Expédition dans l'océan Indien de Linois

Expédition dans l'Océan Indien de Linois
Description de cette image, également commentée ci-après
The London Man of War capturing the Marengo Admiral Linois. Gravure réalisée en 1807.
Informations générales
Date -
Lieu Océan Indien
Océan Atlantique
Issue Destruction de l’escadre française
Déstabilisation du commerce britannique
Belligérants
Drapeau de l'Empire français Empire français Drapeau du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande
Commandants
Drapeau de l'Empire français Charles Durand de Linois
Pertes
Au moins 116 tués[1]
2 navires de guerre capturés
Au moins 13 navires marchands détruits
Au moins 14 navires marchands capturés
1 navire de guerre capturé

L'expédition dans l'Océan Indien de Linois est une opération militaire maritime menée par le Premier Empire dans l'Océan Indien face aux convois britanniques, entre 1803 et 1806. Sous le commandement du contre-amiral Charles de Durand-Linois, une flottille française exerce une guerre de course contre la marine marchande britannique dans un océan stratégique pour le Royaume-Uni, entre la métropole et l’Inde britannique.

Linois parvient à remporter plusieurs succès intéressants dans la région, capturant et coulant des navires marchands britanniques, jusqu’à déstabiliser le commerce dans l’océan Indien. Cependant, il échoue à capturer un convoi sans défense d’une grande importance en 1804, et est totalement défait en 1806, alors qu’il tentait de gagner l’Europe.

Le bilan de l’opération est donc indécis, avec quelques réussites mais à des coûts élevés. La défaite finale de Linois, qui est capturée, met fin à son expédition tandis que Léonard Motard prend sa succession dans l’océan Indien.

Contexte et prémices

Rôle de l’océan Indien dans le commerce international

Au début du XIXe siècle, l’océan Indien constitue un axe essentiel du commerce britannique, reliant la métropole à ses colonies et à ses comptoirs d’Extrême-Orient. Des convois de navires marchands, parmi lesquels les imposants Indiaman, partent des ports de Chine, d’Asie du Sud-Est, de la jeune colonie de Botany Bay en Australie, mais également des possessions portugaises du Pacifique, transitant par l’océan Indien[2]. En entrant dans cette zone, ces navires rejoignent les vastes convois venus de l’Inde britannique, qui transportent chaque année vers la métropole des marchandises d’une valeur de plusieurs millions de livres sterling[3]. Ensemble, ils traversent l’océan, contournent le cap de Bonne-Espérance, puis remontent vers les eaux européennes. Amarrés dans l’un des grands ports britanniques, ils déchargent leurs cargaisons avant d’embarquer des produits pour le voyage de retour. Il s’agit souvent de renforts militaires destinés à l’armée de la puissante Compagnie britannique des Indes orientales (BEIC), dont les possessions en Inde ne cessent de s’étendre aux dépens des États voisins[4].

Spécificités des combats dans l’océan Indien

Pendant les guerres de la Révolution française (1793-1801), des frégates et corsaires français opèrent depuis des colonies de l’océan Indien, notamment depuis l’Isle de France et l’Isle Bourbon, pour menacer les routes commerciales britanniques. Bien que protégés par la puissante Royal Navy, plusieurs navires isolés sont perdus, en particulier les country ships, bâtiments plus petits et plus fragiles, incapables de se défendre aussi efficacement que les puissants Indiamen[5]. Une partie de ces prises revient aux corsaires, notamment aux navires de Robert Surcouf[6], qui s’emparent du Kent en 1800, lors de sa première sortie[7]. Ces pertes demeurent toutefois marginales au regard du flot de navires marchands britanniques traversant l’océan Indien : les convois continuent de naviguer sans interruption durant tout le conflit. La paix d'Amiens, conclue en 1801 met temporairement fin aux hostilités et permet à la France de renforcer ses positions dans la région, notamment à Pondichéry, sur la côte de Coromandel, au bord du golfe du Bengale[8].

