Empire kong

Le royaume de KONG
Kpon-Géné

14071897

Description de cette image, également commentée ci-après
Empire Kong en Afrique occidentale (XVIIIe siècle)
Informations générales
Capitale Kong
Langue(s) Dioula
Religion Animisme, Islam
Histoire et événements
1897 Détruit par l'Empire de Samory (Ouassoulou)
1898 Divisé entre Haute-Volta et Côte d'Ivoire par la France
Faama
1495 - 1530 Bokar TRAORE
1660-1710 Lasiri GBOMBELE ( Ishaq TRAORE)
1710 - 1745 Seku WATARA
1747-1770 Kumbi WATARA
1850-1897 Sokolo Mori
Territoire actuellement en :
Drapeau de la Côte d'Ivoire Côte d'Ivoire
Drapeau du Burkina Faso Burkina Faso
Drapeau du Mali Mali

Le royaume de Kong (également connu sous le nom de Kpon-Gènè) est un État précolonial ouest-africain qui s'est développé dans le nord-est de l'actuelle Côte d'Ivoire, entre le haut Bandama et le fleuve Comoé. Fondé au XIéme siècle par des érudits ibadites et consolidé au XVéme siècle sous la dynastie Traoré, il atteint son apogée au XVIII siècle sous le règne de Seku Watara (1710–1745), avant d'être détruit en 1897 par les armées de Samori Touré. Kong fut l'une des plus importantes métropoles commerciales et islamiques de l'Afrique de l'Ouest précoloniale

Géographie

Situation et cadre naturel

La ville de Kong est située sur un petit plateau allongé du nord-est de la Côte d'Ivoire, dans une zone de transition entre la forêt et la savane. Le relief de la région est modeste : un immense plateau granitique d'orientation sud-ouest–nord-est, d'une altitude variant entre 300 et 340 mètres, sans barrière montagneuse significative. Contrairement à ce qu'affirmaient certains explorateurs du XIXe siècle, la fameuse « chaîne des montagnes de Kong » n'a jamais existé. Louis-Gustave Binger, qui la parcourut en 1888-1889, écrit qu'« à l'horizon on n'aperçoit même pas une ride de colline ».

La région bénéficie d'un réseau hydrographique important. Grâce aux fleuves Bandama et Comoé et à leurs affluents, Kong disposait de deux ouvertures naturelles sur le golfe de Guinée, par Grand-Lahou et Grand-Bassam. Ce réseau faisait de la région un véritable « château d'eau » favorable à la culture des céréales (riz, sorgho, mil).

Position de carrefour

La position géographique de Kong était au cœur de son importance historique. La ville se trouvait à l'intersection des grandes routes caravanières reliant :

  • les zones de production de noix de kola (Worodugu, Anno, Ashanti) au sud ;
  • les régions aurifères des pays lobi, baoulé, anno et de l'actuel Ghana ;
  • les richesses du Sahara (sel gemme, chevaux) au nord.

Des sondages au carbone 14 effectués à Ténégéra, à une dizaine de kilomètres au sud-est de Kong, donnent des dates comprises entre 340 avant J.-C. et 320 après J.-C., attestant d'une occupation humaine ancienne du site.

Populations et origines

Les populations anciennes (Sénoufo)

Avant l'arrivée des premiers commerçants mandé, la région de Kong était peuplée de groupes d'origine sénoufo, en place depuis le premier millénaire de notre ère. Les principaux groupes étaient :

  • Les Falafala : paysans laborieux, attachés à la terre et à la paix, auxquels on attribue la diffusion des techniques de culture du mil et du sorgho, ainsi que la création de nombreux masques cérémoniels ;
  • Les Myoro : chasseurs réputés, occupant la rive droite du haut et moyen Comoé, introduisant les techniques de la chasse et les sociétés secrètes liées à cette profession ;
  • Les Gben : populations agricoles également extracteurs d'or, proches du clan sénoufo Karaboro ;
  • Les Nabé : probablement d'origine kulango, réputés excellents chasseurs et orpailleurs.

Ces populations furent progressivement intégrées dans l'orbite culturelle, commerciale et politique des nouveaux venus mandé-dioula.

L'expansion mandé

L'histoire de Kong est étroitement liée à l'expansion mandé, un vaste mouvement de populations orienté du nord vers le sud, s'étalant entre le XIe et le XIXe siècle. Ce phénomène, comparable par son ampleur à la conquête arabe de l'Afrique du Nord au VIIe siècle, s'effectua toutefois de manière graduelle, par vagues successives, sans violence de masse.

Les causes de cette migration sont multiples : sécheresses, famines, épidémies et guerres dans la région du haut Niger (empires du Ghana, du Mali, du Songhaï) poussèrent des milliers d'hommes vers les contrées plus fertiles du sud. Les guerres de Sonni Ali Ber (1464–1492) notamment contraignirent des familles traoré — les Samasoko ou Tondosama — à l'exil vers Kong, où prospéraient déjà des colonies traoré musulmanes connues sous le nom de Selsuma (« ceux qui mesurent les prières »).

Les premiers agents commerciaux connus à Kong furent les Ligbi et les Numu, appelés aussi Kalo-Dioula ou précurseurs des Dioula modernes, présents dès le XIe siècle. Le terme Dioula désigna progressivement l'ensemble des populations d'origine mandé adonnées au commerce et affirmant leur appartenance à l'islam.

