Devi Bhagavata Purana
Le Devi Bhagavata Purana (sanskrit : देवी भागवतपुराणम्, ), également connu sous le nom de Devi Purana ou simplement Devi Bhagavatam, est l'un des principaux puranas de l'Hindouisme. Composé en sanskrit, ce texte est considéré comme un mahapurana par les adorateurs de la déesse Devi (les shakta), tandis que d'autres le classent plutôt parmi les upapurana[1][2],[3]. Il promeut la bhakti (dévotion) envers Mahadevi, en intégrant des thèmes de la tradition du Shaktadvaitavada (un syncrétisme entre le Samkhya et l'Advaita Vedanta). Bien qu'il soit généralement considéré comme un purana shakta, certains érudits, tels que Dowson, l'ont également interprété comme un purana shaiva (lié au shivaïsme)[4].
Le purana se compose de douze chants comprenant 318 chapitres[5]. Avec le Devi Mahatmya, c'est l'une des œuvres fondamentales du shaktisme, une tradition de l'hindouisme qui vénère Devi ou Shakti (la Déesse) en tant que créatrice primordiale de l'univers, et en tant que Brahman (la vérité et la réalité ultimes)[6],[7],[8]. Il célèbre le féminin divin comme l'origine de toute existence : en tant que créatrice, préservatrice et destructrice de toute chose, mais aussi comme celle qui accorde la libération spirituelle[1],[9]. Si tous les grands puranas de l'hindouisme mentionnent et vénèrent la Déesse, ce texte la place au centre en tant que divinité principale[10],[11]. La philosophie sous-jacente du texte est un monisme de style Advaita Vedanta, combiné au culte dévotionnel de Shakti[12],[13],[14]. Selon la tradition, ce texte aurait été récité par le sage Vyasa au roi Janamejaya, le fils de Parikshit[15].
Nomenclature
Le titre du texte, Srimad Devi Bhagavata ou Devi Purana, se compose de deux mots, qui ensemble signifient « les dévots de la Devi bénie ». Johnsen en donne la signification suivante : « les anciennes annales de la déesse lumineuse »[16].
Srimad (ou Srimat, sanskrit : श्रीमत्) signifie « radieux », « saint », « splendide » ou « glorieux », et constitue un titre religieux honorifique.
- Sri (ou Shri ou Shree, sanskrit : श्री) signifie « Prospérité ». Les déesses Lakshmi et Tripura Sundari sont désignées sous le nom de « Sri ».
Devi (sanskrit : देवी) est le mot sanskrit pour « déesse » ; la forme masculine est deva. Les termes Devi et Deva se retrouvent dans la littérature védique du IIe millénaire av. J.-C., où Devi est féminin et Deva masculin.[17] Monier Williams le traduit par « céleste, divin, choses terrestres d'une grande excellence, exaltées, êtres brillants ».[18]
Bhagavata (ou Bhagavatam ou Bhagavat, sanskrit : भागवत) signifie « les dévots du Bienheureux », un nom général donné aux tout premiers dévots de Vishnu (avant le XIe siècle de notre ère), et plus particulièrement de Krishna-Gopala.[19]
Purana' (sanskrit : पराण) signifie « ancien » ou « vieux » (ou « vieille histoire traditionnelle »)[20]. Ce terme signifie également « complet » et « qui complète »[20], dans le sens où un Purana « complète les Vedas »[21].
- Maha' (devanagari: महत्) signifie « grand », « large » ou « vaste ».
