Demi-sang d'Auvergne

Demi-sang d'Auvergne
Gravure d'un demi-sang d'Auvergne, en 1848.
Gravure d'un demi-sang d'Auvergne, en 1848.
Région d’origine
Région Auvergne, Drapeau de la France France.
Caractéristiques
Autre
Utilisation Cavalerie

Le Demi-sang d'Auvergne est une race de chevaux de selle surtout destinée à la remonte des cavaleries de l'armée au début du XIXe siècle. Elle disparaît au début du XXe siècle.

Histoire

Lætitia Bataille, spécialiste de l'élevage équin en France, estime que le demi-sang d'Auvergne provient de l'ancien cheval navarrin et de croisements avec des Pur-sang[1].

Selon l'association de la race Auvergne, ce cheval serait le lointain descendant de chevaux d'origines orientales abandonnés par les Sarrasins dans les plaines du Vouillé vers l'an 732. Leurs chevaux seraient restés sur place dans les départements de Corrèze, de Creuse et de Haute-Vienne, puis les barons du pays s'en seraient emparés. Ces chevaux auraient constitué la souche d’une population qui essaime au cours des siècles suivants dans tout le Limousin puis l’Auvergne, donnant également le cheval limousin, très proche du Demi-sang d'Auvergne[W 1].

De l'antiquité au XVIIe siècle

Le demi-sang d'Auvergne pourrait être le descendant de chevaux abandonnés par les Sarrasins.

Le cheval d'Auvergne semble apprécié au Moyen Âge[S 1]. En 1577, le duc de Bouillon mentionne dans un texte en français classique qu'il chevauchait un animal d'Auvergne en partant de Turenne : « Je pars de Turenne, et m'en vins coucher chez M. de Beynac, avec Bousolles, Alagnac, La Vilatte et Annal, que j'avois nourris pages, Bouschant d'Auvergne, tous sans armes que nos espées, tous ayans de fort mauvais chevaux ; Bouschant avoit un petit cheval d'Auvergne assez bon ; le mien estoit un cheval qui alloit un grand pas, ne scachant tourner et encore moins courir (...) »[H 1],[H 2]. L'existence du cheval d'Auvergne est évoquée dans des documents du XVIIe siècle qui décrivent un petit cheval de montagne rustique de forme orientale, assez proche du sang. Le « barbe auvergnat » est sous Henri IV une monture très prisée de ses cavaliers. Selon la tradition, le fameux cheval blanc du roi provient lui-même de la ferme du Barra, près d'Aurillac[2].

C'est Louis XIV qui, avec la création des Haras nationaux français au cours du XVIIe siècle, tente d'« améliorer » ces chevaux dans le but de remonter sa cavalerie[2]. Il fait pour cela appel à des étalons étrangers, de sang turc et barbe, et à des étalons frisons et hollandais. Ces croisements donnent peu de résultats, en raison surtout d'une mauvaise gestion des haras[2].

Lors d'un recensement de la population équine auvergnate par l'administration des haras en 1764, 604 juments sont estimées comme susceptibles de donner naissance à de bons poulains dans la région[S 2]. L'historien du cheval Jacques Mulliez estime que ce faible nombre reflète la mauvaise qualité de la population chevaline auvergnate[S 2]. À la fin du XVIIIe siècle, ces animaux sont décrits comme pourvus « d'une grosse tête, de larges oreilles et de peu d'encolure »[2], ou encore comme « lourds, malsains et sans nerfs »[3],[4].

En 1788, 2 660 poulains d'Auvergne naissent dans la région. Leur vente rapporte quelque 60 000 livres[3]. Avec la suppression des haras nationaux en 1790, les chevaux du pays retrouvent rapidement leurs anciennes caractéristiques du fait de la disparition des étalons étrangers qui y sont stationnés. Pendant la révolution française, le général Houchard remonte un régiment de cavalerie légère près d'Aurillac[3]. Durant le Premier Empire, les chasseurs sont remontés avec des chevaux d'Auvergne[3]. L'Auvergne produit alors beaucoup de chevaux élevés à l'économie, vendus vers quatre ans pour la selle[H 3]. Les guerres font toutefois qu'à la re-création des haras nationaux, les meilleurs chevaux ont disparu[H 4].

