Dada dans les arts plastiques
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Les arts plastiques dada est un des modes d'expression du mouvement dada. Les œuvres plastiques dada ont comme principales caractéristiques d'être souvent la résultante du hasard, d'être iconoclaste, provocatrices, voire profanatrices. Elles incorporent différents médiums tels que la peinture à l'huile, la sculpture sur bois ou encore la photographie, et se veulent en rupture radicale avec les dogmes artistiques qui la précèdent. Parmi les modes de création dada, l'on retrouve le collage, la collaboration à plusieurs mains et l'assemblage de divers objets du quotidiens au sein d'un tableau hétéroclite et fortement varié dans sa forme.
Hasard et abstraction
« Il nous faut des œuvres fortes, droites, précises et à jamais incomprises »
— Tristan Tzara, Manifeste Dada 1918

Dans un contexte où la Grande guerre provoque une crise de toutes les valeurs de la société bourgeoise occidentale, Dada ne peut se reconnaître que dans des œuvres abstraites telles que les formes découpées de Hans Arp[1]. Selon l'historien de l'art Michel Sanouillet, les « collages » et les reliefs de celui-ci, comme les créations de sa compagne Sophie Taeuber, se distinguaient déjà dès 1916 des productions contemporaines de Vassili Kandinsky « par un abandon total à la spontanéité »[2].
Dans le Manifeste Dada 1918, le poète Tristan Tzara désigne la « spontanéité » comme élément central du mouvement Dada, ce qu’il réaffirme à plusieurs occasions entre 1922 et 1923[3], puis en 1924 dans un entretien avec le poète René Crevel où il dénie le caractère novateur de l’écriture automatique et précise que cette spontanéité doit s’appliquer non seulement à la poésie mais aussi aux actes de la vie[4]. Cette exaltation de la spontanéité devance le célèbre passage du Dada Manifeste sur l'amour faible et l’amour amer dans lequel le poète propose une recette qui consiste à découper un article de journal, mettre les mots ainsi découpés dans un sac et les en ressortir un par un pour assembler un poème. Cette notion de spontanéité demeure problématique, selon Marius Hentea, dans la mesure où Tzara n’a en réalité jamais écrit de poésie spontanément, « et encore moins en appliquant sa fameuse recette »[3], à l’exception du poème donné en exemple à sa suite[5].
Il n'empêche que certaines œuvres plastiques dada peuvent être vues comme l'équivalent plastique de ces poèmes dont les mots sont tirés au sort, en particulier les travaux de Hans Arp et Sophie Taeuber à Zurich. Hans Arp, par exemple, utilise le hasard dès 1916, en laissant tomber sur des feuilles des bouts de papiers déchirés[6]. Plus tard, en collaboration avec Max Ernst à Cologne, il produit également FaTaGaGa, fabrication de tableaux garantis gazométriques, collages issus du hasard[7].
Le Ready-made
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Dans son Dictionnaire abrégé du Surréalisme, André Breton définit le ready-made comme « un objet usuel promu à la dignité d’œuvre d'art par le simple choix de l'artiste[8] ». Ce concept trouve son origine en 1913, avec la Roue de bicyclette ou en 1914 avec le Porte-bouteilles, deux œuvres de Marcel Duchamp[9]. Cette dernière a été achetée au Bazar de l'Hôtel de Ville à Paris. Bien que le travail manuel de l'artiste disparaisse totalement de l’œuvre — l'intervention de l'artiste se réduisant au choix et à la nomination de l'objet — le choix de cet objet n'est pas vide de sens : les verres et les bouteilles sont en effet très présentes sur les natures mortes du cubisme, mouvement pictural dont Duchamp voulait sortir comme « d'une camisole de force ». L'artiste renomme ensuite ce premier ready-made, Séchoir à bouteilles ou Hérisson, pour, selon la professeure d'arts plastiques Margherita Leoni-Figini, substituer « aux bouteilles et aux verres se démultipliant en mille facettes transparentes du Cubisme analytique » « l'objet réel, opaque et en fer, qui les accueille, piquant comme un hérisson »[6].
En dépit de cet antécédent, le terme ready-made n'apparait qu'aux États-Unis en 1915[9]. En août, Duchamp « quitte une France intolérante envers un homme libre non engagé dans le conflit mondial[10] », et rejoint un groupe pré-dada composé notamment du boxeur et poète Arthur Cravan, ainsi que des peintres américains John Covert, Joseph Stella et Morton Schamberg. Là, il poursuit ses ready-mades, et y ajoute des inscriptions. Par exemple, il inscrit sur une pelle à neige les mots « En prévision du bras cassé ». L'humour et les jeux de mots transforment l'objet usuel en autre chose que ce qu'il était[6]. C'est toujours à New York, en 1917, que Marcel Duchamp propose le ready-made « qui connaîtra un retentissement historique irréversible »[9] : Fountain, un urinoir en porcelaine, posé à l'horizontal et signé « R. Mutt, 1917 », que Duchamp et Joseph Stella envoient au comité organisateur de l'exposition des Artistes Indépendants. Au-delà du concept, ce geste est une provocation : l’œuvre met à l'épreuve la liberté totale proclamée par les Indépendants de New York. Le comité refusant Fountain, Duchamp démissionne[11].

