Distillerie de Lembecq

Etiquette de la Distillerie
Lembecq - Lembeek, Rue de la Distillerie', circa 1910
Lembeek rue de la distillerie 1910

La distillerie de Lembecq est une distillerie d'alcool fondée en 1680 par Jean-Baptiste Claes. Elle est établie à Lembecq (en néerlandais Lembeek) dans la province du Brabant flamand en Belgique[1],[2],[3] dans une ferme achetée par le fondateur au centre du village.

La famille Claes a développé une industrie agro alimentaire dans le village de 1680 à 1927[4]. Les étiquettes des bouteilles destinées à la direction du Chevalier[5] Paul Claes (1818-1884), qui portent la mention "Distillerie de Lembecq , fondée en 1680 producteur de Genièvre et Alcool pur grains", indiquent la première production du genièvre en 1680. La proximité du village de Lembeek[6] avec l'agglomération actuelle de Bruxelles, et sa situation le long de la Senne offrait un réseau de distribution des produits de la distillerie vers l'ensemble des villes de la région du Brabant (Bruxelles, Malines, Louvain).

La distillerie Claes est caractérisée par sa longévité et sa vision volontariste de création d'un monopole au moyen d'une concentration de la production agricole locale vers son infrastrucutre[7]. La famille Claes est restée présente dans la direction de l'entreprise, et les acquis n'ont pas été morcelés au cours des successions. La cessation des activités date de 1927.

Histoire

La distillerie de Lembecq traverse plusieurs périodes de l'histoire belge : l'ancien régime (dont la période autrichienne), les occupations française et napoléonienne, et la création de l'État belge, ainsi que la Première Guerre mondiale).

À sa création, l'atelier contenait un simple alambic et tirait avantage des conditions administratives et fiscales du village de Lembecq, héritées du Moyen Âge. Ancienne possession de la principauté de Liège, la région avait préservé les privilèges de son statut de ville franche, où l'imposition fiscale des sujets et propriétés était inexistante[8]. Lembecq était située à la frontière du duché de Brabant et du comté de Hainaut, deux territoires stratégiques du 12e siècle, et devient un zone neutre attachée à la principauté de Liège.

La région connaît une grande profusion de distilleries[9] d'alcool au début du 18e siècle, la plupart résultant d'initiatives individuelles de courte durée et ne laissant que peu de traces dans les archives. Au XVIIIe siècle, l'occupant français utilise l'expression « le village des alambics ». Les raisons de ce développement sont l'absence de taxes et accises, la proximité de grandes agglomérations (Bruxelles), et la liaison avec d'autres villes du Brabant par le réseau navigable de la Senne et des canaux de la période autrichienne qui couvrent l'ensemble de la province. L'administration autrichienne a favorisé la croissance de l'activité commerciale. Le nombre de distilleries atteint 40 unités. Une brasserie est érigée par la famille Claes à Hondzocht, un hameau de Lembecq. Le distillateur Claes diversifie sa production, acquiert des moulins sur la Senne, et modernise ses unités (machine à vapeur). La famille domine la vie économique et politique locale sous la direction de Philippe Claes (1716-1784). Les producteurs de grains locaux signent des accords commerciaux ou doivent se résoudre à l'obligation de délivrer leur production agricole et faire usage des infrastructures de la distillerie Claes (notamment le moulin à grains). C'est sous la gestion de Jean-Baptiste Claes (1748-1784) que la distillerie atteint le sommet de sa croissance.

En 1794, l'arrivée des troupes révolutionnaires françaises et l'annexion des provinces du sud, mettent fin à l'ancien régime, remettant en question la fiscalité favorable. Des barrières douanières se créent et un protectionnisme français apparaît (protection du secteur vinicole). L'administration française menace de fermeture des distilleries, c'est l'époque de la Guerre des Paysans. Les biens privés sont confisqués et vendus à l’État. Jean-Baptiste Claes saisit cette occasion pour convertir le revenu de ces ventes en biens fonciers.

La croissance du secteur des spiritueux reprend pendant la période Napoléonienne et de nouvelles technologies de distillation sont installées (machine à vapeur, colonnes de distillation) tandis que l'Angleterre est écartée du réseau commercial.

La transition hollandaise apporte une nouvelle liberté aux industriels. L'entreprise Claes continue sa diversification, une malterie industrielle est introduite, et une colonne de distillation de marque Cellier Blumenthal est intégrée à l'outil de production en 1830. A l'échelle locale, les terres de la famille Claes sont proposées ou imposées à la location aux paysans locaux afin de mettre ne place une culture dirigée imposée de la betterave et des grains.

À partir de 1830, la création du nouvel État belge crée un nouveau contexte économique et politique (la famille a livré quatre bourgmestres en 50 ans). Les entreprises nationales sont encouragées ou libérées de contrôle et la diversification de l'entreprise Claes reprend. Une demande de création d'une sucrerie a lieu fin 1835. Des résidus de cette dernière unité de production proviennent l'alimentation pour bétail et les engrais. Paul Claes (1861-1879), dernier membre de la famille à occuper la place de bourgmestre à Lembeek, dirige l'entreprise, et a été anobli au titre de Chevalier par sa majesté le roi des Belges Léopold II.

Au cours de la Première Guerre mondiale, les installations sont démantelées à la suite d'ordres de confiscation de l'armée allemande.