Histoire politique

Les origines: la cité ibadite et les premières dynasties (XIeXVe siècle)

Dès le XIe siècle, Kong connaît un gouvernement de type kafu (petite chefferie locale). Les premiers maîtres intellectuels et politiques de la cité furent des érudits ibadites formés à Kairouan (actuelle Tunisie), issus des clans Sanogo et Touré Oulé, qui instaurèrent un régime de type théocratique, comparable à celui de Tahert ou de Sijilmâsa. Ces lettrés professaient encore l'ibadisme et le malikisme au XIV{{e}} siècle.

Un document de la cour royale mentionne l'existence d'une monarchie traoré dès l'an 810 de l'hégire (1407). Une seconde dynastie, celle des Selsuma — riches négociants musulmans installés depuis plusieurs générations — prit le relève vers 1450.

La fondation du royaume Traoré (vers 1495–1570)

Vers 1495, les Traoré-Samasoko, venus de la région des lacs entre Tombouctou et Djenné, s'emparèrent du pouvoir à Kong, mettant fin aux dynasties précédentes. Le fondateur historique du royaume est Usuf Traoré (connu dans les sources écrites sous le nom dUsuf Bukar ou Bokar), dont le règne se situe entre la fin du XVe et la première moitié du XVIe siècle (vers 1495–1530).

Bokar Traoré créa les principales institutions politiques et militaires du royaume :

  • Le Do'o (ou Lo'o) : société d'initiation et cadre militaire sur lequel reposait la monarchie ;
  • Le forobadyon : corps d'esclaves royaux chargés de veiller sur les biens du trône et de réguler la succession ;
  • Une hiérarchie militaire fondée sur le mérite : les dandaga (chasseurs), les su ou sunangi (guerriers), et le kundigi ou kèlè-mâsa (seigneur de guerre).

Les Traoré absorbèrent les divinités locales des populations sénoufo, créant ainsi un culte original syncrétisant animisme et islam. Ils furent les premiers à s'attribuer le titre de Mâsa (roi), titre emprunté aux grands souverains du Mali médiéval.

Les siècles intermédiaires et la crise politico-religieuse (XVIeXVIIe siècle)

La période s'étendant du XVIe au début du XVIIIe siècle est relativement mal documentée. On sait qu'au XVIIe siècle, des conflits politico-religieux opposèrent animistes et musulmans à Kong. Un prince animiste mandé, Ishaq Traoré — appelé par les traditionnistes Lasiri Gbombélé — s'empara du pouvoir en 1660 et le conserva jusqu'en 1710. Il renforça l'autorité de la chefferie traditionnelle, fit construire des cases à idoles, mais adopta progressivement des mesures d'apaisement envers les musulmans. Sous son règne, Kong comptait entre 20 000 et 30 000 habitants et retrouva une certaine prospérité commerciale.

Au début du XVIIIe siècle, les musulmans, accablés par une fiscalité lourde et l'interdiction de construire une mosquée, se soulevèrent contre le pouvoir royal. Une longue guerre opposa les colporteurs musulmans aux partisans du souverain animiste.

L'avènement de Seku Watara et la création du Kpon-Gènè (1710)

En 1710, Shaykh Umar Watara — qui se fera appeler Seku Watara en souvenir de sa parenté avec l'ancienne dynastie traoré — écrasa les animistes et s'empara du pouvoir. Défenseur de l'islam, il ordonna la destruction des cases à idoles. Le nouvel État, dont la langue devint le dioula (dialecte mandé enrichi d'idiomes sénoufo), prit le nom de Kpon-Gènè. L'islam et l'animisme finirent néanmoins par y cohabiter.

Seku Watara réorganisa profondément le royaume :

  • L'armée : composée de fusiliers (sofas), de cavaliers et d'une infanterie disciplinée. Les chevaux, denrée rare dans la région, étaient renouvelés deux à trois fois par an ;
  • L'administration : gouverneurs de province, conseil des notables, esclaves royaux (forobadyon), et un système de succession régulé ;
  • La politique commerciale : installation de points d'appui militaires le long des voies caravanières pour garantir la sécurité des marchands.

La prise du pouvoir (1710)

Au début du XVIIIe siècle, Kong traversait une grave crise politico-religieuse. Le souverain animiste Ishaq Traoré (Lasiri Gbombélé) accablait les musulmans d'une lourde fiscalité et leur interdisait de construire une mosquée. Cette situation suscitait une profonde frustration au sein des communautés commerçantes dioula qui constituaient le moteur économique de la cité.

Les grands marchands musulmans de Kong qui avaient financé et soutenu la carrière commerciale de Shaykh Umar le choisirent comme instrument de leur émancipation. Après une longue guerre civile opposant les partisans du souverain animiste aux colporteurs musulmans, Shaykh Umar franchit une étape décisive en 1710 : profitant d'une révolte musulmane généralisée, il rassembla ses troupes composées pour l'essentiel de guerriers animistes (les woj-woj) auxquels ses richesses et son charisme lui avaient assuré la loyauté et marcha sur Kong.

Il écrasa les forces animistes, fit capturer Lasiri Gbombélé et ordonna son exécution, vengeant ainsi la mort de son père après quarante ans. Ce fut également l'occasion de fonder la grande fête nationale de Kong, le Kurubi, célébrée chaque année le vingt-septième jour du ramadan, en commémoration de cette victoire. Shaykh Umar prit alors le nom de Seku Watara, alliant le titre de prestige (Shaykh) au patronyme mandé (Watara, les « victorieux »).

