Dune (Alejandro Jodorowsky)
| Titre original | Dune |
|---|---|
| Réalisation | Alejandro Jodorowsky |
| Scénario |
Alejandro Jodorowsky Michel Demuth |
| Musique |
Pink Floyd Tangerine Dream Magma Henry Cow Mike Oldfield Gong |
| Acteurs principaux |
Brontis Jodorowsky David Carradine Salvador Dalí Orson Welles Mick Jagger |
| Sociétés de production |
Michel Seydoux Jean-Paul Gibon |
| Pays de production |
|
| Genre | Space opera |
Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.
Dune est un projet inachevé d'adaptation cinématographique du roman Dune de Frank Herbert par le réalisateur chilien Alejandro Jodorowsky. Ce projet colossal, défiant alors la vision des studios hollywoodiens de l'époque, est minutieusement préparé de 1974 à 1976, avant d'être interrompu et abandonné faute de moyens financiers[1].
La "bible" du projet, un livre contenant le story-board, le script et de nombreuses illustrations, circulera de studio en studio et aura une influence majeure sur le cinéma de science-fiction, de Lucas (Star Wars) à Cameron (Abyss)[2].
Développement du projet
Genèse
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Alejandro Jodorowsky en 2006.
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Jean Giraud (Moebius) en 2008.
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Après La Montagne sacrée, succès critique (sélectionné au Festival de Cannes 1973) et public (344 000 entrées rien qu'en France à la sortie du film en janvier 1974)[3], le producteur Michel Seydoux propose à Alejandro Jodorowsky de produire son prochain film. Le réalisateur se lance alors dans son projet le plus ambitieux : écrire et mettre en scène l'adaptation du roman Dune de Frank Herbert. Fin 1974, la société Camera One dirigée par Michel Seydoux et Jean-Paul Gibon rachète les droits après la mort du précédent détenteur des droits, le producteur Arthur P. Jacobs[4].
Au fur et à mesure que le travail d'écriture avance (avec l'aide de Michel Demuth aux dialogues, le traducteur du roman en français), Jodorowsky s'éloigne de l’œuvre d'Herbert et va jusqu'à refuser ce dernier comme conseiller technique. Il préfère s'en tenir à une vision toute personnelle du roman, et prévoit son adaptation de Dune comme une grande aventure spatiale et métaphysique qui bouleversera le cinéma international et dont le budget dépasserait les 10 millions de dollars. Le film est prévu pour durer douze heures, Michel Seydoux lui laissant carte blanche[5].
Développement artistique
Le réalisateur Alejandro Jodorowsky veut d'abord projeter son film sur le papier, comme une bande dessinée ou un storyboard géant, avant de le tourner. Certaines scènes imaginées défient tout ce qui se fait en matière d'effets spéciaux à l'époque, comme un long plan-séquence où l'on traverse l'univers et ses galaxies pendant plusieurs minutes avant d'être plongé dans une bataille entre plusieurs vaisseaux.
Jodorowsky se lance alors dans une campagne de recrutement pour trouver les artistes qui vont donner vie à l'univers fantastique de Dune.

« Je ne veux pas que l'homme conquière l'espace dans les navires de la NASA, ces camps de concentration de l'esprit, ces congélateurs gigantesques vomissant l'impérialisme, ces tueries de pillage et de rapine, cette arrogance d'airain et de soif, cette science eunuque, bave de crapaud n'effleurant qu'à peine le divin, le délirant, le superbe chaos universel. Je veux des entités magiques, des véhicules vibrants pour prolonger l'être de l'abîme, comme les poissons d'un océan intemporel. Je veux des bijoux, des mécaniques aussi parfaites que l'âme, des ventres-navires, antichambres de la renaissance pour d'autres dimensions. Je veux des navettes courtisanes, mues par le sperme d'éjaculations passionnées dans un moteur de chair. Je veux des fusées complexes et secrètes, des navires-oiseaux, butinant le nectar millénaire des étoiles naines des cuirassés assoiffés se mourant siècle après siècle dans un désert d'étoiles, attendant le corps vivant qui remplira leurs réservoirs vides des sécrétions subtiles de son âme… »
Le réalisateur s'entoure d'illustrateurs comme Jean Giraud (Moebius), H. R. Giger, Chris Foss, ainsi que du spécialiste des effets spéciaux Dan O'Bannon (approché à la suite de sa participation à Dark Star de John Carpenter), préféré à Douglas Trumbull. Pendant que ses artistes travaillent d'arrache-pied pour livrer des dessins préparatoires, le réalisateur engage Pink Floyd, Tangerine Dream, Magma, Henry Cow, Mike Oldfield et le groupe Gong pour une bande originale mélangeant plusieurs genres[5].
Attribution des rôles
Alejandro Jodorowsky donne à son propre fils, Brontis Jodorowsky, le rôle du héros Paul Atréides. Le jeune homme est entraîné aux arts martiaux durant deux ans. Le reste de la distribution de Dune est remarquable pour l'époque et hétéroclite : David Carradine, Orson Welles, Mick Jagger, Alain Delon, Charlotte Rampling[4]ou encore Udo Kier et Amanda Lear.
L'artiste surréaliste Salvador Dalí accepte de jouer le rôle de l'Empereur Shaddam IV Corrino s'il est « l'acteur le mieux payé d’Hollywood » et réclame 100 000 dollars par heure de tournage[6]. Jodorowsky décide alors de réduire son rôle à une heure de tournage. Dalí accepte la proposition, son honneur est sauf, il sera l'acteur le plus cher payé dans l'histoire du cinéma[5].
