Crise agricole
Une crise agricole est une crise qui touche le domaine de l'agriculture. Les historiens (et plus récemment les journalistes) en recensent depuis le XVIIe siècle.
Grande famine de 1693-1694 en France

La grande famine de 1693-1694, qui est produite en France, est due à un hiver très rigoureux en 1692, suivi en 1693 d'une récolte très médiocre, causée par un printemps et un été trop pluvieux, causant une flambée des prix des céréales et une sous-alimentation qui favorise les épidémies comme le typhus, jusqu'en 1694. La France, qui avait alors 20 millions d’habitants, eut 1 300 000 morts en plus de la mortalité normale, selon Emmanuel Le Roy Ladurie, qui estime à 600 000 morts la catastrophe suivante, la grande famine de 1709.
Début de la Révolution française
La définition de la paysannerie est, au XVIIIe siècle, encore assez floue. Le paysan, c’est celui qui vit à la campagne, en milieu rural. Sa condition est aussi caractérisée par une activité : le travail de la terre. Dans la société trifonctionnelle, le paysan fait partie de l’ordre des laboratores. À la fin de l’Ancien Régime, le monde clos de la paysannerie représente plus de 80 % de la population française[1].
Le XVIIIe siècle n’a pas connu de révolution agricole. Quelques progrès ont été effectués, certes, mais l’agriculture reste dans son immense majorité étriquée, engoncée dans un système seigneurial très pesant et un communautarisme rural. Cependant l’essor démographique de la seconde moitié du siècle ouvre la voie à 1789 et à l’intensification de l’agriculture.
La décennie de la Révolution française, prolongée par le Premier Empire, joue un rôle décisif pour la paysannerie française. En l’espace d’une génération, les bases de l’organisation sociale des campagnes françaises sont remises en cause. La paysannerie, dont le poids est si lourd dans la société française, ne joue bien évidemment pas un rôle passif dans ce mouvement. Il reste à déterminer le rôle qu’elle a joué dans l’effondrement de l’Ancien Régime et dans la mise en place de la politique révolutionnaire.
XIXe siècle
Crise agricole du Bas-Canada
La crise agricole du Bas-Canada éclate dans le premier quart du XIXe siècle. Les historiens Fernand Ouellet et Jean Hamelin estiment qu'elle a duré de 1802 à 1837[2]. L'analyse de cette crise est liée à des éléments géographiques[3].
Le Bas-Canada allait entrer progressivement dans de profondes difficultés agricoles. Il y a plusieurs causes qui expliquent cet état de fait. D'abord, les canadiens francophones qui peuplent en grande majorité ce territoire pratiquent une agriculture plutôt approximative. Ils ont de mauvais instruments aratoires, ils ne peuvent bénéficier d'enseignement agricole ce qui les amène à perpétuer les erreurs de leurs prédécesseurs. Ainsi, ils ne font pas de rotation des cultures, ils utilisent peu ou pas d'engrais ce qui explique que les rendements deviennent de plus en plus pauvres.
Mais cela n'explique pas tout. Il y a également un problème de surpopulation rurale inquiétant. Quand l'Angleterre a conquis la Nouvelle-France, en 1760, elle a fini par accepter et reconnaître le régime seigneurial. La population canadienne vit essentiellement dans les seigneuries. L'Angleterre n'a cependant pas créé de nouvelles seigneuries. En 1760, il y avait environ 75 000 habitants en Nouvelle-France. L'étendue du domaine agricole compensait l'utilisation de mauvaises techniques. Mais vers 1830, la population est au-delà des 400 000 et l'espace agricole ne s'est pas accru beaucoup. La situation devient alors catastrophique. La colonie ne produit plus suffisamment de blé pour nourrir la population. Cette pénurie se transforme en famine et en misère spécialement autour de Montréal où la population est plus nombreuse.
Il faut ajouter qu'il est difficile de se procurer de nouvelles terres parce que les terres en dehors de la zone seigneuriale sont passées progressivement aux mains des spéculateurs fonciers et des marchands de bois. Pour un habitant canadien, il est impensable ou à peu près de parvenir à amasser l'argent nécessaire pour l'achat d'une terre auprès des spéculateurs. Quant aux marchands de bois, ils ne voient pas d'un bon œil la venue de colons sur des terres pour lesquelles ils paient un droit de coupe au gouvernement.