Le règne : bâtisseur d'État et réformateur (1710–1745)

La fondation du Kpon-Gènè

Dès son avènement, Seku Watara supprima le système des kafu (petites chefferies autonomes) qui avaient jusqu'alors morcelé le pouvoir dans la région, et créa un État unifié qu'il nomma Kpon-Gènè. À son apogée au milieu du XVIIIe siècle, cet État couvrait environ 120 000 km2, s'étendant sur 400 km du nord-ouest au sud-est et 300 km d'ouest en est. C'était le plus vaste État jamais constitué sur le territoire de l'actuelle Côte d'Ivoire. Ses limites naturelles étaient : au nord, le Léraba et le Lakono ; à l'ouest, le haut Bandama et le Nzi ; au sud-est, le Kinkené et le Peghé ; à l'est, le Comoé.

L'originalité du Kpon-Gènè résidait dans sa conception moderne de l'État : un territoire clairement défini, une langue commune (le dioula), une armée professionnelle, une administration centralisée et une cohabitation assumée entre l'islam et les religions ancestrales. Cette dernière caractéristique était révolutionnaire pour l'époque : Seku Watara interdit l'usage du terme méprisant banmana que les musulmans employaient pour désigner les animistes, et prit des sanctions sévères contre quiconque traitait publiquement d'animistes les membres des familles watara. Binger constata, plus d'un siècle après son règne, que « tous les musulmans [de Kong] sont très tolérants ».

La politique militaire

Conscient que la sécurité était le fondement de la prospérité commerciale, Seku Watara consacra une énergie considérable à la réorganisation de l'armée. Il créa à Daghara (ou Dakhara, actuel Dambaira), à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Kong, un vaste camp militaire qui devint la capitale politique et militaire du royaume. Ce camp abritait entre 20 000 et 30 000 âmes au début du XVIIIe siècle.

L'armée watara était organisée en plusieurs corps :

  • Les sunangi : guerriers d'élite faisant le serment de ne jamais fuir et de mourir sur le champ de bataille pour protéger leur prince ;
  • Les diouladyon : esclaves-soldats formant le gros de l'infanterie ;
  • Les bambadyon : garde personnelle du souverain, comptant 900 fusiliers et 1 500 archers recrutés parmi les meilleurs guerriers du Komono.

La plus petite unité tactique était le boro (~100 combattants). Cinq à trois boro formaient un fora (300 à 500 cavaliers). L'ensemble des forces constituait le foro-ba, la grande armée de réserve, forte d'environ 10 000 hommes. La logistique était confiée à deux officiers spécialisés : le so-kundigi (chargé de l'achat des chevaux) et le mugu-kundigi (responsable de la poudre et des fusils).

Seku Watara développa également une industrie indigène des armes : une centaine d'artisans forgerons travaillaient à Daghara à la réparation et à la copie des fusils importés des comptoirs côtiers. L'armurier en chef, Bèma Ulé, devint l'un de ses amis et conseillers les plus proches.

La tactique militaire des Watara reposait sur la rapidité et l'effet de surprise. Les grandes campagnes débutaient en novembre-décembre, saison sèche favorable aux incendies de forêt qui dégageaient le terrain. L'avant-garde (nyankèlè) était flanquée de deux ailes de cavalerie (kiniboro et numaboro) chargées de désorganiser l'ennemi et de l'empêcher d'encercler le gros des troupes.

La politique économique et commerciale

Seku Watara comprit, mieux que tout autre souverain de son époque, le lien indissoluble entre sécurité et commerce. Le fondement de sa politique tenait en trois mots : paix, sécurité et commerce. Dès 1720, il envoya ses armées établir des points d'appui militaires le long des routes caravanières, de Kong jusqu'aux zones de production de l'or et de la kola.

Il confia les opérations du Nord à son frère Famaghan et celles du Sud à son fils Kumbi. Il créa le foroba (trésor et grand domaine royal) dont les plantations, exploitées par des milliers d'esclaves (kongoso) dans un rayon de dix à trente kilomètres autour de Kong, assuraient le ravitaillement de l'armée sans recourir aux réquisitions paysannes — une décision qui lui valut l'amour durable des populations rurales.

Il institua également le Dyamaa (grand conseil mensuel réunissant gouverneurs militaires, chefs de provinces, princes et représentants des commerçants) et le Dugutigiya (haute instance administrative et judiciaire présidée par le dugutigi, chef de la ville).

La diplomatie et le rayonnement international

Seku Watara entretint des relations diplomatiques avec les grands souverains de son époque. Il noua une amitié personnelle avec le roi Abbas du Gonja et correspondit régulièrement avec les cadis de Tombouctou et de Djenné. Il accueillit à sa cour de nombreux pèlerins, érudits étrangers et délégations venues « des quatre coins du monde ».

Sa victoire en 1740 contre les armées Ashanti — qui avaient envahi le Gyaman et marchaient sur Kong — consolida définitivement son empire. Après cette victoire, il contrôlait toutes les routes commerciales depuis Djenné au nord jusqu'à Grumanya au sud. Des délégations vinrent pendant plusieurs années le féliciter de cette victoire, parmi lesquelles des chefs d'État, des hommes d'affaires et de pieux personnages.

