Cyrille Aguessy
| Cyrille Aguessy | |
| Fonctions | |
|---|---|
| Conseiller général | |
| – (5 ans, 2 mois et 25 jours) |
|
| Élection | 5 janvier 1947 |
| Circonscription | Porto-Novo |
| Président | Sourou Migan Apithy |
| Groupe politique | UPD |
| Commission | Permanente |
| Prédécesseur | Fonction créée |
| Biographie | |
| Nom de naissance | Cyrille Dominique Aguessy |
| Date de naissance | |
| Lieu de naissance | Ouidah (Dahomey) |
| Date de décès | (à 74 ans) |
| Lieu de décès | Dakar (Sénégal) |
| Nationalité | Béninoise Française |
| Parti politique | UPD |
| Diplômé de | École normale William-Ponty École de médecine de l'AOF |
| Profession | Médecin |
| Distinctions | Voir distinctions |
| Religion | Catholicisme |
Cyrille Aguessy, né le à Ouidah, au Dahomey (actuel Bénin), et mort le à Dakar, au Sénégal, est un médecin, historien, enseignant et homme politique béninois naturalisé français. Il est conseiller général au Dahomey de 1947 à 1952 et l'auteur de travaux historiques sur le Dahomey, notamment sur le royaume de Porto-Novo.
Biographie
Naissance et études
Cyrille Dominique Aguessy naît le à Ouidah, au Dahomey (actuel Bénin)[1]. Il commence sa scolarité à l'école primaire de Cotonou[2], puis effectue ses études secondaires à l'École primaire supérieure Victor-Ballot ; il appartient à la promotion 1919[3]. Il part ensuite poursuivre ses études supérieures au Sénégal, d'abord à l'École normale William-Ponty[4], établissement réputé pour former la future élite d'Afrique-Occidentale française (AOF)[n 1], puis à l'École de médecine de l'AOF à Dakar, dont il sort diplômé « médecin auxiliaire »[n 2] en 1927[2].
Carrière professionnelle
Cyrille Aguessy entame sa carrière au sein du service de santé colonial de l'AOF ; il est nommé médecin auxiliaire stagiaire le et devient médecin auxiliaire le [5]. Il participe à l'exposition coloniale internationale de 1931 en tant que médecin du service médical pour la section de l'AOF[6]. Au fil de ses affectations, il exerce dans plusieurs localités, notamment à Parahoué[n 3] en 1933[7]. Il est promu médecin auxiliaire principal le [5]. Il exerce à Cotonou lorsqu'en vertu du décret du [n 4],[8], il est admis à la citoyenneté française le [1]. À la fin des années 1930, il enseigne la médecine et rédige des articles consacrés au rôle des médecins auxiliaires du cadre de l'AOF[9]. Il obtient le grade de médecin africain principal de 1re classe le [10]. En 1949, alors affecté à Porto-Novo, il est nommé chevalier de l'ordre de la Santé publique[11] et chevalier de la Légion d'honneur[12].
Carrière politique
À l'image d'une partie de l'élite dahoméenne de son époque, Cyrille Aguessy s'engage en politique. Il se présente aux premières élections locales permettant au territoire de se doter d'un Conseil général[n 5]. Il est inscrit sur la liste de l'Union progressiste dahoméenne (UPD), au premier collège[n 6], dans la première circonscription (cercle de Porto-Novo), où quatre sièges sont à pourvoir[13]. Il est élu conseiller général le [14]. Au cours de son mandat, il est membre de la commission permanente[15]. Il ne se représente pas aux élections territoriales suivantes.
Comité catholique du cinéma au Sénégal
Fervent catholique, Cyrille Aguessy est président du Comité catholique du cinéma au Sénégal. Il annonce en 1954 la création d'un Comité catholique africain du cinéma pour guider les spectateurs[16] et encadrer la diffusion des films afin de s'assurer qu'ils sont conformes aux normes morales. À partir de 1955, ce comité publie le bulletin Sur les écrans d'AOF, aligné sur les cotations de la Comité catholique du cinématographe[17]. Cyrille Aguessy est conscient de « l'apport civilisationnel que le cinéma peut offrir au progrès de l'Afrique » mais souligne « les dangers qu'il présente également pour ses aspirations humaines »[16]. Il met en garde contre certains films, notamment les westerns et les films policiers, estimant que « de tels spectacles sont cause de déséquilibres psychiques, de démoralisation et de délinquance », et décrit leur impact sur le public en indiquant que « le septième art a conquis facilement l'Afrique. Il attire ; il éblouit, il fascine par ses images et sa musique. Quelles féeries il offre aux populations insuffisamment averties, qui voient comme dans un rêve des scènes magnifiques de luxe, de confort, de vie artificielle et facile ». Il plaide pour un contrôle renforcé et propose la création d'une commission chargée d'examiner les films, dans laquelle participeraient « quatre représentants de groupements ou d'associations à objectif familial, éducatif, culturel ou confessionnel »[18].
