Empresa Nacionale Siderúrgica
L'Empresa Nacional Siderúrgica (ENSIDESA) est une entreprise industrielle publique espagnole placée sous la tutelle de l’Institut national de l’industrie, laquelle met en œuvre l’implantation d’un complexe sidérurgique intégré au sein des concejos asturiens d’Avilés, Corvera de Asturias et Carreño. L’établissement de cette infrastructure entraîne une profonde mutation urbaine, économique et sociale du territoire avilésien, en reconfigurant durablement ses structures productives et démographiques, tandis qu’il s’impose progressivement comme le principal pôle sidérurgique de l’Espagne. À l’époque contemporaine, les installations subsistantes encore en activité relèvent désormais de l’exploitation de la multinationale ArcelorMittal.
Le complexe sidérurgique s’inscrit comme un témoignage paradigmatique de l’architecture industrielle espagnole. Il relève en outre du Plan national du patrimoine industriel, conçu à la requête de l’Institut du patrimoine culturel d’Espagne.
Histoire

L’établissement industriel ENSIDESA procède d’une initiative de l’Institut national de l'industrie, instituée en vertu d’un arrêté émanant de la Présidence du Gouvernement en date du 15 juin 1950[1]. Au cours de cette même année, le site d’implantation définitif est arrêté à Avilés. La réalisation des infrastructures requiert le recours à des procédés de fondation profonde, rendus nécessaires par la nature marécageuse du substrat. À cet effet, sont mobilisées des techniques de cimentation spécialisées, incluant l’usage de caissons de type indien ainsi que de pieux en béton armé, adaptés aux contraintes géotechniques du terrain.
Dans les Asturies, trois établissements sidérurgiques d’importance sont alors en activité, tous issus de fondations remontant au dix-neuvième siècle : les sites industriels de Mieres, de Moreda-Gijón et de La Felguera. Ces complexes, à forte valeur patrimoniale dans l’histoire industrielle régionale, font ultérieurement l’objet d’un regroupement au sein d’une entité unique dénommée UNINSA, laquelle est finalement intégrée à la société ENSIDESA le 22 décembre 1973[2].
En 1956, les premières installations entrent en activité avec la mise en service de batteries de fours à coke, constituant le noyau initial de l’établissement industriel. L’année suivante, le 24 septembre 1957, Carmen Polo, épouse de Francisco Franco, assume les fonctions de maîtresse de cérémonie lors de l’allumage inaugural d’un haut fourneau, l’un des quatre dont se compose alors le complexe sidérurgique, lequel se voit attribuer son nom.
L’essor démographique d’Avilés suscite un processus d’urbanisation d’une ampleur inédite, au terme duquel la population municipale connaît, en un laps de temps restreint, une progression notable, passant d’environ vingt mille à près de quatre-vingt mille habitants. Cette mutation s’accompagne d’un afflux migratoire substantiel, principalement issu d’Andalousie, d’Estrémadure ainsi que des deux Castilles. Une proportion significative de ces nouveaux arrivants participe, dans une phase initiale, aux travaux de fondation des infrastructures industrielles et urbaines. Ces ouvriers spécialisés dans les opérations de bétonnage — désignés localement sous l’appellation de « campaneros » — reçoivent également le surnom de « coréens », en référence tant à la pénibilité extrême de leur labeur qu’au contexte médiatique alors dominé par la guerre de Corée[3].
Dès sa phase inaugurale, ENSIDESA engage la mise en œuvre d’un vaste appareil productif comprenant, outre des batteries de fours à coke et des hauts fourneaux, un ensemble cohérent d’infrastructures industrielles majeures. Sont ainsi édifiées une centrale thermique, une aciérie selon le procédé Martin-Siemens, ainsi qu’une aciérie à convertisseur de type LD-I. L’établissement se dote également d’installations de coulée en fosse et d’unités de laminage à chaud, complétées par des aménagements portuaires intégrés, notamment des quais nouvellement construits par l’entité elle-même. Parallèlement à ces dispositifs de production, le site comprend divers édifices annexes d’une notable qualité architecturale, parmi lesquels figurent une centrale téléphonique, une caserne de sapeurs-pompiers, un établissement hospitalier ainsi qu’un service dédié aux transports internes.
Issu d’une conception paternaliste de l’organisation industrielle, l’ensemble est doté, de manière concomitante, de noyaux d’habitat ouvrier, parmi lesquels celui de Llaranes se distingue par une composition urbanistique et architecturale d’une remarquable cohérence, assortie d’un équipement complet en infrastructures et services[4]. Cette structuration spatiale procède néanmoins d’une ségrégation sociale nettement affirmée. Parallèlement, des dispositifs de régulation des pratiques de loisir sont instaurés ; à cet égard, la fondation du Groupe d’Entreprise ENSIDESA d’Éducation et de Repos revêt une importance particulière, fédérant plus de quarante associations de nature diverse, qu’elles soient culturelles, sportives ou récréatives. En outre, à proximité de l’un des ouvrages de retenue hydraulique, situé à Trasona, se pérennise la célébration de la fête de San José Artesano, organisée annuellement le premier mai[5].
À partir des décennies 1980 et 1990, concomitamment à l’amorce du démantèlement de ses infrastructures industrielles, s’observent de vives contestations suscitées par le processus de privatisation engagé. Parmi les manifestations les plus notables figurent, d’une part, l’occupation dite de la « Part de Fer » et, d’autre part, la séquestration volontaire de plusieurs représentants syndicaux au sein des gazomètres de l’établissement avilésien[6].
En 1994, l’entité adopte la dénomination de Corporation Siderúrgica Integral (CSI), avant de prendre, en 1997, celle d’Aceralia. Elle est ultérieurement intégrée à un processus de concentration industrielle qui conduit à sa fusion avec les groupes Arbed et Usinor, opération dont résulte la constitution d’Arcelor, alors compté parmi les principaux conglomérats sidérurgiques à l’échelle mondiale. Par la suite, la société multinationale Mittal initie une offre publique d’acquisition sur Arcelor, laquelle aboutit à une fusion effective ; l’ensemble ainsi constitué accède dès lors au rang de premier producteur sidérurgique mondial. C’est dans ce contexte que le complexe industriel asturien est rebaptisé ArcelorMittal Asturias. À partir de cette réorganisation, le site d’Avilés se spécialise dans la production des batteries de fours à coke, tandis que les hauts fourneaux sont implantés à Gijón.
Patrimoine industriel