Face à ces difficultés graves, les Canadiens devront réagir et prennent la décision de partir. Certains iront à la ville chercher les quelques rares emplois disponibles. Quelques-uns tenteront leur chance dans les cantons, ces terres ouvertes pour les colons anglais depuis 1791. Le taux de suicide augmentera de 3%. Beaucoup d'autres commenceront à se diriger vers les États-Unis pour y tirer leur subsistance du travail dans les usines de la Nouvelle-Angleterre.
Grande Famine en Irlande
La Grande famine irlandaise, ou localement la Grande Famine (en irlandais : An Gorta Mór ou An Drochshaol ; en anglais : The Blight, The Irish Potato Famine ou The Great Famine), est une famine de grande ampleur survenue en Irlande entre 1845 et 1852.
Cette catastrophe fut en grande partie le résultat de cinquante années d'interactions désastreuses entre la politique économique impériale britannique, des méthodes agricoles inadéquates et l'apparition du mildiou sur l'île. À l'époque, le mildiou anéantit presque intégralement les cultures locales de pommes de terre, qui constituaient la nourriture de base de l'immense majorité de la population, la paysannerie irlandaise.
Famine de la pomme de terre en Europe

La famine de la pomme de terre en Europe a été une grave crise alimentaire causée par le mildiou de la pomme de terre qui a frappé l'Europe du Nord-Ouest au milieu des années 1840. Alors que la crise a engendré une mortalité excessive et des souffrances dans toutes les régions affectées, les plus durement touchées furent en particulier les Highlands écossais et, surtout, l'Irlande. Beaucoup de gens mouraient de faim avec leurs enfants.
Crise agricole du Loiret
La vigne est omniprésente dans le val ouest Orléanais[4]. Mais la première et plus importante des crises agricoles au niveau national intervient à la fin du XIXe siècle, avec l'épidémie de phylloxéra. Partie du Languedoc, l'invasion phylloxérique atteint le Loiret en 1876. De 32 000 hectares dans le département en 1875, la vigne est réduite à 19 978 en 1982[5]. La fin du siècle est également marquée par la disparition de la culture du safran, introduite depuis le XIVe siècle dans le département, et par des catastrophes forestières du fait en particulier de l'hiver rigoureux de 1878-1879[5].
XXe siècle
Grand Bond en avant
Le Grand Bond en avant (chinois simplifié : 大跃进 ; chinois traditionnel : 大躍進 ; pinyin : ) est le nom donné à une politique économique lancée par Mao Zedong et mise en œuvre de 1958 à 1960. Constatant les difficultés à suivre le modèle soviétique, Mao entend avancer vers le socialisme en Chine en s'appuyant sur la paysannerie davantage que sur la population urbaine. Irréaliste, ce programme provoque une famine dévastatrice et entraîne la mort de plusieurs dizaines de millions de personnes, tandis que la Chine échappe de peu à l'effondrement complet de son économie.
Le Grand Bond en avant est lancé avec le Mouvement de la commune populaire[6]. Cette campagne, qui mobilise par la propagande et la coercition l'ensemble de la population, a pour but de stimuler en un temps record la production par la collectivisation de l'agriculture, l'élargissement des infrastructures industrielles et la réalisation de projets de travaux publics de large envergure.
La Grande famine chinoise, conséquence de cette politique, est cachée si bien que les spécialistes doutent de son existence dans un contexte de guerre froide où les rumeurs sont soupçonnées d'être suscitées par le camp adverse. Alors qu'il parait au contraire acquis que le régime socialiste dirigiste a su trouver les moyens de nourrir la vaste population chinoise et de mettre fin aux pénuries alimentaires chroniques qui avaient frappé la Chine durant toute son histoire, la politique d'ouverture de la Chine initiée en 1978 remet indirectement ce discours en cause.
Des démographes français et américains ont ainsi accès au recensement de la population de 1982[7]. Ils concluent à un « excédent de décès de 28 millions » de personnes pour la période 1958-1961, auxquels s'ajoutent 27 millions de décès pour la période 1962-1963. En plus des morts de la famine, des millions de personnes sont également mortes des coups, de la torture et des exécutions. Plus de 30 % de toutes les maisons sont détruites pendant cette campagne pour diverses raisons[8].
