Elisabeth Marbury
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(à 76 ans) New York (États-Unis) |
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Francis Marbury (d) |
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Elizabeth Marbury (d) |
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Elisabeth Marbury [iˈlɪz.ə.bəθ ˈmɑːɹ.be.ɹi][note 1], née le à New York et morte dans la même ville le , est une agente littéraire, productrice de théâtre et traductrice américaine. Elle est une figure influente du théâtre new-yorkais de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle.
Représentante de nombreux auteurs européens et américains, parmi lesquels Oscar Wilde, George Bernard Shaw, Edmond Rostand, Victorien Sardou ou encore Frances Hodgson Burnett, elle joue un rôle important dans la diffusion du théâtre européen sur les scènes américaines. Productrice de plusieurs spectacles à Broadway, elle participe également à l’émergence de la comédie musicale moderne à travers les productions du Princess Theatre dans les années .

Personnalité importante de la haute société new-yorkaise, Elisabeth Marbury entretient à partir des années une relation lesbienne publique et de longue durée avec Elsie de Wolfe, décoratrice d’intérieur et figure mondaine avec laquelle elle partage sa vie jusqu’à sa mort. Ce couple, très structurant et influent dans leurs carrières et leurs choix de vie respectifs, est un exemple de mariage de Boston.
Engagée dans diverses œuvres philanthropiques pendant la Première Guerre mondiale, puis active au sein du Parti démocrate après-guerre, elle publie également plusieurs ouvrages, dont son autobiographie My Crystal Ball en 1923.
Biographie
Enfance et formation
Elisabeth Marbury naît le [1], de Francis Ferdinand Marbury et Elizabeth (née McCoun) Marbury[HMS 1]. Son père est greffier et descendant de la famille Marbury, une prestigieuse lignée d'avocats ayant émigré d’Angleterre au début du XVIIe siècle, tandis que sa mère est une McCoun, famille comptant parmi les plus influentes de New York[L 1]. Elle grandit dans un milieu aisé et cultivé ; son enfance est néanmoins troublée par la guerre de Sécession, qui déclenche de nombreux conflits et disputes entre son père, démocrate et pro-confédéré, et sa mère, unioniste[L 2].
Bien que sa famille appartienne à un milieu aisé, elle connaît régulièrement des difficultés financières en raison des investissements boursiers et immobiliers malheureux de son père, avocat prospère, mais dépensier[L 3]. Sa mère assume alors une gestion rigoureuse des finances familiales afin de préserver le rang social du foyer au sein de la bonne société new-yorkaise[L 3]. Marbury acquiert auprès d'elle des notions de comptabilité ainsi qu'une forte sensibilité à l'importance de la réputation[L 3],[S 1].
Elle est envoyée assez jeune dans une école de filles « à la mode », où elle est éduquée aux bonnes manières[L 4]. À partir de l’âge de 7 ans, elle reçoit néanmoins une éducation plus approfondie, dans un premier temps aux lettres classiques par son père, qui lui apprend à lire ainsi que le latin[2], puis en autodidacte, en profitant de l'importante bibliothèque de droit qu'il possède[L 4]. Elle apprécie particulièrement Commentaries on the Laws of England de William Blackstone[2],[S 2].
Elle profite également d'une importante éducation culturelle : sa famille considère le théâtre comme une part essentielle de l'éducation et l'y emmène tous les vendredis soir[L 5]. Ces sorties créent chez la jeune fille une passion pour le théâtre[L 5],[2].
Du point de vue religieux, ses parents, quakers, lui offrent une solide éducation spirituelle et l’emmènent chaque dimanche à leur église de quartier, la Madison Square Presbytarian Church[S 2].
En , elle effectue un tour d’Europe, pratique classique dans l'éducation des familles américaines aisées de l'époque, où elle visite les îles Britanniques, la France, la Belgique et la Suisse[L 6], et rencontre plusieurs personnalités comme Charles Darwin, Thomas Henry Huxley ou Herbert Spencer[2].