La distillerie

La distillerie Claes de Lembeek est localisée au centre du village de Lembeek dès sa création dans une ferme achetée par le fondateur de la distillerie. Les bâtiments ont été détruits au cours du 20e siècle, y compris le moulin (1881)[10] et la haute cheminée carrée. La seule trace restante de la distillerie est l'indication "rue de la Distillerie". Un dessin des installations, fourni par l'archiviste et dessinateur Alphonse Wauters dans sa publication, ainsi que reprise dans la revue Molen echo's, confirme la position de la distillerie par rapport à l'église et le centre du village. Une aquarelle du peintre Auguste de Peellaert (en) conservée au musée communal de Bruges illustre cette époque. Elle représente le moulin, une cheminée carrée et le bâtiment principal de la distillerie.

Moulin en pierres

La construction du moulin[10],[11] est un pas important dans la stratégie politico-sociale de la famille Claes. La participation des membres de la famille en tant que bourgmestres à la gestion politique du village a favorisé une situation monopoliste : les agriculteurs locaux viennent moudre leurs grains au moulin Claes et la firme négocie le prix des denrées en exclusivité.

Liste des bourgmestres dans la période 1800-1880 :

  • 1808 - 1816 : Jean Baptiste Claes
  • 1825 - 1847 : Charles François Claes
  • 1847-1861 : Victor Ghislain Claes
  • 1861-1879 : Paul Alexandre Claes.

Propriétaires successifs du moulin au sein de la famille Claes (dates de actes auprès du notaire Lindemans, à Lembeek) illustrant la continuité familiale dans la gestion de affaires.

  • propriétaire: Claes-Walravens Carolus Franciscus (Lembeek, 1787-1847)
  • , héritage: Maria Anna Petronella Walravens (Brussel 1787 - Lembeek 1864), veuve de Carolus Franciscus Claes
  • , donation:
    • Claes Victor Jean Ghislain (Brussel, 1815-1900),
    • Claes Paul Alexander Ghislain (Lembeek, 1818-1884)
    • Claes Françoise Ghislaine (Lembeek 1821 - 1878)
  • vente:
    • Claes Victor Jean Ghislain, propriétaire
    • Claes Paul Alexandre Ghislain propriétaire
  • , vente: Claes Paul Alexandre Ghislain, fabriquant à Lembeek

Voir aussi

Bibliographie

(nl) M.A. Duwaerts e.a., De molens in Brabant, Brussel, Dienst voor Geschiedkundige en Folkloristische Opzoekingen van de Provincie Brabant, .

(nl) J. Verbesselt, Het parochiewezen in Brabant tot het einde van de 13e eeuw, deel 20, Halle en Lembeek, Brussel, , p. 424.

(nl) Centrale archeologische inventaris van het agentschap onroerend erfgoed : ID 1905.

(nl) Wijnant Jo et Smets Koen, « Hallerbos - Lembeekbos - Maasdalbos : Landschappelijk geheel », (consulté le ).

Histoire-Géographie de la région

Jeroen Vermeersch, archeoloog-zaakvoerder AntiQ V.O.F. (Brugge), 19.05.2022.

Références

  1. (nl) J.P. Bastendorff, « Archief van het Kadaster van Vlaams-Brabant : Primitief kadaster, sectie C, percelen van 1 tot 397 », Molen's Echos, no 4,‎ 1830-1834 (lire en ligne Accès libre).
    Le moulin est représenté par un cercle dans le bâtiment allongé, à côté du numéro cadastral 103.
  2. (nl) Ph. Vandermaelen, Topografische kaart van Ph. Vandermaelen, .
  3. (nl) P.C. Popp, Kadastrale kaart van P.C. Popp, 1860..
  4. Léopold Everaert, Notice sur le village de Lembecq, MONS, Hector Manceaux, Imprimeur Editeur, , 33 p. (lire en ligne), p. 27-31.
  5. (nl) Rijksarchief Leuven, Leven in de brouwerij : Tentoonstelling ter gelegenheid van Erfgoeddag 2015, Vlaams-Brabant, Rijksarchief Leuven, .
  6. (nl) Alphonse Wauters, Atlas Pittoresque des Chemins de Fer de la Belgique, Brussel, Etablissement Géographique de Ph. Vandermaelen, .
    Composé de 15 cartes ornées de vues et contenant une notice historique et statistique sur les chemins de fer.
  7. (nl) J.P. Bastendorff, 1830-1834, Archief van het Kadaster van Vlaams-Brabant. Primitief kadaster, sectie C, percelen van 1 tot 397, Vlaams-Brabant, Vlaams-Brabant, .
  8. (nl) L. Everaert et J. Bouchery, « Geschiedenis der oude vrijheid Lembeek », De Vlaamsche School, Antwerpen, vol. 22,‎ (lire en ligne Accès libre).
  9. (nl) Lambeek, « En wat zou Lembeek zijn zonder zijn stokerijen der tijds. », Page Facebook de Lembeek,‎ (lire en ligne Accès libre).
  10. (nl) Lieven DENEWET et Herman HOLEMANS, « Lembeek (Halle), Vlaanderen, Vlaams-Brabant », Molen echo's,‎ (lire en ligne Accès libre, consulté le ).
  11. (nl) Herman Holemans,, "Kadastergegevens: 1835-1985. Brabantse wind- en watermolens. Deel 2: arrondissement Halle-Vilvoorde (A-L)", Kinrooi, Lembeek, Studiekring Ons Molenheem, , p. 69.
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