Crédit lombard
Le crédit lombard ou avance sur nantissement est un type de prêt garanti par un gage, historiquement utilisé par les « banquiers lombards » apparus au XIIIe, et qui n'acceptaient alors principalement que des espèces (de l'or ou de l'argent) en garantie. De nos jours, il s'agit d'un prêt bancaire à taux variable, où l'emprunteur met en garantie un bien matériel, ou plutôt des investissements liquides tels que des actions, des obligations ou certains contrats d'assurance-vie.
Histoire
Le « crédit lombard » est « un prêt garanti par un gage »[1] (de l'or ou de l'argent à l'origine)[2] très utilisés par les banquiers lombards du XIIIe au XVIIe siècles[3],[4].
De nos jours, il s'agit d'un type de prêt (à taux fixe ou ajustable), généralement accordé par une banque à un client, adossé à des investissements (titres financiers...) donnés en garantie. Les crédits lombards sont aujourd'hui consentis contre nantissement de valeurs patrimoniales qui tendent à être de plus en plus liquides (actions, emprunts ou certains contrats d'assurance-vie avec valeur de rachat)[5]. Le « crédit lombard » est parfois utilisé par des personnes disposant d'un important patrimoine, en direct ou via des holdings patrimoniales, comme moyen de décaler l'impôt dans le temps, en substituant la matérialisation fiscale d'une plus-value ou d'un revenu, par un crédit.
Utilisation et pratiques
Certaines solutions dites « de crédit lombard » s'adressent à des particuliers ou à des holdings patrimoniales qui les utilisent pour ne pas matérialiser fiscalement de revenus mais un crédit.
Historiquement, le crédit lombard a permis selon l'économiste Gabriel Zucman de « débloquer » la valeur d'actifs détenus à l'étranger sans que ces actifs soient directement visibles par l'administration fiscale nationale, permettant de cacher de l'argent au Fisc. Mais les conventions d'échanges d'information entre banques et états, et la suppression, en Europe, de l'anonymat en cas d'utilisation de cryptomonnaies ou autres « cryptoactifs » comme gage d'un Crédit lombard rendent ce type de montage plus à risque pour le fraudeur[6]. En effet, en Europe et dans l'OCDE, avec l'entrée en vigueur de conventions internationales d'échanges automatiques d'informations financières entre États (ex. : échange automatique d'informations du G20 et de l'OCDE), ce type de montage est devenu beaucoup plus risqué pour les fraudeurs[7].
Avantages et inconvénients
Avec le crédit lombard « classique », les actifs restent investis, et la personne qui emprunte conserve presque tous les bénéfices qu'ils peuvent lui apporter. C'est un moyen classique en finance de profiter d'opportunités d'investissement intéressantes sur le marché, sans avoir à vendre ses biens.
Cependant, si la valeur des biens mis en garantie diminue, la personne qui a emprunté doit apporter plus de garanties ou accepter que le montant de son prêt diminue. Pour un bien immobilier, le nantissement (appelé souvent hypothèque dans ce cas) permet au propriétaire de continuer à utiliser son bien (sauf mention contraire dans le contrat). Par contre, il ne peut pas le vendre librement sans l'accord de la banque tant que sa dette n'est pas remboursée. C'est un outil très important pour les banques afin de réduire les risques qu'un prêt ne soit pas remboursé.
Depuis , dans l'Union européenne, la réglementation sur les marchés de crypto-actifs (dite règlement MiCA, pour Markets in Crypto-Assets) permet progressivement que des banques acceptent des crypto-actifs en guise de gage, dans des conditions qui restent limitées par des exigences prudentielles très strictes imposées par le Comité de Bâle sur le contrôle bancaire. Depuis le , la loi française no 2025-391, dite Loi DDADUE 5[8], crée un régime juridique ad hoc encadrant le nantissement des crypto-actifs, pour la sécurité des créanciers et en s'inspirant des dispositions relatives au nantissement de compte-titres financiers ; ouvrant ainsi la voie à une nouvelle forme de « crédit lombard » adossé à des actifs numériques[9].
