Dépendance à la pornographie

La dépendance à la pornographie est un trouble psychique défini comme une consommation auto-déclarée excessive et répétitive de pornographie.

Ce trouble fait l'objet de centaines de publications scientifiques, mais, comme pour l'addiction sexuelle, il n'existe pas de consensus fort sur sa définition précise et sa caractérisation clinique.

On peut parler de dépendance à la pornographie dans le cas où une personne n'arrive pas à contrôler son attirance pour la pornographie, qu'elle y consacre beaucoup de temps, ou que cette dépendance a un impact important sur sa vie sociale, son travail, sa santé, sa vie de couple ou sa vie de famille.

Études médicales

CIM-11 (classification de l'OMS)

La dépendance à la pornographie ne figure pas en tant que telle dans la classification internationale des maladies de l'OMS (CIM-11). Cependant on y trouve le trouble du comportement sexuel compulsif ("compulsive sexual behaviour disorder"), également appelé Hypersexualité, dans la section 6C.

Littérature scientifique

Une méta-étude publiée en dans le Journal of Clinical Medicine, intitulée Online Porn Addiction: What We Know and What We Don’t—A Systematic Review (Addiction à la pornographie en ligne: ce qu'on sait et ce qu'on ignore)[1] a recensé 184 articles traitant du sujet. Les auteurs observent que "bon nombre d'études récentes soutiennent l'idée que ce trouble serait une addiction avec des symptômes cliniques comme le troubles de l'érection et l'insatisfaction sexuelle". L'état actuel de la recherche permet de dire que ce trouble compulsif est comparable à une addiction comportementale, comme l'addiction aux jeux de hasard[2]. Les recherches sur le cerveau ont mis en lumière un plaisir anticipé à la consommation de pornographie supérieur au plaisir au moment de la consommation, ce qui est caractéristique des addictions comportementales[3], et peut avoir pour effet un sentiment de honte et de culpabilité après avoir jouit ou regardé du porno[4],[5], une augmentation de la fréquence de masturbation et un évitement émotionnel qui peut se traduire par une préférence pour la masturbation que pour les relations réelles[6],[7]. L’usage problématique est souvent lié à la recherche de plaisir sexuel pour échapper à des émotions désagréables [7].

Le développement d'une sexualité compulsive, comme l'addiction au porno, est particulièrement facilité par des traumas survenus dans l'enfance, des abus émotionnels, de la négligence ou des agressions sexuelles comme peut l'être une exposition précoce à la pornographie[8],[9],[10],[11]. L’exposition précoce à la pornographie peut créer un mécanisme addictif lié à la reproduction de traumatismes sexuels. Chaque passage à l’acte ou visionnage réactive les circuits cérébraux associés à la sidération, à la domination et à l’humiliation, déclenchant des décharges hormonales (cortisol, adrénaline, ocytocine) similaires à celles du trauma initial. Ce brouillage entre les systèmes de plaisir et de violence renforce le fonctionnement traumatique, valide les comportements problématiques et diminue la capacité de conscience et de prise en charge des traumatismes. Les biais cognitifs permissifs s’accentuent avec le temps, et la consommation de pornographie les amplifie, favorisant ainsi un cycle addictif de répétition[12],[11],[13],[14].

Quant aux traitements possibles, le sevrage permet dans la plupart des cas la disparition complète des symptômes[5], pour traiter les causes de l'addiction ou les comorbidités associées (anxiété, dépression, psychopathie, ...) la psychothérapie accompagnée si besoin d'un traitement médicamenteux sont indiqués[14].

Plusieurs articles, rapports gouvernementaux et études scientifiques témoignent que l'augmentation de dépendance à la pornographie est en corrélation avec l'accès gratuit aux plateformes pornographiques, et facilité par l'usage de smartphones avant l'entrée dans l'adolescence[15],[16],[17], et au fonctionnement des algorithmes qui étudient le comportement des internautes pour favoriser l'addiction[18],[19].

IRM

En 2006, une équipe de chercheurs américains a entamé une expérience de plusieurs mois[20] d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), afin de mettre en évidence sur le cerveau les effets des images pornographiques, sans qu'il soit permis de conclure sur de possibles effets cliniques.

En 2016, une étude menée en Allemagne[3] a montré que certaines zones du cerveau liées au système de récompense — notamment le striatum ventral — s’activent lorsqu’une personne regarde des images sexuelles explicites. Plus cette zone était active, plus les participants déclaraient des symptômes d’addiction à la pornographie en ligne. Ces résultats suggèrent que le cerveau traite certains contenus pornographiques comme une récompense, renforçant l’envie de les consommer. Ce mécanisme pourrait expliquer pourquoi certaines personnes perdent progressivement le contrôle de leur usage, comme dans d’autres formes d’addiction.

