Cuestas du Bassin parisien

Le Bassin parisien, vaste bassin sédimentaire situé dans le nord de la France, est marqué, dans sa partie orientale, par un relief de cuestas (côtes) successives, qui s'étendent sur une largeur d'environ 200 km.
Ce modelé géomorphologique qui marque progressivement la transition du bassin sédimentaire vers un autre type de sous-sol, celui des reliefs hercyniens anciens du massif ardennais, des Vosges et du Morvan, témoigne de l'alternance de roches dures et de roches plus meubles et plus sensibles à l'érosion.
Chaque cuesta correspond à une couche d'accumulation sédimentaire dont le pendage et l'affleurement sont attribués au phénomène de subsidence. Cette succession concave de couches crée un relief en « piles d'assiettes », les côtes constituant le rebord affleurant de ces assiettes successivement empilées.
« Les rebords du Bassin parisien se succédaient. Les plaines céréalières étaient bornées par des lignes de cuestas, brusques pentes abruptes comme des marches d’escalier, avant de traverser à leur pied les dépressions orthoclinales boisées, puis une nouvelle plaine céréalière. »
— Michel Bussi, Un avion sans elle, 2012.
Orogenèse
Soulèvement alpin
L'orogenèse alpine, qui elle-même provoque la surrection du massif des Vosges au Crétacé et au Paléocène, est en partie responsable de l'affleurement des cuestas du Bassin parisien oriental[1]. Si l'est du bassin est marqué par les cuestas, l'ouest est caractérisé par une transition plus douce vers le Massif armoricain. Outre l'éloignement du soulèvement lié à l'orogenèse alpine, la variation au fil du temps du centre de la zone de subsidence, et la très forte érosion du Massif armoricain, semblent également expliquer la difficile identification des cuestas à l'ouest du bassin. Au sud, elles sont en partie visibles dans le Berry[2].
Les particularités de la subsidence du Bassin parisien, plus forte au centre, expliquent le pendage plus marqué des cuestas de l'est du bassin vers l'ouest, mettant donc en valeur des fronts de cuesta tournés vers l'est[3].
Érosion
L'érosion met en évidence les couches les plus anciennes, qui sont de ce fait les plus extérieures. Les cuestas les plus périphériques sont celles qui résultent des dépôts sédimentaires les plus anciens (Trias), les plus centrales étant les plus récentes (Paléogène).
L'alternance de couches dures et perméables (calcaires et grès), et de couches plus tendres et moins perméables (argiles, marnes et sables), plus fortement érodées, explique le modelé des cuestas[4].
L'interprétation du relief des cuestas du Bassin parisien évolue au fil du temps. Jusqu'à la Seconde guerre mondiale, le débat est marqué par l'affrontement des analyses française et allemande, sur fond de considérations politiques nationalistes[5]. Les nombreux forages de l'industrie pétrolière menés au XXe siècle ont également favorisé l'amélioration de la connaissance du mécanisme sédimentaire[6].
Description
La délimitation orientale des cuestas du Bassin parisien se heurte à la complexité du rebord du massif vosgien, partagé entre sous-sol gréseux et socle cristallin. Les Vosges dites gréseuses, résultant d'une couverture sédimentaire de grès au Permien et au Trias, relèvent du Bassin parisien[7]. Les Vosges gréseuses, en ce qu'elles constituent le revers de la plus ancienne unité sédimentaire de l'ère secondaire (Buntsandstein)[8], peuvent donc être considérées comme la cuesta la plus périphérique du Bassin parisien[9].
Paysages
L'affleurement des fronts de cuesta met à jour des terrains particulièrement favorables à la viticulture[3].
Le revers des cuestas, riche en limons, est particulièrement fertile, notamment à l'est de l'Île-de-France (Seine-et-Marne). Ces vastes étendues planes, immenses et immobiles, jugées à l'inverse du pittoresque, ont longtemps été déconsidérées sur le plan esthétique[10].
Liste des cuestas
La liste ci-dessous présente la succession des cuestas échelonnées à l'est de Paris depuis la Brie jusqu'aux abords des Vosges.
Côte d'Île-de-France
La côte d'Île-de-France (également appelée côte champenoise dans sa partie champenoise, au risque d'une confusion avec la côte suivante) est la cuesta la plus occidentale – et donc la plus récente sur le plan géologique. Bien que comprise en minorité seulement dans la région administrative d'Île-de-France, elle intègre un certain nombre de territoires qui appartenaient au gouvernement militaire d'Île-de-France sous l'Ancien régime (comme le Noyonnais, le Soissonnais et le Laonnois).
Du nord au sud, son revers comprend principalement les régions naturelles du Laonnois, du Soissonnais, du Tardenois et de la Brie, compris pour l'essentiel dans les quatre départements de l'Aisne, de l'Oise, de la Marne et de la Seine-et-Marne, mais allant mordre jusqu'à la petite couronne parisienne et sur l'extrémité nord-ouest de l'Aube (entre Villenauxe-la-Grande et Le Mériot).
