Daniel Sharpe Malekebu

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(à 89 ans) |
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Missionnaire |
Daniel Sharpe Malekebu, né le et mort le , est un médecin, missionnaire baptiste et militant anticolonialiste originaire du Nyassaland (devenu le Malawi). Il est l'un des premiers étudiants de la Providence Industrial Mission (en) fondée par l'activiste anticolonialiste John Chilembwe. À l'âge de quinze ans, Malekebu s'enfuit de chez lui pour poursuivre des études supérieures aux États-Unis. Il obtient son diplôme du Meharry Medical College (en) en 1917, devenant ainsi le premier Malawite à obtenir un diplôme de médecine.
En 1926, en tant que missionnaire au sein du Conseil des missions étrangères de la Convention baptiste nationale, il rouvre la Providence Industrial Mission (en) pour la première fois depuis que sa fermeture après le soulèvement de Chilembwe de 1915. En 1929, il crée la Chiradzulu District Native Association, un forum politique pour les dirigeants autochtones de Chiradzulu pour protester contre les politiques coloniales. En 1945, il fonde l'Assemblée baptiste nationale d'Afrique et y exerce le rôle de président, une organisation unifiée de responsables baptistes du Nyassaland, du Mozambique, de la Rhodésie du Nord ( devenu la Zambie), de la Rhodésie du Sud (devenu le Zimbabwe ) et de l'Afrique du Sud. En 1967, la ville de Nashville organise une cérémonie afin d'honorer les cinquante années de « service à l'humanité » de Daniel Malekebu. En reconnaissance de ses importantes contributions, il reçoit une clé de la ville, le prix du gouverneur du Tennessee pour service exceptionnel et une lettre spéciale de félicitations de la Maison Blanche.
Biographie
Enfance et formation
Daniel Sharpe Malekebu naît le dans le village de Chiradzulu, situé dans le district de Blantyre du Nyassaland. Il est le fils de Lisoka Chambo et de Malika Malekebu, un puissant chef Yao. Après que John Chilembwe a fondé la Providence Industrial Mission (en) en 1900, Daniel Malekebu devient l'un des premiers étudiants et convertis de la mission. Son enseignante à l'école de la mission est Emma Beard Delaney (en), une missionnaire afro-américaine du Conseil des missions étrangères de la Convention baptiste nationale. Durant ces premières années, elle l'engage de manière informelle comme domestique et interprète[1],[2],[3].
Lorsque Emma Delaney rentre aux États-Unis en 1905, il décide de la suivre contre la volonté de ses parents dans l'espoir de poursuivre des études supérieures. Il s'enfuit de chez lui et marche environ 400 miles jusqu'à la ville portuaire de Beira[1],[4]. Là, il trouve un emploi de mousse sur le SS Matebele et se rend à Londres. Il y trouve un emploi sur le SS Saint Paul et se rend aux États-Unis[5]. Il arrive finalement à Ellis Island le [5]. Dans les jours qui suivent, il prend un train pour Columbus où lui et Emma Delaney avaient convenu de se retrouver[1],[5]. Elle le ramène chez elle à Fernandina Beach, où il reste pendant les mois suivants[1],[5].
En 1906, Il commence ses études de premier cycle à l'Université de Selma (en) à Selma. En 1910, il les poursuit à la National Training School de Durham, où il termine le cycle en 1913. En 1913, il effectue une série de conférences dans les églises du Midwest au cours desquelles il rallie le soutien au travail missionnaire africain, formant souvent les gens sur la culture et l'histoire africaines à cette occasion. De 1913 à 1917, il étudie la médecine au Meharry Medical College (en) de Nashville, faisant de lui le premier Malawite à obtenir un diplôme de médecine. De 1917 à 1918, il étudie la médecine tropicale et donne des conférences au département d'anthropologie de l'Université de Pennsylvanie[5],[4].
Pendant son séjour à Philadelphie, il accepte un poste en tant que médecin résident en chef à l'hôpital Mudgett et à l'école de formation des infirmières[4],[6]. De 1918 à 1919, il étudie la théologie au Moody Bible Institute et sert comme ministre adjoint à l'église baptiste Olivet à Chicago[4],[7].
Le , il épouse Flora Ethelwyn Zeto, immigrante de l'État indépendant du Congo[4],[8]. De 1919 à 1921, ils parcourent le Sud des États-Unis, poursuivant la série de conférences de Daniel Malekebu[5].