Début de carrière et rencontre avec Elsie de Wolfe

En , Marbury commence sa toute première entreprise[M 1] : une exploitation de volailles installée dans la ferme familiale de Long Island[S 3]. Elle la dirige avec succès, à l'aide notamment de l'incubateur nouvellement inventé ; les produits remportent de nombreux prix dans les foires locales[2],[S 3].
En 1886[M 2],[HMS 2], Marbury rencontre Elsie de Wolfe, figure mondaine et décoratrice d'intérieur avec qui elle entretient une relation lesbienne de 1892 jusqu’à sa mort en 1933[1]. Leur relation est largement publique et commentée dans la presse, un journaliste allant jusqu'à écrire une fiction érotique sur leur couple[3],[4],[5],[M 3]. Ce lien amoureux ne suscite toutefois pas de scandale, notamment en raison de leur statut social élevé et de la relative tolérance de leur époque envers les relations étroites entre femmes, qui les protège des critiques[M 4].


Le couple partage son existence entre le 49 Irving Place, dite la « Irving House », à New York, où elles résident de 1892 à 1911[6],[E 1],[S 4], et la Villa Trianon[E 1], au 47 boulevard Saint Antoine, à Versailles[S 5], acquise en 1903, où elles séjournent régulièrement au gré de leurs voyages d’affaires[1].
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Elle publie en anonymement[S 6], son premier livre, Manners: A Handbook of Social Customs[1], révélant que, malgré sa réussite personnelle, elle considère que la place de la femme est au foyer et s’oppose au mouvement grandissant pour le droit de vote des femmes[2]. La même année, le 23 février elle coécrit et produit une pièce de théâtre caritative, Contrast, en collaboration avec de Wolfe comme actrice principale[2],[M 2] récoltant 5 000 dollars ce qui lui fait envisager une carrière dans l'industrie du théâtre[2],[S 7],[1], peut-être en tant que dramaturge[M 2], notamment à la suite d'une suggestion du producteur Daniel Frohman[2],[E 2].
Suite à ces événements et grâce aux encouragements de Daniel Frohman, Marbury se lance dans sa carrière en devenant l’agente et la représentante de l’autrice Frances Hodgson Burnett, avec laquelle elle entretient une collaboration fructueuse et très lucrative[1], pendant trois ans, au cours desquels elle produit la pièce Little Lord Fauntleroy[E 3],[S 8].
En 1890, Marbury est victime d’une escroquerie menée par un entrepreneur australien qui tire parti de son inexpérience dans le domaine de la production théâtrale[S 9]. Ce dernier l’amène à financer par avance la production de Little Lord Fauntleroy en Australie, puis la persuade de se rendre en France afin d’y organiser une nouvelle tournée de l’œuvre destinée à compenser les pertes engagées[S 9]. Profitant de son absence, il disparaît avec l’ensemble des fonds qui lui avaient été confiés pour la production[S 9]. Marbury se retrouve seule au Havre sans aucune économie[S 9]. Elle rejoint alors de Wolfe à Paris et obtient, en 1891, un entretien avec l’écrivain Victorien Sardou, président de la Société des gens de lettres, qu’elle parvient à convaincre, après s'être longuement préparée avec de Wolfe, de la prendre comme agente pour lui-même mais aussi pour tous les membres de la société[M 2],[1]. Elle gère pour eux les droits d'auteur, les traductions de leurs œuvres ou encore la production sonore et la distribution de certaines pièces de théâtre[1]. Sa liste de clients compte alors de nombreux auteurs, des Français comme Ernest Blum, Henry Bataille, Henri Bernstein, Georges Feydeau, Ludovic Halévy, Henri Meilhac, Robert de Montesquiou, Édouard Pailleron, Jean Richepin, Edmond Rostand, Raoul Toché, des Britanniques comme James M. Barrie, James Matthew Barri, Beerbohm Tree (en), Hall Caine, Jerome K. Jerome, George Bernard Shaw, W. Somerset Maugham, Oscar Wilde ainsi que les Américains Rachel Crothers, Paul Kester (en), Charles Major (en) ou le Canadien Brandon Thomas[7],[1],[E 4]. Elle soutient également l’intégration des femmes dans le milieu du théâtre, en particulier dans les domaines de la mise en scène et de la production, alors majoritairement dominés par les hommes, contribuant notamment à l’essor de personnalités telles que Rachel Crothers et Maxine Elliott[HMS 3].
