Eleonora Ziemiecka

Eleonora Ziemiecka
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Nationalités
Activité
signature d'Eleonora Ziemiecka
Signature.

Eleonora Ziemiecka, née Eleonora Gagatkiewicz en dans le village de Jasieniec en Mazovie, morte le à Varsovie, est une écrivaine, philosophe chrétienne et publiciste. Intéressée par la philosophie d'Hegel, puis de Descartes, elle participe aux grands débats philosophiques de son époque. A ce titre, elle est considérée comme la première philosophe polonaise. Elle s'investit également dans les questions relatives aux femmes et à leur éducation.

Biographie

Eleonora Ziemiecka, vers 1858.

Eleonora Gagatkiewicz est née sur le domaine Jasieniec[1]. Sa grand-mère s'occupe de son éducation, en mettant l'accent sur la connaissance des poètes contemporains (les œuvres d'Adam Mickiewicz, Józef Bohdan Zalewski et Franciszek Karpiński)[2]. Grâce à cette éducation indépendante et celles qui ont suivi, Eleonora Gagatkiewicz a acquis une vaste culture intellectuelle inhabituelle pour une femme de son temps[3].

Dès 1830 (à l'âge de 11 ans), sous le nom d'Eleonora G., elle publie ses premiers articles dans Journal pour enfants (pl), édité par le poète polonais Stanisław Jachowicz (pl), et qui sont bien accueillis. Au fil du temps, elle devient non seulement correspondante, mais aussi collaboratrice régulière. Gagatkiewicz écrit des œuvres littéraires (contes de fées, paraboles) ainsi que des articles journalistiques ( « Sur l'histoire polonaise», « Un appel aux femmes pour leur langue maternelle », « Sur les récompenses monétaires pour des actes glorieux »)[4].

En 1833, elle commence à écrire des articles pour plusieurs journaux, comme Pierwiosnek (pl). En 1834, elle épouse A. Ziemięcki et la pédagogue et militante Kazimiera Ziemięcka (pl) devient sa belle-sœur[5]. Après leur mariage, Eleonora et son mari partent à Dresde, où ils restent jusqu'en 1840. Ils s'installèrent ensuite à Varsovie[2].

Durant cette période, elle s'investit dans l'édition (à partir de 1842, elle publie la revue Pielgrzym (pl)) ainsi que dans des activités sociales et philosophiques. Elle publie de nombreux livres, dont une majorité d'œuvres philosophiques[6] .

Dans les années 1860, la santé de Ziemięcka décline, mais elle reste active. Elle meurt en 1869 et est enterrée au cimetière Powązki de Varsovie (parcelle 25, rangée 4, tombe 10)[7].

Travaux

Eleonora Ziemiecka s'intéresse à la philosophie, d'abord aux écrits de John Locke, d'Étienne de Condillac et des spiritualistes français, puis à la philosophie allemande : Kant, Hegel et Schelling[2]. Des références à ces philosophes apparaissent dans ses récits de voyage publiés dans Pierwiosnek.

Critique de l'hégélianisme

Au début des années 1830, l'influence de l'hégélianisme commence à croître parmi les intellectuels de Pologne. Elle est perçue par les cercles conservateurs comme une menace pour le système traditionnel de valeurs et l'ordre social, ainsi que comme une atteinte non autorisée au domaine de la foi religieuse. On cherche alors un moyen d'enrayer ce « fléau allemand »[8]. Ziemięcka est associée à ces cercles conservateurs du Royaume de Pologne, en particulier au cercle des traditionalistes catholiques rassemblés autour de l'hebdomadaire Tygodnik Petersburski (pl), un groupe appelé la «Coterie de Saint-Pétersbourg (pl)». Ziemięcka n'appartenait pas à ce groupe (elle ne publiait pas dans le Tygodnik), mais elle en était proche, et les membres de la coterie la soutenaient dans ses activités[9]. Contrairement à de nombreux membres de la coterie, Ziemięcka n'était pas extrême dans son traditionalisme, cherchant une synthèse des nouveaux courants intellectuels avec les traditions et la religiosité polonaises. Elle ne partageait pas non plus leur intérêt envers la Russie tsariste[3] .

Le rapprochement de Ziemięcka avec la coterie de Saint-Pétersbourg est lié à la fin de sa fascination pour la philosophie de Hegel, ce qui a conduit à un changement de position vers une position conservatrice et catholique. Elle a entrepris une critique de la philosophie allemande et de ses tendances panthéistes. Dans son premier ouvrage philosophique, Pensées sur la philosophie, Ziemięcka critique Hegel, défendant l'autonomie de la sphère religieuse. Comme exemple positif, elle cite la philosophie d'Emmanuel Kant, qui soutenait que la raison a ses limites insurmontables[8][9]. Avec cette publication, Ziemięcka est considérée comme la première femme philosophe polonaise[10][11][9]. Son travail est accueilli par de nombreuses critiques et moqueries, de la part du philosophe Bronisław Trentowski (pl), d'Edward Dembowski et de l'écrivain Fryderyk Henryk Lewestam (pl)[3] . Trentowski était particulièrement sévère dans son opinion, pour lui Ziemięcka prouvant que les femmes ne peuvent pas s'engager dans la philosophie et ne peuvent que devenir des « ennemies de la philosophie »[2].