Un autre trait marquant de ces conflits réside dans la mobilité et la puissance des bâtiments britannique sur les mouvements de la Marine nationale. La Royal Navy maintient une pression rapprochée et permanente sur tous les principaux ports français, de sorte que tout navire quittant un port s’expose à une attaque des escadres patrouillant le long des côtes. Les pertes infligées à la marine française par cette stratégie sont considérables, au point de limiter même la navigation entre ports voisins[9]. Dans l’océan Indien, en revanche, les immenses distances séparant les bases françaises de l’Isle de France et de l’Isle Bourbon des bases britanniques, en Inde, rendent cette tactique impraticable[10]. Les moyens nécessaires pour maintenir une surveillance constante de ces îles, mais aussi des ports de la colonie hollandaise du Cap et des Indes néerlandaises, seraient trop importants. Ainsi, les corsaires et frégates français opérant depuis l’océan Indien disposent d’une liberté de mouvement bien plus grande, et affrontent un risque d’interception bien moindre qu’en Atlantique ou en Méditerranée[11].

Forces françaises en présence

Le commandant français : le contre-amiral Linois

Buste d’un homme en costume militaire.
Gravure de Charles-Alexandre Durand de Linois, en 1837.

En 1802, les tensions reprennent entre la Grande-Bretagne et la France, désormais dirigée par le Premier Consul Bonaparte. Conscient qu’un retour à la guerre est presque inévitable, Napoléon ordonne à ses forces maritimes de préparer une flottille destinée à opérer durablement dans l’océan Indien et capable d’y infliger de lourdes pertes au commerce britannique[12]. Le navire amiral de cette force est le vaisseau de ligne Marengo, un 74 canons commandé par le contre-amiral Charles Durand de Linois[13]. Officier expérimenté, Linois s’est mesuré à plusieurs reprises aux Britanniques durant les guerres révolutionnaires. En , sa frégate Atalante est capturée en Atlantique par le HMS Swiftsure[14]. Il reçoit ensuite le commandement du Formidable, mais le perd après une résistance acharnée à la bataille de Groix. L’année suivante, il est de nouveau capturé à bord de la frégate Unité (en), puis participe, après un troisième échange de prisonniers, à la désastreuse expédition d’Irlande sur le vaisseau de ligne Nestor[15]. Son fait d’armes le plus marquant a lieu en , lorsqu’il commande l’escadre française victorieuse à la première bataille d’Algésiras, où le HMS Hannibal (en) est capturé. Bien qu’impliqué aussi dans la défaite survenue quatre jours plus tard lors de la seconde bataille d'Aglésiras, son prestige en sort renforcé et sa réputation de chef compétent s’impose au sein de la marine française[16].

Le convoi

Le Marengo est accompagné des frégates Atalante, Sémillante et Belle Poule, ainsi que des transports Côte d’Or et Marie Françoise. Officiellement, l’escadre est envoyée dans l’océan Indien pour reprendre possession de Pondichéry et installer un nouveau gouverneur des établissements français, le général Charles Decaen[6]. Le convoi transporte 1 350 soldats et d’importantes réserves destinées à soutenir à la fois la traversée de quatre mois jusqu’en Inde et les opérations prolongées qui doivent suivre[17].

Expédition

Arrivée à Pondichéry et montée de la tension

L’escadre de Linois quitte Brest le [18]. La traversée de quatre mois vers Pondichéry est interrompue le par une violente tempête, qui force la Belle Poule à se séparer du reste des navires et à trouver refuge plusieurs jours à Madagascar. Les transports Côte d’Or et Marie Françoise sont également dispersés par les vents et poursuivent leur route séparément vers la destination prévue. Ce mauvais temps retarde l’arrivée de l’escadre principale, si bien que la Belle Poule atteint la côte indienne en premier, seulement le [19]. Napoléon est convaincu, et il en a assuré Linois, la guerre avec la Grande-Bretagne ne reprendrait pas avant septembre. Mais la reprise du conflit armé survient plus rapidement qu’anticipé : Londres entame la mobilisation le et déclare officiellement la guerre deux jours plus tard. Or, les nouvelles ne pouvant voyager que peu rapidement en mer, elles n’atteignent pas la flottille au moment de l’arrivée de la Belle Poule[20]. Ainsi, le colonel Louis Binot à Pondichéry, réclame aux responsables britanniques des comptoirs la restitution de leurs installations, conformément aux termes du traité d’Amiens. Ceux-ci refusent, sur ordre du gouverneur général Lord Wellesley, les deux pays étant en guerre[8]. La position française en Inde se trouve alors fragilisée. De plus, une importante escadre britannique jette l’ancre à Cuddalore, à une trentaine de kilomètres au sud de Pondichéry. Cette force, commandée par le contre-amiral Peter Rainier, comprend les vaisseaux de ligne HMS Tremendous, HMS Trident (en) et HMS Lancaster, le HMS Centurion (en), ainsi que les frégates HMS Sheerness, HMS Concorde, HMS Dedaigneuse et HMS Fox. Le , Rainier apprend par dépêche, transmise de Bombay via Madras, que la guerre est imminente et positionne alors ses navires en vue de Pondichéry, dans l’attente de l’affrontement[19].