Elisabeth Marbury devient dans le même temps une figure incontournable du milieu théâtral new-yorkais, collaborant notamment avec le syndicat théâtral de Charles Frohman, auquel elle fournie la majorité de ses contrats de production[S 10], ainsi qu’avec The Shubert Organization[1]. En 1895 son entreprise possède des bureaux à Londres, Paris, Berlin, Vienne, Milan, Moscou ou encore Madrid[E 2]. En 1905, elle représente 34 auteurs français, 38 britanniques et 24 américains[S 11]. En 1911, un article du Metropolitan Magazine la décrit ainsi : The three estates of the dramatic world are playwright, actor, and manager. The fourth is Miss Elisabeth Marbury. She is an institution without precedent...self-evolved, autogenerated. (« Les trois piliers du monde théâtral sont l’auteur dramatique, l’acteur et le directeur de théâtre. Le quatrième, c’est Miss Elisabeth Marbury. Elle est une institution sans précédent… façonnée par elle-même, née de sa propre volonté. »)[8].
À partir de , Marbury et de Wolfe accueillent régulièrement le dimanche, dans leurs résidences de New York et de la Villa Trianon à Versailles, des réunions autour du thé réputées internationalement et réunissant de nombreuses figures mondaines et politiques américaines et européennes[9],[HMS 2],[E 5].
En , Marbury se convertit au catholicisme romain suite à la mort de son père[M 5], sa mère était morte en février 1892[S 12].

En 1903, elle participe à la fondation du Colony Club, premier club exclusivement féminin de New York[1], ce qui lui permet de se constituer un important réseau de relations internationales[M 4]. Elle contribue également au lancement de la carrière de décoratrice d’intérieur de sa compagne Elsie de Wolfe en lui obtenant le contrat de décoration du club, la mettant ainsi en relation avec le gratin mondain new-yorkais[S 13],[M 6].
À partir de , Elisabeth Marbury et Elsie de Wolfe partagent leur résidence de la Villa Trianon avec Anne Morgan, rencontrée dans le cadre du Colony Club, dont Marbury fait office de mentore[M 4],[S 14].
En , elle lance la carrière américaine de Vernon et Irene Castle, couple de danseurs qu'elle découvre à Paris[1],[E 6], et qu'elle invite à New York, leur offrant une salle où se produire, le Castle House, ainsi que les services de l'orchestre de James Reese Europe[2].
Marbury voit dans le couple Castle une réponse morale à l’essor de la danse populaire en Amérique au début du XXe siècle, qu’elle juge trop libertine et sexualisée[S 15],[M 7]. Elle décrit leur style de danse comme [an] evolution of the eighteenth-century minuet with no strenuous clasping of partners, no hideous gyrations of the limbs, no abnormal twistings, and no vicious angles. (« [une] évolution du menuet du XVIIIe siècle, sans étreintes éprouvantes entre les partenaires, sans hideuses contorsions des membres, sans torsions excessives ni angles vicieux. »)[10].