Histoire
Le Srimad Devi Bhagavata Mahapurana a été daté de diverses manières.[22] Quelques érudits suggèrent une date ancienne, à l'image de Ramachandran, qui a proposé que le texte ait été composé avant le VIe siècle de notre ère [22] Cependant, cette date précoce n'a pas trouvé un large soutien, et la plupart des érudits le datent entre le IXe et le XIVe siècle.[22][23] Rajendra Hazra suggère le XIe ou le XIIe siècle, tandis que Lalye affirme que le texte a commencé à prendre forme dans les derniers siècles du Ier millénaire, a été enrichi au fil du temps, et que sa première version complète a existé au XIe siècle.[22][24] Tracy Pintchman date le texte entre 1000 et 1200 de notre ère.[25]
Les dix derniers chapitres (31 à 40) du septième chant se composent de 507 vers, une partie qui a souvent circulé sous la forme d'un volume indépendant, tout comme la Bhagavad Gita du Mahabharata circule indépendamment.[26] Ce texte, tiré du Livre 7 de ce Purana, est appelé Devi Gita.[27] Ce texte a pu être composé avec le texte original, ou bien il pourrait s'agir d'une interpolation ultérieure, selon C. Mackenzie Brown.[27] Il suggère que cette portion du texte a probablement été composée au XIIIe siècle ; elle pourrait être plus tardive, mais a été mise par écrit avant le XVIe siècle.[27]
Le neuvième chant contient de nombreux vers faisant référence aux Mlecchas (barbares) et aux Yavanas (étrangers).[28] Ces mots pourraient simplement désigner des tribus montagnardes, mais les détails contenus dans la description des Mlecchas au sein de ces vers, selon certains érudits comme Hazra, suggèrent que l'auteur de ces parties connaissait l'islam et sa propagation en Inde, ce qui a conduit les chercheurs à dater ces parties du neuvième livre entre le XIIe et le XVe siècle, par rapport au noyau plus ancien de ce livre.[28]
Le Devi Bhagavata Purana n'est pas le premier texte indien qui célèbre le féminin divin. Le Devi Mahatmya du VIe siècle de notre ère, intégré dans le Markandeya Purana, affirme la supériorité divine de la Déesse.[29][30] Les preuves archéologiques découvertes à Mathura et au Bengal suggèrent que le concept du féminin divin existait déjà aux alentours du IIe siècle de notre ère.[31][26] Tant le Devi Mahatmya que le Devi Bhagavata Purana ont été des textes très influents au sein de la tradition shakta, affirmant la suprématie de la femme et faisant de la Déesse une figure d'attrait dévotionnel (bhakti).[32]
Ce texte, ainsi que tous les Puranas, les Vedas et le Mahabharata, a été traditionnellement attribué par les hindous au sage Veda Vyasa.[réf. nécessaire]
Références
- Dalal 2014, p. 117.
- ↑ « The Devi Bhagavatam: The First Book: Chapter 1 », sur www.sacred-texts.com (consulté le )
- ↑ M. Winternitz, A History Of Indian Literature,vol.1, (lire en ligne)
- ↑ John Dowson, A Classical Dictionary of Hindu Mythology and Religion, Geography, History, and Literature, Trübner & Company, , 83 p.
- ↑ Rocher 1986, p. 168.
- ↑ C Mackenzie Brown 1990, p. 44-45, 129, 247-248 with notes 57-60.
- ↑ John Stratton Hawley et Donna Marie Wulff 1998, p. 6-14.
- ↑ Tracy Pintchman 2015, p. 183-188.
- ↑ David Kinsley 1988, p. 133-139.
- ↑ Alf Hiltebeitel et Kathleen M. Erndl 2000, p. 24-36, 48 (RS Sherma).
- ↑ K P Gietz 1992, p. 330 with note 1809, 497 with note 2764.
- ↑ Tracy Pintchman 2015, p. 128-132.
- ↑ June McDaniel 2004, p. 89-91, 159-161.
- ↑ C Mackenzie Brown 1990, p. 142-144.
- ↑ Wendy Doniger, Purāṇa Perennis, State University of New York Press, , 37 p. (ISBN 9780791413814)
- ↑ Linda Johnsen, The Living Goddess, Yes International Publishers, , 11 p. (ISBN 9780936663289)
- ↑ Klostermaier 2010, p. 496.
- ↑ Klostermaier 2010, p. 101-102, 492.
- ↑ Lochtefeld 2002, p. 94.
- « Sanskrit Dictionary for Spoken Sanskrit: 'purana' », sur spokensanskrit.org (consulté le )
- ↑ (en) Swami Parmeshwaranand, Encyclopaedic Dictionary of Puranas, Sarup & Sons, , 222 (ISBN 978-81-7625-226-3, lire en ligne) :
« purana word completes. »
- Rocher 1986, p. 172.
- ↑ Alf Hiltebeitel et Kathleen M. Erndl 2000, p. 139: "portrayals of the Goddess in the later Devi Bhagavata (c. ninth century CE) bear crucial differences from those of the Goddess in the Devi Mahatmya."
- ↑ P. G. Lalye, Studies in Devī Bhāgavata, Popular Prakashan, , 101–105 p. (lire en ligne)
- ↑ Tracy Pintchman 2015, p. 128.
- Cheever Mackenzie Brown 1998, p. 1-4.
- Cheever Mackenzie Brown 1998, p. 4.
- C Mackenzie Brown 1990, p. 166.
- ↑ Collins 1988, p. 36.
- ↑ Rocher 1986, p. 191-192.
- ↑ John Stratton Hawley et Donna Marie Wulff 1998, p. 2, 9-10, 26 with note 2.
- ↑ Philip Lutgendorf 2003, p. 251-252.
- Portail de l’hindouisme