Mort et succession

Seku Watara mourut en 1745, après trente-cinq ans de règne soit, selon les sources locales, à l'âge d'environ soixante-quinze ans. Il avait eu une douzaine d'enfants, dont Kumbi Watara qui connut un règne particulièrement brillant. Sa femme principale était Masira (aussi connue sous le nom de Matiré ou Ma-Kamisawulé). Les griots du Kirina n'hésitèrent pas à le comparer à l'empereur Sundyata Kéita ; l'imam Koudous de Bondoukou lui attribuait, plus d'un siècle après sa mort, « les plus grandes réformes des institutions politiques et commerciales du pays ».

Il fut inhumé dans la plus grande discrétion, conformément au protocole qu'il avait lui-même instauré : les esclaves royaux (bambadyon) avaient pour mission de garder le secret absolu sur le lieu de sépulture d'un souverain jusqu'à l'avènement officiel de son successeur.

Le grand siècle des Watara (1720–1820)

La politique d'expansion de Seku Watara

Dès 1720, Seku Watara entreprit une politique d'expansion visant à contrôler l'ensemble des routes caravanières reliant le golfe de Guinée au Sahara. Il délégua à son frère Famaghan le commandement des armées du Nord, et à son fils Kumbi celui des armées méridionales.

Famaghan reçut un tiers du Foroba (trésor/armée royal) — soit environ 3 000 combattants — pour ouvrir les routes vers le Nord. Ses lieutenants Bamba et Dyan-Bakari pacifièrent progressivement les régions du Folona et installèrent des garnisons militaires jusqu'à Sofara, carrefour clé du commerce des chevaux entre Djenné et Bobo-Dioulasso.

Vers 1735, Famaghan fut encouragé à se créer un nouveau royaume vers le nord-ouest : le Gwiriko, dont la capitale était Bobo-Dioulasso . En 1738, il s'avança vers la boucle du Niger et s'empara de Sofara, renforçant ainsi le contrôle watara sur les routes commerciales septentrionaux.

L'apogée et la défaite ashanti (1740)

En 1740, les Ashanti envahirent le Gyaman (état abron voisin) et marchèrent sur Kong. Les troupes des Watara les écrasèrent, les éliminant temporairement des voies commerciales entre la forêt et la boucle du Niger. Cette victoire marqua l'apogée de l'empire des Watara : Seku Watara contrôlait désormais toutes les routes commerciales depuis Djenné au nord jusqu'à Grumanya au sud. Les commerçants de l'empire n'avaient plus besoin de passer par Kumasi pour accéder aux marchés côtiers et s'approvisionner en fusils, poudre, barres de fer et monnaies occidentales.

Les successeurs de Seku Watara (1745–1850)

Le royaume de KONG à son Apogée
Kong à son apogée

À la mort de Seku Watara en 1745, son fils aîné Samanogo lui succéda brièvement (1745–1747), suivi de Kumbi Watara dont le règne fut marqué par le développement de l'enseignement islamique, la réorganisation administrative du Kpon-Gènè et des relations diplomatiques avec les États voisins, notamment un traité de paix avec Bouna en 1755.

Sous Mori Maghari (1770–1800), l'empire atteignit au sud sa plus grande extension territoriale : il exerçait un contrôle effectif sur le Tagbana, le Djimini, le Djamala et l'Anno, et entretenait des relations diplomatiques avec le Gyaman. Cette période fut celle d'une grande prospérité que les traditions comparent à celle de Seku Watara.

Les successeurs ultérieurs — Somafi (1800–1805), Asoroba (1805–1810), Sorifanghama (1811–1818), Ba Du Gutigi (1818–1835), Karamoko Dari (1835–1850) — durent gérer le difficile héritage d'un empire vaste mais dont la cohésion interne s'effilochait, notamment dans le Gwiriko.

Organisation politique et sociale

Le souverain (Mâsa ou Faama)

Le souverain de Kong portait le titre de Mâsa (roi), aussi appelé Maaba ou Maatigi (maître des hommes). Il était à la fois chef politique, militaire et religieux, perçu comme un roi-prêtre. Sa succession était encadrée par le forobadyon (corps d'esclaves royaux) dont le chef, le dyon-kuntigi, détenait un droit de veto sur le choix du successeur.

La cérémonie d'intronisation (laka, serment de fidélité) était un moment solennel au cours duquel le nouveau souverain recevait les insignes du pouvoir — queue de bœuf, lance (tama) et queue de cheval — et prêtait serment de faire régner l'ordre, la paix, et de protéger les orphelins et les esclaves.

L'armée

L'armée du Kpon-Gènè était organisée autour de plusieurs corps :

  • Les dandaga : chasseurs-soldats formés au sein du Do'o, après une initiation pouvant durer de cinq à dix ans ;
  • Les sunangi : guerriers confirmés, épine dorsale de l'armée ;
  • Les kèlè-mâsa : chefs de guerre de haut rang.

L'armée comprenait également des fusiliers, dont l'armement en armes à feu provenait des comptoirs côtiers (Grand-Bassam, Cape Coast), et une cavalerie dont les chevaux étaient importés du Macina et du pays mossi.

Le Do'o

Le Do'o (ou Lo'o) était l'institution centrale de la vie politique, militaire et sociale du royaume. Société d'initiation à l'origine animiste, il encadrait la formation des guerriers, légitimait le pouvoir royal et organisait la vie communautaire. Il coiffait les associations de chasseurs (tondandaga), pourvoyeurs des cadres militaires traditionnels.