Linois arrive à Pondichéry le , où il trouve les navires de Rainier au mouillage tout près et la majorité des institutions financières de la ville encore aux mains des Britanniques. Le Trident et la corvette HMS Victor stationnent alors en rade de Pondichéry, mais appareillent dès l’arrivée de Linois pour rejoindre l’escadre de Rainier[21]. Le lendemain, Linois envoie le capitaine Joseph-Marie Vrignaud, accompagné de son propre neveu, à bord du navire amiral britannique avec une invitation, à partager le petit-déjeuner du jour suivant, que Rainier accepte[22]. Le à 10 h, le transport Marie Françoise, séparé lors de la tempête, atteint à son tour Pondichéry, suivi à 18 h par le brick Bélier. Parti de Brest le , ce dernier transporte divers documents, dont une copie d’un discours prononcé devant le Parlement britannique par le roi George III, annonçant la perspective d’un conflit, ainsi que des ordres de Napoléon enjoignant Linois de rallier immédiatement l’Isle de France. Il doit y débarquer le général Decaen et préparer ses bâtiments à une longue campagne de course contre le commerce britannique dans l’océan Indien. Au matin du , Rainier embarque sur la corvette de 16 canons HMS Rattlesnake pour honorer son rendez-vous avec Linois. Mais il découvre avec surprise que l’escadre française a discrètement quitté Pondichéry durant la nuit[21].

En effet, Linois a quitté le port avec une telle hâte qu’il a abandonné ses ancres et ses embarcations dans la rade, préférant les laisser sur place plutôt que d’attirer l’attention en les récupérant. Il manque de peu le transport Côte d’Or, qui arrive le soir du avec à son bord 326 soldats : aussitôt, le bâtiment est encerclé par le Centurion et la Concorde. Rainier, après avoir envoyé une partie de son escadre vers Madras, demeure au large de Pondichéry pour surveiller les mouvements français, sans pour autant effrayer un navire non-avertit. Le , il aperçoit la Belle Poule au large. Linois l’avait détachée pour reconnaître la rade de Madras, mais la frégate britannique HMS Terpsichore l’avait suivie de près, forçant son capitaine, Alain Bruilhac, à revenir vers Pondichéry[22].

Premiers affrontements

Dans la matinée, la Belle Poule et la Côte d’Or échangent des signaux. À 11 h, le transport hisse brusquement ses voiles et quitte la rade, poursuivi de près par la Terpsichore. Aux premières heures du , la frégate britannique rattrape la Côte d’Or et tire plusieurs coups de semonce, contraignant son capitaine à se rendre. Profitant de cette diversion, Bruilhac met alors cap sur l’Isle de France avec la Belle Poule, sans être inquiété. La Côte d’Or est reconduite à Pondichéry. Comme aucune nouvelle officielle de la guerre n’est encore parvenue d’Europe, elle est relâchée le , à la condition stricte de ne se rendre qu’à l’Isle de France et nulle part ailleurs. Le HMS Dedaigneuse reçoit l’ordre de veiller à ce que le transport respecte cette route, avant de rallier Rainier à Madras dès le lendemain. L’amiral britannique ordonne alors immédiatement à ses navires d’embarquer des approvisionnements militaires en vue d’opérations armées, bien que la nouvelle de la déclaration de guerre, prononcée dès le , ne lui parvient que le [22].