Carrière
Retour en Afrique et réouverture de la Providence Industrial Mission

Au lendemain du soulèvement de Chilembwe en 1915, le gouvernement colonial ferme la Providence Industrial Mission. L'église centrale de la Mission est démolie et la plupart de ses dirigeants sont exécutés ou emprisonnés. Le , Daniel Malekebu et Flora Zeto retournent au Nyassaland comme missionnaires auprès de la Lott Carey Foreign Mission Convention (en), avec l'intention de rouvrir la Providence Industrial Mission[1],[9],[2]. Le couple est arrêté et le gouvernement leur ordonne de quitter le pays, appliquant ainsi une politique de 1920 qui empêche les Africains éduqués aux États-Unis de rentrer chez eux[1],[10].
Le couple quitte le Nyassaland et se rend au Cap, où Daniel Malekebu sert l'église baptiste de Shiloh en tant que ministre. En 1922, la Convention Lott Carey place le couple au Libéria, où Daniel Malekebu devient professeur dans une école de mission appelée Ricks Institute. En 1924, le couple s'engage à nouveau auprès du Conseil des missions étrangères de la Convention baptiste nationale. Après une correspondance entre la Convention baptiste nationale et le gouvernement du Nyassaland, celui-ci conclut que Daniel Malekebu est « politiquement inoffensif » et approuve son projet de réouverture de la Providence Industrial Mission. Le , le couple est de retour au Nyassaland avec un accueil « cordial » de la part des civils et des représentants du gouvernement. La réouverture de la mission se fait sous les instructions strictes de la Convention baptiste nationale afin de réduire les risques de dérives politiques[1],[5],[2].
À sa réouverture, Daniel Malekebu en devient le nouveau président. Grâce aux généreux dons des églises afro-américaines, la Providence Industrial Mission (PIM) progresse rapidement sous sa direction. Elle implante de nombreuses congrégations dans tout le Nyassaland et le Mozambique qui parviennent à transcender les frontières tribales et rassembler 1200 membres[5],[9],[2]. Daniel Malekebu donne comme priorité l'enseignement de la médecine, de l'anglais et de l'arithmétique, parvenant à accueillir plus de 400 élèves en 1927[1],[9],[5].
Dans un second temps, la PIM construit sous sa direction d'autres infrastructures comme un hôpital, des marchés au sein des villages et une nouvelle église baptiste. L'action de la PIM étend alors son champ d'action à d'autres régions de l'Afrique australe[1],[5],[9].
Tout au long des années 1930, alors que le couple connaissent tous deux des problèmes de santé, ils envoient de nombreuses lettres à leur Conseil des missions étrangères pour demander de l'aide et la permission de prendre un congé médical. Après plusieurs demandes rejetées, le couple est rapatrié aux États-Unis en 1938 car la santé de Flora Zeto est gravement atteinte[2],[1],[9].
Association autochtone du district de Chiradzulu
Conformément à la tendance croissante des associations autochtones émergeant en Afrique, Daniel Malekebu inaugure la Chiradzulu District Native Association (CDNA) en 1929 et devient membre de son conseil exécutif. Tout comme d'autres associations autochtones à travers le continent, la CDNA est devenue un forum politique pour les dirigeants autochtones pour protester contre les politiques gouvernementales. Les objectifs déclarés de la CDNA étaient de représenter les autochtones de Chiradzulu dans les affaires politiques, d'éduquer les autochtones sur les politiques gouvernementales existantes et proposées et d'organiser des réunions publiques pour discuter des questions d'intérêt public. En tant que telle, la CDNA prétend être le « représentant légitime » du peuple de Chiradzulu. La première réunion de la CDNA voit la participation de plus de 400 résidents de Chiradzulu[11],[9]. Du fait de son leadership au sein de la CDNA, Daniel Malekebu est nommé membre du Conseil de district de Chiradzulu au début des années 1930 ce qui accroit considérablement son influence politique[9].
Bien que la CDNA ait rencontré un succès limité avec ses recommandations au gouvernement, elle représentait un défi important au régime colonial. De plus, la CDNA réussit à renforcer les relations entre les dirigeants autochtones dans tout le Nyassaland. En fait, la CDNA collabore étroitement avec d'autres associations autochtones dans tout le Nyassaland, planifiant même une éventuelle unification en une seule organisation. Après cinq ans de fonctionnement, la CDNA s'est dissoute en 1934 en raison de nouvelles restrictions gouvernementales[9].