Notes et références
- Cet article est partiellement ou en totalité issu de l'article intitulé « Types de crédits bancaires » (voir la liste des auteurs).
Notes
Références
- ↑ Porumb A.T (2017) Les termes économiques et juridiques - un défi pour le traducteur. The annals of the university of Oradea, (page 345) url= https://www.researchgate.net/profile/Ishtiaq-Ahmad-7/publication/325108384_Paper_7_Insurance_Publication_Annals_of_Ordea/links/5af769080f7e9b026bdbcecf/Paper-7-Insurance-Publication-Annals-of-Ordea.pdf#page=345.
- ↑ William Roberds et Francois R. Velde, « Early Public Banks », SSRN Electronic Journal, (ISSN 1556-5068, DOI 10.2139/ssrn.2399046, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ David Kusman, « Myriam Greilsammer ; L'usurier chrétien, un juif métaphorique ? Histoire de l'exclusion des prêteurs lombards, XIII e-XVIIe siècle ; Rennes, PUR, 2012, 344 p. et 22 p. de pl. », Annales. Histoire, Sciences Sociales, vol. 70, no 01, , p. 242–244 (ISSN 0395-2649 et 1953-8146, DOI 10.1353/ahs.2015.0156, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Robert-Henri Bautier, « Le marchand lombard en France aux XIIIe et XIVe siècles », Actes de la Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public, vol. 19, no 1, , p. 63–80 (ISSN 1261-9078, DOI 10.3406/shmes.1988.1532, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Qu'est-ce que le crédit lombard? ».
- ↑ Gabriel Zucman, La Richesse cachée des nations. Enquête sur les paradis fiscaux, Éditions du Seuil, (ISBN 978-2-02-137569-5).
- ↑ « Échange de renseignements fiscaux », sur OCDE (consulté le ).
- ↑ « Loi no 2025-391 du 30 avril 2025 portant diverses dispositions d'adaptation au droit de l'Union européenne en matière économique, financière, environnementale, énergétique, de transport, de santé et de circulation des personnes (1) - Légifrance » [archive du ], sur legifrance.gouv.fr (consulté le ).
- ↑ Jacques-Eric Martinot, « Création du nantissement sur les actifs numériques ou crypto-actifs », sur Chronos - Vivaldi avocats, (consulté le ).
Voir aussi
Articles connexes
Bibliographie
Ouvrages généraux et d'Histoire
- Jacques Le Goff, Marchands et banquiers du Moyen Âge, Presses universitaires de France,
- (en) Claudio E. V. Borio et Piti Disyatat, « Unconventional Monetary Policies: An Appraisal », SSRN Electronic Journal, (ISSN 1556-5068, DOI 10.2139/ssrn.1511623, lire en ligne, consulté le )
- Claude Jaeger, « Crédit Lombard et refinancement des banques en République fédérale d'Allemagne », Revue d'Allemagne et des pays de langue allemande, vol. 17, no 2, , p. 215–235 (ISSN 0035-0974, DOI 10.3406/reval.1985.2787, lire en ligne, consulté le )
- Benjamin N. Nelson, Benjamin N. Nelson et Raymond de Roover, Money, Banking, and Credit in Mediaeval Bruges: Italian Merchant-Bankers, Lombards, and Money-Changers: A Study in the Origins of Banking, vol. 56, , 539 p. (ISSN 0002-8762, DOI 10.2307/1848446, lire en ligne)
- M. Palyi, « Economic Significance of Bank Loans for Stock-Market Transactions », Journal of Business of the University of Chicago, vol. 5, no 1, , p. 28 (ISSN 0740-9168, DOI 10.1086/232230, lire en ligne, consulté le )
Autres
- (en) Jérémy Havet et À Fin Université de Liège > Master sc. gest., « Risk analysis on Lombard loans (credit/market/liquidity), optimisation with a rehypothecation program and impact of Securities Financing Transactions Regulations ("SFTR") », (consulté le )
- Alison S. Hayward, « In the End », Academic Emergency Medicine, vol. 28, no 11, , p. 1350–1351 (ISSN 1069-6563 et 1553-2712, DOI 10.1111/acem.14325, lire en ligne, consulté le )
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