Enrica Calabresi

| Naissance | |
|---|---|
| Décès |
(à 52 ans) Florence |
| Nom de naissance |
Enrica Calabresi |
| Nationalité | |
| Formation | |
| Activités |
| A travaillé pour | |
|---|---|
| Chaires |
Associate teaching professor (d), maître ou maîtresse de conférences |
| Abréviation en zoologie |
Calabresi |
Enrica Calabresi, née le à Ferrare et morte le à Florence, est une zoologiste italienne. Elle grandit dans une famille de la bourgeoisie juive cultivée et fait des études de sciences naturelles. C'est l'une des rares femmes à cette époque à suivre des cours à l'université et à y enseigner par la suite. Ses travaux portent sur les coléoptères, les cnidaires et les amphibiens et reptiles d'Italie et d'Afrique. Elle décrit de nouvelles espèces pour la science et tisse des liens avec des zoologistes d'autres pays grâce à ses talents en langues. Son parcours est marqué par les lois raciales fascistes qui l’empêchent peu à peu d'enseigner à l'université et de faire ses recherches. Arrêtée en par la police italienne, elle se suicide afin d'éviter d'être déportée à Auschwitz. Son histoire, d'abord oubliée, est remise en avant grâce aux recherches récentes. Plusieurs lieux et taxons portent son nom en son honneur.
Biographie
Enrica Calabresi naît en 1891 à Ferrare dans une famille de la bourgeoisie juive cultivée et aisée de Ferrare[1], qui entretenait des liens étroits avec la famille Bassani et possédait une solide tradition d'études scientifiques[2],[3]. Durant son enfance et son adolescence, Enrica Calabresi s'intéresse à la littérature, à l'art et aux langues : elle parle français, anglais et allemand[4].

En 1909, après avoir terminé ses études secondaires, elle s'inscrit à la Faculté de mathématiques de l'université libre de Ferrare, où elle suit également les cours de zoologie et de botanique de la Faculté de médecine[5]. L'année suivante, elle choisit de se consacrer à l'étude des sciences naturelles et s'inscrit à l'université de Florence[1]. En , avant même d'avoir obtenu son diplôme, elle devient l'assistante d'Angelo Senna (it) au Cabinet de zoologie et d'anatomie comparée des vertébrés ; celui-ci l'oriente vers l'étude des coléoptères de la famille des Brentidae[6],[1]. Elle contribue à augmenter les collections de l'institution[4]. Elle est diplômée le , avec les meilleures notes, grâce à une étude « Sur le comportement du chondriome dans le pancréas et les glandes salivaires du hérisson pendant l'hibernation hivernale et l'activité estivale »[3]. Quelques mois après, elle commence à publier ses premiers essais dans l'organe officiel de l'Union zoologique italienne[2].
Deux ans plus tard, elle doit faire face à un deuil profond : son fiancé, Giovanni Battista De Gasperi (it), un géologue passionné de montagne rencontré alors qu'il suivait le même cursus qu'elle, meurt pendant la Première Guerre mondiale sur le plateau d'Asiago (it) où il est officier alpin[5]. Enrica Calabresi, part au front comme infirmière volontaire et y reste jusqu'à la fin du conflit[3]. Elle ne serait plus liée à personne, choisissant de se consacrer exclusivement à l'enseignement et à la recherche et de s'occuper, pendant ses temps libres, de son neveu, fils de son frère et orphelin de mère[7].
De 1918 à 1921, elle est secrétaire de la Société entomologique italienne[6]. En 1924, elle obtient son diplôme d'enseignante en zoologie dans un contexte où les femmes sont encore rares à étudier à l'université[3], et en 1926 un poste d'assistante à l'Université de Florence, elle est alors l'une des rares femmes à enseigner[1]. En 1932, elle quitte son poste, officiellement pour raisons de santé ; en réalité elle est incitée à le faire car le poste est attribué au comte Lodovico Di Caporiacco, un entomologiste d'obédience fasciste[1].
