DMV (musique)
| Origines stylistiques | Trap |
|---|---|
| Origines culturelles | États-Unis |
| Popularité | France |
| Scènes régionales | District de Columbia, Maryland et Virginie (États-Unis) |
Sous-genres
DMV crank
Genres associés
Le DMV désigne à la fois une région géographique des États-Unis, le District de Columbia, le Maryland et la Virginie et, par extension, un style de rap associé à cette zone. En musique, le terme « DMV flow » renvoie à une manière de rapper caractérisée par un placement rythmique décalé par rapport à l’instrumentale, souvent associé à des productions trap. Le style émerge dans les années 2010 sur la côte est des États-Unis et influence ensuite certaines scènes underground internationales, notamment francophones.
Histoire
Origines
L’acronyme DMV correspond aux initiales de District de Columbia, Maryland et Virginie. Il est initialement utilisé pour désigner la scène hip-hop locale regroupant des artistes issus de ces territoires. L’usage du terme se popularise dans les années 1990 grâce aux initiatives de Dre All Day, organisateur d’événements hip-hop locaux, puis au début des années 2000 avec le vidéaste et rappeur 20Bello, qui contribue à associer l’appellation aux artistes de la région[1].
Les racines du hip-hop dans la région remontent aux années 1980 et 1990 avec des artistes comme D.C. Scorpio, Section 8 Mob, Nonchalant, Black Indian, Questionmark Asylum et Diamond District, qui contribuent à établir un terrain propice à la naissance du DMV flow[2].
L’origine précise du DMV flow fait l’objet de débats dans la presse musicale. Plusieurs artistes de Washington, D.C., et du Comté du Prince George sont cités comme figures fondatrices, notamment Big Flock, Shabazz, Goonew et Q Da Fool. Le morceau Linebacker de Big Flock est fréquemment mentionné comme l’un des premiers exemples marquants de ce type de flow[3]. Certaines sources mentionnent également l’influence du rappeur d’Atlanta Hoodrich Pablo Juan, qui collabore avec des artistes du DMV à partir du milieu des années 2010, alimentant des interprétations divergentes sur l’émergence du style[4].
Émergence et diffusion
Le DMV flow se développe principalement au cours des années 2010, porté par une nouvelle génération d’artistes locaux adoptant un placement rythmique non conventionnel, rompant avec les structures classiques du rap trap. Parmi les figures fréquemment citées figurent Lil Dude, Baby 9eno, Keezah, et le collectif Rx (anciennement DrugRixh), composé de Rx Peso et Rx Hector. Le producteur Danny Wolf joue un rôle notable dans la diffusion et la popularisation de ce style[5].
Bien que majoritairement cantonné à la scène régionale, certains éléments du DMV flow sont repris par des artistes à plus large audience, comme Lil Uzi Vert, dont le morceau Free Uzi suscite des discussions sur l’influence du style[6],[7],[8].
Au milieu des années 2020, une variante plus énergique et agressive, appelée DMV crank, émerge dans la région. Des artistes comme HavinMotion et Sherifflazone (en France) explorent ce style, qui se caractérise par un ton plus sombre, des instrumentales plus dynamiques et des adlibs fréquentes, tout en conservant le placement vocal décalé du DMV flow[9]. DMV crank incorpore également des références à la culture du crime, aux carjackings et à une esthétique de club gothique, en contraste avec le DMV flow plus linéaire[10].
Caractéristiques
Le DMV flow se caractérise par un placement rythmique en décalage par rapport à l’instrumentale, souvent désigné sous le terme d’overlap. Cette technique repose sur la superposition de segments vocaux, la fin d’une phrase chevauchant le début de la suivante. Le débit est généralement rapide et continu, avec une intonation relativement uniforme. Le flow ne s’aligne pas systématiquement sur les temps forts de la production, ce qui constitue un élément central de cette approche. Les schémas de rimes sont en général simples et répétitifs, la constance du placement vocal occupant une place importante dans la structure des morceaux[1].
Cette approche implique une maîtrise précise du rythme et peut donner une impression de décalage à des auditeurs non familiers du style[1].
Le DMV crank, en revanche, conserve le placement vocal mais introduit des instrumentales plus rapides et rythmées, des adlibs répétitives et une intensité accrue dans les flows, donnant un aspect plus agressif et énergique à la musique[10].
