Emilio López-Menchero, né à Mol le , est un artiste plasticien, architecte et enseignant espagnol vivant à Bruxelles. Il est surtout connu pour ses performances à caractère social et politique et ses installations dans l'espace public.
Biographie
Emilio López-Menchero est né à Mol en Belgique, le [1]. Ses parents sont deux scientifiques espagnols travaillant à la centrale nucléaire depuis 1958. La famille vit ensuite dix ans en Autriche. Emilio López-Menchero s'installe à Bruxelles où il étudie l'architecture et l'art[2].
De 1980 à 1986, Emilio López-Menchero étudie l'architecture à l'Institut Supérieur d'Architecture de l'État (ISAE - La Cambre), où il obtient son diplôme. Il consacre son mémoire de fin d’études à l’architecte autrichien Hans Hollein, auteur du manifeste Alles ist Architektur (Tout est architecture), publié en 1967[3].
Il se perfectionne ensuite en arts visuels dans l'atelier « Espaces Urbains » de Jean Glibert qui sait le convaincre « que la peinture pouvait sortir du cadre et intervenir dans le tissu urbain »[3],[4].
Il vit à Bruxelles où il a un atelier dans une ancienne imprimerie à Molenbeek[7].
Démarche artistique
Emilio López-Menchero questionne l'identité de l'artiste et sa place. Il cherche à déconstruire les mythes et les clichés. Le corps et l’identité sont au cœur de sa démarche dans laquelle l'humour et l'autodérision sont très présents[8],[9].
Emilio López-Menchero a un fort engagement social. Il porte un intérêt particulier aux migrants et à la figure de l’artiste[3]. Ses interventions urbaines ont un caractère politique, dialoguent constamment avec le réel et s'inscrivent dans l'histoire sociale du lieu d'installation[3],[7],[9].
Il pratique la performance, la photographie, la sculpture, le dessin et la peinture et intervient fréquemment dans l'espace public, de façon pérenne ou éphémère[3].
Son travail artistique se réfère constamment à l’architecture et ses œuvres résultent souvent d’un subtil mélange entre cette discipline et les arts plastiques [10]. Il a une fascination pour Ernst Neufert, un architecte du Bauhaus qui a établi des normes pour la construction basées sur l'idée d'un « homme standard » dont les mensurations peuvent servir de base pour toutes les dimensions de meubles et de maisons. Cette figure standard, sans genre devient un élément important dans l'œuvre d'Emilio López-Menchero[11]. Il détourne le principe dans ses œuvres pour en souligner l’absurdité, par exemple pour M. Le géant, qui, contrairement aux géants traditionnels du folklore, n'a pas d'attributs distinctifs et devient le symbole d’une humanité désincarnée[12].
Dans la série Trying to be, initiée en 2000 et poursuivi durant plusieurs années, il se glisse dans la peau de personnalités célèbres, se photographiant comme Frida Kahlo, Cindy Sherman, James Ensor, Honoré de Balzac et Marc Dutroux. Pour incarner ces personnages, il se base sur des archives qu’il tente d’approcher avec exactitude. Parfois on se perd entre le vrai et le faux, l’original et la copie et, parfois il reproduit en peinture des détails de ses propres photographies-portraits[13],[14],[3],[8],[7]. « Ce sont de faux autoportraits. J’essaie d’être. Je vois ça plutôt comme une performance, parce qu’avant la photo il y a un temps de maturation et de transformation, je décortique mon sujet jusqu’au bout. C’est un peu comme quand Robert De Niro prend du poids pour son rôle dans Raging Bull, quand un acteur réussit à rentrer dans la peau de son personnage »[7].
Sa sculpture, Pasionaria conçue à l'occasion du quarantième anniversaire de l'immigration marocaine en Belgique, en 2006, est dédiée à tous les migrants. Elle est constituée d'un porte-voix d’une longueur de 4 mètres, accessible par un escalier en porte-à-faux. Elle doit son nom au surnom de la militante espagnole des droits des femmes, Dolores Ibárruri Gómez. Elle est installée de manière permanent au début de l’Avenue de Stalingrad, à Bruxelles, un lieu où passent de nombreuses manifestations[3],[15].