Travaux historiques
En parallèle de sa carrière médicale, Cyrille Aguessy se consacre à la recherche historique, et plus particulièrement à celle de son pays. Il publie notamment en 1953, en collaboration avec Adolphe Akindélé, également médecin, l'ouvrage Contribution à l'étude de l'histoire de l'ancien royaume de Porto-Novo[19]. Leur étude se base sur le livre Iwe itan Ajase, rédigé en yoruba, en 1914, par Akindélé Akinsowou, père d'Adolphe Akindélé. Les auteurs traduisent le texte en français et l'enrichissent d'informations issues de la tradition orale, car si Akindélé Akinsowou s'appuie sur des documents écrits, dont certains remontent aux premiers Portugais arrivés au Dahomey vers 1670, l'histoire du royaume s'est surtout transmise de génération en génération à travers les récits des anciens. Leur travail de reconstitution permet ainsi de retracer l'histoire des rois de Porto-Novo jusqu'au XIVe siècle[20].
Décès
Cyrille Aguessy meurt le à Dakar, au Sénégal. Sa dépouille est transférée à Cotonou[21].
Publications
Ouvrages
- Cyrille Aguessy et Adolphe Akindélé, Contribution à l'étude de l'histoire de l'ancien royaume de Porto-Novo, Dakar, Institut français d'Afrique noire, coll. « Mémoires de l'Institut français d'Afrique noire » (no 25), , 168 p. (OCLC 807900915).
- Cyrille Aguessy et Adolphe Akindélé, Le Dahomey, vol. 6, Paris, Éditions maritimes et coloniales, coll. « Pays africains », , 126 p.
Articles
Médicaux
- Auguste Pettit, Georges Stefanopoulo et Cyrille Aguessy, « Le virus de la fièvre jaune », Comptes rendus des séances de la Société de biologie et de ses filiales, Paris, Masson, vol. 99, t. 2, , p. 258-260 (lire en ligne).
- Cyrille Aguessy, « Index épidémique palustre à Porto‑Novo (Dahomey) », Bulletin de la Société médico‑chirurgicale de l'Ouest africain, .
- Cyrille Aguessy, « Rôle des médecins et sages-femmes auxiliaires de l'AOF dans l'assistance médicale indigène », Bulletin de l'enseignement en AOF, no 84, , p. 193-198 (lire en ligne).
Sociétaux
- Cyrille Aguessy, « Folklore dahoméen », Apollon, Revue littéraire des médecins, .
- Cyrille Aguessy, « Sur l'éducation des femmes indigènes », L'Éducation africaine, no 101, , p. 65-68.
- Cyrille Aguessy et Adolphe Akindélé, « Le Dahomey : données traditionnelles relatives aux Fon Dovinou de Savalou », Bulletin de l'Institut français d'Afrique noire, vol. 17, nos 3-4, , p. 551-560.
Historiques
- Cyrille Aguessy, « Esclavage, colonisation et traditions au Dahomey (sud) », Présence africaine, no 6, , p. 58-67 (JSTOR 24346237).
Distinctions
Chevalier de l'ordre de l'Étoile noire (1944)[22].
Chevalier de l'ordre de la Santé publique (1949)[11].
Chevalier de la Légion d'honneur (1949)[12].
Commandeur de l'ordre national du Dahomey (1970)[23].
Notes et références
Notes
- ↑ Un bon nombre d'instituteurs, de médecins et de cadres issus de l'École normale William-Ponty seront par la suite des hommes politiques et des acteurs majeurs de l'indépendance de leur pays.
- ↑ À l'issue de leur formation à l'École de médecine de l'AOF, la France délivre aux étudiants africains le diplôme de « médecin auxiliaire indigène ». Ces derniers effectuent des études plus courtes qu'en métropole, qui ne leur permettent pas d'exercer sur le territoire métropolitain. Ce titre s'inscrit dans un contexte de discrimination et de ségrégation raciales et établit une hiérarchie entre les médecins métropolitains, considérés comme supérieurs, et les médecins africains, placés dans une position subordonnée. À partir du , et notamment après la conférence de Brazzaville, le titre de « médecin africain » remplace celui de « médecin auxiliaire indigène », afin d'accorder une plus grande reconnaissance au rôle et au travail des praticiens africains, sans pour autant supprimer les inégalités statutaires avec les médecins métropolitains.
- ↑ Parahoué est renommée Aplahoué le .
- ↑ Le décret du fixe « les conditions dans lesquelles les indigènes de l'Afrique occidentale française peuvent être admis à la qualité de citoyen français. »
- ↑ Le Conseil général est rebaptisé Assemblée territoriale en 1952, Assemblée législative en 1959 et Assemblée nationale en 1961. [lire en ligne].
- ↑ Le premier collège est réservé aux citoyens de statut civil français (colons) et aux « évolués » ; le second collège est destiné aux autochtones soumis au statut personnel (« indigènes »). Cette distinction de collèges permet aux colons de s'assurer de disposer de sièges au Conseil général.