Assemblée baptiste nationale d'Afrique
Après avoir quitté le Nyassaland en 1938, Daniel Malekebu et Flora Zeto passent six ans aux États-Unis en congé pour maladie. Bien qu'ils aient prévu une période de congé beaucoup plus courte, la Seconde Guerre mondiale rend les voyages internationaux plus difficiles et dangereux, ce qui retarde leurs projets de retour au Nyassaland. Le couple retourne finalement à Chiradzulu et reprend son travail au PIM en 1944[2],[5],[9].
En 1945, Daniel Malekebu est nommé directeur par intérim de la plus grande implantation du Foreign Mission Board en Afrique du Sud, la WW Brown Memorial Station située à Johannesburg. À ce stade, il supervise plus de 50 églises, 2 écoles et un personnel de 30 personnes. Ayant accumulé une large influence dans toute l'Afrique de l'Est et du Sud, Malekebu fonde la National Baptist Assembly of Africa (NBAA) la même année, en 1945. Calquée sur la National Baptist Convention, la NBAA est une organisation unifiée de ministres baptistes du Nyassaland, du Mozambique, de la Rhodésie du Nord et du Sud et de l'Afrique du Sud[2],[5],[9].
En 1947, il est nommé « Superviseur de l'Afrique australe, centrale et orientale », faisant de lui le chef officiel de toutes les missions du Conseil des missions étrangères à l'époque. Cela marque un tournant dans l'autorité de Malekebu et dans le soutien de la Convention baptiste nationale au PIM[5]. Avec plus de 18 000 membres et plus de 300 églises, la NBAA constitue « l'organisme chrétien le plus puissant d'Afrique »[5].
Le , le protectorat britannique du Nyassaland devint officiellement le Malawi indépendant. La PIM est alors rebaptisée African Baptist Assembly of Malawi, Inc. (en), bien qu'elle continue d'être communément connue sous le nom sous son ancien nom. En 1967, Daniel Malekebu retourne brièvement à Nashville pour recevoir la plus haute distinction de son alma mater, le Prix du président du Meharry Medical College. La ville de Nashville organise une cérémonie en l'honneur de ses cinquante années de services à l'humanité. En reconnaissance de ses importantes contributions, il reçoit une clé de cérémonie de la ville de Nashville, le Prix du gouverneur du Tennessee pour services exceptionnels et une lettre de félicitations spéciale de la Maison Blanche signée par le président Lyndon B. Johnson[1],[5].
Fin de vie
À la fin des années 1960, le PIM se retrouve empêtré dans une controverse financière. L'enquête indique que certains ministres du PIM gèrent mal ou détournent des fonds. Ni Daniel Malekebu ni le ministre chargé des finances du PIM ne sont en mesure de fournir une explication « satisfaisante ». Bien que Daniel Malekebu lui-même soit reconnu innocent de fraude financière, il est tenu responsable de son manque de supervision en tant que président du PIM. À la lumière de cette controverse, il lui est demandé de se retirer aux États-Unis[2],[9].
Daniel Malekebu et Flora Zeto quittent le Nyassaland le et prennent leur retraite à Atlanta après 45 ans de service missionnaire[2],[5],. En 1978, une partie des ministres mécontents du PIM soulignent un vice de procédure, considérant qu'il est toujours le président légitime du PIM. En 1978, il doit retourner au Malawi pour la dernière fois afin de témoigner dans cette affaire[2],[9].
Au cours du dernier mois de sa vie, il fonde une nouvelle église appelée la Convention baptiste indépendante, située à Chiradzulu[2],[9]. Environ la moitié des ministres du PIM la rejoignent[2]. Le , il décède dans sa ville natale de Chiradzulu, à l'âge de 89 ans[9].
Postérité
Dans une large mesure, Daniel Malekebu atteint son objectif de construire une communauté chrétienne unifiée dans toute l'Afrique australe et orientale[5],[9]. L'Assemblée baptiste africaine du Malawi compte environ 800 congrégations et 72 000 membres en 2020. En 2021, son président est le révérend McFord Chipuliko[12].