Naissance du demi-sang d'Auvergne

L'élevage des chevaux auvergnats destinés à la remonte des armées et à la cavalerie légère est géré par les haras nationaux et des éleveurs associés. La taille du cheval d'Auvergne étant trop réduite pour la cavalerie légère, il est croisé avec des Pur-sang et des Anglo-normands pour donner le « demi-sang d'Auvergne », un cheval « à taille légère », destiné à la guerre, largement utilisé pendant les guerres d’empires[W 1].,[H 5],[H 6]. Il n'a que peu de rapports avec l'ancien type de la race. Les éleveurs ont été très réticents à croiser avec l Pur-sang, préférant l'Arabe. Si Eugène Gayot défend l'utilité de ces croisements[H 6], ils ont souvent eu de mauvais résultats en donnant des chevaux aux membres grêles, aux reins longs, aux côtes plates, et surtout beaucoup moins rustiques que l'Auvergnat originel[H 7],[H 8]. Selon André Sanson, ils ont fortement nui aux qualités ancestrales de l'Auvergnat[H 9]. De plus, les conditions d'élevage mauvaises font qu'un tiers du cheptel est atteint de fluxion périodique[H 10].

En 1855, le cheval auvergnat léger utilisé pour la remonte des armées est estimé perdu par les croisements[5]. Ce demi-sang disparaît définitivement avec la fin du recours à la cavalerie dans les armées françaises[W 1].

Description

Gravure de chevaux auvergnats extraite d'un rapport à Monsieur le préfet du Puy de Dôme sur le service de la monte en 1873.

Un numéro du journal des haras, daté du milieu du XIXe siècle, rapporte que « l'Auvergne produit trois espèces (sous-races) de chevaux ». L'une d'elles, le demi-sang d'Auvergne, est un cheval de course issu de l'ancienne race croisée avec les étalons arabes et anglais. La seconde espèce, alors en voie de disparition, est l'ancien cheval auvergnat. Il tient beaucoup de l'Arabe, porte souvent une robe gris truité et possède beaucoup d'ardeur et de fond. La troisième espèce est celle des « chevaux communs », croisés avec des chevaux de gros trait et des étalons Anglo-normands[H 5].

L'ancien cheval auvergnat est, selon le naturaliste Louis-Furcy Grognier « une émanation affaiblie de la race limousine, résultat immédiat du sang oriental »[W 1],[H 5]. André Sanson[H 9] et Jean-Henri Magne[H 3] le décrivent aussi comme proche du cheval limousin, avec « moins d'élégance dans la physionomie » : l'auvergnat est moins régulier que le limousin[H 5]. L'impression générale est celle d'un cheval « fin, résistant et solide quoiqu'un peu décousu »[6], « manquant de pureté et d'élégance »[2].

La taille est réduite, de 1,43 m à 1,47 m selon Eugène Gayot[H 11], moins d'1,47 m selon Alexandre-Bernard Vallon[H 7], de 1,44 m à 1,48 m selon le dictionnaire de Cardini[H 5]. Elle a augmenté, de 1,48 m à 1,50 m vers la fin du XIXe siècle, selon Audigier qui lui consacre un article dans la Revue d'Auvergne. La tête est fine, courte et expressive, dotée de salières creuses, d'un œil vif, d'oreilles très droites et très mobiles, et de narines larges[H 12]. Elle parait plus forte que chez le cheval limousin parce qu'il est plus petit[H 9]. L'encolure est rouée ou renversée[H 7], assez courte[H 12]. La crinière est abondante et fine[H 11]. Eugène Gayot affirme que, lorsque le vent soulève la crinière et le toupet de ces chevaux, cela leur confère un air échevelé très étrange[H 11]. Le garrot est haut et beau[H 7], tranchant[H 3], souvent séparé de l'encolure par le coup de hache. Le poitrail et le corps sont étroits mais la poitrine est profonde, condition de vitesse[H 12]. Le dos et le rein sont bien conformés[H 7], mais ce dernier peut être long. Les flancs sont retroussés ou cordés[H 12]>. Les hanches sont saillantes et la croupe tranchante[H 7], courte, anguleuse et basse[H 9], légèrement avalée ou en pupitre. La jambe est musclée et fine, le genou large et bien articulé, les canons lisses aux tendons bien détachés, presque aussi gros que l'os. Les membres sont impeccables, secs et nerveux, exempts de tares[H 13], mais ils présentent parfois des défauts d'aplombs. Le jarret est crochu[H 7] et clos[H 9], assez gros, le paturon est court. Le pied est petit et bien conformé, terminé par un sabot noir à la corne très dure[H 7].