L’ambition entrepreneuriale qui préside à la création d’ENSIDESA se manifeste également par l’édification d’un ensemble substantiel d’infrastructures industrielles, lesquelles constituent, à l’époque contemporaine, l’un des témoignages les plus significatifs du patrimoine industriel espagnol. Cet ensemble se déploie selon un axe continu d’environ sept kilomètres de constructions productives. À ce titre, il est intégré au Plan national du patrimoine industriel élaboré par l’Institut du patrimoine culturel d’Espagne[7]. Par ailleurs, une part notable des édifices relevant de l’esthétique du Mouvement moderne est inscrite à l’inventaire établi par la Fondation Docomomo ibérique[8].

La genèse architecturale de l’ensemble industriel résulte de la collaboration de plusieurs concepteurs et techniciens, parmi lesquels figurent les architectes Francisco Goicoechea Agustí et Juan Manuel Cárdenas Rodríguez, ainsi que les ingénieurs Amalio Hidalgo et Carlos Fernández Casado. Les édifices présentant un intérêt patrimonial subsistant témoignent partiellement de cette entreprise ; ils bénéficient, pour certains, d’une inscription au Catalogue urbanistique d’Avilés et font l’objet de réaffectations à des usages industriels ou municipaux contemporains. Un nombre significatif d’installations demeure toutefois à l’abandon ou a été démantelé, tandis que certaines infrastructures conservent leur vocation originelle, notamment celles dédiées au captage, à l’acheminement et à la distribution des eaux nécessaires au refroidissement des complexes sidérurgiques, aujourd’hui exploitées par ArcelorMittal[9]. Aucune de ces structures ne jouit d’un classement au titre de Bien d’Intérêt Culturel ; par ailleurs, l’intégration de l’usine de batteries de fours à coke et de sous-produits au sein de l’Inventaire du patrimoine culturel des Asturies a été récemment écartée, en dépit de la reconnaissance explicite de son intérêt notable[10].
Dans le cadre d’actions citoyennes à visée patrimoniale engagées pour la sauvegarde de cet héritage industriel d’importance, se constitue en 2007 le mouvement « Nous sauvions la thermique d’ENSIDESA », lequel, bien qu’il ne parvienne pas à atteindre l’objectif final de conservation de l’édifice, en obtient néanmoins la préservation partielle, limitée à la seule cheminée de l’installation. En 2015, le Club populaire de culture « Llaranes » initie à son tour une mobilisation ayant pour effet la suspension du projet de démolition de la centrale téléphonique, mesure qui s’avère efficace[11]. À partir de 2019, la défense de l’ensemble des batteries de fours à coke et de leur unité de sous-produits acquiert une importance accrue dans le débat patrimonial local, malgré la démolition intégrale de ces structures, à l’exception du gazomètre no 2 et d’un bâtiment d’entrepôts subsistant, cette dynamique de sauvegarde s’appuyant sur l’intervention d’acteurs associatifs et institutionnels tels que le Centre d’études de l’Alfoz de Gauzón ainsi que le Collège officiel des architectes des Asturies, dont l’action contribue à structurer et légitimer la mobilisation en faveur de ce patrimoine industriel[12].
Notes et références
- ↑ « BOE-A-1950-7106 », Boletín Oficial del Estado, vol. 169, , p. 2651-2652 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « BOE A24975-24991 », Boletín Oficial del Estado, vol. 307, , p. 24990-24991 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « La generación de los “campaneros” de Ensidesa: “Aquello era para morirse” », Los nombres de la memoria, (consulté le )
- ↑ Jorge Ramón Bogaerts Menéndez, El mundo social de ENSIDESA, Ediciones AZUCEL,
- ↑ Enrique Antuña Gancedo, La Jira al Embalse de Trasona,
- ↑ Modèle {{Lien vidéo}} : paramètre«
titre» manquant. [vidéo] [1] - ↑ (es) « Plan Nacional del Patrimonio Industrial », www.culturaydeporte.gob.es (consulté le )
- ↑ (es) « Empresa Nacional Siderúrgica (ENSIDESA) », www.docomomoiberico.com (consulté le )
- ↑ Domínguez Rodríguez et Patricia Fernández Pastor, « El principio de todas las cosas. Paisaje, Arquitectura e ingeniería para el suministro de aguas en la factoría de ENSIDESA (Asturias) », Un futuro para nuestro pasado. 25 años activando el patrimonio industrial, (lire en ligne)
- ↑ (es) Comunicación, « La Comisión Permanente de Patrimonio resuelve sobre las Baterías de Cok », www.alfozdegauzon.com, (consulté le )
- ↑ (es) « El edificio de Telefónica en la antigua Ensidesa continuará en pie », El Comercio, (consulté le )
- ↑ « SEPIDES promoverá un polígono industrial en los terrenos de las antiguas baterías de cok en Avilés | SEPI », www.sepi.es (consulté le )
Liens externes
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