Ekaterina Svanidzé

Ekaterina Svanidzé
Ekaterina Svanidzé en 1904.
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Nom dans la langue maternelle
კატო სვანიძე
Surnom
Kato
Nationalité
Activité
Père
Svimon Svanidze (d)
Mère
Sepora Dvali (d)
Fratrie
Alexandre Semionovitch Svanidzé (frère)
Conjoint
Joseph Staline (v. 1903 - 1907)
Enfant

Ekaterina « Kato » Svanidzé (en géorgien : ქეთევან სვანიძე), née le en Ratcha et morte le [1]à Tbilissi, géorgienne, est la première épouse de Joseph Staline et la mère de son fils aîné, Iakov Djougachvili.

Née en Ratcha, dans l'ouest de la Géorgie, Kato finit par s'installer à Tbilissi, capitale du pays, avec ses deux sœurs et son frère, et travaille comme couturière. Son frère Alexandre, confident de Staline — alors connu sous son nom de naissance Iossif Djougachvili — les présente l'un à l'autre en 1905. Ils se marient le et Kato donne naissance à leur fils unique, Iakov, quelques mois plus tard. La famille déménage à Bakou afin d'échapper à une arrestation, mais Kato, tombée gravement malade, retourne à Tbilissi en 1907, où elle meurt peu après de la fièvre typhoïde ou de la tuberculose. Sa mort affecte profondément son époux.

Biographie

Famille et jeunesse

Ekaterina[2] Svanidzé naît à Baji, un petit village de Ratcha, une région de Géorgie, qui faisait alors partie du gouvernement de Koutaïsme, au sein de l'Empire russe[3]. Ses parents sont Svimon Svanidzé, cheminot et propriétaire terrien, et Sepora Dvali, tous deux issus de la petite noblesse géorgienne appauvrie[4]. Ella a deux sœurs, Alexandra « Sashiko » (1878 - 1936) et Maria « Mariko » (1888 - 1942), ainsi qu'un frère cadet, Alexandre « Aliocha » (1886 - 1941)[5].

Alors que leurs parents déménagent à Koutaïssi, les quatre frères et sœurs Svanidzé s'installent à Tiblissi (alors appelée Tiflis) et vivent ensemble dans une maison près de la place Erevan (aujourd'hui renommée en place de la Liberté), derrière le quartier général du district militaire du Caucase du Sud[6]. Aliocha est un membre du parti ouvrier social de Russie (bolchevik) en Géorgie et un proche de Iossif Djougachvili, plus tard connu sous le nom de Joseph Staline[5],[7]. Les trois sœurs travaillent alors dans un atelier pour la couturière française Madame Hervieu, où elles confectionnent des uniformes pour les officiers et des robes pour leurs épouses[8]. Sashiko épousa Mikheil Monaselidze, un autre bolchevik ayant également connu Iossif Djougachvili lorsqu'ils étaient étudiants au séminaire de Tbilissi[9].

En 1905, Aliocha invita Djougachvili à venir vivre avec lui, ses trois sœurs et son beau-frère Mikheil Monaselidze[10]. L'atelier est fréquentée par la clientèle aisée des sœurs, ce qui, combiné à son emplacement central, en faisait un refuge idéal ; Monaselidze écrit plus tard : « Notre appartement était à l'abri des soupçons de la police. Pendant que mes compagnons se livraient à des activités illégales dans une pièce, ma femme ajustait les robes des épouses de généraux dans la pièce voisine »[5]. Il est propable que Djougachvili ait recontré Kato pour la première fois à cette époque, bien qu'il soit possible qu'il se soit déjà caché chez ses parents[11].

Djougachvili s'intéressa rapidement à Kato ; il la décrira plus tard à sa fille Svetlana comme « très douce et belle : elle me faisait fondre le cœur. »[12]. Selon Iremashvili, Kato elle-même « vénérait [Djougachvili] comme un demi-dieu, mais le comprenait. Elle était fascinée par [Djougachvili], et enchantée par ses idées », le trouvant charmant[13]. Mais elle était aussi, comme le note Montefiore, une femme instruite à part entière et s'était activement intéressée au bolchévisme, organisant des collectes de fond pour les sociaux-démocrates et aidant à soigner les révolutionnaires blessés[5].

