Dominicaines des Tourelles

Dominicaines des Tourelles
Institut de droit pontifical
Approbation pontificale 10 juin 1931
par Pie XI
Institut congrégation religieuse
Type contemplative
Spiritualité dominicaine
Structure et histoire
Fondation 24 mai 1898
Pignan (Hérault)
Fondateur Marie Thérèse Durand
Autres noms Sœurs dominicaines de Notre-Dame des Tourelles
Agrégé à Ordre des Prêcheurs
Site web site officiel
Liste des ordres religieux

Les dominicaines des Tourelles sont une congrégation religieuse de droit pontifical érigée en 1931.

Histoire

De Prouilhes aux Tourelles de Montpellier

À l'appel d'Anatole de Cabrières, archevêque de Montpellier, six religieuses dominicaines du monastère de Prouilhes, rouvert en 1880, viennent s'installer en 1898 à l'abbaye de Vignogoul dans l'Hérault. L'archevêque souhaite ainsi redonner au lieu sa vocation religieuse qu'il avait perdue lors de la Révolution qui avait chassé les dernières cisterciennes de l'abbaye. La sœur Marie Thérèse Durand, maîtresse des novices à Prouilhes, se porte acquéreur des lieux et fonde avec l'accord du Maître de l'ordre des Prêcheurs, Hyacinthe-Marie Cormier, une nouvelle communauté dominicaine dont elle est la prieure[1]. Elle est reconnue par Anatole de Cabrières le [2]. Au bout de dix-huit mois, l'abbaye est remise en état grâce à l'aide financière de plusieurs bienfaitrices. Une attention est portée à l'étude, comprenant lectures et cours de latin. La communauté s'accroît avec l'arrivée de neuf autres sœurs, mais la loi de 1901 sur les congrégations vient remettre en cause son existence et la disperser. Contraintes de partir de l'abbaye sur laquelle sont placés des scellés le , une partie des sœurs se replie discrètement sur le château d'Ô qu'elles avaient brièvement occupé en 1898 avant leur installation à Vignogoul. Elles y demeurent jusqu'en avant de devoir déménager à plusieurs reprises du fait des aléas de leur vie clandestine[1].

Elles s'installent durablement en dans une maison bourgeoise du XIXe siècle, la villa des Tourelles dans le quartier Boutonnet de Montpellier[3],[4]. La fondatrice et prieure, mère Thérèse Durand, meurt en 1918. Mère Emmanuel Mazas lui succède[5].

Le , les dominicaines des Tourelles sont érigées en institut religieux de droit pontifical[2]. Entre 1931 et 1933, elles font construire sur la propriété de la villa un bâtiment conventuel selon les plans dessinés par Dom Bellot[3],[5],[6]. La congrégation, non cloîtrée du fait de ses conditions d'existence antérieures, accorde une large place à la formation intellectuelle des sœurs[5]. Dans l'entre-deux-guerres, elle figure parmi les rares instituts féminins à offrir des études dignes de leurs pendants masculins et des séminaires : trois ans de philosophie et quatre années de théologie[7]. Une première fondation voit le jour à Sarcelles[8]. La Seconde Guerre mondiale met fin en 1939 à la poursuite des travaux de construction du monastère[3]. La communauté de Montpellier héberge de nombreux juifs étrangers pendant l'occupation allemande[9]. Mère Emmanuel Mazas remet sa charge en 1943. Elle meurt en 1945[10].

Mise sous tutelle (1946-1956)

Les années 1940 voient des tensions grandissantes entre les religieuses attirées par une vie d'études et les sœurs souhaitant rester fidèles à l'esprit plus contemplatif de Prouilhe. Elles culminent en 1946 quand un conflit oppose la nouvelle prieure générale des Tourelles, mère Marie-Bernard Maistre, aux autres sœurs de son conseil sur l'implantation de la communauté à Soisy-sur-Seine à proximité du centre d'études du Saulchoir et du monastère des dominicaines de la Croix et de la Compassion, situés tous les deux dans la commune limitrophe d'Étiolles, en remplacement du couvent de Sarcelles fermé après la guerre[8],[11].

Mère Marie-Bernard Maistre est en effet conquise par un rapprochement avec le nouveau « centre international de spiritualité et de culture chrétienne » de L'Eau vive fondé à Soisy-sur-Seine par le dominicain Thomas Philippe, ancien régent du Saulchoir. Le conseil des sœurs est réticent de son côté à l'idée de devoir cohabiter sur le même site avec les moniales dominicaines cloîtrées d'Étiolles dont elles deviendraient les auxiliaires, craignant de voir la communauté réduite aux tâches d'hôtellerie au détriment de sa vocation propre[8].