Commerce et économie

Une métropole caravanière

Kong était au XVIIIe siècle l'une des plus importantes métropoles commerciales de l'Afrique de l'Ouest. La ville constituait une véritable plaque tournante des échanges, en relation simultanée avec :

  • le Sahara (sel gemme, produits méditerranéens) ;
  • les pays forestiers (noix de kola, or) ;
  • les marchés européens par l'intermédiaire des comptoirs côtiers (armes à feu, poudre, barres de fer, tissus).

Les acteurs du commerce

La société commerciale dioula comprenait plusieurs catégories d'acteurs :

  • Les dyagotigi (« seigneurs du négoce ») : grands marchands, véritables capitalistes de l'époque, capables de mobiliser des caravanes entières ;
  • Les dyatigi : marchands d'envergure intermédiaire, accueillant chez eux les voyageurs et jouant le rôle de correspondants commerciaux ;
  • Les colporteurs (dioula au sens strict) : marchands itinérants portant leur charge de pays en pays, de Djenné à la mer, du Worodugu au pays haoussa, toujours en quête de fortune.

Les femmes jouaient également un rôle important dans le commerce. Bénéficiant du droit au partage de l'héritage paternel garanti par le droit islamique, elles géraient leur propre capital et pouvaient rivaliser avec les hommes dans le commerce à longue distance.

Les produits échangés

Les principaux produits du commerce à longue distance étaient :

  • l'or (en pépites ou en poudre), extrait notamment dans les pays lobi, baoulé et de l'actuel Ghana ;
  • les noix de kola, produites dans le Worodugu, l'Anno et les pays ashanti ;
  • le sel gemme et les sels marins ;
  • les tissus (coton, laine, soie) ;
  • les défenses d'éléphant ;
  • les esclaves, utilisés comme percepteurs, porteurs, guerriers et comme monnaie d'échange.

Au milieu du XVIII{{e}} siècle, les Watara contrôlaient toutes les routes commerciales depuis Djenné au nord jusqu'à Grumanya au sud.

L'esclavage à Kong

L'esclavage constituait l'un des piliers fondamentaux de l'édifice politique, militaire et économique du royaume de Kong. Comme le résumait le roi Karamoko Ouattara lui-même : « L'Empire devait en grande partie sa grandeur et sa réputation guerrière aux esclaves de la couronne, aux diouladyon et bambadyon. Les bras de Seku Watara, ce sont les bambadyon. » Le vocabulaire servile est d'une richesse exceptionnelle dans la région de Kong, reflet de la diversité des statuts et des fonctions qu'occupaient les esclaves dans la société dioula.

Sources et modes d'acquisition

Les esclaves provenaient de plusieurs canaux :

  • Les guerres de conquête : les captifs pris lors des campagnes militaires des Watara contre les Ashanti, les Palaka, les populations du Folona ou du haut Niger constituaient la source principale ;
  • Les razzias (songo) : des groupes armés attaquaient des hameaux ou villages la nuit, capturant hommes, femmes et enfants valides à l'aube, exécutant sur place les vieillards jugés inaptes au transport. Badawa Bamba comparait la razzia à « la récolte du miel » : quand elle réussit, c'est la joie ; quand elle échoue, c'est le deuil ;
  • L'achat sur les marchés : Kong était au XVIII{{e}} siècle l'un des plus grands marchés d'esclaves de l'Afrique de l'Ouest. Le jour du grand marché (tous les cinq jours), la ville vendait au moins 1 000 esclaves, soit plus de 70 000 individus par an pour le trafic courant, selon les traditionnistes ;
  • Les condamnations judiciaires : les malfaiteurs non exécutés sur le champ de bataille acquéraient le statut de captifs de guerre et étaient vendus.

Un cheval s'échangeait contre dix esclaves à Kong ; la cavalerie royale de 5 000 bêtes, renouvelée deux fois par an, nécessitait l'acquisition d'environ 100 000 esclaves par an pour la seule administration royale, sans compter les armes à feu acquises de la même façon auprès des comptoirs côtiers.

Les différentes catégories d'esclaves

Le livre de Kodjo distingue avec précision neuf grandes catégories d'esclaves, chacune avec ses fonctions, son statut et ses privilèges propres.


1. Les Forobadyon — Les esclaves de la succession royale

Les forobadyon (littéralement « esclaves du foroba », c'est-à-dire du domaine royal) constituaient le corps d'esclaves le plus politiquement puissant du royaume. Créés par le premier souverain Traoré, Usuf Bokar, pour éviter les guerres de succession qui avaient ruiné le Mali et le Songhaï, ils étaient chargés de veiller sur les biens du trône et de faire respecter les institutions.

Leur chef, le dyon-kuntigi, détenait une arme redoutable : le droit de veto sur la désignation du successeur royal. À la mort d'un souverain, c'est lui qui proposait au clergé du Do'o un candidat au trône. Le conseil des notables avait théoriquement le droit de refuser, mais personne n'osait contrarier le dyon-kuntigi, dont le veto était sans appel. Il organisait ensuite la cérémonie du laka (serment de fidélité) au cours de laquelle le nouveau faama recevait ses insignes du pouvoir.

Le dyon-kuntigi incarnait la continuité des institutions : il devait être consulté pour toutes les nominations aux postes de gouverneurs de province, de chefs de guerre, ou de milice. Il pouvait ordonner des inspections dans les provinces et faire traduire en justice les « mauvais princes ». Les sources soulignent que ce pouvoir considérable constituait souvent un frein aux ambitions des souverains eux-mêmes.