Le nombre de victimes du Grand Bond en avant varie entre 15 et 55 millions selon les estimations des historiens[9],[10],[11]. Le Parti communiste chinois occulte encore au XXIe siècle cette période de son histoire afin de protéger son image et celle de Mao Zedong[12] : l'accès aux archives et l'enseignement de cette période dans les universités sont interdits en Chine.
Crise de la vache folle

La crise de la vache folle est une crise sanitaire devenue socio-économique caractérisée par l'effondrement de la consommation de viande bovine dans les années 1990, car les consommateurs se sont inquiétés de la transmission de l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) à l'homme via l'ingestion de ce type de viande.
Cette maladie est une infection dégénérative du système nerveux central des bovins. C'est une maladie mortelle, analogue à la tremblante des ovins et des caprins, causée par un prion. Une épizootie importante a touché le Royaume-Uni, et dans une moindre mesure quelques autres pays, entre 1986 et les années 2000, infectant plus de 190 000 animaux, sans compter ceux qui n'auraient pas été diagnostiqués.
Cette épidémie trouverait son origine dans l'utilisation pour l'alimentation des bovins de farines animales, obtenues à partir de parties non consommées des carcasses bovines et de cadavres d'animaux. L'épidémie a pris une tournure particulière quand les scientifiques se sont aperçus en 1996 de la possibilité de transmission de la maladie à l'homme par le biais de la consommation de produits carnés.
La maladie a fait, au , 223 victimes humaines dans le monde — dont 177 au Royaume-Uni et 27 en France —[13], touchées par des symptômes proches de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, une maladie de même nature que l'ESB.
Relayée auprès du grand public par les médias, la crise éclate en 1996. Elle mêle à la fois des aspects éthiques, avec la prise de conscience des consommateurs de certaines pratiques courantes en élevage mais qu'ils ignoraient comme l'utilisation des farines animales, et économiques du fait de la chute de consommation de viande bovine qui s’ensuivit et du coût des différentes mesures adoptées.
Diverses mesures ont été prises pour enrayer l'épidémie et préserver la santé humaine, comme l'interdiction d'utiliser les farines animales dans l'alimentation du bétail, le retrait de la consommation des produits considérés à risque, voire de certains animaux (animaux âgés de plus de 30 mois au Royaume-Uni), le dépistage de la maladie en abattoir et l'abattage systématique des troupeaux où un animal malade a été observé.
Aujourd'hui, l'épidémie est presque complètement[pas clair] enrayée, malgré 37 cas bovins encore diagnostiqués au Royaume-Uni en 2008.
Le un nouveau cas de vache folle est détecté en France dans le département des Ardennes. Il s'agit du troisième cas isolé d’ESB de ce type détecté en Europe depuis 2015[14].
D'autres cas humains pourraient néanmoins apparaître dans le futur car le temps d'incubation de la maladie peut être long. La crise de la vache folle laisse comme héritage une amélioration des pratiques dans la filière bovine, à travers le retrait de certaines parties de la carcasse à l'abattoir lors de la découpe, mais aussi une traçabilité renforcée des animaux. En santé publique, cette crise a également entraîné le renforcement du concept de principe de précaution.
XXIe siècle
Crise alimentaire mondiale de 2007-2008


La crise alimentaire mondiale de 2007-2008 a pour origine une forte hausse du prix des denrées alimentaires de base, plongeant dans un état de crise quelques-unes des régions les plus pauvres du monde et causant une instabilité politique et des émeutes dans plusieurs pays.



Crise laitière de 2015 dans l'Union européenne
La crise laitière de 2015 est une période de forte baisse des prix du lait dans l'Union européenne après la fin des quotas laitiers de la politique agricole commune. Le revenu des éleveurs subit la même baisse, tandis que la production de lait en Europe augmente.
Mouvement des agriculteurs des années 2020 en France

Le crise agricole française depuis 2024, aussi appelée mouvement des agriculteurs ou colère des agriculteurs, est une crise agricole qui consiste principalement en une série de manifestations et de blocages routiers organisés dans la métropole par les syndicats agricoles français (FNSEA, Jeunes agriculteurs, Coordination rurale, Confédération paysanne, MODEF) ainsi que des agriculteurs français non syndiqués à partir du . Les agriculteurs expriment leur colère et leurs revendications face à la baisse de leurs revenus, à la hausse des charges, à la concurrence déloyale permise par les accords de libre-échange, à l'empilement des normes lié à une réglementation trop complexe, à la fiscalité, à certains aspects de la réglementation européenne en matière d'agriculture et aux contrôles de l'administration française. Ils demandent au gouvernement des mesures concrètes et rapides.
