Couronne de saint Louis
| Pays | France |
|---|---|
| Création | XIIIe siècle |
| Destruction | 1794 |
La sainte couronne dite aussi couronne de saint Louis est une ancienne couronne-reliquaire utilisée ponctuellement pour certains sacres royaux français du XIIIe au XVIIIe siècle. Conservée dans les armaria du trésor de l'abbaye de Saint-Denis jusqu'à sa destruction sous la Convention nationale, elle contenait des reliques de la Passion du Christ.
Histoire
Il existait à la fin du XIIIe siècle dans le trésor de Saint-Denis une couronne d'or fleurdelisée et gemmée qui était déjà réparée : sur au moins la moitié de sa circonférence, elle était doublée intérieurement d'une plaque métallique[1]. Hervé Pinoteau suppose qu'elle fut créée au XIe siècle pour abriter une insigne relique et qu'elle fut remaniée à l'époque de Suger voire encore plus tard selon l'opinion de Danielle Gaborit-Chopin[2]. Elle fut peut-être la couronne du banquet du sacre de Louis IX qu'il offrit à l'abbaye en 1261 en même temps que les couronnes de sacre de son grand-père, les couronnes de Charlemagne. Une analyse du style des bâtes et des fleurons indique une réalisation ou au moins une refonte partielle de la couronne à la fin du XIIIe siècle : deux fleurons en argent doré furent renforcés vers 1289-1290 par les orfèvres Gossoyn et Jean de Nanterre[3].
Au Moyen Âge, on appelait cette couronne reliquaire sainte couronne ou couronne d'épines puis on prit l'habitude de l'appeler couronne de Saint Louis à partir du milieu du XIVe siècle[4]. Elle servit pour le sacre de Jean II et celui d'Anne de Bretagne[5].
Cette couronne était portée en procession quand on célébrait l'obit ou la messe solennelle d'un roi. Déposée à l'autel des Saints Martyrs en compagnie d'autres reliques (Saint Clou, bras-reliquaire de saint Siméon), la couronne fut ensuite déposée sous l'Ancien Régime dans une armoire du trésor[5]. Cette couronne fut essentiellement représentée sur deux tableaux : La Messe de Saint Gilles et La Vierge de la famille de Vic. La couronne fut transportée à Bourges auprès de Charles VII de 1434 à 1445 puis fut détruite entre avril et sur ordre de la Commission temporaire des arts de la Convention nationale[6] :
« Le citoyen Ronesse dépose sur le bureau une couronne provenant de Franciade et qui a servi de modèle à celle du sacre des anciens tyrans. La Commission, choquée de la vue d’un objet aussi odieux pour des Républicains, arrête que cette couronne sera envoyée à la Monnaie pour y être démontée et livrée à la fonte, et que les pierres fausses dont elle est ornée seront déposées au Garde-Meuble pour servir de renseignements sur les pierres précieuses qu’elles représentaient et qui ont été volées. »
— Louis Tuetey, Procès-verbaux de la Commission temporaire des arts. I. 1er septembre 1793-30 frimaire an III
Description
.jpg)
Cette couronne royale était réputée abriter une épine de la couronne du Christ et constituait avec le Saint Clou une des pièces principales du trésor de l'église. L'épine était placée sous un énorme cabochon qu'on nommait rubis, escarboucle ou hyacinthe[7], mais qui était sans doute un spinelle syrien ou un zircon de 278 carats métriques. Les cheveux du Christ issus de l'oratoire de Philippe Auguste rejoignirent ensuite l'épine derrière la pierre. Jean II fit remanier le bonnet interne et les perles de la couronne par l'orfèvre Guillaume de Vaudetar à l'occasion de son sacre le 26 septembre 1350. D'après Suger, l'épine et le spinelle étaient un don de Louis VI sur son lit de mort à l'abbaye de Saint-Denis lui venant de sa grand-mère Anne de Kiev. Le béryl émeraude (extrait dans les mines Habachtal, en Autriche[8]) de 51,6 carats (larg. 30 x haut. 22 x prof. 8 mm) au centre de la fleur de lis centrale est de nos jours conservée au Muséum national d'histoire naturelle à Paris[4],[9]. On conserve de la couronne quelques descriptions anciennes, dont une de Thomas Platter en 1599 :
« La couronne de saint Louis, en or pur et garnie de diamants, parmi lesquels se trouve une pierre de vingt-cinq mille couronnes ; quelques-uns prétendent qu'elle a appartenu à Charles IX. »
— Louis Sieber, "Description de Paris par Thomas Platter le Jeune de Bâle (1599)", Mémoires de la Société de l'histoire de Paris et de l'Ile-de-France, t. 23, 1896, p. 220.
