Drapeau noir anarchiste
| Drapeau noir | |
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| Utilisation | |
|---|---|
| Caractéristiques | |
| Créateur | Canuts de Lyon - Bande noire - Louise Michel |
| Adoption | 1883 |
Le drapeau noir ou le drapeau noir anarchiste est l'un des symboles centraux et traditionnels du mouvement anarchiste. Issu de la révolte des canuts, en 1831, le symbole est repris de manière croissante au sein du mouvement ouvrier, particulièrement de la région lyonnaise et flotte lors de la Commune de Lyon. Au début des années 1880, alors que le mouvement anarchiste est en pleine constitution idéologique, le symbole commence à être utilisé par la Bande noire puis, surtout, par Louise Michel, qui arbore celui-ci lors de la manifestation du 9 mars 1883.
À partir de cette utilisation par Michel, le drapeau noir se propage rapidement au sein des cercles anarchistes et devient un symbole central du mouvement à l'échelle internationale. Cela est du notamment à la polysémie du drapeau, qui signifie à la fois le deuil de la révolte des canuts et des révoltes ouvrières passées, la faim, la joie et la colère du peuple, l'absence d'État ou de nation, mais aussi au fait qu'il permet alors aux anarchistes de se démarquer des socialistes et de leur drapeau rouge.
Le drapeau noir est partagé par la presque totalité des anarchistes, et se trouve sous diverses variantes dérivées, en particulier le drapeau rouge et noir.
Histoire
Contexte
Naissance du mouvement anarchiste

Le développement du capitalisme voit la formation de plusieurs idéologies et mouvements politiques qui lui sont opposés, en particulier l'anarchisme, le marxisme et le socialisme[1]. Les anarchistes défendent la lutte contre toutes formes de domination perçues comme injustes, parmi lesquelles on trouve la domination économique, avec le développement du capitalisme[2]. Ils sont particulièrement opposés à l'État, vu comme l'institution permettant d'entériner un bon nombre de ces dominations au travers de sa police, son armée et sa propagande[3]. De manière générale, les anarchistes cherchent à mettre en place des sociétés horizontales, égalitaires et fondées sur la libre association[4].
Naissance et propagation du drapeau noir comme symbole ouvrier

Le drapeau noir est utilisé par les canuts lors de leur révolte en 1831, où il représente la liberté, le deuil et la faim pour ces travailleurs révoltés, bien qu'il ne s'agisse pas d'anarchistes à proprement parler, le mouvement anarchiste n'étant pas encore constitué[5]. Cette révolte se solde dans le massacre brutal des canuts révoltés par Adolphe Thiers et marque les esprits de générations de travailleurs, en particulier à Lyon et dans le Rhône, où le souvenir de la révolte des canuts subsiste de manière vive après son écrasement[6].
Dans les décennies qui suivent, le drapeau noir est repris à de nombreuses reprises dans le mouvement ouvrier de la région lyonnaise, y servant de contrepoint au drapeau rouge[6]. Il est réutilisé lors de la Commune de Lyon - une révolte aussi réprimée par Adolphe Thiers - par les révoltés, dont un certain nombre rejoignent l'anarchisme par la suite[6].
Drapeau noir anarchiste
Bande noire et Louise Michel

Au sein des cercles lyonnais, la question du drapeau noir se pose en 1881, lorsque certains d'entre eux débattent de son utilisation, ou non[6]. L'anarchiste Claude Bernard, beau frère de Fanny Madignier, défend alors son utilisation comme symbole de deuil et de mémoire de la révolte des canuts et de la Commune de Lyon, un choix qui est adopté[6].
L'année suivante, dans le cadre des troubles de Montceau-les-Mines et la Bande noire, à une centaine de kilomètres au nord de Lyon, cette organisation de mineurs anarchistes revendique plusieurs fois dans le journal lyonnais, L'Étendard révolutionnaire, l'utilisation du drapeau noir comme symbole anarchiste[7]. Ils écrivent, dans leur première déclaration à ce sujet[7] :
Nous venons le leur dire bien en face, pour qu'ils ne puissent plus arguer l'ignorance: la « bande noire » c'est la « bande de la misère », le drapeau noir que nous avons arboré c'est le drapeau de la faim, de la grève, de la lutte à outrance sur le terrain de la révolution sociale, de l'anéantissement du capital, du patronat, de l'exploitation de l'homme par l'homme.