L'ancien auvergnat est vif, nerveux, solide, rustique et remarquablement endurant[2], capable de parcourir 60 kilomètres en une journée[H 14]. L'élevage en montagne lui donne de nombreuses qualités de sûreté de pied[H 9] et les hippologues ne tarissent pas d'éloges : « mieux que les limousins et tous les autres chevaux d'Europe, il gravit les rochers les plus escarpés, et court sur les penchants des précipices »[H 5] [...] « où le cheval d'Auvergne marche d'un pied solide et sans faire un faux pas, l'élégant animal aux aplombs irréprochables ne pourrait cheminer cinq minutes sans rouler au fond d'un ravin ». Ses allures et son caractère sont toutefois moins bons que chez le cheval limousin[H 9]. Ces chevaux sont « sobres, rustiques, intelligents, un peu têtus, parfaitement appropriés à la nature du sol qui les produit »[H 7]. La robe est le plus souvent gris fer[H 3].

Les lieux de pâture du cheval auvergnat sont généralement pauvres, ce qui le rend facile à nourrir et capable de supporter les longues abstinences. Il est des plus résistants à la maladie[H 5]. L'entier atteint son plein développement à l'âge de cinq ans en moyenne, mais il est fréquemment monté dès l'âge de deux ou trois ans[H 15].

Utilisations

Il est employé pour la selle, la guerre et la chasse[6]. Il est exclusivement destiné à être monté et « éminemment propre au service de la selle »[H 7], car sa physionomie est peu adapté à l'attelage. C'est également un animal rapide qui a « vaincu quelquefois à la course de bons chevaux anglais »[H 5] : les courses organisées à Aurillac au début du XIXe siècle ont poussé certains propriétaires à une sélection plus rigoureuse, bien que le cheval d'Auvergne reste souvent dans l'ombre de son voisin, le cheval limousin[H 4]. Le demi-sang d'Auvergne est l'une des trois races légères de cavalerie employées du début du XIXe siècle, avec le cheval navarrin et le cheval limousin[7],[H 16]. Il est réputé être « la meilleure race de la République pour les troupes légères, dragons, hussards et officiers de cavalerie »[3]. Les meilleurs animaux de service se trouvent au Mont-Dore, « bien taillés, nerveux, et jamais sujets aux maux d'yeux ou de jarrets »[3]. Le dépôt de remonte d'Aurillac effectue alors ses achats de chevaux auvergnats dans les départements du Cantal, du Puy-de-Dôme, de la Corrèze et de l'Aveyron[H 7], sur différentes foires[H 3].

Ce demi-sang qui a remonté les troupes de la cavalerie française a aussi été exporté[3].

Dans la culture

Un cheval d'Auvergne « petit, mais très-beau » est mentionné dans le célèbre roman Les Trois Mousquetaires d'Alexandre Dumas. Il y sert de monture à Mousqueton, qui accompagne Porthos[8]. Cantal, cheval gris truité qui fut monté par Bonaparte à la bataille d'Austerlitz, est présumé auvergnat. Son portrait à l'huile se trouve au musée municipal d'Aurillac.

Notes et références

  1. ↑ Lætitia Bataille, « Textes à lire » (consulté le ).
  2. Durand 2006, p. 249.
  3. Durand 2006, p. 250.
  4. ↑ Bataille et Tsaag Valren 2017, p. 34.
  5. ↑ Antoine Richard, Dictionnaire raisonné d'agriculture et d'économie du bétail: suivant les principes des sciences naturelles appliquées, vol. 1, Firmin Didot Frères, (lire en ligne), p. 170
  6. Comptes rendus des séances de l'Académie d'Agriculture de France, vol. 33, Académie, (lire en ligne), p. 171
  7. ↑ École nationale vétérinaire d'Alfort, Recueil de médecine vétérinaire, vol. 19, Vigot (lire en ligne), p. 574
  8. ↑ Alexandre Dumas, Les trois mousquetaires, vol. 2, Lévy, (lire en ligne), p. 73

Références universitaires

  1. ↑ Prévot et Ribémont 1994.
  2. Jacques Mulliez, Les chevaux du royaume: histoire de l'élevage du cheval et de la création des haras, Montalba, , 398 p. (lire en ligne), p. 284.