Daniel Malekebu est considéré comme un important militant panafricain. Il s'est inspiré du travail d'activistes panafricains tels que Booker T. Washington, WEB Du Bois et Marcus Garvey, adoptant les idéaux panafricains traditionnels d'« autonomie », de « solidarité raciale » et de « fierté raciale »[9],[13].
Il a également créé un précédent académique et professionnel pour Hastings Banda, premier Premier ministre et président du Malawi. Banda lui-même a affirmé avoir « toujours admiré Malekebu pour ses conseils dans sa carrière »[9]. Banda est devenu le deuxième diplômé en médecine malawite après Malekebu, lorsqu'il a lui aussi obtenu son diplôme de l'alma mater de Malekebu au début de 1937[14].
Banda soutient également que Malekebu l'a « déçu » par sa position apolitique sur l'unification du Nyassaland, de la Rhodésie du Nord et de la Rhodésie du Sud au sein de la Fédération de Rhodésie et du Nyassaland en 1953[9]. Dans les années 1950, Banda et d'autres dirigeants du Congrès africain du Nyassaland pensaient que le PIM de Malekebu se joindrait au Congrès dans sa campagne anti-fédération[9],[15]. Mais même après l'état d'urgence du Nyassaland de 1959 (en), le PIM est resté délibérément neutre sur la question de la fédération[9].
Notes et références
- McCracken, « From Nyasaland to Malawi: Studies in Colonial History. Edited by Roderick J. Macdonald. Nairobi: East African Publishing House, 1975. Pp. xi + 316. £7.50. », The Journal of African History, vol. 21, no 3, , p. 426–427 (DOI 10.1017/S0021853700018624, S2CID 161459296)
- John Parratt, « The Malikebu Case », dans Exploring New Religious Movements: Essays in Honour of Harold W. Turner, Mission Focus, (ISBN 978-1-877736-08-7), p. 119–129
- ↑ Nemata Amelia Ibitayo Blyden, African Americans and Africa: A New History, Yale University Press, (ISBN 978-0-300-24491-5), p. 124
- Anita Polk, « Makes 400 Mile Walk for Learning », Call and Post, , p. 3C
- Saunders 1973.
- ↑ « Dr. Malekebu Receives Merit Position », The Chicago Defender, , p. 2
- ↑ Markku Hokkanen, Medicine, mobility and the empire, (ISBN 978-1-5261-2389-3, DOI 10.7765/9781526123893.00014), « African medical middles and migrant doctors, c.1890–c.1960 »[page à préciser]
- ↑ Grose, « Africa in Spelman and Spelman in Africa », Missions: American Baptist International Magazine, American Baptist Convention, vol. 12, , p. 233 (lire en ligne)
- Lipede 1991.
- ↑ Yekutiel Gershoni, Africans on African-Americans, (ISBN 978-0-333-66980-8, DOI 10.1007/978-1-349-25339-5)
- ↑ Tangri, « Inter-war 'Native Associations' and the formation of the Nyasaland African Congress », Transafrican Journal of History, vol. 1, no 1, , p. 84–102 (JSTOR 24520354)
- ↑ « African Baptist Assembly, Malawi, Inc. » [archive du ], www.baptistworld.org, (consulté le )
- ↑ Kasanda, « Exploring Pan-Africanism's theories: from race-based solidarity to political unity and beyond », Journal of African Cultural Studies, vol. 28, no 2, , p. 179–195 (DOI 10.1080/13696815.2016.1158093, JSTOR 24758411, S2CID 147503745)
- ↑ Morrow et McCracken, « Two Previously Unknown Letters from Hastings Kamuzu Banda, Written from Edinburgh, 1938, Archived at the University of Cape Town », History in Africa, vol. 39, , p. 337–354 (DOI 10.1353/hia.2012.0010, S2CID 162395983)
- ↑ Mccracken, « Democracy and Nationalism in Historical Perspective: The Case of Malawi », African Affairs, vol. 97, no 387, , p. 231–249 (DOI 10.1093/oxfordjournals.afraf.a007927, JSTOR 723265)
Bibliographie
- Abiola Ade Lipede, Pan-Africanism in Southern Africa: 1900–1960 (thèse), (OCLC 830561207)
- Davis Lee Saunders, A History of Baptists in East and Central Africa (thèse),
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