Crédibilité de banque centrale
La crédibilité des banques centrales est la confiance qu'une banque centrale inspire aux agents économiques, et notamment aux acteurs des marchés financiers. Longtemps considérée comme secondaire, elle est aujourd'hui admise comme la principale condition de la transmission de la politique monétaire. Elle fait l'objet de travaux d'économistes qui ont irrigué la pratique des banques centrales.
Concept
La crédibilité d'une banque centrale est le degré de confiance qui est attribué à l'institution par les agents économiques. Une banque centrale crédible est celle dont les acteurs sont convaincus qu'elle atteindra ses objectifs avec les moyens à sa disposition[1]. Alan Blinder (1999) définit la crédibilité comme une situation où « les annonces sont crues, quand bien même [l'institution] n'est tenue par aucune règle et peut avoir des raisons de revenir dessus » ; par ailleurs, loin d'être décrétée, « elle est construite par une série de situations où les actions ont correspondu à ce qui avait été annoncé »[2]. La crédibilité doit être telle que, selon Alex Cukierman (1986), le public doit être convaincu que le changement de politique monétaire a eu lieu lorsque celui-ci a en effet eu lieu[3],[4].
Le maintien de la crédibilité est conditionné par le fait qu'elle mette en œuvre les décisions qu'elle a annoncées[2]. La concordance entre sa parole et ses actions contribue à forger progressivement une réputation telle que les acteurs des marchés financiers prennent en compte ses annonces[2].
Cette crédibilité est nécessaire pour la bonne mise en œuvre de la politique monétaire, afin que les acteurs de marché réagissent plus fortement aux décisions[5]. Plus singulièrement, la crédibilité de la banque centrale est la clef de la forward guidance, une politique monétaire non conventionnelle qui repose sur la communication de l'institution pour modifier les anticipations des acteurs de marché[5].
Théorie
L'école monétariste a été l'une des premières à théoriser la crédibilité. En posant l'hypothèse des anticipations adaptatives, elle a soutenu dans les années 1960 et 1970 que la crédibilité de la banque centrale vis-à-vis des marchés financiers était nécessaire pour la stabilité monétaire[4].
La littérature économique a ensuite appuyé sur l'importance de la crédibilité dans l'ancrage des anticipations d'inflation. Cukierman (1986) soutient ainsi que « la capacité des décideurs de politique monétaire à atteindre leurs objectifs futurs dépend des anticipations d'inflation du public. Ces anticipations d'inflation dépendent, elles, de l'évaluation que le public fait de la crédibilité des décideurs de politique monétaire »[2].
Rudiger Dornbusch (1988) a toutefois souligné que les économistes n'ont pas développé de théorie approfondie de la crédibilité et de ses déterminants[4].
Bordo et Siklos (2016), passant en revue des données historiques de banques centrales, concluent que « la crédibilité évolue à travers le temps », et que les changements de perception de la crédibilité sont « fréquents et peuvent être de grande ampleur ». Ils trouvent également que « l'indépendance des banques centrales a fortement soutenu leur crédibilité ». Enfin, ils identifient un effet négatif des crises financières sur la crédibilité des banques centrales, dès lors qu'il existe un écart important entre l'inflation effective et celle que visait la banque centrale[2].
Histoire
Prémices (années 1950 aux années 1960)
La volonté des banques centrales de bâtir une crédibilité auprès des marchés financiers et des citoyens est récente. Dans les années 1950, le gouverneur de la Banque du Canada, James Coyne, commence à tenir des conférences de presse au sujet de la politique monétaire de la banque[2]. Cela est alors considéré comme inutile, ou dangereux, et Coyne est critiqué pour ces conférences de presse[2]. Quelques années plus tard, la Banque fédérale d'Allemagne commence elle-même à publiciser ses décisions. Son gouverneur entre 1958 et 1969, Karl Blessing, soutient que « une banque centrale qui ne se bat jamais, qui en période de tension économique ne lève pas la voix [...] cette banque centrale-là sera considérée avec défiance »[2].
Développement de la publicisation des décisions de politique monétaire (années 1970 aux années 1980)
Politique de crédibilité (années 1990 à aujourd'hui)
Ce n'est qu'à partir des années 1990 que la communication des banques centrales se développe réellement, dans l'objectif d'affermir leur crédibilité[2].
Notes et références
- ↑ Adrien Lehman, Monnaies, culture et actualité monétaires: IEP, Concours administratifs, Dunod, (ISBN 978-2-10-083300-9, lire en ligne)
- Central banks at a crossroads: what can we learn from history?, Cambridge University Press, coll. « Studies in macroeconomic history », (ISBN 978-1-316-57040-1, 978-1-316-65782-9 et 978-1-316-65747-8)
- ↑ (en) Mr Pierre L. Siklos, Varieties of Monetary Reforms, International Monetary Fund, (ISBN 978-1-4519-6732-6, lire en ligne)
- (en) Michael D. Bordo et Forrest Capie, Monetary Regimes in Transition, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-03042-7, lire en ligne)
- A. B. Makar, K. E. McMartin, M. Palese et T. R. Tephly, « Formate assay in body fluids: application in methanol poisoning », Biochemical Medicine, vol. 13, no 2, , p. 117–126 (ISSN 0006-2944, PMID 1, DOI 10.1016/0006-2944(75)90147-7, lire en ligne, consulté le )
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