Le dominicain Vincent Héris, proche de Thomas Philippe et favorable comme lui à cette implantation, est nommé assistant apostolique en pour résoudre le conflit. Le couvent de l’Épiphanie de Soisy-sur-Seine voit le jour au début de l'année suivante et accueille les résidentes de L'Eau vive et les étudiantes de passage[8]. La congrégation des Tourelles y envoie plusieurs sœurs, dont Jacqueline de Chevigny, sœur Jeanne d'Arc en religion[7], et Odile Dupont, fondatrice par la suite de la Famille monastique de Bethléem[12],[13].

L'affaire de l'Eau vive

La tutelle de Vincent Héris sur les Tourelles, qui devait rester provisoire, dure dix ans[8]. En éclate à l'Eau vive un scandale d'abus sexuels dont Thomas Philippe est l'auteur, ce qui amène le Saint-Office à enquêter sur son influence sur les communautés religieuses avoisinantes. Plusieurs d'entre elles sont compromises, notamment le monastère d'Étiolles dont Cécile Philippe est la prieure. Cette dernière est convaincue d'avoir entretenu avec son frère des rapports incestueux et d'avoir poussé vers lui plusieurs de ses moniales avec lesquelles elle-même entretenait une relation homosexuelle[14],[15].

Le commissaire du Saint-Office reçoit le la déposition de la prieure générale des Tourelles qui avoue avoir commis avec Thomas Philippe « des actes impurs graves au cours de l’année 1950 ». Vincent Héris, en tant qu'assistant apostolique, se voit confier en le soin d'enquêter sur des rumeurs impliquant d'autres sœurs des Tourelles[16],[17], comme le laisse supposer le témoignage de la résidente de l'Eau vive qui avait la première dénoncé les abus sexuels de Thomas Philippe[18]. « L’enquête dans cette congrégation [qui] ne paraît pas avoir été menée de manière approfondie », comme l'estime l'historien Tangi Cavalin, est consignée dans un rapport de Vincent Héris envoyé en au Saint-Office[16].

Développement

Au plus fort de son développement, la communauté compte une centaine de sœurs[19]. La congrégation des Tourelles essaime à Beyrouth[5] et en 1956 à Rögle en Suède, près de la ville universitaire de Lund[19]. Les religieuses s'offrent en 1958 de reprendre l’œuvre de l'Eau vive, fermée deux ans auparavant, mais leur proposition est refusée[20].

En 1968, la congrégation entreprend la construction d'un nouveau couvent à Saint-Mathieu-de-Tréviers, à une vingtaine de kilomètres de Montpellier, afin de fuir l'agitation de la ville. Le dessin du bâtiment et son aménagement sont confiés à l'artiste Thomas Gleb. Les travaux débutent en 1971. Les sœurs s'y installent en . Le couvent de la Transfiguration devient la maison-mère de la congrégation[21],[4].

À la demande de l'évêque de Valence, des sœurs s'installent en 1974 dans la Drôme au prieuré de Grignan qu'elles aménagent avec l'aide des moines de l'abbaye Notre-Dame d'Aiguebelle. Le nombre des religieuses diminuant, la communauté ferme en 2014[22].

En 2015, la congrégation ne compte plus que seize religieuses réparties entre Saint-Mathieu-de-Tréviers et Rögle[23]. En 2019, la communauté de Rögle se sépare des Tourelles[19]. En 2024, les dernières religieuses quittent le couvent de la Transfiguration[21].