Une description des armaria du trésor se trouve ensuite dans Le Voyage de France, dressé pour la commodité des François et Estrangers (éd. 1685) :
« La Couronne de Saint Louis, qui est toute d'or, enrichie de pierreries, où il y a un Ruby, estimé vingt-cinq mil écus, dedans lequel il y a une Espine de la Couronne de N. Seigneur. »
— Max Billard, Les Tombeaux des rois sous la Terreur, Paris, Perrin, 1907, p. 140.
Enfin la description du trésor en 1710 la mentionne brièvement :
« La couronne du même saint Loüis d'or massif, enrichie de tres-grosses pierreries, entr'autres d'un rubis communément estimé cent mille écus, dans lequel saint Loüis a fait enchasser une Epine de la couronne de Nôtre Seigneur. »
— Inventaire du trésor de St. Denys, Paris, Pierre de Bats, 1710, p. 10
Danielle Gaborit-Chopin la décrit ainsi[10] : « Une couronne circulaire, d'un seul tenant, surmontée par quatre larges fleurs de lis aux extrémités renflées. Sur le bandeau, quatre grenats et quatre saphirs alternés étaient séparés par une paire d'émeraude ; sur chaque fleuron, deux grenats, une émeraude, et une topaze entouraient un saphir sauf sur le fleuron principal où une table rectangulaire d'émeraude était placée au centre, les pierres étaient serties dans des bâtes épaisses, entourée d'une moulure. Cent grosses perles étaient disséminées entre les pierres précieuses, fixées de bout par une tige verticale qui les traversaient de part en part ». Cette couronne pesait 11 marcs dont 4 pour pierres, perles et argent doré.
Notes et références
- ↑ Pinoteau 2004, p. 291
- ↑ Hervé Pinoteau, La symbolique royale française, Ve – XVIIIe siècle, P.S.R. éditions, 2004, p. 287.
- ↑ Daniel Alcouffe, François Avril et Jannic Durand, Le Trésor de Saint-Denis : [exposition], Paris, musée du Louvre, 12 mars-17 juin 1991, Paris, Réunion des musées nationaux, , p. 239-241
- Pinoteau 2004, p. 292
- Pinoteau 2004, p. 293
- ↑ Louis Tuetey, Procès-verbaux de la Commission temporaire des arts. I. 1er septembre 1793-30 frimaire an III, Paris, Imprimerie nationale, , p. 418 et 433
- ↑ L'hyacinthe est une « pierre précieuse d’un jaune tirant sur le rouge » (dictionnaire de l'Académie, 9e éd.). C'est une variété de zircon.
- ↑ (en) Kristin Leutwyler, « Tracking the Emerald Trade », sur Scientific American (consulté le )
- ↑ Catherine Cardinal et Cristiano Ferraris, « Trésors de la Terre », Artefact, vol. 7, , p. 253-263 (lire en ligne)
- ↑ Hervé Pinoteau, La symbolique royale française, Ve – XVIIIe siècle, P.S.R. éditions, 2004, p. 293.
Bibliographie
- Hervé Pinoteau, La symbolique royale française, Ve – XVIIIe siècles, PSR éditions, .
Annexes
Articles connexes
- Portail du Moyen Âge
- Portail du royaume de France
- Portail de la monarchie
- Portail de l'époque moderne