En 2010, en pleine crise politique belge, il installe une reproduction du Checkpoint Charlie à la Porte de Flandre, où la chic Rue Dansaert débouche sur les quartiers populaires de Molenbeek, à l'image du passage du mur entre Berlin-Est et Berlin-Ouest. « C’est cette friction entre le réel et la fiction qui m’intéresse. Je suis de ces artistes qui ont envie que l’art fasse partie du quotidien, que l’art ne soit pas quelque chose de sacralisé. »[7].
« Le rôle de l'artiste est de travailler avec les limites. L'artiste se situe quelque part entre le clown et le criminel, transgressant les frontières établies. »
Galerie
Emilio López-Menchero est représenté par la galerie Nadja Vilenne.
Œuvres et performances dans l'espace public (sélection)
1990, Biennale de Venise. Dans une performance intitulée Vu’cumpra ?, il vend des Atomiums souvenirs à partir du pavillon belge de la biennale de Venise, il se transforme en marchand ambulant et vend dans les rues, des Atomiums souvenirs.
2000, Gand : Over the Edges. Sur une invitation de Jan Hoet pour intervenir dans la ville. Il pousse à intervalles réguliers un cri de Tarzan avec ses mains en porte-voix, perturbant ainsi la ‘tranquillité’ publique de la jungle urbaine[16],[17].
2004, Borgerhout (Anvers) : œuvre d'art dans le contexte du projet H20 Lab du groupe d'architectes BOB 361
2007, Mariakerke : Yellow Submarine (une planche de surf comme lieu de rencontre pour les jeunes de la Brugschool, réalisée dans le cadre du projet Blinde Muren)
Porte de Flandre : Checkpoint Charlie (réplique du point de :contrôle du même nom à Berlin)[21].
dans l'enceinte de la foire d'art contemporain de Bruxelles (Artbrussels), il fait circuler un groupe de huit ouvriers intérimaires, professionnels de la construction, en portant un tube en polyéthylène de 12 m de long[17].
2012, Merelbeke : Flowers (intégration de carreaux de verre transparents sur la place de la ville rénovée, entourée de l'église, de la mairie et de la bibliothèque)
2013, Porrentruy, en Suisse, il reconstitue la réalité conflictuelle de la ville palestinienne d’Hébron[17].
2020, Liège, sur la place du 20-août, Phylactère, sculpture en forme de bulle de bande dessinée géante, sur laquelle les passants sont invités à s'exprimer[22]
2024, Bruges, Trying to be WALULISO, , performance dans le cadre de l'exposition Rebel Garden[23]
Autres œuvres (sélection)
M. le Géant2000 : début de la série Trying to be avec une incarnation de Picasso[17]
↑Pierre Henrion, Pasionaria, notice, dans "Prix Triennal Ianchelevici 2010. Prix d'intégration de Sculpture monumentale à l'Architecture et à l'urbanisme", La Louvière, Fondation Ianchelevici, 2010, pp. 6-7
↑Camille Hanot, « Récolte de marcels: l’artiste Emilio López-Menchero lance un appel aux dons! », Marie-Claire Belgique, (lire en ligne)
↑(nl) Databank | Kunstenpunt, « Marcels », sur Databank | Kunstenpunt (consulté le )
↑(nl) Didier Verbaere, « Kunstenaar Emilio Lopez Menchero speelt ‘Atomic Pingpong’ tussen twee oorlogen in het Cultuurhuis », Het Laatste Nieuws, (lire en ligne)
(nl) Hans Theys, BEING Emilio López-Menchero, Cultuurcentrum Mechelen,
(fr + en) Maryline Migot, Un entretien avec Emilio López-Menchero - Projet Bel®encontre à Tourcoing, Tourcoing, Les Presses du réel, (ISBN978-2-84066-689-9)