Lorsque Rainier apprend finalement la reprise de la guerre, Linois est déjà à l’Isle de France, où son escadre arrive sans encombre le . Le général Decaen est installé comme gouverneur, et une partie des troupes débarque pour renforcer la garnison, tandis que Linois conserve le reste à bord de ses navires. Durant la traversée depuis l’Europe, Linois et Decaen se sont brouillés, et leur inimitié marquera à plusieurs reprises la suite de la campagne[23]. La déclaration de guerre britannique parvient à l’Isle de France à la fin du mois août, apportée par la corvette Berceau, que Linois ajoute aussitôt à son escadre. Le , ses préparatifs étant achevés, il ordonne la mise en route. La frégate Atalante est détachée pour croiser dans la région de Mascate, un important comptoir portugais, tandis que le reste de l’escadre, à l’exception des navires de transport, prend la mer avec lui vers l’Isle Bourbon[20]. De là, il met cap à l’est en direction des Indes néerlandaises, harcelant en chemin les routes marchandes britanniques encore empruntées par de nombreux navires ignorants de l’ouverture des hostilités. Cette première croisière de guerre se révèle fructueuse : plusieurs country ships non armés tombent entre ses mains[24].

Au début de décembre, peu avant d’atteindre Batavia, la capitale des Indes néerlandaises, Linois fait escale à Bencoolen, un petit comptoir britannique. Le gouverneur local, croyant l’escadre française d’appartenance britannique, la conduit dans le port et l’ancre hors de portée de la batterie côtière, mais à portée des navires marchands regroupés dans la baie. Ces derniers reconnaissent aussitôt les bâtiments ennemis, tentent la fuite, et dont immédiatement poursuivis par la Berceau et la Sémillante. Six sont sabordés par leurs équipages à Sellebar, à trois kilomètres au sud, et deux autres sont incendiés par des détachements français après avoir échoué. Les Français détruisent en outre trois grands entrepôts remplis d’épices, de riz et d’opium, et capturent trois navires, au prix de deux marins tués lorsqu’un coup de canon tiré depuis la côte sur la Sémillante. Le , l’escadre atteint Batavia pour y passer l’hiver, et les soldats restés à bord sont débarqués afin de renforcer la garnison batave[24].

Occasion manquée à la bataille de Poulo Aura

Le , chargé de provisions pour six mois de croisière, l’escadre de Linois quitte les Indes néerlandaises. Remontant vers la mer de Chine méridionale, le contre-amiral français vise à intercepter le China Fleet de la Compagnie britannique des Indes orientales, un immense convoi d’Indiamen transportant pour huit millions de livres sterling de marchandises de Canton vers la Grande-Bretagne[25]. Chaque année, ce convoi emprunte la mer de Chine puis le stratégique détroit de Malacca, rassemblant au passage des navires venus d’autres destinations pour bénéficier de la protection d’une escadre de la Royal Navy. Mais en 1804, aucun vaisseau de ligne britannique n’est disponible : le déclenchement de la guerre a en effet retardé le départ des bâtiments de l’escadre de Rainier[26]. Le convoi, en approchant du détroit de Malacca, se compose ainsi de seize Indiamen, onze country ships et deux autres navires, n’ayant pour seule protection qu’une petite corvette armée de la Compagnie, le Ganges.

Le , à proximité de l’île de Pulo Aura, le commodore du convoi, Nathaniel Dance, reçoit le signal que des voiles apparaissent au sud-ouest. Soupçonneux, il envoie plusieurs Indiamen reconnaître les bâtiments, qui s’avèrent être l’escadre française de Linois. Conscient que son convoi ne pourrait résister à un affrontement direct, Dance choisit de jouer l’audace : il fait croire que plusieurs de ses imposants Indiamen sont en réalité des vaisseaux de ligne déguisés[10]. Les Français se placent dans le sillage du convoi mais ne passent pas à l'attaque[27]. Linois dispose d'informations selon lesquelles le convoi comprend vingt-trois navires. Il en déduit que les autres sont des navires d'escorte et tombe dans le subterfuge de Dance. Les Indiamen ont été fraîchement repeints et ils reprennent la livrée des bâtiments de la Royal Navy, c’est-à-dire des flancs noirs sur lequel sont tracées deux bandes jaunes laissant deviner de nombreux sabords. Le commodore Dance cherche à impressionner les Français. Son navire et deux autres Indiaman arborent le Blue Ensign. Le brick armé, le Ganges fait de même[28]. Il forme alors ses navires en ligne de bataille, s'interposant entre les cargos et l'ennemi, exactement comme le ferait une escorte. Croyant qu’il faisait face à une force bien plus importante que la sienne, Linois décide de faire marcher arrière[29]. Dance réagit en lançant plusieurs de ses navires à la poursuite des Français, pour accroître l’illusion de détenir une force dominatrice. Finalement, les Français parviennent à s’échapper tandis que les Britanniques peuvent reprendre leur chemin[30].

