Diaspora algérienne

Consulat algérien à Barcelone

La diaspora algérienne regroupe la population d'origine ou de nationalité algérienne vivant à l'extérieur du pays, principalement en France mais aussi dans le reste du monde. Selon les estimations des années 2020, la diaspora algérienne compte entre 3 et 4 millions de personnes à travers le monde, dont près de la moitié réside en France

Elle est en grande partie la conséquence du fort taux d'émigration que connaît l'Algérie depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945 et la liberté donnée par l'administration coloniale française aux Algériens de s'installer en France métropolitaine à partir de 1947. Dans les années 1960 et 1970, la conjoncture économique favorable que connaît la France contribue à amplifier le phénomène.

Historique

Selon les estimations des années 2020, la diaspora algérienne compte entre 3 et 4 millions de personnes à travers le monde, dont près de la moitié réside en France[1].

Selon Gilles Pison, en 2000, le nombre total des migrants algériens (c'est-à-dire nés en Algérie et vivant à l'extérieur du pays) dans le monde était estimé à plus de 2 millions d’individus, soit une proportion de 6,8 % par rapport à la population du pays[2].

Selon le sociologue Hocine Khalfaoui plus de 80 % de la diaspora algérienne installée en Amérique du Nord (États-Unis et Canada) est composée de hauts diplômés. Fateh Ouazzani, président de Reage (Réseau des Algériens diplômés des grandes écoles et universités françaises), recensait en 2013 entre 300 000 et 400 000 cadres et entrepreneurs algériens ou d’origine algérienne en France et en Europe[3].

L'organisation internationale pour les migrations estime à plus 54 000 le nombre d'Algériens qui ont rejoint l’Europe, essentiellement la France, entre 2020 et 2024, soit en moyenne 10 000 par an[4].

En 2024, le rapport du Département des affaires économiques et sociales des Nations Unies (UN DESA) indique que la diaspora algérienne présente légèrement plus de femmes que d’hommes. Initialement le départ des femmes relevait principalement du regroupement familial, à la suite d’une émigration masculine. Mais à partir des années 2015, ce modèle s'est dégradé avec une catégorie de femmes jeunes, diplômées et actives. La migration étudiante est devenue le principal axe de migration, or en Algérie les effectifs universitaires sont composés de plus de 60 % de femmes et le marché du travail algérien ne peut pas les intégrer, selon les données de l’ONU[5],[6].

En , le président Abdelmadjid Tebboune, annonce une procédure de clémence à l'égard des jeunes algériens vivant à l’étranger dans la « précarité » et « en situation irrégulière » (Harrag). Ils peuvent être régularisés et rejoindrent l'Algérie à l’exception des « personnes ayant commis des crimes sanglants, des trafics de stupéfiants ou d’armes, ainsi que toute personne collaborant avec des services de sécurité étrangers dans le but de nuire à la patrie »[7].

Implantation mondiale

Allemagne

En 1974, l'Algérie et la République démocratique allemande (RDA) signent un accord de coopération permettant d'envoyer des travailleurs temporaires en RDA, en échange de leur formation dans les domaines de la sidérurgie ou de la chimie. Huit mille Algériens vont alors travailler en Allemagne grâce à cet accord[8].

En 2018, l’Algérie s'engage à réadmettre tous ses ressortissants présents illégalement en Allemagne sous réserve de vérifier l'« identification » de leur nationalité[9].

Selon les données allemandes, 46 000 immigrés algériens vivent en Allemagne en 2023[8].

Amérique du Nord

Selon l'Aida, l'Association internationale de la diaspora algérienne à l’étranger, les Algériens ou personnes d'origine algérienne seraient entre 120 000 et 140 000 en Amérique du Nord (110 000 au Canada, 30 000 aux États-Unis et 2 000 au Mexique). Entre 2001 à 2004, 15 739 Algériens ont ainsi émigré au Canada et, depuis cinq ans, l’Algérie se place au premier rang africain en matière de nombre d’émigrés qui choisissent le Canada[10].

Belgique

Espagne

En 2026, le gouvernement espagnol envisage de régulariser un demi million d'immigrés illégaux arrivés en Espagne avant le . Selon une étude, les Algériens concernés par cette régularisation seraient au nombre de 17 700[11].