Pendant un temps, Enrica Calabresi travaille à l'Institut technique royal Galilée de Florence, puis au lycée classique Galilée[3]. Au cours des années universitaires 1936-1937 et 1937-1938, elle obtient la chaire d'entomologie agricole à la Faculté d'agriculture de l'université royale de Pise[3].
Le , à la suite des lois raciales fascistes, elle est déchue de son droit d'enseigner la zoologie au motif de sa judéité[6]. De 1939 à 1943, elle enseigne les sciences à l'école juive de Florence[3]. Margherita Hack, qui est son élève au lycée classique « Galilée », assiste à son expulsion après l'introduction des lois raciales. Elle déclare plus tard sur cet épisode : « Je l'ai vue expulsée de l'école du jour au lendemain à cause des lois raciales. Cela m'a ouvert les yeux sur les conséquences d'une dictature et a marqué une rupture en moi : c'est alors que je suis devenue antifasciste. »[8].
Après le , tandis que la famille Calabresi parvient à s'enfuir en Suisse, Enrica Calabresi décide de rester dans la ville, où elle vivait et travaillait[7]. En , elle est arrêtée par des Italiens dans sa maison florentine et emmenée à Santa Verdiana (it), un ancien couvent transformé en prison[3]. Elle sait que de là elle sera déportée vers le camp d'extermination d'Auschwitz[3]. Elle avale le contenu d'une fiole de phosphure de zinc qu'elle transportait depuis quelque temps, après avoir rédigé son testament sur un bout de papier et l'avoir remis aux religieuses de Santa Verdiana[9].
« Prego con tutta l’anima la Madre Superiora di prendere in consegna tutti gli oggetti che mi appartengono e di non lasciarli andare nelle mani dei tedeschi. Voglia a suo tempo destinarli a opere di bene. Dio mi perdoni. (Je prie de tout mon cœur pour que la Mère Supérieure prenne en charge tous mes biens et ne les laisse pas tomber entre les mains des Allemands. Puisse-t-elle, le moment venu, les utiliser pour de bonnes œuvres. Que Dieu me pardonne.) Enrica Calabresi 18.1.944 »
Elle meurt dans la nuit du 19 au après deux jours d'agonie[4].
Elle est enterrée au cimetière israélite de Rifredi (it) ; sa pierre tombale porte son nom, sa date de naissance et de décès, ainsi que le mot « shalom » (paix)[10].
Travaux
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Dans le domaine entomologique, Enrica Calabresi s'est intéressée aux Hoplopistiini, à la sous-famille Arrhenodini et au genre Stratiorrhina[6].
En herpétologique, elle se consacre surtout à l'étude des amphibiens et des reptiles africains, ainsi qu'à la vipère aspic italienne[6]. Elle publie des entrées sur l'anaconda, le boa, le cobra, l'aspic et d'autres serpents dans l'Encyclopédie italienne Treccani[4].
Elle étudie les stades larvaires des Ceriantharia, cnidaires de la mer Rouge[6].
Grâce à ses compétences en langues, elle établit des liens avec de nombreuses personnes en Europe et échange régulièrement sur les dernières nouveautés scientifiques[5].
Hommages et distinctions
- En 2006, Paolo Ciampi (it) publie un livre intitulé Un nome (Un nom), inspiré de son histoire. En 2009, le livre est adapté au théâtre sous le titre Un nome nel vento (Un nom dans le vent)[11]
- En 2011, la municipalité de Pise, à la demande de l'université, a donné le nom d'Enrica Calabresi à la rue où se trouvent les nouvelles Archives universitaires, situées à Montacchiello. La même année, la municipalité de Ferrare a également donné son nom à une rue.
- En , la municipalité de Rome a supprimé la dédicace à deux signataires du Manifeste de la race, Arturo Donaggio et Edoardo Zavattari, attribuant les trois plaques à Enrica Calabresi, au médecin Mario Carrara (it) et à la physicienne pisane Nella Mortara (it)[3]
- En 2019, Ornella Grassi (it) a écrit le scénario et réalisé le film Una donna. Poco più di un nome, qui lui est dédié[12]
- En 2020, le département d'entomologie du musée de la Specola de Florence, dont elle a contribué à enrichir les collections, porte son nom[13]
Taxons
Taxons décrits
- Hemidactylus fragilis
- Hemidactylus puccionii
- Holodactylus aculeatus
- Hoplopisthiina
- Mabuia somalica
- Pristurus stefaninii
- Pyxicephalus obbianus
- Tomopterna elegans
Taxons nommés en son honneur
- Le serpent Afrotyphlops calabresii (Gans & Laurent in Gans, Laurent & Pandit, 1965) a été nommée en son honneur.