L’affrontement devient embarrassant pour Linois, qui affirme que le convoi était protégé par jusqu’à huit vaisseaux de ligne et soutient que sa prudence a permis de sauver son escadre d’une destruction certaine[31]. Sa version des faits est pourtant accueillie avec dérision, tant par ses propres officiers que par les autorités françaises, qui lui reprochent sa timidité et son incapacité à saisir une proie d’une valeur aussi exceptionnelle. À l’inverse, Nathaniel Dance est célébré comme le héros de la défense du convoi : il est notamment anobli[32]. L’empereur Napoléon déclare même :

« Écrivez à Linois, faites-lui sentir toute la force de sa faute [...] Après ces signes de mécontentement, après surtout avoir établi tout ce qu'eût fait à sa place le plus médiocre officier anglais, et le lui avoir dit sèchement et durement, car cette lettre doit être connue de la postérité, vous lui direz qu'il a manqué de courage d'esprit, courage que j'estime le plus dans un chef ; qu'il s'en faut de beaucoup qu'il ait perdu dans mon esprit sous le point de vue de son courage physique ; que j'espère qu'avant de rentrer en France, il trouvera occasion de rendre à son pavillon quelque éclat. »[33]

— Napoléon Ier, propos rapportés

Retour sur l’Isle de France

À son retour à Batavia après cet épisode, Linois essuie de vives critiques de la part des administrateurs coloniaux bataves, qui lui reprochent de ne pas avoir défait le convoi. Ils refusent en outre de mettre à sa disposition l’escadre de la marine batave stationnée dans le port pour ses futures opérations[34]. Rejoint par l’Atalante, Linois revend deux country ships capturés et ravitaille son escadre, avant de reprendre la mer vers l’Isle de France. Le Marengo y arrive le . En cours de route, il détache ses frégates, qui s’emparent de plusieurs navires marchands de valeur naviguant isolément, avant de le rejoindre à Port-Louis, que Decaen a rebaptisé Port-Napoléon. À son arrivée, Linois doit rendre des comptes au gouverneur au sujet de son affrontement avec le China Fleet. Ses explications jugées insatisfaisantes, Linois demeure à l’Isle de France durant deux mois et demi, avant de repartir à la fin juin avec le Marengo, l’Atalante et la Sémillante, tandis que la Belle Poule est détachée pour croiser de manière indépendante[35].

Deuxième sortie en demi-teinte

Linois met d’abord le cap sur Madagascar, espérant intercepter les commerces britanniques contournant le cap de Bonne-Espérance[36]. Le mauvais temps le contraint cependant à s’abriter plusieurs semaines dans la baie de Saint-Augustin, où il ravitaille son escadre avant de repartir vers les côtes de Ceylan. Là, il s’empare de plusieurs prises précieuses, dont les navires Charlotte et Upton Castle, chargés de riz et de blé, qu’il envoie à l’Isle de France afin de constituer des réserves alimentaires pour sa flotte[37]. Progressivement, Linois remonte vers le nord et gagne le golfe du Bengale. À la fin août, il croise au large de Madras, se tenant à environ 60 milles nautiques (110 km) de la côte pour éviter une confrontation défavorable avec l’escadre de Rainier. Il inspecte ensuite les ports de Masulipatam et de Cosanguay, y réalisant quelques petites captures, puis longe la côte de l’Andhra à la recherche de convois d’importance. Le , les prisonniers d’un navire saisi au large de Masulipatam l’informent qu’un convoi britannique de valeur est ancré à Vizagapatam : il comprend la frégate HMS Wilhelmina (en) et deux Indiamen[38].