Mariage

Kato et Djougachvili décidèrent de se marier à l'été 1906. Kato était alors enceinte, et bien que l'on ignore si elle en était consciente, l'historien Stephen Kotkin a suggéré que ce fut la raison de leur union[9]. À l'instar de la mère de Djougachvili, Kéké Geladzé, Kato était très pieuse et insista pour un mariage religieux à l'église, ce que son fiancé, athé, accepta[7]. Trouver un prête disposé à les unir s'avéra difficile, car Djougachvili utilisait de faux documents sous le nom de « Galiashvili », l'un des pseudonymes qu'il employait à l'époque[14]. Monaselidze finit par trouver un prêtre prêt à célébrer l'union, Kita Tkhinvaleli, qui avait également été camarade de Djougachvili au séminaire. Cependant, Tkhinvaleli n'accepta de le faire qu'à condition que la cérémonie ait lieu tard dans la nuit[15]. Le mariage eut lieu vers 2 h du matin le , dans une église près de la résidence des Svanidzé[9],[14].

Kato en 1905.

Par la suite, un dîner intime fut organisé pour les dix invités, avec Mikhaïl Tskhakaïa, mentor bolchevique de Djouchavili, officiant en tant que tamada (maître de cérémonie, figure importante des célébrations géorgiennes)[14]. Djouchavili n'invita pas sa mère au mariage et ne l'en informa même pas au préalable[7]. Après la cérémonie, un policier se présenta au domicile, mais comme Djouchavili le payait, aucune arrestation n'eut lieu[16].

Malgré la loi exigeant l'inscription des mariages dans le passeport intérieur, Kato ne s'y est pas conformée, officiellement pour protéger Djougachvili, connu de l'Okhrana, la police secrète impériale russe[7]. Elle a également continué d'aider activement les bolcheviks et, en , a hébergé un contact moscovite. Cet individu était un agent double et, après son départ, Kato et son cousin, Spiridon Dvali, ont été arrêtés le . Svanidze a été emprisonnée tandis que Dvali, accusé de fabrication de bombes, a été condamné à mort[11],[15]. Après six semaines de détention, Kato a été libérée ; sa libération était due à son état de santé (elle était enceinte de quatre mois) et au fait que Sashiko avait sollicité l'aide de ses clientes de l'atelier ; la peine de Dvali a également été commuée et réduite[7],[3]. Bien que libérée de prison, Kato n'a pas été autorisée à rentrer chez elle, mais a été logée chez le chef de la police pendant deux mois. Djougachvili lui rendait fréquemment visite, car les officiers ne le reconnaissaient pas[3].

Le , Kato donna naissance à un fils, Iakov, en présence de Djougachvili et de sa mère[15]. Djougachvili a continué à travailler après la naissance de son fils, même s'il jouait quelquefois avec lui, l'appelant affectueusement Patsan[15]. Quelques mois après la naissance de Iakov, Djougachvili fut impliqué dans un braquage de banque retentissant à Tbilissi, et la famille dut fuir à Bakou pour éviter une arrestation[3]. Ils louèrent une « maison tatar au plafond bas sur la péninsule de Bayil », juste à l'extérieur de la ville, sur le bord de mer[3]. Kato essaya de trouver un emploi, mais cela se révéla impossible avec un enfant en bas âge à charge[15].

Maladie et mort

Djougachvili était souvent absent, laissant Kato seule dans un endroit où elle ne connaissait presque personne. L'inquiétude liée à Djougachvili, ainsi que l'isolement et la chaleur, eurent des conséquences néfastes sur sa santé, et Kato tomba bientôt malade[3]. Sa famille l'invita à retourner en Ratcha, au climat beaucoup plus doux, pour se rétablir et retrouver ses proches, mais Kato hésitait à abandonner son mari. En octobre, son état s'était aggravé, et Djougachvili, inquiet, la ramena à Tblissi, avant de repartir rapidement pour Bakou. Cependant, durant les treize heures de voyage pour retourner en Géorgie, Kato but de l'eau contaminée et contracta probablement la typhoïde. À Tbilissi, elle commença à souffrir d'hémorragies intestinales. Djougachvili lui rendit visite une seule fois, et elle mourut le , trois semaines après son retour à Tbillissi[11],[13].