2. Les Dyon des Kongoso — Les esclaves agricoles

Les dyon des kongoso (« esclaves des villages royaux ») constituaient la main-d'œuvre servile des grandes plantations royales. Seku Watara avait organisé ses domaines agricoles dans un rayon de dix à trente kilomètres autour de Kong, répartis en cinq grandes exploitations (foroba), chacune placée sous l'autorité d'un kundigi (chef d'esclaves). Les cinq domaines portaient les noms de leurs chefs : Kadé, Burayimadyon, Bambadyon, Koromodyon, Midyédyonso et Solodyon.

Chaque kundigi utilisait au moins 250 captifs (forodyon) dans son domaine. Leurs récoltes étaient stockées dans des greniers royaux pour nourrir l'armée et la cour. Ce système ingénieux permettait au faama d'éviter les impôts en nature et les réquisitions paysannes — une politique qui lui valut l'amour durable des populations rurales.

Le statut du kundigi était paradoxal : bien qu'esclave, il jouissait d'une quasi-indépendance économique. Il versait une contribution annuelle en céréales, mais conservait l'intégralité du surplus. Il pouvait lui-même acquérir des esclaves et étendre ses terres cultivables. Les chefs d'esclaves des kongoso étaient ainsi de riches exploitants agricoles qui n'avaient souvent rien à envier aux paysans libres.


3. Les Bambadyon — Les esclaves de la garde royale

Les bambadyon (« esclaves de Bamba », du nom du fidèle général de Seku Watara) constituaient l'élite des esclaves royaux. Ils relevaient directement de l'autorité de Bamba, le ministre de la guerre et général en chef. Ils se divisaient en deux groupes :

  • La garde royale : 900 fusiliers et 1 500 archers, recrutés parmi les meilleurs guerriers du Komono, chargés d'assurer la sécurité du faama en temps de guerre. Au début du règne de Seku Watara, ils n'étaient qu'une centaine ; l'effectif fut porté à 300 lorsque le faama soupçonna son frère Famaghan de convoiter le pouvoir ;
  • Les gardiens du sinzebu : un groupe d'effectif variable, chargé de la garde de l'emblème royal suprême, l'objet sacré au cœur de la légitimité du royaume.

Lors de la cérémonie d'intronisation, ce sont les bambadyon qui dépouillaient le futur roi de ses vêtements ordinaires, lui passaient les insignes royaux — le burnous brodé d'or, l'anneau d'or, le sabre, le bonnet, le turban — et lui remettaient solennellement le sinzebu. En prenant possession de cet emblème, le prince devenait officiellement faama. Le chef des bambadyon lui déclarait alors : « Nous sommes des Bambadyon, nous sommes tes esclaves et tes guerriers. Nous t'appartenons, nous t'obéirons toujours fidèlement. Tu es notre Faama, notre vie t'appartient. »

Les bambadyon gardaient également le secret le plus absolu sur l'état de santé du souverain et sur le lieu de sa sépulture, pour éviter tout coup d'État.


4. Les Diouladyon — Les esclaves-soldats de l'infanterie

Les diouladyon (« esclaves des dioula ») formaient le gros de l'armée, le corps des fantassins. À l'époque de Seku Watara, sur 1 000 guerriers, on comptait à peine 100 sunangi de sang noble exerçant des fonctions de commandement ; c'étaient les diouladyon qui constituaient la véritable masse combattante et qui se faisaient tuer à la guerre.

Recrutés dès l'âge de 9 à 15 ans parmi les captifs de guerre, ils recevaient une formation militaire de cinq ans au camp de Daghara, apprenant à manier flèches, lances et fusils, à monter à cheval, à soigner les montures et à manier les instruments aratoires. Leur initiation se déroulait à la fois dans le camp et dans les bois sacrés, sous l'autorité d'un prêtre-guerrier appelé kuntigi ou simbo.

En période de guerre, les diouladyon percevaient une part du butin. Nombreux furent ceux qui s'enrichirent ainsi et devinrent propriétaires de leurs propres kongoso (villages d'esclaves). À partir du XVIII{{e}} siècle, une véritable aristocratie guerrière et terrienne d'origine servile se développa à Kong.

Les diouladyon assuraient également des fonctions de sécurité urbaine : ils réceptionnaient les caravanes armées à une demi-journée de marche hors de la ville et confisquaient temporairement les armes des visiteurs étrangers à l'entrée de Kong.


5. Les Finminabagari — Les esclaves-percepteurs

Les finminabagari étaient des esclaves affectés au recouvrement des impôts dans tout le royaume. Ils laissèrent dans la mémoire collective de Kong un souvenir redouté : les sources orales les décrivent comme « des êtres sans scrupules, rudes et assoiffés de sang ». En mission, ils vivaient littéralement sur le pays, exigeant de leurs hôtes poulets, moutons ou bœufs, et n'hésitaient pas à exécuter les contribuables récalcitrants.

Pour éviter leur visite, les citoyens s'acquittaient de leurs impôts bien avant l'échéance, dans les deux premiers mois précédant la grande fête nationale du Kurubi. Les finminabagari servaient aussi de courroies de transmission entre le pouvoir central, les gouverneurs de province et les représentants des États conquis. L'ensemble du Kpon-Gènè en comptait environ 300, voyageant par groupes de 10 à 20 personnes et sillonnant tout le pays. Ils relevaient directement du faama ou de son ministre Bamba.