Les bouleversements de la Première Guerre mondiale
Lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale en , Marbury se trouve à Brides-les-Bains en France, tandis que de Wolfe se trouve à Baden-Baden en Allemagne[M 8]. Temporairement détenues puis renvoyées à New York en septembre, elles vivent difficilement cette séparation sans communication possible et ressortent de cette expérience profondément marquées et inquiètes pour l’avenir de la société[M 8]. Dès leur retour, s'associant avec Anne Morgan et Anne Harriman Vanderbilt, elles fondent le Strand Roof Garden, lieu de rencontre entre différentes classes sociales, conçu comme un « antidote à la guerre », qui périclite et est revendu en [M 9]. Dans le même temps, Marbury se joint à d'autres agents pour fonder l’American Play Company[1], une association représentant les intérêts des auteurs à travers le monde et qui établit des branches à Paris, Londres, Berlin, Vienne, Rome et Barcelone[7]. Elle se lance également dans la production de pièces de théâtre, en partie pour tenter de retenir de Wolfe — qui veut partir en France pour contribuer à l'effort de guerre — à New York, en l'engageant dans la conception des décors des pièces qu'elle produit[M 10].

En et , Marbury s'associe avec le producteur F. Ray Comstock[2], pour fonder la Comstock-Marbury Company et réinvestit entièrement le Princess Theatre[E 7], qu'elle réaménage pour produire des pièces modestes, avec un budget limité à 7 500 dollars, ce qui est très peu en comparaison des coûts de production moyens de l'époque, où des productions de Broadway comme les Ziegfeld Follies sont budgétées à 50 000 dollars[HMS 4]. Elle y met en place une chorale de 12 femmes chantant des musiques en rapport avec l'histoire de la pièce, ainsi que des solistes, et un nombre d'artistes limité à 30 personnes[2],[M 9],[S 16]. Elle égalise également les salaires entre acteurs et filles de la chorale en payant ces dernières pour leurs heures supplémentaires et en augmentant leur salaire pour qu'il soit égal à celui des hommes[2]. Elle produit ainsi quatre pièces de théâtre précurseures du genre de la comédie musicale : Nobody Home et Very Good, Eddie en , puis Love o’ Mike et See America First en 1916[1].

Malgré ses efforts, Marbury ne parvient pas à retenir de Wolfe à New York et, alors que celle-ci s’apprête à partir discrètement le , Marbury le découvre et décide de l'accompagner, laissant la gestion de sa production en cours, Go to It, entre les mains de ses collaborateurs[M 10]. Elle revient brièvement à New York entre le et pour finir la production de Love o’ Mike, puis repart en France, travaillant avec Anne Morgan aux levées de fonds pour les soldats français blessés et accueillant un hôpital militaire dans la Villa Trianon[S 17], notamment dans le cadre de l'organisation des Chevaliers de Colomb[7],[S 18], jusqu'au , date à laquelle ses obligations professionnelles l'obligent à rentrer à New York[M 11]. Elle est plus tard décorée par les gouvernements français et belge pour son action[1], en France par la croix de guerre[E 8],[S 19].
En , elle publie The Faith of France[1],[11], une traduction du livre Les diverses familles spirituelles de la France[12] de Maurice Barrès.
L'après-guerre et carrière politique
La carrière de Elisabeth Marbury dans la production souffre de ses engagements durant la guerre et décline rapidement après celle-ci[HMS 4]. En 1914, au début du conflit, tous ses bureaux internationaux sont fermés, à l’exception de celui de Londres[E 9]. Elle se tourne alors, jusque dans les années 1920, vers la production de petites pièces écrites par des auteurs locaux, avant d’abandonner progressivement cette activité pour s'engager plus avant dans une carrière politique[E 10].
En , de retour à New York, elle s'engage activement au sein du Parti démocrate, en rejoignant la campagne pour le gouvernorat de l'État de New York de Alfred E. Smith[1]. En 1919, le ministre de l’Intérieur Franklin Lane lui confie la mission de veiller au bien-être des soldats américains toujours présents en Europe[2], et de trouver des volontaires pour un plan d'assignation de terres qu'il envisage de mettre en place et pour lequel il ne trouvera finalement jamais les fonds[S 20]. Elle est ensuite élue déléguée à la Convention nationale démocrate de 1920[7],[2] malgré l'opposition de la Women's National Campaign Committee qui considère qu'elle est la candidate des hommes[S 21], puis élue au Comité national démocrate en 1928[2], et présente à la Convention nationale démocrate de 1932[S 22]. D'abord opposée au droit de vote des femmes[M 12],[2], elle finit par soutenir le mouvement[7]. Elle s'inscrit néanmoins en opposition à plusieurs mouvements féministes comme la Lucy Stone League, ou encore contre le mouvement pour la prohibition et le Volstead Act[7].