France

Il est compliqué de connaître le chiffre exact de la population d'origine algérienne en France puisque la loi française n'autorise pas l'État à recueillir de statistiques entre autres sur l'origine ethnique[12]. Les estimations se basent donc généralement sur les données officielles de l'Insee qui considère comme immigré ou personne issue de l'immigration uniquement les « personnes nées étrangères à l’étranger » et les enfants de ces personnes[13]. En 2012, selon cet institut, les immigrés algériens et leurs enfants (au moins un parent né en Algérie) étaient 1 713 000 en 2008[13]. Selon les données officielles, la France comptait 642 000 Algériens résidant sur son territoire en 2024. Ce chiffre ne tient pas compte des binationaux, des Français d'origine algérienne, ni des Algériens en situation irrégulière[1].

Les estimations non-officielles proposées varient fortement mais se chiffrent en millions, ce qui en fait l'une des principales populations d'origine étrangère du pays. Pour Bernard Godard et Sylvie Taussig, plus d'un 1,5 million de personnes d'origine algérienne vivent en France en 2008[14]. Selon Gilbert Meynier, spécialiste de l'histoire de l'Algérie sous la domination française, et Tahar Khalfoune, le nombre de résidents d'origine algérienne en France en 2012 peut être estimé à 4 millions, dont 2 millions de binationaux[15]. Pour Séverine Labat, politologue, chercheur au CNRS/CADIS, et auteur d’un livre en 2010 sur les binationaux franco-algériens La France réinventée. Les nouveaux bi-nationaux franco-algériens, « Même si le chiffre de 4 millions de Franco-Algériens doit être manié avec prudence, il signale l'ampleur du phénomène »[16],[17]. En 2020, le président algérien Abdelmadjid Tebboune « rappelle que plus de 6 millions d'Algériens vivent en France »[18] sans préciser de source.

L'étude sérieuse la plus récente à ce jour, effectuée par Michèle Tribalat en 2015[19], estime à environ 2,5 millions le nombre de personnes d'origine algérienne sur trois générations en 2011 selon la répartition suivante[20] :

Pays d'origine

(milliers)

Immigrés

(tous âges confondus)

1re génération née en France

(tous âges confondus)

2e génération née en France

(moins de 60 ans uniquement)

Total
Algérie 737 1 170 563 2 470

Note : pour la 2e génération née en France, seules les personnes âgées de moins de 60 ans sont prises en compte.

Par ailleurs, selon cette même étude de Michèle Tribalat, les personnes d'origine algérienne sur trois générations représentent 4,6 % de la population française des moins de 60 ans en 2011[19]. Cette estimation exclut les rapatriés européens et juifs, par définition français de naissance[21],[22].

Suisse

En 2019, 13 000 Algériens vivent en Suisse[23].

Durant le Hirak en 2019-2021, des manifestations sont organisées où la présence du mouvement islamiste Rachad interroge au sein de la communauté algérienne. Selon le politologue Hasni Abidi des membres de la diaspora algérienne refusent de manifester à Genève pour « ne pas côtoyer des figures perçues comme islamistes ». Hafid Ouardiri, ancien porte parole de la mosquée de Genève, a aussi abandonné ces manifestations genevoises, en indiquant : « j’espère que les Algériens sont immunisés contre l’instrumentalisation de l’islam pour s’emparer du pouvoir ». Pour l'universitaire Luis Martinez les islamistes profitent du Hirak pour tenter un retour sur la scène publique en Algérie. La Suisse joue, selon lui, un rôle essentiel dans cette stratégie, car elle reçoit une partie des dirigeants de Rachad[24].

Au premier semestre 2025, 136 Algériens sont expulsés de Suisse, l'Algérie se classe ainsi au troisième rang des pays d'origine des individus obligés de quitter la Suisse[25].

Transfert de devise

En 2024, les transferts officiels de devise vers l'Algérie, par sa diaspora, sont de l'ordre de 1,8 milliard de dollars annuel sur la dernière décennie. Ce montant est faible comparativement aux autres pays africains - ainsi la diaspora marocaine a transféré 11,8 milliards de dollars en 2023. La Banque mondiale explique cette disparité par l’existence d’un marché noir des devises en Algérie qui permet un taux de change de « 30 à 40 % » plus favorable par rapport aux cours officiels. En 2025, le cours officiel est de 150 dinars pour un euro, alors qu'avec le marché noir algérien c'est de l'ordre de 260 dinars pour un euro. Ainsi pour 1 000 euros, le cours officiel offre 150 000 dinars et le marché noir permet d'obtenir 260 000 dinars[26],[27].