Pendant que la Bande noire mène ses attaques et publie ses manifestes à Lyon, une série d'attentats anarchistes commence dans la ville et les autorités françaises répondent par une répression importante du mouvement anarchiste en France, qui culmine dans le procès des 66, en et la condamnation à mort d'Antoine Cyvoct pour avoir écrit un article de journal[8]. Louise Michel, une figure notable des cercles anarchistes, qui assiste au procès des 66 et en est profondément outrée, organise alors la manifestation du 9 mars 1883 à Paris, où son groupe pille des boulangeries parisiennes pour protester contre la faim - elle y arbore un drapeau noir[9]. C'est réellement à partir de cette manifestation et de ses actions qu'il devient un symbole central de l'anarchisme et plus largement du mouvement ouvrier. Cette vision est partagée par l'historien Félix Chartreux, qui considère que c'est réellement à partir de cet événement qu'il « entre dans l'histoire »[9]. Michel, qui fait la une de plusieurs journaux français avec son drapeau, donne la signification suivante, lors de son procès, à son utilisation du drapeau noir[10] :
Ah certes, monsieur l’avocat général, vous trouvez étrange qu’une femme ose prendre la défense du drapeau noir. Pourquoi avons-nous abrité la manifestation sous le drapeau noir ? Parce que ce drapeau est le drapeau des grèves et qu’il indique que l’ouvrier n’a pas de pain. [...] Le peuple meurt de faim, et il n’a pas même le droit de dire qu’il meurt de faim. Eh bien, moi, j’ai pris le drapeau noir et j’ai été dire que le peuple était sans travail et sans pain. Voilà mon crime ; vous le jugerez comme vous voudrez.
Postérité
Symbole central du mouvement anarchiste

En , peu après son procès, le journal lyonnais, Le Drapeau noir, un des titres successeurs de L'Étendard révolutionnaire, prend le titre de manière officielle, en se plaçant dans la lignée des canuts aussi[11]. Le symbole se propage vite chez les anarchistes car il leur convient très bien pour plusieurs raisons - il s'agit d'une période où ils essaient de se démarquer du mouvement socialiste plus général, dont un des symboles principaux est le drapeau rouge - l'utilisation du drapeau noir peut leur permettre d'acquérir une identité visuelle forte et distinctive[12].
En 1884, le drapeau noir est arboré à Chicago lors d'une manifestation[13]. Il l'est ensuite de manière fréquente pour de nombreux groupes et organisations anarchistes, figurant de symbole « traditionnel » du mouvement ; cela étant peut être du au fait qu'il s'accorde bien au sens que les anarchistes souhaitent lui donner : il est ainsi une négation des drapeaux nationaux, un symbole de joie et de colère. À ce titre, le chercheur et anarchiste Howard J. Ehrlich écrit par exemple en 1996 que[14]:
Le drapeau noir est la négation de tous les drapeaux. C'est une négation de la nation... Le noir est une humeur de colère et d'indignation face à tous les crimes horribles contre l'humanité perpétrés au nom de l'allégeance à un État ou à un autre... Mais le noir est aussi beau. C'est une couleur de détermination, de résolution, de force, une couleur par laquelle toutes les autres sont clarifiées et définies... Ainsi, le noir est négation, est colère, est indignation, est deuil, est beauté, est espoir, est le fait d'encourager et d'abriter de nouvelles formes de vie et de relations humaines sur et avec cette terre.
Dérivés et adaptations
Références
- ↑ Berthier 2015, p. III.
- ↑ Jourdain 2013, p. 13-15.
- ↑ Ward 2004, p. 26-33.
- ↑ Baker 2023, p. 78.
- ↑ « Pourquoi et depuis quand le drapeau noir ? », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- Bébin 1996, p. 27.
- « Le Français 4 septembre 1882 », sur RetroNews - Le site de presse de la BnF (consulté le )
- ↑ Vincent Banssillon, « Lyon, capitale de l’anarchisme – 1860/1890 (5/5) », sur Histoires lyonnaises, (consulté le )
- Félix Chartreux, Mathilde Larrère et Eugénia Palieraki, « Brandir la révolution:Histoire des drapeaux révolutionnaires », dans Révolutions, Quand les peuples font l'histoire, Belin, , 44–47 p. (lire en ligne)
- ↑ Louise Michel, « Défense de Louise Michel », Le Progrès, (lire en ligne)
- ↑ René Louis (1941-2005) Bianco, « Bianco (Bi 0733-0734). Le Drapeau noir : organe anarchiste », sur bianco.ficedl.info (consulté le )
- ↑ Iain Mckay, An Anarchist FAQ, Edinburgh, AK Press, (ISBN 978-1-902593-90-6, OCLC 182529204), « Appendix – The Symbols of Anarchy »
- ↑ Paul Avrich, The Haymarket Tragedy, Princeton University Press, (ISBN 0-6910-0600-8), p. 145
- ↑ (en) Howard J. Ehrlich, Reinventing anarchy, again, AK Press, (ISBN 978-1-873176-88-7), p. 31-32
Bibliographie
- Zoe Baker, Means and Ends: The Revolutionary Practice of Anarchism in Europe and the United States, Edinbourg, AK Press, (ISBN 978-1-84935-498-1)
- René Berthier, La fin de la première Internationale, Paris, Monde Libertaire, (ISBN 978-2915514636)
- Lionel Bébin, Les tentatives de reconstituer la Première Internationale et les débuts du mouvement anarchiste à Lyon (mémoire), Lyon, Université Lyon II,
- Édouard Jourdain, L'anarchisme, Paris, La Découverte, (ISBN 978-2-7071-9091-8)
- (en) Colin Ward, Anarchism: A Very Short Introduction, Oxford, Oxford University Press (OUP),
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