6. Les Kéréni — Les esclaves-courtisanes

Les kéréni constituaient une catégorie particulière d'esclaves féminines, attachées au service du roi ou de la reine en qualité de courtisanes. Seku Watara avait institutionnalisé leur existence au nom de l'islam, pour éviter d'introduire à la cour des femmes libres comme concubines — pratique que les chroniques soudanaises du Tarikh el-Fettach et le géographe Al-Umari avaient déjà signalée et contestée dans les États médiévaux du Mali et du Songhaï.

Les kéréni étaient recrutées parmi les plus belles captives de guerre, sous forme de jeunes adolescentes de 9 à 13 ans confiées à des courtisanes âgées (muso-koroba) pour y recevoir une formation appropriée. À 15 ans, selon leur talent, elles devenaient danseuses, dames de compagnie ou chanteuses à la cour. Leur présence rendait la cour royale particulièrement animée et attrayante pour les princes étrangers. Au fil du XVIII{{e}} siècle, l'usage des kéréni se généralisa chez les riches négociants — hommes et femmes — de Kong.


7. Les Tchéla — Les esclaves-émissaires

Les Tchéla (« envoyés du roi ») étaient des esclaves utilisés comme émissaires et agents diplomatiques du faama. L'État utilisait une grande partie de ses esclaves pour cette fonction de représentation et de transmission d'ordres à travers l'empire. L'imam Marhaba rapportait que le souverain Dyangéna (Mori Maghari) en entretenait régulièrement 10 000. Ces chiffres, même s'ils peuvent être exagérés, donnent la mesure de l'importance de cette catégorie dans le fonctionnement administratif du Kpon-Gènè.


8. Les esclaves du commerce — La monnaie d'échange

Les esclaves fonctionnaient également comme monnaie d'échange principale dans l'économie du Kpon-Gènè. Ils servaient à acquérir :

  • les chevaux : un cheval s'échangeait contre 10 esclaves à Kong (contre seulement 3 au Nord) ;
  • les armes à feu transitant par l'Anno, Bondoukou et Lahou ;
  • les barres de sel, les tissus et les autres marchandises de luxe.

Ils étaient transportés à travers tout le réseau commercial dioula, de Djenné à la côte atlantique, et alimentaient les marchés de Bondoukou, Kumasi et les comptoirs européens. Les défenses d'éléphant étaient transportées par des esclaves à raison de deux dents par individu.


9. Les esclaves porteurs — Le moteur du commerce caranier

Enfin, les esclaves constituaient la force motrice du commerce à longue distance. Sans eux, les caravanes dioula n'auraient pas pu fonctionner. Les porteurs serviles assuraient le transport des marchandises sur des centaines de kilomètres ; ils servaient aussi dans les caravanes militaires, approvisionnant les troupes en vivres et en munitions. La caravane de Seku Watara lui-même, lorsqu'il était encore commerçant itinérant, comptait 600 porteurs chargés de munitions et de nourriture. Comme le résumait le roi Karamoko Ouattara : « Tout le système du commerce à longue distance reposait essentiellement sur eux. Le pays entier reposait sur leurs épaules. »


Un statut juridique protégé

Malgré l'omniprésence de l'esclavage, le droit dioula de Kong offrait à l'esclave une protection juridique notable. La règle fondamentale était : on ne tuait pas un esclave. Le roi Karamoko Ouattara l'exprimait ainsi : « Il ne viendrait jamais à l'idée d'un Dioula de tuer son esclave sous un prétexte ou sous un autre... L'esclave est comme une maison, personne ne peut brûler son bien. » Un coupable non exécuté sur le champ de bataille acquérait le statut de captif de guerre et devait être vendu, jamais supprimé. Cette conception utilitaire de l'esclave comme bien économique lui garantissait une forme de protection de fait, même si elle ne remettait pas en cause le principe même de la servitude.


Tableau récapitulatif

Catégorie Nom dioula Fonction principale Statut / Particularité
Esclaves de succession Forobadyon Désignation et intronisation du roi Chef (dyon-kuntigi) : droit de veto
Esclaves agricoles Dyon des kongoso Exploitation des plantations royales Grande autonomie économique
Esclaves de la garde Bambadyon Protection du faama et du sinzebu Élite militaire, cérémonie d'intronisation
Esclaves-soldats Diouladyon Fantassins de l'armée régulière Gros de l'armée, peuvent s'enrichir
Esclaves-percepteurs Finminabagari Recouvrement des impôts Très redoutés des populations
Esclaves-courtisanes Kéréni Service de la cour royale Recrutées de 9 à 13 ans
Esclaves-émissaires Tchéla Représentation diplomatique Fonction administrative
Esclaves-marchandises Monnaie d'échange (chevaux, armes) Pilier du commerce à longue distance
Esclaves porteurs Transport des marchandises et vivres Moteur des caravanes commerciales

Islam et vie intellectuelle

L'islam fut au cœur de l'identité dioula de Kong. Les érudits islamiques (karamogo) jouissaient d'un prestige considérable. La ville possédait des mosquées, des écoles coraniques, et ses lettrés copiaient et diffusaient des textes religieux majeurs, tels que des chapitres des commentaires d'al-Mahali (mort en 1459).

Kong maintint des liens étroits avec les grands centres islamiques du Sahel, notamment Djenné et Tombouctou. Des cherifs de Tombouctou épousèrent des princesses watara, renforçant les relations diplomatiques et religieuses. La ville était perçue comme une cité sainte, exerçant un droit d'asile.

