alors ce courant au lieu du SECC, qui devient faible.
Pendant les périodes de transition (mai et novembre), le NEC s’affaiblit considérablement, laissant place à un fort courant est-ouest connu sous le nom de jets de Wyrtki[6].
Références
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « North Equatorial Current » (voir la liste des auteurs).
- (en) Zhang, Linlin, Scientific Reports, Structure and Variability of the North Equatorial Current/Undercurrent from Mooring Measurements at 130°E in the Western Pacific, vol. 46310, t. 7, (PMID 28422095, PMCID 5395815, DOI 10.1038/srep46310
, Bibcode 2017NatSR...746310Z)
- ↑ GODAS
- ↑ (en) Wang, Xin, Journal of Geophysical Research: Oceans, Variations of the North Equatorial Current Bifurcation and the SSH in the Western Pacific Associated With El Niño Flavors, vol. 125, (DOI 10.1029/2019JC015733, Bibcode 2020JGRC..12515733W, S2CID 213035460), chap. 1
- ↑ (en) Chen, Zhaohui et Wu, Lixin, Journal of Geophysical Research, Dynamics of the seasonal variation of the North Equatorial Current bifurcation, vol. 145, (DOI 10.1029/2010JC006664
)
- ↑ (en) Lübbecke, Joke F., Wiley Interdisciplinary Reviews: Climate Change, Equatorial Atlantic variability—Modes, mechanisms, and global teleconnections, vol. 9, (DOI 10.1002/wcc.527, Bibcode 2018WIRCC...9E.527L, lire en ligne), chap. 4
- ↑ (en) Johnson, George C., Progress in Oceanography, Direct measurements of upper ocean currents and water properties across the tropical Pacific during the 1990s, vol. 52, , p. 31–61 doi=10.1016/S0079-6611(02)00021-6 (Bibcode 2002PrOce..52...31J), chap. 1
Voir aussi
- Courant marin
- Gyre océanique
- Océanographie physique
- Courant contre-équatorial (en)
Liens externes
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