Dhû-l-Qarnayn

| Nom dans la langue maternelle |
ذو القرنين |
|---|---|
| Époque | |
| Activités |
Chef militaire, roi |
Dhû-l-Qarnayn (en arabe : ذُو ٱلْقَرْنَيْن), littéralement « Celui aux deux cornes » ou « le Bi-cornu » ou « Celui des deux époques », est un personnage mentionné dans la 18e sourate du Coran, Al-Kahf (La Caverne). Il a été confronté à Gog et Magog et a construit dans un défilé un remblai, ou une muraille, pour les empêcher d'attaquer.
Identification
Une tradition historique identifie Dhû-l-Qarnayn à Alexandre le Grand. Les historiens et exégètes partageant cette opinion et fondent leur argumentation sur la version syriaque, composée au plus tôt en 629-630[1], de la Vie d'Alexandre du Pseudo-Callisthène. Il est en effet fait mention qu'Alexandre aurait édifié un ouvrage fortifié afin de se prémunir des attaques des Gog et des Magog, qu'on peut identifier ici aux Scythes et aux Amazones. Ce récit est aussi connu par une homélie syriaque du Pseudo-Jacques de Saroug[2]. Les versions juives et chrétiennes de la Légende d'Alexandre montrent un roi à la piété exemplaire, proche du Dhû-l-Qarnayn coranique[2]. Une explication est donnée quant à l'application de l'épithète Dhû-l-Qarnayn, le « bi-cornu », à Alexandre[3],[4].

Un autre épisode de la Légende d'Alexandre est présent dans la sourate 18. Au lieu d'Alexandre, c'est Moïse (Moussa) qui en devient le héros. La question du lien entre Alexandre, Moïse et Dhû-l-Qarnayn est donc posée. L'association avec le premier prophète du judaïsme repose, en particulier, sur la fait que les deux possèdent des cornes, Alexandre dans la Légende d'Alexandre et Moïse dans les traditions juives et chrétiennes[5].
Indépendamment des versions grecques des traditions romanesques d'Alexandre (connues sous le nom de Pseudo-Callisthène), une légende syriaque au récit singulier présente de fortes similitudes avec le récit coranique de Dhu'l-Qarnayn. Cette légende, intitulée Neṣḥānā d-leh d-Aleksandrōs (« la victoire d'Alexandre »), est communément appelée Neṣḥānā, ou Légende syriaque d'Alexandre. Elle a fait l'objet d'études approfondies et les chercheurs datent désormais sa composition du milieu du VIe siècle de notre ère, avec une légère interpolation vers 629-630 pour l'adapter à un contexte ultérieur (auparavant, la recherche estimait que le texte dans son entièreté datait de 629-636). À mesure que la Légende d'Alexandre se répandait, les récits de ses exploits miraculeux prenaient de l'ampleur[6].
Les exégètes musulmans, connaissant l'histoire d'Alexandre, ont pu sans difficulté identifier Dhû-l-Qarnayn à Alexandre. Néanmoins, d'autres identifications comme celle de rois Lakhmides ou Himyarites ont été proposées[5].
Rôle
Pour l'islam, Dhû-l-Qarnayn possède une dimension religieuse. La question de son appartenance aux prophètes a souvent été posé. Si les avis sont partagés, la plupart des autorités ont vu en lui un prophète n'ayant pas été envoyé à un peuple particulier. Il est vu comme une préfiguration de l'islam et de son avènement[7].
Les auteurs d'histoires prophétiques ont puisé dans les versions orientales du Roman d'Alexandre de nombreuses légendes, comme celle de son ascension au ciel, et en ont fait un parallèle à celle de Mahomet[7].
Références culturelles et utilisation du nom
Le nom Dhû-l-Qarnayn se transcrit en indonésien par Zulkarnaen ou encore Zulkarnain, et il est un nom de famille courant en Indonésie (notamment sur l'île de Java et de Kalimantan) :
- Dicky Zulkarnaen, acteur, réalisateur et scénariste indonésien.
- Nia Zulkarnaen, actrice, chanteuse et productrice indonésienne (fille de Dicky Zulkarnaen).
- Zulkarnain Kurniawan, ancien entraîneur et joueur de badminton indonésien.
Notes et références
- ↑ Guillaume Dye, Le Coran des historiens, , p. 784
- Daniel de Smet, « Dhu l-Quarnayn » in Mohammad Ali Amir-Moezzi (dir.), Dictionnaire du Coran, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2007, p. 218-221.
- ↑ François de Polignac, L'Homme aux deux cornes ; une image d'Alexandre du symbolisme grec à l'apocalyptique musulmane, in Mélanges de l'École française de Rome. Antiquité, 1984, vol. 96, no 1, p. 29-51.
- ↑ On peut remarquer qu'Alexandre porte les cornes du dieu Ammon, sur certains tétradrachmes frappés à son effigie. Ces pièces ont circulé dans tout l'Orient et ont servi de modèle aux monnaies arabes.
- Daniel de Smet, « Dhu l-Quarnayn » in Mohammad Ali Amir-Moezzi (dir.), Dictionnaire du Coran, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2007, p. 218-221.
- ↑ (en) Tommaso Tesei, « The Syriac Legend of Alexander's Gate: Apocalypticism at the Crossroads of Byzantium and Iran »
[https], sur Oxford Academic, (consulté le )
- Daniel de Smet, « Dhu l-Quarnayn » in Mohammad Ali Amir-Moezzi (dir.), Dictionnaire du Coran, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2007, p. 218-221.
Bibliographie
- Mohammed Arkoun, Lecture de la sourate 18, Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, 1980, Volume 35, n°3, pp. 418–435.
- Daniel de Smet, « Dhu l-Quarnayn » dans Mohammad Ali Amir-Moezzi (dir.) Dictionnaire du Coran, éd. Robert Laffont, 2007, p. 218-221.
- François de Polignac, L'Homme aux deux cornes ; une image d'Alexandre du symbolisme grec à l'apocalyptique musulmane, dans Mélanges de l'Ecole française de Rome. Antiquité, 1984, volume 96, n°1, pp. 29–51.
Articles connexes
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