Références
- « Naturalisations et réintégrations », Journal officiel de la République française, Paris, no 31, , p. 1528 (lire en ligne, consulté le ).
- IRAD 1969, p. 24-25.
- ↑ Ballot 1992, p. 12.
- ↑ Jézéquel 2024, p. 208.
- Ministère des colonies, « États de service du personnel », Annuaire du ministère de la France d'outre-mer et du ministère des relations avec les États associés, Paris, Éditions de l'Union française, , p. 569 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Ministère des colonies, « La vie de la délégation », Rapport général de l'exposition coloniale internationale et des pays d'outre-mer de 1931, Paris, Imprimerie nationale, vol. 5, , p. 302 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Cyrille Aguessy, « Rôle des médecins et sages-femmes auxiliaires de l'AOF dans l'assistance médicale indigène », Bulletin de l'enseignement en AOF, no 84, , p. 198 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Décret du 23 juillet 1937 : Conditions dans lesquelles les indigènes de l'AOF peuvent être admis à la qualité de citoyen français », Journal officiel de la République française, Paris, no 172, , p. 8476 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Elsa Paris, « Les étudiants en médecine en Afrique de l'Ouest au XXe siècle : perspectives historiques sur la formation d'une élite », Outre-Mers, Société française d'histoire des outre-mers, nos 394-395, , p. 149-177 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Médecins africains », Bulletin officiel du ministère des colonies, Paris, , p. 428 (lire en ligne, consulté le ).
- « Ministère de la Santé publique et de la population : Au grade de chevalier », Journal officiel de la République française, Paris, no 63, , p. 2609 (lire en ligne, consulté le ).
- « Ministère de la France d'outre-mer : Au grade de chevalier », Journal officiel de la République française, Paris, no 155, , p. 6477 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Liste des candidats au Conseil général », France-Dahomey, Porto-Novo, no 963, , p. 4 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Résultats des scrutins », Le Phare du Dahomey, no 28, 1re édition de janvier 1947, p. 2 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Conseil général : Commission permanente », France-Dahomey, Porto-Novo, no 1011, , p. 1 (lire en ligne, consulté le ).
- Martin et Kaboré 2023, p. 155.
- ↑ Vivien Soldé, Le cinéma dans l'éducation populaire en France : étude comparative des réseaux confessionnels et laïques de la Libération aux années 1980 (Thèse), , 603 p. (lire en ligne [PDF]), p. 155.
- ↑ Odile Goerg, « Entre infantilisation et répression coloniale: Censure cinématographique en AOF, « grands enfants » et protection de la jeunesse », Cahiers d'Études Africaines, vol. 52, no 205, , p. 165-198 (JSTOR 41446035).
- ↑ Agboton 1997, p. 142.
- ↑ J. H., « Reviewed Work: Contribution à l'étude de l'histoire de l'ancien royaume de Porto-Novo by A. Akindélé, C. Aguessy », Anthropos, vol. 49, nos 3/4, , p. 781-782 (JSTOR 40451000).
- ↑ « Arrêtés portant autorisation de transfert de restes mortels », Journal officiel de la république du Sénégal, Dakar, no 4748, , p. 97 (lire en ligne [PDF], consulté le ).
- ↑ Comité français de la Libération nationale, « Au grade de chevalier », Journal officiel de la République française, Alger, Imprimerie Pfister réquisitionnée, no 9, , p. 84 (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ « Décret no 1970-187 portant nomination et promotion à titre civil dans l'ordre national du Dahomey », sur Secrétariat général du Gouvernement du Bénin, (consulté le ).
- ↑ « Décret no 1963-201 portant nomination et promotion dans l'ordre national du Dahomey à l'occasion de la visite officielle au Sénégal de M. le président de la république du Dahomey du 1er au 8 mai 1963 », sur Secrétariat général du Gouvernement du Bénin, (consulté le ).
Voir aussi
Bibliographie
- Institut de recherches appliquées du Dahomey, Dictionnaire bio-bibliographique du Dahomey, vol. 1, Porto-Novo, Imprimerie nationale, , 183 p.
- Le livre d'or des anciens de Ballot : École primaire supérieure et collège Victor Ballot, Porto-Novo, Cotonou, Éditions du Bénin, coll. « Mémorial du Bénin », , 72 p. (OCLC 36088785).
- Gaston Agboton, Culture des peuples du Bénin, Présence africaine, , 192 p. (ISBN 9782708706484).
- (en) Michael T. Martin et Gaston Jean-Marie Kaboré, African Cinema: Manifesto and Practice for Cultural Decolonization : Volume 1: Colonial Antecedents, Constituents, Theory, and Articulations, , 638 p. (ISBN 9780253066220).
- Jean-Hervé Jézéquel, Les mangeurs de craies : Une histoire des instituteurs ouest-africains en situation coloniale, Éditions de la Maison des sciences de l'homme, , 468 p. (ISBN 978-2735130955, lire en ligne).
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