Page de titre de Le Pèlerin (2/1843).

En 1842, Ziemięcka fonde la revue Pielgrzym (pl), d'inspiration catholique conservatrice. Elle publie des textes littéraires, philosophiques et journalistiques, souvent des traductions de la littérature religieuse française[9][3]. Sa mission était de contrer la propagation d'idées philosophiques jugées dangereuses pour les Polonais et Polonaises[8]. La revue est rédigée de manière sèche et peu attrayante[3] et, malgré le soutien de Józef Ignacy Kraszewski, de l'évêque Ignacy Hołowiński (pl) et du collectionneur Konstanty Świdziński (pl), elle cesse ses activités en 1846[11].

Philosophie chrétienne

Un exposé plus complet de ses propres vues philosophiques sont fournis par « Esquisses de la philosophie catholique en quatre points de vue » (Varsovie, 1857). Cet ouvrage situait Ziemięcka dans le courant dominant de la philosophie chrétienne (en particulier catholique) et s'appuyait sur les travaux de Nicolas de Malebranche et des théologiens catholiques[11]. Certains chercheurs le considèrent également comme un mouvement messianique[6] . Dans ses œuvres, l'autrice a tenté de concilier la foi et la raison[11]. L'ouvrage est divisé en quatre parties : concernant le monde naturel, la raison et la volonté (elle combine ici les vues thomistes sur l'âme avec l'irrationalisme romantique et le spiritualisme contemporain), le monde révélé (la question de la providence divine, la relation entre la foi et la raison) et le monde social (le rôle positif de la religion dans le progrès social)[2].

La question des femmes

Le deuxième grand domaine d'activité de Ziemięcka est la question des femmes, en particulier celle de l'éducation des femmes.

Elle publie ses premiers textes sur les questions féminines à l'âge de 14 ans avec Lettres sur l'éducation des femmes. Elle développe plus tard ses idées de jeunesse[6] .

En 1842, Ziemięcka rencontre la romancière et féministe Narcyza Żmichowska[12], une jeune autrice qui avait débuté l'année précédente dans Pierwiosnek. Fascinée par Ziemięcka, Żmichowska reste sous son influence pendant un certain temps. Ziemięcka publie plusieurs de ses textes littéraires dans Pielgrzym, et la revue devint l'un des principaux organes de presse pour les questions féminines[11].

En 1843, Ziemięcka publie Pensées sur l'éducation des femmes, dans lesquelles elle appelait à élever le niveau moral des femmes, à former leurs vertus, à développer leur caractère et, ce qui constituait une innovation significative sur l'éducation. Selon elle, l'éducation des femmes nécessitait une réforme, grâce à laquelle, parallèlement au développement des sentiments, l'esprit se développerait également[2]. Elle critiquait l'« imagination » excessive provoquée par la lecture de romans d'amour[12]. Ces romans étaient selon elle réputés détacher les femmes de la réalité, stimuler leur émotivité et provoquer une « exaltation des sentiments », source de tragédies familiales et personnelles. C'est pourquoi il était nécessaire d'éduquer les femmes, qui, outre leur développement intellectuel, viserait également leur développement moral[12].

Peu à peu, Żmichowska s'éloigne de Ziemięcka, rassemblant autour d'elle le premier groupe féministe polonais les Enthousiastes (pl), qui formule plus clairement un programme d'émancipation des femmes[3]. Au fil du temps, la proximité entre Ziemięcka et Żmichowska est rompue. Une différence significative entre les deux autrices était leur attitude envers le christianisme. Żmichowska valorisait davantage l'indépendance et ne partageait pas la perspective catholique de Ziemięcka[12]. De plus, Żmichowska ne pouvait accepter l'interférence de Ziemięcka dans ses textes[5].

Eleonora Ziemięcka vers 1865 (photographie sur papier albuminé).

Dans ses Studiach (Etudes), publiées en 1860, Ziemięcka inclut Słówek o kobiety (Un mot sur une femme), dans lequel elle développe l'idée exprimée dans Zarys filozofia Katholskiej (Aperçu de la philosophie catholique) (1857) : tout ce qu'elle dit dans cet ouvrage sur l'individu, dans un sens social ou historique, s'applique également aux femmes. Ziemięcka s'oppose à la perception des femmes comme des êtres surnaturels et angéliques, ou comme des êtres inférieurs ou pires que les hommes. Elle soutient que l'égale dignité des femmes et des hommes doit être reconnue, et que les femmes doivent maintenir leur séparation personnelle également dans le mariage et la famille. La justification de ses affirmations a une base religieuse[12]. « Même dans la famille, une femme ne doit pas périr, même face à l'attachement à son mari et à son fiancé, elle ne doit pas perdre la liberté et la dignité d'un être qui appartient véritablement et véritablement à Dieu seul »[13].