Funérailles de Kato Svanidze, en présence de sa famille et de son époux Joseph Staline (à droite).

Son décès fut annoncé dans le journal Tsqaro (წყარო, « Source »), et ses obsèques eurent lieu le à 9 h dans l'église même où elle avait épousé Djougachvili. Kato fut ensuite inhumée dans une église du quartier de Kukia à Tbilissi. Selon le menchevik géorgien Ioseb Iremashvili, Djougachvili fut profondément affecté par la mort de sa femme et aurait déclaré lors des funérailles : « Cette créature a adouci mon cœur de pierre. Elle est morte, et avec elle s'est éteint mon dernier espoir en l'humanité. »[3]. Il confia plus tard à une amie qu'il était « si accablé de chagrin que [ses] camarades [lui] ont pris son fusil. »[4]. Durant l'inhumation, Djougachvili se serait également jeté dans sa tombe et aurait dû être extirpé de force. Comme il était suivi par des agents de l'Okhrana, Djougachvili s'enfuit avant la fin de son service. Il quitta Tblissi et retourna à Bakou, abandonnant Iakov, âgé de huit mois, à ses proches Svanidzé[3]. Djougachvili ne revint pas voir son fils pendant plusieurs années[6].

Références et notes

  1. ↑ Dates selon le calendrier julien, soit respectivement le 14 avril 1885 et le 5 décembre 1907 selon le calendrier grégorien
  2. ↑ Il s'agit de la version russe de son prénom géorgien, Ekaterine.
  3. (en) Simon Sebag Montefiore, Young Stalin, Londres, Phoenix, (ISBN 978-0-297-85068-7), p. 202-203
  4. (en) Stephen Kotkin, Stalin, Volume 1: Paradoxes of Power, 1878–1928, New York, Penguin Press, (ISBN 978-1-59420-379-4), p. 753
  5. (en) Simon Sebag Montefiore, Young Stalin, Londres, Phoenix, (ISBN 978-0-297-85068-7), p. 144
  6. (en) Simon Sebag Montefiore, Young Stalin, Londres, Phoenix, (ISBN 978-0-297-85068-7), p. 203
  7. (en) Stephen Kotkin, Stalin, Volume 1: Paradoxes of Power, 1878–1928, New York, Penguin Press, (ISBN 978-1-59420-379-4), p. 106
  8. ↑ (en) Simon Sebag Montefiore, Young Stalin, Londres, Phoenix, (ISBN 978-0-297-85068-7), p. 144-145
  9. (en) Stephen Kotkin, Stalin, Volume 1: Paradoxes of Power, 1878–1928, New York, Penguin Press, (ISBN 978-1-59420-379-4), p. 105
  10. ↑ (en) Ronald Grigor Suny, Stalin: Passage to Revolution, Princeton, New Jersey, Princeton University Press, (ISBN 978-0-691-18203-2), p. 323
  11. (hu) Miklós Kun, Stalin: An Unknown Portrait, Budapest, Central European University Press, (ISBN 963-9241-19-9), p. 342
  12. ↑ (en) Simon Sebag Montefiore, Young Stalin, Londres, Phoenix, (ISBN 978-0-297-85068-7), p. 164
  13. (en) Simon Sebag Montefiore, Young Stalin, Londres, Phoenix, (ISBN 978-0-297-85068-7), p. 199
  14. (en) Simon Sebag Montefiore, Young Stalin, Londres, Phoenix, (ISBN 978-0-297-85068-7), p. 165
  15. (en) Ronald Grigor Suny, Stalin: Passage to Revolution, Princeton, Princeton University Press, (ISBN 978-0-691-18203-2), p. 398
  16. ↑ (en) Simon Sebag Montefiore, Young Stalin, Londres, Phoenix, (ISBN 978-0-297-85068-7), p. 166-167
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