La loi de finance 2026 introduit une nouvelle obligation pour les voyageurs non-résidents en Algérie y compris la diaspora algérienne. Ceux-ci doivent déclarer les montants supérieurs à 1 000 euros ou l’équivalent en devises, aussi bien à l’entrée qu’à la sortie du pays. Pour les sommes déclarées, ils doivent désormais fournir, au retour, le document attestant du change effectué durant le séjour dans un établissement bancaire. Ce dispositif interdit de fait d'utiliser le marché noir des devises. L'efficacité de la mesure réside dans la capacité de contrôle aux frontières par les agents des douanes dans un contexte déjà complexe[28].

Organisation des élections

Le , l'organisation des circonscriptions électorales et le nombre de siège pour la diaspora algérienne, à l'occasion des élections législatives algériennes de 2026, sont publiés par décret : secteur 1 : Paris, Pontoise, Nanterre, Bobigny et Créteil avec deux sièges; secteur 2 : Lille, Strasbourg, Nantes, Metz, Besançon et Grenoble avec deux sièges; secteur 3 : Lyon, Marseille, Saint-Étienne, Nice, Montpellier, Toulouse et Bordeaux avec 2 sièges; secteur 4 : Maghreb et Afrique avec un siège; secteur 5 : Amérique du Nord et latine avec deux sièges; secteur 6 : Moyen-Orient, Océanie et Asie avec un siège; secteur 7 : Allemagne, Danemark, Belgique, Royaume-Uni, Norvège, Suède, Finlande, Russie, Pays-Bas, Ukraine, Irlande, Pologne, Slovaquie et République tchèque avec un siège; secteur 8 : Portugal, Italie, Espagne, Suisse, Autriche, Serbie, Hongrie, Croatie, Slovénie, Bosnie-Herzégovine, Grèce, Roumanie, Turquie et Bulgarie avec un siège[29].

Chiffres

Pays Chiffres
Drapeau de la France France 2 000 000-5 000 000[30],[31].
Drapeau de l'Espagne Espagne 64 000[32]-300 000[31],[30].
Drapeau du Canada Canada 74 000 (2021)[33].
Drapeau de l'Italie Italie 50 000[31]
Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni 33 000[34].
Drapeau des États-Unis États-Unis 30 000[31].
Drapeau d’Israël Israël 46 477[35].
Drapeau de l'Allemagne Allemagne 46 000 (2023)[8].
Drapeau de la Suisse Suisse 13 000 (2019)[23].
Drapeau de la Tunisie Tunisie 12 000[31].
Drapeau de la Belgique Belgique 9 944[36].
Drapeau des Pays-Bas Pays-Bas 8,338[37].
Drapeau du Maroc Maroc 2 800 (2026)[38].
Drapeau du Mexique Mexique 2 000[31].
Drapeau de l'Égypte Égypte 2 000[31].
Drapeau de l'Irlande Irlande 1 047[39].
Drapeau du Portugal Portugal 1 000[31].