Cinq navires combattant.
Défense du Centurion sur la route de Vizagapatam. Gravure du combat de Vizagapatam réalisée en 1818 par Thomas Sutherland (en).

Au matin du , Linois arrive en vue de Vizagapatam. Il découvre alors que, préoccupé par les incursions françaises sur la côte indienne, Rainier a remplacé la frégate HMS Wilhelmina par un bâtiment bien plus puissant : le HMS Centurion, vaisseau de 50 canons de 4ᵉ rang[38]. En rade se trouvent également deux petits Indiamen, le Barnabyet le Princess Charlotte. Le capitaine du Centurion, James Lind, étant à terre, le commandement revient au lieutenant James Robert Phillips. Méfiant à l’approche des nouveaux venus, celui-ci ouvre le feu dès qu’ils entrent à portée. Les frégates françaises hissent leurs pavillons et s’avancent vers les navires au mouillage, tout en essuyant les tirs d’une batterie côtière. Resté en dehors des bancs de sable qui barrent l’entrée du port, le Marengo conserve cependant le Centurion à portée de sa grande artillerie, Linois refusant de risquer son navire amiral dans des eaux peu profondes[39]. Phillips envoie aussitôt des ordres pressants aux deux Indiamen afin qu’ils lui portent assistance. Mais ceux-ci refusent : le Barnaby dérive vers la côte et s’échoue après que son capitaine ait fait couper ses câbles d’ancrage, tandis que le Princess Charlotte reste immobile à son mouillage, sans tirer le moindre coup, malgré ses trente canons[40].

Les bâtiments français interrompent brièvement le combat à 10 h 45 afin de réparer, mais le Centurion, déjà très éprouvé, se retrouve en plus entraîné hors de portée de soutien des batteries côtières lorsque les Français reprennent l’attaque à 11 h 15. Le port est désormais à découvert : le Princess Charlotte amène son pavillon et se rend à la Sémillante, tandis que l’Atalante et le Marengo continuent de canonner le principal bâtiment britannique[39]. À 13 h 15, le Centurion, gravement endommagé, tient encore la mer, mais Linois, jugeant la prise assurée, choisit de se retirer. Ses navires distancent sans difficulté la poursuite laborieuse de l’unité britannique mutilée[41]. Par la suite, Linois essuie de sévères critiques pour ne pas avoir anéanti le navire ennemi. Napoléon lui-même résume le reproche par la formule : « la France se soucie de l’honneur, non de quelques pièces de bois. »[42].

Retour périlleux sur l’Isle de France

Avec le Marengo endommagé et Rainier lancé activement à sa poursuite, Linois choisit d’abandonner le golfe du Bengale et de rallier l’Isle de France. Rainier, conscient qu’il avait peu de chances de croiser l’escadre française en pleine mer, préfére surveiller de près la principale base ennemie, Port-Napoléon. Une escadre britannique fut donc détachée pour établir un blocus, mais les éclaireurs de Linois repérèrent la manœuvre à temps[43]. L’amiral français parvint ainsi à éviter l’encerclement et entre sans encombre dans le Port le . La manœuvre ne fut cependant pas sans péril : en franchissant les passes des récifs, la quille profonde du Marengo racla le corail, endommageant gravement la coque et arrachant le gouvernail. Le navire exigea alors de longues et coûteuses réparations[44].

Linois est bientôt rejoint par le capitaine Bruilhac à bord de la Belle Poule, revenu de sa croisière solitaire dans le golfe du Bengale avec un riche navire marchand capturé en prise[45].

Avec son navire amiral gravement endommagé, Linois entreprend une longue série de réparations sur le Marengo, qui est caréné et échoué afin de remplacer la carène et le gouvernail. Ces travaux durent jusqu’en et le coût de l’entretien, comme du logement des centaines de marins de l’escadre, pèse lourdement sur les ressources de Decaen, malgré les vivres capturés et envoyés par Linois durant l’année passée[37].