De à , Marbury et de Wolfe louent une propriété partagée sur la 55e Rue à New York[M 13]. En 1920, à l’expiration de son bail, Marbury s’installe au 13 Sutton Place[S 23], dans l’est de Manhattan. Alors considéré comme vétuste, marqué par la présence d’entrepôts et réputé mal famé, le quartier bénéficie toutefois d’une situation avantageuse, d’un environnement relativement calme et de coûts immobiliers modestes[S 23]. Une partie de ses amies et de son cercle mondain décide alors de déménager au même endroit, lançant le mouvement de gentrification du quartier[M 13],[S 23].
En , Marbury publie son autobiographie, My Crystal Ball[1].
De à la fin de sa vie, Marbury, de plus en plus handicapée par son poids, qui l'empêche désormais de voyager, reste à Sutton Place[S 24], tandis que de Wolfe vit majoritairement en France et vient séjourner chez elle trois à quatre mois chaque automne[M 14].
Alors que le mouvement de la sexologie freudienne se développe, la relation de Marbury et de Wolfe devient mal perçue dans l'opinion publique, où elle est rattachée à une maladie[M 14]. De plus, le quartier de Sutton Place, où Marbury et de nombreuses femmes de pouvoir non-mariées se sont installées à sa suite, alimente des rumeurs d'enclave amazone[M 15]. Peut-être pour échapper à cette stigmatisation, très forte en raison de sa célébrité, de Wolfe se marie en 1926, à 60 ans, avec sir Charles Mendl, diplomate britannique[M 16]. Ce mariage provoque la colère de Marbury ; mais celle-ci se réconcilie avec de Wolfe après que cette dernière et son nouveau mari lui assurent qu'il ne s'agit que d'un mariage de convenance, la même année[M 16],[S 25].
Mort et postérité
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Elisabeth Marbury meurt d'une crise cardiaque le [1],[7]. À ses funérailles assistent les principales figures politiques et mondaines de l’État de New York et des environs[S 26]. Parmi elles figurent le gouverneur Herbert H. Lehman, l’ancien gouverneur Alfred E. Smith, le maire de New York John P. O'Brien, le maire de Jersey City Frank Hague, James A. Farley, Robert H. Jackson, ainsi que le futur gouverneur du Massachusetts Joseph B. Ely, qui portent le cercueil. Sont également présents Anne Morgan, William K. Vanderbilt et des personnalités de stature nationale, telles que Eleanor Roosevelt[S 26]. Elsie de Wolfe est notablement absente à l'enterrement[S 27].
La cérémonie, célébrée dans la cathédrale Saint-Patrick, attire une foule considérable : 3 000 personnes sont présentes et l’édifice est rapidement comble ce qui oblige 1 milliers de personnes à se rassembler sur le parvis[S 28]. Elle est inhumée au Cimetière de Woodlawn[S 27].
Elsie de Wolfe est la principale bénéficiaire de l'héritage d'Elisabeth Marbury[HMS 4], avec sa servante Alice Kussweter[S 29]. Le reste de l’héritage est divisé entre ses nombreux neveux et nièces, ainsi que quelques-uns de ses partenaires d'affaires[S 29]. Une notice chronologique lui est consacrée en première page du New York Times[7], ainsi que dans la quasi-totalité des journaux de l'État de New York[S 30]. Un projet de musée sur sa vie est entamé par certaines de ses proches peu après sa mort mais périclite faute de fonds fin 1933[S 31]. L’Irving House, où elle a demeuré une partie de sa vie, est classée monument historique en par la Commission de conservation des monuments de la ville de New York[9]. La pièce Very Warm for May, de Jerome Kern, sortie en , est en partie fondée sur sa vie[2].
