Eurodépartement

Logo du département de la Moselle depuis 2019.

Le mot eurodépartement est un néologisme apparu dans les années 1990. Il est adopté par le conseil départemental de la Moselle en 2019, afin de communiquer sur sa demande de différenciation territoriale[1]. Celle-ci s'appuie sur ses spécificités géographiques, géoéconomiques, culturelles et historiques, fortement marquées par un caractère frontalier avec l'Allemagne et le Luxembourg. Cette différenciation vise l'obtention de compétences élargies pour le département de la Moselle, afin de mieux promouvoir ces atouts.

Depuis 2019, ce vocable représente le département et figure dans son logo ; il a été inscrit en tant que marque déposée par le conseil départemental.

Contexte

Plusieurs éléments contextuels, locaux, nationaux, internationaux, ont conduit à la concrétisation de cette demande et à la conception d'un terme adapté :

  • L'émergence d'une réflexion nationale sur le droit à la différenciation territoriale[6], droit proposé dans l'article 15 du projet de révision constitutionnelle de 2018[7]. Ce texte est retiré en  ; néanmoins, la thématique reste inscrite dans les débats ouverts par la suite sur une meilleure décentralisation territoriale.
  • Le traité d'Aix-la-Chapelle en , traité franco-allemand, avec notamment les propositions du chapitre 3, Culture, enseignement, recherche et mobilité, et du chapitre 4, Coopération régionale et transfrontalière, qui ouvrent de nouvelles perspectives dans les relations transfrontalières de proximité entre les deux pays[8].
  • L'accès des départements alsaciens à une différenciation territoriale et des compétences élargies, avec la naissance de la Collectivité européenne d'Alsace, à partir du .

Spécificité frontalière européenne du département

  • Avec environ 250 km de frontières, le département de la Moselle compte parmi les 5 départements français ayant les frontières les plus longues avec l'étranger.
  • Il figure parmi les sept départements de métropole ayant une frontière avec deux pays étrangers, soit l'Allemagne et le Luxembourg ; les autres départements dans ce cas sont la Haute-Savoie (250 km, avec la Suisse et l'Italie), le Haut-Rhin (150 km, avec l'Allemagne et la Suisse), la Meurthe-et-Moselle (68 km, avec la Belgique et le Luxembourg), les Alpes-Maritimes (avec l'Italie et Monaco), les Pyrénées-Orientales (avec l'Espagne et Andorre) et l'Ariège (avec Andorre et l'Espagne). Cependant, seuls les départements de Moselle et de Meurthe-et-Moselle ont comme voisins deux pays de l’Union européenne, puisque la Suisse, Monaco et Andorre n'en font pas partie.
  • C'est le seul département français qui cumule des frontières avec deux pays de l’Union européenne (Allemagne et Luxembourg) et avec deux régions d’un État membre, à savoir les länder allemands de Sarre et de Rhénanie-Palatinat.
  • Le Pays des Trois Frontières mosellan est riverain du village luxembourgeois de Schengen, lieu symbolique où furent signés, en 1985, les accords sur la libre circulation dans la Communauté Européenne.
  • Son histoire lui octroie également une dimension européenne ; depuis la Révolution, outre les changements de nationalité à la suite des guerres, la Moselle est de loin le département ayant subi le plus grand nombre de rectifications de frontières ; beaucoup de communes mosellanes, sarroises et du Palatinat sud-ouest, ont appartenu au pays voisin, au fil des modifications historiques de la frontière franco-allemande.

Actions

Compétences particulières

Une évolution toujours en chantier

À la suite du bouleversement de l'agenda politique par la pandémie de Covid-19, aucune réponse n'a été apportée par l'État à cette demande de différenciation territoriale. Cependant, par la suite, la loi 3DS[12] (différenciation, décentralisation, déconcentration et simplification de l'action publique locale) promulguée le , ouvrait la possibilité d'y répondre, au moins partiellement. La légitimité de la différenciation territoriale est alors actée dans la loi, qui autorise, en fonction des "différences de situation" certaines initiatives aux conseils départementaux. D'autres projets parallèles sont possibles, notamment en matière d'accords transfrontaliers, la gestion commune des bassins fluviaux, les coopérations transfrontalières en santé, etc.

Entre-temps, le Comité franco-allemand de Coopération Transfrontalière[13] (CCT), mis en route le , représente un organe de consultation et de soutien des initiatives dans ce domaine. Par ailleurs, le , la commission de développement régional du Parlement Européen a voté des résolutions pour le soutien et la promotion des régions transfrontalières européennes[14].

Notes et références

  1. « La Moselle veut devenir un Eurodépartement : en quoi ça consiste ? », sur actu.fr (consulté le )
  2. Jacques Walter et Sylvie Hamel, Metz : écologie urbaine et convivialité, éditions Autrement, 1991 (ISBN 2862603430), p. 151
  3. Noëlle Dewavrin, Des gueules noires à la banane bleue ou le Nord-Pas-de-Calais face au défi européen, La Voix du Nord, 1994 (ISBN 2908260484), p. 51
  4. Jean Charpentier et Christian Engel, Les régions de l'espace communautaire, Presses universitaires de Nancy, 1992 (ISBN 2864806401), p. 247 et 248
  5. Historiens et Géographes, no 368, Association des professeurs d'histoire et géographie, 1999, p. 341
  6. vie.publique.fr, « collectivités locales : les députés se penchent sur le droit à la différenciation », (consulté le )
  7. Assemblée Nationale, « Projet de loi constitutionnelle nº 911 pour une démocratie plus représentative, responsable et efficace », sur Assemblée nationale (consulté le )
  8. Ministère de l'Europe et des affaires étrangères, « Traité de coopération et d'intégration franco-allemand d'Aix-la-Chapelle », sur Ministère de l'Europe et des affaires étrangères, (consulté le )
  9. assemblée des départements de France, « Droit à la différenciation : la Moselle veut devenir un "Eurodépartement" », sur Assemblée des départements de France, (consulté le )
  10. journaliste "républicain Lorrain", « Moselle : une pétiton pour reconnaître les spécificités du département », sur Le républicain Lorrain, (consulté le )
  11. département de la Moselle, « Pourquoi la Moselle revendique de nouvelles compétences ? », Moselle infos,‎ , p. 3 à 7 (lire en ligne)
  12. Légifrance, « LOI n° 2022-217 du 21 février 2022 relative à la différenciation, la décentralisation, la déconcentration et portant diverses mesures de simplification de l'action publique locale », sur www.legifrance.gouv.fr, (consulté le )
  13. Auswärtiges Amt, « Comité de Coopération transfrontalière franco-allemand (CCT) », sur www.agz-cct.eu, (consulté le )
  14. Younous OMARJEE, « RAPPORT sur les régions frontalières de l’UE: des laboratoires vivants de l’intégration européenne | A9-0222/2022 | Parlement européen », sur www.europarl.europa.eu (consulté le )
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