Au cinéma

Notes et références

  1. ↑ Rubén de Alarcón, Javier I. de la Iglesia, Nerea M. Casado et Angel L. Montejo, « Online Porn Addiction: What We Know and What We Don’t—A Systematic Review », Journal of Clinical Medicine, vol. 8, no 1,‎ (ISSN 2077-0383, PMID 30650522, PMCID 6352245, DOI 10.3390/jcm8010091, lire en ligne, consulté le )
  2. ↑ (en) Marek Wyoych, Arthur Marchwka et al, « can pornography be addictive? », sur National Library of Medicine, (consulté en )
  3. (en) Jan Snagowski, Stefan Maderwald, Chistian Laier, Matthias Brand, « > Ventral striatum activity when watching preferred pornographic pictures is correlated with symptoms of internet pornography addiction> », sur National Library of Medicine, (consulté en )
  4. ↑ (en) Michal Privara et al, « Pornography Consumption and Cognitive-Affective Distress », sur PubMed, (consulté en )
  5. (en) Andrew P. Doan et al, « Is Internet Pornography Causing Sexual Dysfunctions? », sur Pubmed, (consulté en )
  6. ↑ (en) Paul J. Wright et al, « Pornography and Sexual Dissatisfaction: The Role of Pornographic Arousal, Upward Pornographic Comparisons, and Preference for Pornographic Masturbation », sur Oxford Academic, (consulté en )
  7. (en) Michael E. Levin et al, « The role of experiential avoidance in problematic pornography viewing », sur Springer Nature Link, (consulté en )
  8. ↑ « Violences sexuelles faites aux enfants : « on vous croit » », sur ciivise, (consulté en )
  9. ↑ Marie-Pier Vaillancourt-Morel, Natacha Godbout, Chloé Labadie, Marsha Runtz, Yvan Lussier, Stéphane Sabourin, « Avoidant and compulsive sexual behaviors in male and female survivors of childhood sexual abuse », sur National Library of Medicine, (consulté en )
  10. ↑ Natacha Godbout et al, « LES DÉTERMINANTS ET LES CORRÉLATS DE LA COMPULSION SEXUELLE », sur Natacha Godbout, (consulté en )
  11. Melissa N. Salvi, Arielle A. J. Scoglio, Gretche R. Blycker et al, « Child Sexual Abuse and Compulsive Sexual Behavior », sur PubMed, (consulté en )
  12. ↑ Jennie G. Noll et al, « A prospective investigation of the impact of childhood sexual abuse on the development of sexuality. », sur APA PsycNet, (consulté en )
  13. ↑ (en) Mary Sharpe, Darryl Mead, « Problematic Pornography Use: Legal and Health Policy Considerations », sur National Library of Medicine, (consulté en )
  14. Muriel Salmona, Le livre noir des violences sexuelles, Dunod, , 3e éd., LIII-454 p. (ISBN 978-2-10-082583-7)
  15. ↑ Bertrand BARAY, « Sortir de la dépendance à la pornographie », sur Bertrand Baray, (consulté le )
  16. ↑ « Programme Porno-dépendance – CIVAS Estrie – Centre d’intervention en violence et agressions sexuelles de l’Estrie » (consulté le )
  17. ↑ Marie-Anne Sergerie et Simon Corneau, « USAGE PROBLÉMATIQUE DE LA PORNOGRAPHIE : CONCEPTUALISATION, ÉVALUATION ET TRAITEMENT », Revue québécoise de psychologie, vol. 38, no 1,‎ , p. 259–282 (ISSN 2560-6530, DOI 10.7202/1040079ar, lire en ligne, consulté le )
  18. ↑ (en) Debasmita De, Mazen Jamal, Eda Aydemir, Anika Khera, « Social Media Algorithms and Teen Addiction: Neurophysiological Impact and Ethical Considerations », sur PubMed, (consulté en )
  19. ↑ (en) Yu Yao, « Regulating addictive algorithms and designs: protecting older adults from digital exploitation beyond a youth-centric approach », sur frontiers, (consulté en )
  20. ↑ Courrier international, « Une nouvelle arme contre la pornographie : l’IRM ».
  21. ↑ fiche IMDB de Good Dick

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes

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