Analyses historiques
La relation entre Elisabeth Marbury et Elsie de Wolfe est rattachée par l'historienne Kimberley Marra à la dynamique du mariage de Boston, classique dans leur période de vie post-victorienne, où deux femmes s'allient au sein d'un couple, platonique ou non, pour vivre ensemble et maintenir leur indépendance économique[M 17].
Selon l’historienne de l’art Rebecca Strum, Elisabeth Marbury aurait été la première agente à proposer aux auteurs européens un système de royalties pour la diffusion de leurs œuvres aux États-Unis[S 32]. Nic Leonhardt nuance toutefois cette affirmation : il estime qu’elle ne peut pas être vérifiée, rappelant que le système de royalties était déjà largement répandu en France, bien qu’il fût encore peu courant aux États-Unis[E 11].
Personnalité
Elisabeth Marbury est décrite comme une personnalité atypique au regard des normes sociales et de genre de son époque[M 1]. À une période où les femmes de la haute bourgeoisie sont encouragées à adopter une apparence raffinée et à se conformer à des idéaux de féminité valorisant notamment la minceur et l’élégance vestimentaire, elle accorde peu d’importance à son apparence physique, y compris à son poids[M 1]. Elle privilégie des vêtements sobres et fonctionnels, en rupture avec les tenues ornées de froufrous, de rubans et de couleurs vives alors associées à la mode féminine mondaine[E 12],[M 18].
Son comportement tranche également avec les attentes sociales imposées aux femmes à la fin du XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle[M 1]. Elle fume abondamment, consomme de l’alcool et manifeste peu d’intérêt pour les codes de bienséance traditionnellement attendus des femmes de son milieu[M 1],[E 12]. Elle pratique en outre des loisirs alors perçus comme masculins, notamment la pêche à la mouche, qui demeure l’une de ses passions tout au long de sa vie[M 1],[S 33].
Jane Smith écrit dans son étude sur Elsie de Wolfe, à propos de Marbury, At thirty she was a confirmed bachelor, and it was simply impossible to imagine her ever being coy. Hopelessly plain and already rather stout, she pulled her straight brown hair into a tight knot on top of her head and wore clothes whose only virtue was that they covered her body. Although her family had been prominent in New York society for generations, Bessie looked less like a lady of fashion than like the cartoon conception of a washerwoman dressed for work. (« À trente ans, elle était une célibataire endurcie, et il était tout simplement impossible de l’imaginer minauder un jour. Désespérément quelconque et déjà plutôt forte, elle ramenait ses cheveux bruns et raides en un chignon serré au sommet de la tête et portait des vêtements dont la seule qualité était de couvrir son corps. Bien que sa famille comptât depuis des générations parmi les plus en vue de la société new-yorkaise, Bessie ressemblait moins à une femme du monde qu’à la caricature d’une lavandière en tenue de travail. »)[13].
Publications
- (en) The Faith of France; Studies in Spiritual Differences & Unity, Boston & New York Houghton Mifflin Company, , 320 p. (ISBN 978-1019854730, lire en ligne) (traduction de Les diverses familles spirituelles de la France de Maurice Barrès)
- (en) Manners: A Handbook of Social Customs, Cassell & Company, Limited, (lire en ligne)
- (en) My Crystal Ball: Reminiscences, Boni and Liveright, (lire en ligne)
Productions sous l'égide d'Elisabeth Marbury
- Electra, produite en association avec Carl Reed, du à [14].
- Say When, comédie musicale originale, produite par Elisabeth Marbury, du à [14],[L 7].
- Revue Russe, revue musicale originale, produite par Elisabeth Marbury en collaboration avec The Shubert Organization, du au [14].
- Girl o' Mine, comédie musicale originale, produite par Elisabeth Marbury, du au [14],[L 8].