Échec et abandon du projet
Après plus de deux ans ans de préproduction (de 1974 à 1976), le budget du film s'élève à 15 millions de dollars. Le projet d'adaptation cinématographique de Dune est alors interrompu puis abandonné. La production avait réussi à amasser un financement à hauteur de 10 millions de dollars, mais les majors américaines, qui saluèrent tout de même l'audace et le caractère stupéfiant du projet, ne furent pas assez convaincues pour financer les 5 millions restants[7]. Le projet laisse derrière lui un livre, distribué aux studios, regroupant le story-board du film (réalisé par l’artiste Jean Giraud / Moebius), le script et des illustrations préparatoires de Foss et Giger. Ce livre, édité à une dizaine d'exemplaires, est devenu un objet culte auprès des amateurs de science-fiction[8].
Le producteur Dino De Laurentiis rachète les droits fin 1976 et confie le film en 1979 à Ridley Scott (qui renonce) puis en 1981 à David Lynch pour une sortie en 1984. Cette version de Dune reçoit un accueil critique et public tiède[4].
D'abord catastrophé puis amer, Alejandro Jodorowsky finit par se tourner vers la bande dessinée et publie des œuvres majeures comme l'Incal, La Caste des Méta-Barons ou encore Les Technopères.
« Le projet fut saboté à Hollywood. Il était français et non américain. Son message n'était pas « assez Hollywood » . Il y a eu des intrigues, du pillage. Le storyboard a circulé parmi tous les grands studios. Plus tard, l'aspect visuel de Star Wars ressemblait étrangement à notre style. Pour faire Alien, on a appelé Mœbius, Chris Foss, H. R. Giger, Dan O'Bannon, etc. Le projet a signalé aux Américains la possibilité de réaliser des films de science-fiction à grand spectacle et hors de la rigueur scientifique de 2001, l'Odyssée de l'espace. Le projet Dune nous a changé la vie. Quand on ne l'a pas fait, O'Bannon est entré dans un hôpital psychiatrique. Après, il est revenu à la lutte avec rage et a écrit douze scripts qui lui furent refusés. Le treizième fut Alien. Comme lui, tous ceux qui ont participé à la montée et à la chute du projet Dune ont appris à tomber mille fois avec une obstination farouche jusqu'à apprendre à se tenir debout. Je me rappelle mon vieux père qui, en mourant heureux, me disait : "Mon fils, dans ma vie, j'ai triomphé parce que j'ai appris à rater." »
Jodorowsky's Dune
En 2013, Alejandro Jodorowsky revient dans un documentaire sur ses échecs pour transposer sa vision fantasmagorique de Dune. Le documentaire, réalisé par Frank Pavich, et dans lequel interviennent Michel Seydoux, H. R. Giger ou encore Chris Foss, est sélectionné pour la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes et remporte de nombreux autres prix[9].
Fiche technique du projet
- Titre original : Dune
- Réalisation : Alejandro Jodorowsky
- Scénario : Alejandro Jodorowsky et Michel Demuth d'après l'œuvre de Frank Herbert
- Direction artistique : Mœbius, H. R. Giger, Chris Foss, Dan O'Bannon...
- Musique : Pink Floyd, Tangerine Dream, Magma, Henry Cow, Mike Oldfield, Gong.
- Production : Michel Seydoux, Jean-Paul Gibon (Caméra One Productions)
- Pays de production :
France
Chili - Date : 1974 - 1976 (annulé)
Distribution (provisoire)
- Brontis Jodorowsky : Paul Atréides
- David Carradine : le duc Leto Atréides
- Salvador Dalí : l'empereur Padishah Shaddam IV
- Orson Welles : le baron Vladimir Harkonnen
- Gloria Swanson : une membre du Bene Gesserit
- Mick Jagger : Feyd-Rautha Harkonnen
- Alain Delon : Duncan Idaho
- Amanda Lear : la princesse Irulan
- Udo Kier : Piter de Vries
Notes et références
- ↑ Jacky Bornet, « "Dune" : du livre culte de Frank Herbert au film de Denis Villeneuve, la saga d’une adaptation impossible », sur France Info,
- ↑ Laurent Alexandre, « Le mythique storyboard du "Dune" inachevé de Jodorowsky vendu à 2,2 millions d'euros aux enchères », sur La Provence,
- ↑ Sylvestre Picard, « Dune : Pourquoi le roman culte de Frank Herbert est-il si dur à adapter au cinéma ? », sur Première,
- Fabien Rousseau, « Dans les sables mouvants de Dune », sur dvdmotion.free.fr - Les héros de l'Ecran (consulté le )
- Alejandro Jodorowsky et Mœbius, « Dune, le film que vous ne verrez jamais », Métal hurlant, no 107, , p. 116 (lire en ligne).
- ↑ Aurélien Ferenczi, « Alejandro Jodorowsky : “Ma patrie, ce sont mes chaussures” », sur Télérama,
- ↑ Jodorowsky's Dune, documentaire de Frank Pavich, 2013.
- ↑ « Le storyboard du projet de film "Dune" vendu pour 2M € ! », sur ActuaBD,
- ↑ Samuel Blumenfeld, « « Dune de Jodorowsky » : une utopie cinématographique », sur Le Monde,
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