Le front de la cuesta suit un arc de cercle reliant approximativement les villes de Chauny, Laon, Reims, Épernay, Sézanne, Provins et Montereau-Fault-Yonne. Particulièrement découpé, il se matérialise en de nombreuses buttes-témoin, reliques isolées du plateau calcaire, comme celle sur laquelle la ville de Laon est édifiée, ou encore le mont Aimé, au sud d'Épernay. La côte atteint son altitude maximale dans l'extrémité orientale de son front (286 m au mont Sinaï dans la montagne de Reims, 246 m au mont Gaillard dans la côte des Blancs).
La côte d'Île-de-France est entaillée de plusieurs grandes vallées, qui pour l'essentiel sont d'axe est-ouest : l'Oise, l'Aisne, la Vesle, la Marne, le Grand Morin, et la Seine au sud.
Elle est particulièrement réputée pour ses vignes rattachées au vignoble de Champagne (Côte des Blancs, Montagne de Reims, Massif de Saint-Thierry). Sa partie basse, à l'ouest, est dominée par la culture céréalière, tandis que l'est est réputé pour son élevage bovin, nécessaire à la fabrication du fromage de Brie.
La côte d'Île-de-France ou champenoise domine à l'est la Champagne crayeuse, qui constitue le revers de la côte suivante, la Côte de Champagne.
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Laon sur sa butte-témoin. -
Le plateau entaillé par la Marne à Nanteuil-sur-Marne (Seine-et-Marne). -
Le front de cuesta à Prouilly (Marne), rebord du massif de Saint-Thierry.
Côte de Champagne

Au pied de la côte d'Île-de-France, le revers de la côte de Champagne correspond aux grandes étendues planes et cultivées de craie de la Champagne crayeuse.
Dans sa partie centrale, cette côte est moins marquée et moins élevée que la côte d'Île-de-France, mais s'étend sur une distance importante, à partir du sud des Ardennes, englobant l'est du département de la Marne, la partie centrale de l'Aube, le nord de l'Yonne (forêt d'Othe) et se prolongeant jusqu'au val de Loire. Son altitude moyenne oscille entre 80 et 200 m.
Le front de la côte est distant de 40 à 60 km de celui de la côte d'Île-de-France. Il s'élève au plus haut légèrement au-dessus de 200 m, mais atteint 300 m en forêt d'Othe, dans sa partie méridionale. Parmi ses sommets remarquables figurent la Main de Massiges ou la colline du moulin de Valmy.
Massivement dominé par le pin noir au XIXe siècle, le plateau de la Champagne crayeuse a vu son paysage totalement transformé par l'abandon de la sylviculture, remplacée par l'openfield. Le territoire est aussi caractérisé par la présence de vastes terrains militaires (Camp de Mailly, Camp de Suippes, Camp de Mourmelon).
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La campagne vallonnée de la côte de Champagne à Bassu (Marne). -
Coteaux viticoles à Vitry-en-Perthois (Marne). -
La côte à Prugny (Aube).
Argonne
Côte des Bar
Côtes de Meuse
Côtes de Moselle
Côte infra-liasique
Synthèse des caractéristiques géologiques
Notes et références
- ↑ Atlas des paysages de Meurthe-et-Moselle, « Vivre les paysages de Meurthe-et-Moselle. Les paysages, la géologie, les sols », sur vivrelespaysages.meurthe-et-moselle.fr (consulté le ).
- ↑ Encyclopædia Universalis, « Bassin parisien. Un bassin sédimentaire vaste et complexe », sur universalis.fr (consulté le ).
- Pierre Thomas, « Des Galapagos à la Mauritanie en passant par le vignoble de Champagne et d'autres lieux : des mini et des maxi-cuestas », sur planet-terre.ens-lyon.fr, (consulté le ).
- ↑ Bureau de recherches géologiques et minières, « ALEA-Karst : vers une approche multicritère de l'aléa lié aux cavités karstiques en contexte calcaire », sur infoterre.brgm.fr, (consulté le ).
- ↑ Michel Deshaies, « L’explication du relief de côtes de la France de l’Est dans la première moitié du XXe siècle », Revue Géographique de l'Est, vol. 39, no 1, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Jean-Pierre Gély, Franck Hanot, Christian Robelin, Joséphine Vicelli et Robert Wyns, « Présentation de la coupe géologique du Bassin parisien et du Fossé rhénan », dans Jean Pierre Gély et Frank Hanot, Le Bassin parisien : un nouveau regard sur la géologie, Association des Géologues du Bassin de Paris, (lire en ligne), p. 106-113.
- ↑ Dominique Harmand et Bryan Crolet, « La montagne vosgienne : aspects géologiques, géomorphologiques et impact anthropique », dans Charles Kraemer, Vivre dans la montagne vosgienne au Moyen Âge, Éditions de l’Université de Lorraine, (lire en ligne).
- ↑ Michel Deshaies, « Invitation à la découverte des paysages lorrains. Les Vosges gréseuses, du col de Saverne à la Moselle », sur rpn.univ-lorraine.fr (consulté le ).
- ↑ Henri Baulig, « Questions de morphologie vosgienne et rhénane », Annales de Géographie, vol. 31, no 170, , p. 132-154 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Conseil général de Seine-et-Marne et CAUE 77, Atlas des paysages de Seine-et-Marne, Conseil général de Seine-et-Marne, , 272 p. (lire en ligne), p. 42.
Voir aussi
Bibliographie
Articles connexes
Vidéo
- Histoire géologique du Bassin Parisien. Vidéo du BRGM.
Liens externes
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