Productions associées
Le DMV flow s’accompagne le plus souvent de productions trap, caractérisées par une basse prononcée et une mélodie minimale. Certaines instrumentales sont qualifiées de « no melo », se limitant aux percussions et à la ligne de basse. Bien que souvent rapproché de la plugg music[5], le DMV flow s’en distingue : la plugg désigne un type de production, tandis que le DMV flow renvoie à une manière de rapper. Les deux esthétiques coexistent toutefois régulièrement dans les mêmes morceaux[6].
Diffusion en France
Appropriation et adaptations
Le DMV flow apparaît en France principalement via la scène SoundCloud, qui facilite la diffusion de musiques expérimentales et underground. À partir de la fin des années 2010, plusieurs artistes francophones adoptent ce style en l’intégrant à d’autres influences du rap contemporain. Parmi eux figurent 8ruki, Serane, Jwles, thaHomey, Rowjay et le collectif DirtyIceBoyz. Certains, comme 8ruki, préfèrent le terme « overlap flow » pour éviter la connotation géographique[11].
La variante DMV crank est introduite en France par des artistes comme Sherifflazone, présenté comme ambassadeur de ce style. Sherifflazone réinterprète les codes du DMV en y ajoutant davantage d’énergie, d’agressivité et de dynamisme dans les flows et instrumentales. D’autres artistes français, comme thaHomey ou Rowjay, participent également à la diffusion et à la pérennisation de la scène DMV en France[10].
Réception critique et évolutions récentes
L’appropriation du DMV flow en France suscite des réactions variées. Le style est parfois critiqué pour son minimalisme formel ou pour son apparente rupture avec les placements rythmiques traditionnels. À l’inverse, d’autres observateurs y voient une adaptation locale de courants américains récents. Depuis 2022, le DMV flow connaît une forte visibilité médiatique, et plusieurs artistes continuent d’exploiter et de réinterpréter ces placements décalés, que ce soit sur des productions plugg music, trap ou plus acoustiques, attestant de la pérennité du style au-delà de son effet de mode initial[11].
Le DMV crank, avec Sherifflazone en France et HavinMotion aux États-Unis, marque un second souffle du genre, accentuant son énergie et sa visibilité. En combinant le DMV flow traditionnel avec des influences de drill, de trap et de go-go, cette évolution contribue à renouveler et à diversifier la scène hip-hop francophone et américaine. Les projets récents comme DMVP de Sherifflazone ou Motion de HavinMotion illustrent cette nouvelle orientation artistique[12].
Notes et références
- Tim Levaché, « DMV : quand le rap français prend un temps d’avance », sur Mouv', (consulté le )
- ↑ Jon Powell, « 17 artists who led the march for the DMV's thriving rap scene », sur REVOLT (consulté le )
- ↑ (en-US) Sidney Thomas, « Remembering Goonew », sur Washington City Paper, (consulté le )
- ↑ (en-US) Sidney Thomas, « The History, Mystery, and Controversy Behind the “DMV Flow” », sur Washington City Paper, (consulté le )
- AnnaC, « Plugg, DMV, Hyperpop… Le rap de demain qui vient d’hier », sur Booska-P, (consulté le )
- Yugoslavie, « Le DMV flow », sur Cul7ure, (consulté le )
- ↑ (en-US) Aaron Williams, « Lil Uzi Vert Sent A Casual Response To Goldlink’s Accusation Of Flow Stealing », Uproxx, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ (en) Tara Mahadevan, « GoldLink Claims Lil Uzi Vert Stole "DMV Flow" on New Song "Free Uzi" », sur Complex, (consulté le )
- ↑ (en) 6 min Dylan Green, « The Aggressive Beauty of DMV Crank, 2024’s Most Exciting Rap Subgenre »
, sur Hearing Things, (consulté le )
- Genono, « Sherifflazone, l’ambassadeur du DMV crank », sur Mouv', (consulté le )
- Tim Levaché, « Quand le DMV flow français fait peau neuve », sur Mouv', (consulté le )
- ↑ (en) « HavinMotion’s new mixtape is nitrous-boosted DMV rap », sur The Fader, (consulté le )
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