Dans les années 1860, Ziemięcka entreprend d'éditer le manuel Cours de sciences supérieures pour les femmes. Avant sa mort, les parties consacrées à l'esthétique et à la psychologie sont publiées (1863-1864)[11].

La place de Ziemięcka dans l'histoire du mouvement des femmes en Pologne et la nature de son travail sur ce sujet sont discutés. Il a été avancé que Ziemięcka soutenait l'image de la femme comme victime et souffrante. Cependant, cette interprétation est controversée[12]. Son rôle dans les origines du féminisme en Pologne est également débattue[6],[12]. Malgré ses déclarations en faveur de la reconnaissance de la dignité des femmes et de l'amélioration de leur éducation, elle a critiqué le mouvement d'émancipation plus large[12].

Œuvre littéraire

En plus de ses textes en littérature jeunesse publiée dans Dziennik dla Dzieci (Journal pour enfants), Ziemięcka est l'autrice de deux volumes de Powiastki ludowe (Contes populaires) (1860-1861). Elle a également traduit le roman Kalista de John Henry Newman (1858)[11] et a écrit un certain nombre d'études de critique littéraire. Dans son article, Eleonora Sztyrmer et la littérature romanesque en général (dans Le Pèlerin, 1845), elle critique le réalisme, mis en opposition avec le roman didactique idéalisant[3].

Notes et références

(pl) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en polonais intitulé « Eleonora Ziemięcka » (voir la liste des auteurs).
  1. (pl) Widzialni CMS, « Aktualności - Gminna Biblioteka Publiczna w Jasieńcu », sur bibliotekajasieniec.pl (consulté le )
  2. Nawracała-Urban 2011.
  3. Krzyżanowski et Hernas 1985.
  4. Lidia Żarów-Mańszewska, „Dziennik dla Dzieci” Stanisława Jachowicza, „Rozprawy z Dziejów Oświaty”, 4, 1961, p. 125–176.
  5. Żmichowska N., Poganka, Przypis 13, Ossolineum, 2013, 237/276.
  6. Szlachta 2015.
  7. (pl) « Warszawskie Zabytkowe Pomniki Nagrobne »
  8. Walicki 1986.
  9. Skoczyński et Woleński 2010.
  10. (en) Joanna Usakiewicz, « Eleonora Ziemięcka, the First Polish Woman Philosopher: On the Essence and the Role of Philosophical Thinking », Studia z Historii Filozofii, vol. 12, no 3,‎ , p. 123–135 (ISSN 2391-775X, DOI 10.12775/szhf.2021.017, lire en ligne, consulté le )
  11. Orgelbrand 1898.
  12. Sajdek 2015.
  13. Ziemięcka E., Studia, Warszawa 1860, p. 394.

Annexes

Bibliographie

  • Julian Krzyżanowski, Czesław Hernas, Literatura polska. Przewodnik encyklopedyczny, vol. 2, Warszawa, PWN,
  • S. Orgelbranda Encyklopedja Powszechna, Warszawa, Wydawnictwo Towarzystwa Akcyjnego Odlewni Czcionek i Drukarni S. Orgelbranda Synów, 1898–1912}}
  • Mirella Nawracała-Urban et Andrzej Maryniarczyk, Encyklopedia filozofii polskiej, vol. 2, Lublin, Polskie Towarzystwo Tomasza z Akwinu, , 886–887 p., « Ziemięcka Eleonora »
  • Wiesława Sajdek et Renata Gola, Dominika Jagielska, Janina Kostkiewicz, Niepodległościowe koncepcje i programy wychowania przełomu XIX i XX wieku, Kraków, Wydawnictwo Uniwersytetu Jagiellońskiego, , 93–104 p., « Program wychowania kobiet wedle wskazówek Eleonory Ziemięckiej »
  • Jan Skoczyński, Jan Woleński, Historia filozofii polskiej, Kraków, Wydawnictwo WAM,
  • Bogdan Szlachta et Michał Jaskólski, Słownik historii doktryn politycznych, vol. 6, Warszawa, Wydawnictwo Sejmowe, , 569-572 p., « Ziemięcka Eleonora »
  • Andrzej Walicki et Andrzej Walicki, Zarys dziejów filozofii polskiej 1815-1918, Warszawa, PWN, , « Lata 1815–1863 »

Liens externes

  • icône décorative Portail de la Pologne
  • icône décorative Portail de la philosophie
  • icône décorative Portail des femmes et du féminisme
  • icône décorative Portail de la littérature