- Love O' Mike, comédie musicale originale, produite par Elisabeth Marbury, du au [14],[M 10].
- Oh My Dear!, produit par Elisabeth Marbury, à partir du [E 7].
- Oh Lady, Lady!, produit par Elisabeth Marbury, a partir du [E 7].
- Oh Boy!, produit par Elisabeth Marbury, a partir du [E 7].
- Go to It, produit par Elisabeth Marbury, a partir du [E 7],[M 10].
- See America First, comédie musicale originale, produite par Elisabeth Marbury, du au [14],[L 9].
- Very Good Eddie, comédie musicale originale, produite par Marbury-Comstock Co., du au [15],[E 7].
- Our Children, pièce originale, produite en collaboration avec George Mooser et F. Ray Comstock, du à septembre 1915[14].
- Nobody Home, pièce originale avec musique, produite par Elisabeth Marbury, du au [14],[E 7].
- Merry Gotham, pièce originale écrite par Elisabeth Marbury, du à [14],[E 13].
- A Wild Idea, co-écrit par Charles A. Doremus et Elisabeth Marbury, 1889[16],[E 13].
- Contrast, produit par Elisabeth Marbury, 1888[M 2],[2].
Notes et références
Bibliographie
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
- (en) Nic Leonhardt, Theatre Across Oceans: Mediators of Transatlantic Exchange, 1890–1925, Springer Nature Switzerland AG, , 352 p. (ISBN 978-3030763541).

- (en) Billy J. Harbin, Kimberley Bell Marra et Robert A. Schanke, The Gay and Lesbian Theatrical Legacy: A Biographical Dictionary of Major Figures in American Stage History in the Pre-Stonewall Era, The University of Alabama Press, , 440 p. (ISBN 978-0472098583, lire en ligne).

- (en) Penny Sparke, Elsie De Wolfe: The Birth of Modern Interior Decoration, New York, Acanthus Press, (ISBN 978-0-926494-27-5, lire en ligne)
- (en) Alfred Allan Lewis, Ladies and Not-So-Gentle Women: Elisabeth Marbury, Anne Morgan, Elsie de Wolfe, Anne Vanderbilt, and Their Times, New York, Penguin Books, , 560 p. (ISBN 0140241736).

- (en) Kim Marra, Passing Performances : Queer Readings of Leading Players in American Theater History, Robert A. Schanke, Kim Marra, Editors, coll. « Gender and Sexuality Studies », (ISBN 9780472904198, lire en ligne), « A Lesbian Marriage of Cultural Consequence: Elisabeth Marbury and Elsie de Wolfe, 1886–1933 ».

- (en) W. Rebecca Strum, Elisabeth Marbury, 1856–1933: Her Life and Work, New York, New York University, (lire en ligne).

Notes
- ↑ Prononciation en anglais américain (General American) retranscrite selon l’API.
Références
- Nic Leonhardt, 2021 :
- Leonhardt 2021, p. 150.
- Leonhardt 2021, p. 143.
- ↑ Leonhardt 2021, p. 144.
- ↑ Leonhardt 2021, p. 146, 152, 158, 160.
- ↑ Leonhardt 2021, p. 150 166-167.
- ↑ Leonhardt 2021, p. 162.
- Leonhardt 2021, p. 307.
- ↑ Leonhardt 2021, p. 302.
- ↑ Leonhardt 2021, p. 146.
- ↑ Leonhardt 2021, p. 308-309.
- ↑ Leonhardt 2021, p. 152, 158.
- Leonhardt 2021, p. 148.
- Leonhardt 2021, p. 153.
- Billy J. Harbin, Kimberley B. Marra, Robert A. Schanke, 2007:
- ↑ Harbin, Marra et Schanke 2007, p. 264.
- Harbin, Marra et Schanke 2007, p. 265.
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- Alfred Allan Lewis, 2001 :
- ↑ Lewis 2001, p. 3-7.
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- Kimberley B. Marra, 1998 :
- Marra 1998, p. 108.
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