Références

  1. Didier Le Saout, « Repères politique :Le Hirak et les réseaux d’in uence de l’algé­rie dans l’émi­gra­tion algé­rienne en France », Moyen-Orient, no 69,‎ , p. 37
  2. Gilles Pison, Atlas de la population mondiale. Faut-il craindre la croissance démographique et le vieillissement ?, Paris, Autrement (Editions), coll. « Atlas/Monde », , 80 p. (ISBN 978-2-7467-1259-1), p. 57
  3. « La diaspora algérienne, un atout exceptionnel inexploité - Algérie Focus », Algérie Focus,‎ (lire en ligne, consulté le )
  4. Mustapha Kessous, « L’émigration des jeunes, reflet du malaise algérien », sur Le Monde, (consulté le )
  5. « Emigration algérienne : plus de 50% sont des femmes. », sur Le Matin d'Algérie, (consulté le ).
  6. « Diaspora algérienne : les femmes sont désormais plus nombreuses que les hommes à l’étranger ? », sur Algérie360, (consulté le ).
  7. Rafik Tadjer, « Clandestins algériens à l’étranger : Tebboune décrète une mesure exceptionnelle », sur TSA, .
  8. Julia Pascual, « « La promesse, c’était de rester cinq ans en RDA et de revenir avec un travail et un logement de fonction » : le rêve allemand des Algériens de Tiaret. », sur Le Monde, (consulté le ).
  9. « L’Algérie se dit prête à accueillir tous ses ressortissants présents illégalement en Allemagne. », sur Le Monde, (consulté le ).
  10. « Présidentielle en Algérie : le changement attendra », sur iris-france, (consulté le )
  11. Rafik Tadjer, « Régularisation des sans-papiers : ruée sur les consulats d’Algérie en Espagne », sur TSA, .
  12. Samuel Laurent, « L’interminable débat français sur les "statistiques ethniques" », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
  13. Fiches thématiques - Population immigrée - Immigrés - Insee Références - Édition 2012, Insee 2012
  14. « 5 millions de musulmans en France », Libération,‎ (lire en ligne, consulté le )
  15. Gilbert Meynier, Après l'indépendance : les relations tumultueuses entre l'Algérie et la France in Abderrahmane Bouchène (dir.), Jean-Pierre Peyroulou (dir.), Ouanassa Siari Tengour (dir.), Sylvie Thénault et al. (postface Gilbert Meynieret Tahar Khalfoune), Histoire de l'Algérie à la période coloniale : 1830-1962, Paris Alger, la Découverte Éd. Barzakh, , 717 p. (ISBN 978-2-7071-7326-3, OCLC 913045855), p. 682
  16. « La France réinventée. Les nouveaux bi-nationaux franco-algériens »(Archive.orgWikiwixGoogle • Que faire ?)
  17. « La binationalité au banc des accusés », Slate Afrique,‎ (lire en ligne, consulté le )
  18. « Colonisation : l'Algérie attend des excuses de la France », Le Point,‎ (lire en ligne, consulté le )
  19. Michèle Tribalat, « Une estimation des populations d’origine étrangère en France en 2011 », Espace populations sociétés, 2015/1-2, en ligne
  20. Tableau 2 pour les immigrés et la 1re génération née en France et tableau 5 pour la 2e génération née en France
  21. Michèle Tribalat, « Une estimation des populations d'origine étrangère en France en 1999 », Population, vol. 59, no 1,‎ , p. 51–81 (ISSN 0032-4663, lire en ligne, consulté le )
  22. Michèle Tribalat, « Mariages "mixtes" et immigration en France », Espace populations sociétés. Space populations societies, nos 2009/2,‎ , p. 203–214 (ISSN 0755-7809, DOI 10.4000/eps.3657, lire en ligne, consulté le )
  23. Quentin Pilet, « Les Algériens de Suisse entre crainte et fierté. », sur 20 minutes, (consulté le ).
  24. Simon Petite, « La Suisse, carrefour de l’islam politique algérien », sur Le Temps, (consulté le )
  25. Ali Aomar, « Suisse : voici le nombre d’Algériens expulsés en 2025 », sur ObservAlgérie, (consulté le ).
  26. Thinhinane Lardjane, « Envoi de devises par la diaspora : voici le montant transféré par les Algériens », sur TSA, (consulté le ).
  27. « Transfert de devises : pourquoi la diaspora algérienne se tourne vers le marché noir », sur ObservAlgérie, (consulté le ).
  28. « Contrôle des devises : ce que change l’article 129 de la loi de finances 2026. », sur Algérie Éco, (consulté le )
  29. Oussama Khitouche, « Législatives : l’ANIE dévoile la répartition des sièges pour les Algériens de l’étranger », sur L'Algérie aujourd'hui, (consulté le ).
  30. « Portrait de la diaspora algérienne et de ses forces - Ecomnews Med », sur Ecomnews Med (consulté le ).
  31. « AIDA - Algerian International Diaspora Association », sur aida-association.org (consulté le )
  32. Selma Kasmi, « Les Algériens premiers clients du marché immobilier d'Alicante ( Espagne ) en 2014 », sur www.maghrebemergent.com (consulté le )
  33. « Relations Canada-Algérie », sur Gouvernement du Canada, (consulté le )
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  35. « Selon un rapport de l'ONU, 46.477 Algériens auraient émigré en Israël ! », sur Le Matin d'Algérie (consulté le )
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  37. « CBS StatLine - Bevolking; generatie, geslacht, leeftijd en migratieachtergrond, 1 januari », sur statline.cbs.nl (consulté le )
  38. « Algérie-Maroc : « Les jeunes générations ont été élevées dans le ressentiment et l’ignorance » », sur Le Monde.fr, Le Monde, (ISSN 1950-6244, consulté le )
  39. (en) « Census 2011 Profile 6 Migration and Diversity - A profile of diversity in Ireland »

Voir aussi

Articles connexes

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