Après plus d'une semaine d'actions, le Premier ministre Gabriel Attal annonce, le , des mesures d'aide mais jugées insuffisantes par nombre d'entre eux. Dès le lendemain est annoncé un « siège » de la capitale et le blocage du marché de Rungis. À partir du , huit autoroutes autour de Paris sont en partie bloquées ; les syndicats agricoles sont reçus, mais des campements se montent pour tenir le « siège » plusieurs jours. Le lendemain, Gabriel Attal tient son discours de politique générale qui ne convainc pas les agriculteurs et, dans la soirée, la Confédération paysanne appelle à bloquer les centrales d'achat de la grande distribution ; en parallèle, d'autres professions commencent à se mobiliser. Le , les agriculteurs continuent d'avancer vers Paris malgré l'interpellation de personnes ; des blocus supplémentaires sont annoncés. Le , après de nouvelles annonces du gouvernement, la FNSEA et les JA appellent à suspendre les blocages, tandis que la Confédération paysanne et le MODEF appellent à poursuivre la mobilisation.
À partir du , la mobilisation se poursuit à plus basse intensité avec des actions envers la grande distribution. Le , la FNAB appelle à une manifestation pour le , place du Palais-Bourbon à Paris. Le , le Salon de l'agriculture est fortement perturbé par les agriculteurs lors de la venue d'Emmanuel Macron.
Le mouvement reprend en avec de nouveaux blocages d'autoroutes, contre l'abattage des bovins « sains » lors de la propagation de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) et le projet d'accord de libre-échange entre le Mercosur et l'Union européenne, perçu par une partie du monde agricole comme une source de concurrence accrue et de fragilisation des exploitations. Les agriculteurs sont soutenus par des entreprises de BTP.
Références
- ↑ Jacques Solé, La Révolution en questions, Seuil, janvier 1988, p. 99
- ↑ Pernand Ouellet et Jean Hamelin, « La crise agricole dans le Bas-Canada 1802-1837 », Études rurales, vol. 7, , p. 36–57 (DOI 10.3406/rural.1962.1028, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Serge Courville, « La crise agricole du Bas-Canada, éléments d’une réflexion géographique », Cahiers de géographie du Québec, vol. 24, (DOI 10.7202/021470ar, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Histoire d'Orléans et de son terroir - tome II, p. 337.
- Histoire d'Orléans et de son terroir - tome II, p. 342.
- ↑ (en) « The Great Leap Forward and the People's Communes—Socialist Ideals and Practice », Chinese Law & Government, (DOI 10.2753/CLG0009-4609290446, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Gérard Calot, « Données nouvelles sur l'évolution démographique chinoise. I. Les recensements de 1953, 1964 et 1982 et l'évolution des taux bruts depuis 1950 », Population, vol. 39, no 4, , p. 807-835 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ (en) Frank Dikötter, Mao's Great Famine: The History of China's Most Devastating Catastrophe, 1958–62, Walker, (ISBN 978-0-8027-7768-3), p. 298-334.
- ↑ (en) Felix Wemheuer, « Sites of horror: Mao's great famine [with Response] », The China Journal, no 66, , p. 155–164 (ISSN 1324-9347, lire en ligne).
- ↑ (en) Xin Meng, Nancy Qian et Pierre Yared, « The Institutional Causes of China's Great Famine, 1959–1961 », Review of Economic Studies, vol. 82, no 4, , p. 1568–1611 (DOI 10.1093/restud/rdv016, lire en ligne [archive du ], consulté le ).
- ↑ Philippe Grangereau, « La Chine creuse ses trous de mémoire », Libération, (consulté le ).
- ↑ « La Chine creuse ses trous de mémoire », Libération, .
- ↑ Paul Benkimoun, « Un cas atypique de variant de la maladie de Creutzfeldt-Jakob », sur lemonde.fr, .
- ↑ « Un cas de vache folle confirmé dans les Ardennes », sur liberation.fr, .
Voir aussi
Lien externe
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