Références

  1. Louis Secondy, « Les religieuses au Vignogoul entre 1150 et 1975 », Études héraultaises, nos 33-34,‎ , p. 71-83 (lire en ligne).
  2. (it) Myriam Guedj, « DOMENICANE di SANTA MARIA, delle TOURELLES », dans Guerrino Pelliccia et Giancarlo Rocca, Dizionario degli istituti di perfezione, vol. III, Rome, Edizioni paoline, (présentation en ligne), col. 932-933.
  3. « L’œuvre inachevée de Dom Bellot, le monastère disparu des dominicaines des Tourelles », (consulté le ).
  4. « Couvent des dominicaines des Tourelles », notice no PA34000141, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  5. « Dominicaines des Tourelles », sur Conférence des religieux et religieuses de France (consulté le ).
  6. « Ancien couvent de dominicaines des Tourelles », notice no IA34000297, sur la plateforme ouverte du patrimoine, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  7. Anthony Favier, « Des religieuses féministes dans les années 68 ? », Clio. Femmes, genre, histoire, no 29,‎ , p. 59-77 (ISSN 1252-7017, DOI 10.4000/clio.9194).
  8. Cavalin 2023, p. 335-336.
  9. Michaël Iancu, Spoliations, déportations, résistances des juifs à Montpellier et dans l'Hérault, 1940-1944, Avignon, Éditions Barthélémy, , 256 p. (ISBN 978-2879231143, présentation en ligne), p. 136-137.
  10. « Mazas, Catherine (1870-1945) », sur Bibliothèque nationale de France, (consulté le ).
  11. Le témoignage de sr. Marie-Françoise Giraud (1916-2008), novice en 1942 au couvent des Tourelles de Montpellier décrit un conflit entre les sœurs en 1946 : « Certaines plus attachées aux origines à Prouilhe, d'autres plus hardies entrevoyaient déjà l'accès à l'université, au studium des Pères [le Saulchoir d'Etiolles], à l'apostolat en milieu universitaire. Une cassure s'accentuait. [...] La rupture était inévitable. Elle eut lieu le 16 novembre 1946. [...] La maîtresse des novices, acquise à un projet de refondation dans la région parisienne, [à Soisy-sur-Seine] essaya de nous en convaincre chacune. [...] C'est près de la moitié des professes et les novices, sauf deux, qui, par la grande allée, tournaient définitivement le dos aux Tourelles issues de Prouilhe. Certaines revinrent cependant. La refondation [à Soisy-sur-Seine] s'émietta vite et chacune partit de son côté, soit pour entrer dans d'autres communautés de l'Ordre ; soit pour tenter une vie nouvelle, à deux ou trois et même quatre [...] ».
  12. Blandine de Dinechin (préf. Jean Lebrun), L'Art et le drame du trop : Sœur Marie et Bethléem, Paris, L'Harmattan, , 274 p. (ISBN 978-2-14-049411-6), p. 62
  13. Marie-Christine Lafon, Marie-Dominique Philippe : au cœur de l’Église du XXe siècle, Paris, Desclée de Brouwer, , 839 p. (ISBN 978-2-220-06630-1), p. 294
  14. Christophe Henning et Céline Hoyeau, « Affaire Jean Vanier et frères Philippe, une secte au cœur de l’Église », La Croix,‎ (lire en ligne).
  15. Raphaël Zbinden, « Rapports « sidérants » sur Jean Vanier et les frères Philippe », Cath.ch,‎ (lire en ligne).
  16. Cavalin 2023, p. 470-471.
  17. Cavalin 2023, p. 532.
  18. Florian Michel, Antoine Mourges et al., Commission d’étude mandatée par L’Arche internationale, Emprise et abus, enquête sur Thomas Philippe Jean Vanier et L’Arche (1950-2019), , 907 p. (ISBN 979-10-92137-15-6, lire en ligne [PDF]), p. 258, 261
  19. (sv) « Från Prouilhe till Rögle » [« De Prouilhe à Rögle »], sur Sankt Dominikus kloster (consulté le ).
  20. Cavalin 2023, p. 556.
  21. « L’héritage du couvent de la Transfiguration », Midi libre,‎ (lire en ligne).
  22. « Les sœurs dominicaines des Tourelles 1974-2014 », sur Prieuré de Grignan (consulté le ).
  23. (it) « DOMENICANE di S. MARIA (SUORE) - Les Tourelles », dans Annuario Pontificio per l'anno 2017, Libreria Editrice Vaticana, (ISBN 978-88-209-9975-9), p. 1515.

Bibliographie

  • Sœur Emmanuel Mazas, De Prouilles aux Tourelles, , 56 p.
  • (it) Myriam Guedj, « DOMENICANE di SANTA MARIA, delle TOURELLES », dans Guerrino Pelliccia et Giancarlo Rocca, Dizionario degli istituti di perfezione, vol. III, Rome, Edizioni paoline, (présentation en ligne), col. 932-933
  • Guy Mesnard, La Vie consacrée en France : ses multiples visages, Éditions de Solesmes, , 670 p. (ISBN 2-85274-198-9), p. 514
  • (it) « DOMENICANE di S. MARIA (SUORE) - Les Tourelles », dans Annuario Pontificio per l'anno 2017, Libreria Editrice Vaticana, (ISBN 978-88-209-9975-9), p. 1515
  • Tangi Cavalin, L'affaire : Les dominicains face au scandale des frères Philippe, Paris, Éditions du Cerf, , 766 p. (ISBN 9782204153539)

Liens externes

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