La photographie de Fountain par Alfred Stieglitz est publiée dans le second numéro de la revue dadaïste The Blind Man, accompagnée d'un long éditorial qui proclame[12] :
« Que Monsieur Mutt ait fabriqué la fontaine de ses propres mains ou non est sans importance. Il l'a CHOISIE. Il a pris un objet de la vie quotidienne, l'a mis en situation au point de faire oublier sa fonction et sa signification utilitaires sous un nouveau titre et un nouveau point de vue — et a créé une pensée nouvelle de cet objet. »
Ce geste radical de Duchamp peut être vu comme le point de départ d'une remise en cause du statut de l’art au xxe siècle[6].
Photomontages et collages

La technique du photomontage est particulièrement exploitée par les dadaïstes allemands, qui tirent profit de toutes ses possibilités expressives[13],[7]. Raoul Hausmann est l'un des principaux auteurs de photomontages à Berlin. Hannah Höch, John Heartfield et George Grosz en proposent également, lesquels cherchent principalement à susciter la polémique. Ces photomontages combinent découpes de photographies tirées de journaux, lettres, éléments typographiques issus de coupures ou de manchettes de presse. Ils jouent avec les échelles, et les mots dispersés dans l’œuvre jouent comme des slogans, des cris ou des ordres[13]. Selon l'historienne de l'art Catherine Vasseur, ces collages et ces photomontages des dadaïstes allemands transposent « les messages qui saturent l'espace de la vie urbaine »[7].
| Image externe | |
| Raoul Hausmann, Le Critique d'art, 1920. | |
La technique du collage est un moyen de traduire l'instabilité d'un monde devenu illisible, dans la mesure où les collages dadaïstes rendent visibles l'hétérogénéité des surfaces et la fragmentation de l'espace[14]. Si l'on regarde, par exemple, Le Critique d'art (1919-1920) de Raoul Hausmann, les éléments importés sont de nature et d'origine diverses : coupures de journaux, gravures, dessins, schémas, papiers colorés ou dessinés. L’œuvre ne cache rien du caractère importé de chacun de ses fragments[15]. Les matériaux choisis peuvent aussi avoir une signification : dans la même œuvre, on remarque un billet de banque découpé derrière la tête du personnage, ce qui peut signifier sa corruption. Cependant, les lettres isolées qui y figurent également ne signifient plus rien, et forment une représentation fragmentée, où les différents éléments deviennent incapables de communiquer les uns avec les autres[16].
Principe d’assemblage d’objets et de matériaux

Les œuvres dada sont parfois issues d'un assemblage d'objet et de matériaux. Le dadaïste allemand Kurt Schwitters, depuis Hanovre, est l'un des artistes qui poussent le plus loin ce principe, dans la mesure où il se plaît à collecter et assembler les déchets qui envahissent les rues de Berlin ou de Hanovre après la guerre, affirmant[17] :
« On peut crier avec des ordures et c’est ce que je fis, en les collant et les clouant ensemble »
L’œuvre la plus emblématique de Schwitters, ambitionnant de mélanger le plan de l'art et celui de la vie, est Merzbau : une immense sculpture qui envahit l'espace vital de sa maison, un work in progress impossible à vendre, mêlant peinture, sculpture et architecture. Cette œuvre est détruite par les nazis en 1939[17].
Exposition
Du au , une grande exposition au Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou leur a été consacrée[18].
Notes et références
- ↑ Pierre Daix, « La guerre comme faillite de la civilisation bourgeoise », dans Dada et le regain de l’expressionnisme. Pour une histoire culturelle de l’art moderne : Le XXe siècle, Odile Jacob, (lire en ligne), p. 171-189.
- ↑ Michel Sanouillet, Dada à Paris, Paris, CNRS Éditions, (1re éd. 1965) (ISBN 2-271-06337-X, DOI 10.4000/books.editionscnrs.8805, lire en ligne), p. 9.
- Marius Hentea, « La spontanéité poétique chez Tzara », Mélusine, (lire en ligne).
- ↑ Henri Béhar, « Échos » dans Tzara 1975, p. 698.
- ↑ Henri Béhar, « notes », dans Tzara 1975, p. 703.
- Leoni-Figini 2005, §2.
- Vasseur.
- ↑ André Breton et Marguerite Bonnet (éditrice critique), Œuvres complètes, t. II, Paris, , « Dictionnaire abrégé du surréalisme »
- Dachy 2005, p. 70.
- ↑ Dachy 2005, p. 68.
- ↑ Dachy 2005, p. 70-71.
- ↑ Dachy 2005, p. 71.
- Leoni-Figini 2005, §5.
- ↑ Hougue 2015, p. 218.
- ↑ Hougue 2015, p. 219.
- ↑ Hougue 2015, p. 221.
- Leoni-Figini, §6.
- ↑ « DADA », sur mediation.centrepompidou.fr (consulté le )
Annexes
Articles connexes
Bibliographie
- Catherine Vasseur, « Dada : aspects plastiques », dans Encyclopaedia Universalis (lire en ligne)
- Laurent Le Bon (dir.), Dada, Catalogue de l’exposition du Centre Pompidou, Paris, Éditions du Centre Pompidou,
- Margherita Leoni-Figini, Exposition DADA, du 5 octobre 2005 au 9 janvier 2006 : dossier pédagogique - parcours exposition, Centre Pompidou, Direction de l’action éducative et des publics, (lire en ligne
) - Marc Dachy, Dada, La révolte de l'art, Paris, Gallimard / Centre Pompidou, (ISBN 2-07-031488-X)
- Clémentine Hougue, « Collage pictural et collage littéraire de 1920 à 1970 : la construction d’un genre », dans Nelson Charest et Anne-Sophie Gomez, Genres littéraires et peinture, Clermont-Ferrand, Presses Universitaires Blaise-Pascal, (ISBN 978-2-84516-705-6, lire en ligne
), p. 217-231
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