Échec d’une mission dans le Pacifique

Pour alléger cette pression, Linois détache le capitaine Gaudin-Beauchène et la frégate Atalante afin de croiser de manière indépendante le long des routes commerciales contournant le cap de Bonne-Espérance. Le , il envoie la Sémillante en mission isolée, confiant au capitaine Léonard Motard la tâche de rallier les Philippines, puis de traverser le Pacifique jusqu’au Mexique pour établir des contacts avec les autorités espagnoles, avant de regagner l’Europe par le cap Horn. Cette mission vers les Amériques prend cependant fin le , lorsque la Sémillante, après un ravitaillement à San Jacinto, est interceptée dans le détroit de San-Bernardino par le HMS Phaeton et le HMS Harrier, sous le commandement du capitaine John Wood. Dans un combat bref mais violent, les bâtiments britanniques infligent de lourds dégâts à la frégate française, qui ne doit son salut qu’à l’intervention des batteries d’un fort espagnol dominant le détroit[46]. Les avaries étant trop importantes, Motard doit renoncer à son projet transpacifique et regagne l’océan Indien, poursuivant ses opérations depuis l’Isle de France contre le commerce britannique[47].

Troisième sortie

Le , Linois quitte l’Isle de France pour la troisième et dernière fois, mettant d’abord le cap au nord-ouest vers l’entrée de la mer Rouge[48]. Ne trouvant que peu de cibles, il vire ensuite vers l’est et, dès juillet, croise à nouveau le long des côtes de Ceylan, accompagné de la Belle Poule. Le , il découvre sa prise la plus précieuse à ce jour : l’Indiaman Brunswick[48], de 1 200 tonneaux, commandé par le capitaine James Ludovic Grant, ainsi que le country ship Sarah, de 935 tonneaux, sous le commandement du capitaine M’Intosh. Voyant les Français fondre rapidement sur les navires marchands fortement chargés, Grant ordonne à M’Intosh de se séparer et de chercher refuge le long de la côte. Linois détache la Belle Poule pour poursuivre le Sarah. Ce dernier s’échoue volontairement sur la plage pour éviter la capture, son équipage gagnant la terre ferme alors que le navire se disloque sous les vagues. Le Brunswick, plus lent que le Sarah, tente de riposter en ouvrant le feu sur le Marengo, mais le combat reste bref : le navire marchand se rend rapidement au puissant bâtiment français[49].

Au début de l’année 1805, Rainier est remplacé à Madras par le contre-amiral Edward Pellew, un officier plus offensif réputé pour ses succès face à la marine française. Informé de la réapparition de Linois au large de Ceylan, Pellew envoie aussitôt une escadre à sa recherche. Le contre-amiral français apprend, par des prisonniers capturés, l’arrivée imminente des navires britanniques et met le cap à l’ouest, parvenant à éviter toute rencontre avec la force anglaise. Après avoir de nouveau croisé, sans succès, à l’entrée de la mer Rouge, il descend vers le sud afin d’intercepter les routes commerciales reliant le cap de Bonne-Espérance à Madras[50]. Au cours de cette navigation, son escadre est prise dans une violente tempête : la Belle Poule perd son mât d’artimon. Linois parvient à le remplacer, mais l’incident le laisse sans mât de rechange en cas de nouvelle perte. Privées d’un gréement complet, ses navires deviennent vulnérables aux bâtiments britanniques plus rapides et maniables, et Linois décide que la protection de ses mâts devient sa priorité absolue[44].

Le , Linois découvre un convoi de onze grands navires naviguant vers l’est le long de la route commerciale reliant le cap de Bonne-Espérance à Madras[51]. Approchant pour identifier le convoi, enveloppé dans le brouillard, Linois se montre une nouvelle fois prudent : il refuse d’engager le combat tant qu’il n’est pas certain qu’aucun navire de la Royal Navy ne se cache parmi les Indiamen[52]. À quatre milles nautiques (7,4 km), il devient évident qu’un des navires est un vaisseau de guerre important, arborant un pavillon indiquant la présence d’un amiral à bord. Il s’agit du HMS Blenheim, vaisseau de 90 canons de 2ᵉ rang construit en 1761 et récemment amputé à 74 canons. Commandé par le capitaine Austin Bissell, il porte la marque du contre-amiral Thomas Troubridge, un officier éminent envoyé dans l’océan Indien pour assumer la moitié des responsabilités de Pellew, à la suite d’un compromis politique aux îles de l'Amirauté. Le Blenheim constitue l’unique escorte du convoi, guidant dix Indiamen vers Madras à travers l’océan Indien[53]. Comme à Poulo Aura, les Indiamen se mettent en ligne pour se préparer à l’attaque de Linois, qui, une fois encore, refuse de les affronter directement : le Blenheim est un vaisseau puissant, capable d’infliger des dégâts fatals au Marengo, même si les Français parvenaient à le vaincre, un résultat incertain compte tenu de la présence des navires marchands lourdement armés[54].