Références historiques anciennes

  1. ↑ Joseph Fr Michaud et Jean-Joseph-François Poujoulat, « Mémoires de Henri de la Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne, depuis Duc de Bouillon », dans Nouvelle collection des mémoires pour servir à l'histoire de France depuis le XIIIe siècle jusqu'à la fin du XVIIIe : précédés de notices pour caractériser chaque auteur des mémoires et son époque, suivi de l'analyse des documents historiques qui s'y rapportent, Guyot, (lire en ligne Accès libre [PDF]), p. 36.
  2. ↑ Michel Francisque, Du passé et de l'avenir des haras: recherches sur le commerce, les dénominations et la production des chevaux, principalement en France, avant 1789, Michel Lévy Frères, , 216 p. (lire en ligne Accès libre [PDF]), p. 152.
  3. Magne 1857, p. 345.
  4. de Montendre (Comte) 1840, p. 381.
  5. Cardini 1848, p. 341.
  6. Moll et Gayot 1861, p. 482.
  7. Vallon 1863, p. 504.
  8. ↑ Magne 1857, p. 346.
  9. Sanson 1867, p. 129-130.
  10. ↑ Vallon 1863, p. 506.
  11. Moll et Gayot 1861, p. 481.
  12. Audigier 1892, p. 23.
  13. ↑ Audigier 1892, p. 24.
  14. ↑ Audigier 1892, p. 25.
  15. ↑ Antoine Amédée Esbrayat, « Mémoire sur cette question : Est-il plus avantageux aux propriétaires-cultivateurs de la Haute-Loire de se livrer à l'élève du mulet ou à l'éducation du cheval ? », dans Annales de la Société d'agriculture, sciences, arts et commerce du Puy, vol. 5, Au Puy, imprimerie de Pierre Pasquet, (lire en ligne Accès libre [PDF]), p. 72.
  16. ↑ de Montendre (Comte) 1840, p. 380.

Références associatives et web

  1. « Le cheval de race Auvergne, son histoire », sur chevalauvergne.fr, Association nationale du cheval de race Auvergne (consulté le ).

Annexes

Articles connexes

Liens externes

Bibliographie

  • [Audigier 1892] C. Audigier, « Étude sur la race de chevaux auvergnate », Revue d'Auvergne, Typ. et lithog. G. Mont-Louis, vol. 9,‎ , p. 25-33 (lire en ligne Accès libre [PDF])
  • [Cardini 1848] F. Joseph Cardini, Dictionnaire d'hippiatrique et d'équitation: ouvrage où se trouvent réunies toutes les connaissances hippiques, vol. 2, Bouchard-Huzard, (lire en ligne), p. 341
  • [de Montendre (Comte) 1840] Achille de Montendre (Comte), Des institutions hippiques et de l'élève du cheval dans les principaux États de l'Europe: ouvrage composé d'après des documents officiels, des écrits publiés en Allemagne, en Angleterre et en France et des observations faites sur les lieux à différentes époques, vol. 2, Bureau du Journal des haras, (lire en ligne), p. 378-382
  • Académie vétérinaire de France, Société Centrale de Médecine Vétérinaire, École nationale vétérinaire d'Alfort, Recueil de médecine vétérinaire, vol. 23, Vigot Éditions, (lire en ligne), p. 1030
  • [Magne 1857] Jean Henri Magne, Hygiène vétérinaire appliquée étude de nos races d'animaux domestiques et des moyens de les améliorer, vol. 1, Labe, (lire en ligne), p. 341-345
  • [Moll et Gayot 1861] Louis Moll et Eugène Nicolas Gayot, La connaissance générale du cheval: études de zootechnie pratique, avec un atlas de 160 pages et de 103 figures, Didot, , 722 p. (lire en ligne)
  • [Sanson 1867] André Sanson, Applications de la zootechnie, Librairie Agricole de la maison rustique, (lire en ligne), p. 129-130
  • [Vallon 1863] Alexandre-Bernard Vallon, Cours d'hippologie à l'usage de MM. les officiers de l'armée..., vol. 2, Saumur, Javaud, (lire en ligne), p. 504-507
  • [Durand 2006] Alfred Durand, La vie rurale dans les Massifs volcaniques des Dores, du Cézallier, du Cantal et de l'Aubrac, , 530 p. (ISBN 9782848190570, lire en ligne)
  • Brigitte Prévot et Bernard Ribémont, Le cheval en France au Moyen Age : sa place dans le monde médiéval ; sa médecine, l'exemple d'un traité vétérinaire du XIVe siècle, la Chirurgie des chevaux, Caen, Paradigme, coll. « Medievalia », , 522 p. (ISBN 9782868780720)
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