Publications
- (it) A. Senna et Enrica Calabresi, « Contribuzione allo studio dei Brentidi. Revisione del gruppo Hoplopisthi. », Bollettino della Società Entomologica Italiana, vol. 50, , p. 63-77
- (it) Enrica Calabresi, « Contributo alla conoscenza dei Rettili della Somalia », Monitore Zoologico Italiano, no 26, , p. 234-247
- (it) Enrica Calabresi, « Anfibi e rettili raccolti nella Somalia dai Proff. G. Stefanini e N. Puccioni (Gennaio–Luglio 1924) », Atti della Società Italiana di Scienze Naturali e del Museo Civico di Storia Naturale di Milano, vol. 66, no 1, , p. 14-60
Notes et références
- (it) « Donna, ebrea e in carriera le colpe di Enrica Calabresi », sur La Repubblica,
- Bruno Enriotti, Enrica Calabresi: con il veleno per topi si sottrae ad Auschwitz, in Triangolo rosso, n. 3/4, 2006, p. 32.
- (it) Valeria Palumbo, « Enrica Calabresi », sur Enciclopedia delle donne
- (it) Ariane Dröcher, « Calabresi Enrica », sur Scienza a due voci
- (it) Bruno Enriotti, « La Tragica Fin Of The The Scien-Iata Fiorentina Definita “THE Mère de l'Eeréthiétité italienne” », sur digilander.libero.it (consulté le )
- Pierangelo Crucitti, « Figure femminili della Zoologia italiana del XX secolo: Enrica Calabresi, Rina Monti, Emilia Stella, Ester Taramelli », Natura e montagna, vol. 66, , p. 32
- (it) « Enrica Calabresi »,
- ↑ Mario Avagliano, Di pura razza italiana : l'Italia ariana di fronte alle leggi razziali, Baldini & Castoldi, (ISBN 978-88-6852-054-0)
- ↑ Francesca Pelini e Ilaria Pavan, La doppia epurazione. L’Università di Pisa e le leggi razziali tra guerra e dopoguerra, Il Mulino, (ISBN 978-88-15-13130-0), p. 200
- ↑ Miriam Ridolfi, « Enrica Calabresiː due volte travolta dalla guerra », sur Comune di Bologna
- ↑ « Un nome nel vento, al Teatro di Fabiano Alto », sur cittadellaspezia.com
- ↑ « Una donna poco più di un nome », sur portalegiovani.comune.fi.it
- ↑ « In piazza D’Azeglio un albero in ricordo di Enrica Calabresi, oggi la messa a dimora con gli assessori Del Re e Martini »,
Annexes
Bibliographie
- (it) Paolo Ciampi, Un nome, Giuntina, (ISBN 88-8057-265-2)
- (it) Pierangelo Crucitti, « Figure femminili della Zoologia italiana del XX secolo: Enrica Calabresi, Rina Monti, Emilia Stella, Ester Taramelli », Natura & montagna, vol. 56, , p. 31-37
- (it) Francesca Pelini et Ilaria Pavan, La doppia epurazione. L’Università di Pisa e le leggi razziali tra guerra e dopoguerra, Il Mulino, (ISBN 978-88-15-13130-0), p. 200
- (it) Marta Poggesi et Alessandra Sforzi, In ricordo di Enrica Calabresi, Memorie della Società Entomologica Italiana () ; LXXX, p. 223-233
- (it) Raffaella Simili, Sotto falso nome. Scienziate italiane ebree (1938-1945), Pendragon, (ISBN 978-88-8342-836-4)
Liens externes
- Notice dans un dictionnaire ou une encyclopédie généraliste :
Calabresi est l’abréviation habituelle de Enrica Calabresi en zoologie.
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