Le parler dominant devint le dioula, une forme dialectale de la langue mandé enrichie d'idiomes sénoufo, langue véhiculaire du commerce islamique de l'Afrique de l'Ouest.


Architecture

La ville de Kong était connue pour son architecture caractéristique en briques crues cuites au soleil avec d'imposants contreforts extérieurs — un style soudano-sahélien adapté au climat local. Les demeures des riches marchands comportaient des terrasses, avec des rez-de-chaussée aménagés en magasins pour les marchandises. Les maisons étaient compartimentées en autant de pièces qu'il y avait d'alcôves, avec un système d'évacuation des eaux. Les contreforts extérieurs dépassaient le niveau du toit.


Déclin et chute (1850–1897)

Les premières difficultés (XIXe siècle)

À partir de 1850, le Kpon-Gènè entra dans une phase de déclin progressive. L'administration d'un empire vaste pesait lourdement sur le pouvoir central, fragilisé par l'absence de cohésion au sein du Gwiriko et par des querelles dynastiques récurrentes entre princes watara. Les grandes armées de Famaghan, après les épreuves dans le haut Niger, continuaient à subir des revers face aux populations taguara.

La bataille de Barna (1893)

En 1893, Kong engagea ses forces contre Tyèba, faama du Kénédugu, allié des Français. La bataille de Barna révéla les limites de l'armée du Kpon-Gènè face à des troupes disciplinées et entraînées par des instructeurs français. Le royaume y perdit l'essentiel de ses guerriers.

La menace samorienne

Samori Touré, après sa défaite contre les forces françaises dans le Dyimini (1894-1895), se retrouva dans une position géographique qui faisait de Kong un verrou stratégique crucial. La vieille métropole contrôlait l'accès aux marchés de chevaux du Nord — indispensables à la cavalerie samorienne — et sa position géographique, aux portes du Dyimini, en faisait une enclave au cœur du nouvel empire de Samori.

Malgré la présence temporaire de l'officier français Marchand à Kong (depuis avril 1894), et l'existence d'une faction favorable à l'alliance française menée par le jeune chef Badyula (fils de Karamoko Dari), la ville se retrouva sans appui militaire suffisant. Marchand abandonna Kong le 13 septembre 1894, laissant la population à la merci du conquérant.

En avril 1895, une rencontre à Borono entre les autorités de Kong et Samori déboucha sur un pacte de non-agression, mais cet accord ne fut qu'un répit. La défaite française du 2 mars 1895, où Samori infligea une humiliante déroute à la colonne du commandant Monteil dans le Dyimini, acheva d'isoler Kong.

La destruction de Kong (18 mai 1897)

Le 18 mai 1897, les armées de Samori Touré attaquèrent et détruisirent Kong. La ville fut rasée, sa population massacrée ou dispersée, ses puits empoisonnés avec des cadavres. L'officier français Gaden, qui visita les ruines le 27 juin 1897, décrivit un spectacle de désolation totale : plus de deux mille crânes gisaient parmi les décombres envahis par les herbes.

Samori lui-même fut fait prisonnier par les Français le 29 septembre 1898 à Guélémou, un an et demi après la destruction de Kong.


Héritage

La destruction de Kong en 1897 mit fin à plusieurs siècles de rayonnement commercial, intellectuel et politique. La ville avait été, pendant près de mille ans, l'un des plus importants carrefours de l'Afrique de l'Ouest précoloniale, unissant le Sahara, la forêt et la côte dans un réseau d'échanges d'une remarquable vitalité.

L'héritage du royaume de Kong se mesure notamment à :

  • la diffusion de la langue dioula comme lingua franca commerciale dans toute l'Afrique de l'Ouest ;
  • l'implantation de l'islam dans les régions préforestières de la Côte d'Ivoire ;
  • la formation d'un peuple nouveau, le Mandé-Dioula, issu du brassage entre populations mandé migrantes et autochtones sénoufo ;
  • le développement de réseaux commerciaux transsahariens reliant pendant plusieurs siècles la côte atlantique au cœur du Sahel.

Liste des souverains

Souverain Période (approximative) Remarques
Dynasties Traoré-Selsuma 1407–1495 Premières monarchies connues
Usuf Traoré (Bokar) ~1495–1530 Fondateur du royaume historique
Traoré-Samasoko (divers) 1530–1660 « Siècles obscurs »
Ishaq Traoré (Lasiri Gbombélé) 1660–1710 Roi animiste
Seku Watara 1710–1745 Fondateur du Kpon-Gènè ; âge d'or
Samanogo 1745–1747
Kumbi Watara ~1747–1770 Développement de l'enseignement
Mori Maghari (Dyangéna) 1770–1800 Extension maximale de l'empire
Somafi 1800–1805
Asoroba 1805–1810
Sorifanghama 1811–1818
Ba Du Gutigi 1818–1835
Karamoko Dari 1835–1850
Sokolo Mori ~1850–1897 Dernier souverain ; destruction de Kong

Sources et bibliographie

Source principale

  • Kodjo, Georges Niamkey, Le royaume de Kong (Côte d'Ivoire). Des origines à la fin du XIX{{e}} siècle, Paris, L'Harmattan, coll. « Études africaines », 2006, 377 p. (Ouvrage issu de la thèse d'État de l'auteur soutenue à Aix-en-Provence en 1986, après trente ans de recherches)

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