Linois contourne donc le convoi par l’arrière, espérant isoler un retardataire. Les manœuvres sont trop complexes pour le Brunswick, mal pourvu en équipage : le navire perd le contact avec la formation française et disparaît bientôt derrière l’horizon[55]. À 17 h 30, le Marengo se place à portée du dernier Indiaman et ouvre le feu à longue distance, bientôt rejoint par la Belle Poule. Le navire arrière, le Cumberland, vétéran de la bataille de Poulo Aura, ne se laisse pas intimider et riposte, tandis que le Blenheim maintient sa position pour permettre au convoi de passer devant et aux Français de le rejoindre rapidement. En ouvrant un feu intense avec ses canons du pont principal, Troubridge parvient à repousser les Français, bien que ses pièces du pont inférieur soient hors service à cause des fortes vagues menaçant d’inonder les sabords inférieurs[49]. Linois, soucieux de préserver ses mâts, met toute sa toile et, à 18 h, se trouve hors de portée des canons du Blenheim, ayant dépassé le convoi, qu’il maintient néanmoins à vue jusqu’au crépuscule[55].

À minuit, les navires français croisent la proue du convoi et, au matin, se trouvent à quatre milles nautiques au vent, au sud. Troubridge maintient sa ligne pendant toute la nuit et se prépare à accueillir de nouveau Linois, qui s’approche du convoi. Gardant leur formation, les batteries combinées des Indiamen et du Blenheim dissuadent Linois de poursuivre l’attaque : il vire à deux milles nautiques (3,7 km) de distance et reste en position pour le reste de la journée, avant de mettre le cap au sud à 21 h et de disparaître[55]. Troubridge souhaite poursuivre avec le Blenheim, mais la présence de la Belle Poule, capable d’attaquer le convoi pendant que le vaisseau de ligne est engagé, le fait renoncer[52].

Le retrait de Linois se révèle judicieux ; son mât principal a été touché lors de la brève canonnade et risque de s’effondrer si le combat se poursuit. Les pertes dans l’équipage français restent légères : huit blessés sur le Marengo, aucun sur la Belle Poule. Côté britannique, elles sont légèrement supérieures : un passager du Blenheim, M. Cook, est tué par un tir de langrage, et un marin du Ganges est frappé par un boulet. Aucun navire britannique n’encourt de dommages graves et le convoi poursuit sa route sans encombre, arrivant à Madras le [56].

Stationnement et réparations au Cap

Linois met ensuite le cap à l’ouest et atteint Simon's Town, dans la colonie du Cap, le , après s’être ravitaillé à Fort-Dauphin à la fin du mois d’août[51]. Il espère y rejoindre l’escadre de la marine batave stationnée au Cap, mais découvre que le seul navire de guerre significatif présent dans le port est le vaisseau de ligne Bato, amputé et incapable de prendre la mer. Durant les deux mois suivants, Linois fait réparer les dommages subis en août et renouvelle les vivres et les provisions navales. Il est rejoint en octobre par l’Atalante, également endommagé[51]. Le , un violent coup de vent balaie la baie : l’Atalante arrache ses ancres et son capitaine, Gaudin-Beauchène, est impuissant à empêcher sa frégate de s’échouer et de devenir rapidement inutilisable. L’équipage parvient à gagner la côte en petites embarcations, puis est réparti entre le Marengo et la Belle Poule, tandis que 160 hommes renforcent la garnison du Cap. La prise de Linois, le Brunswick, est également perdue, s’échouant dans la baie[51].

Tentative de retourner en Europe

Le , Linois quitte la rade et remonte lentement la côte ouest-africaine, explorant baies et estuaires à la recherche de navires britanniques, mais ne capture que deux petits navires marchands[57]. Il passe le cap Negro et le Cap Lopez, s’approvisionne en eau douce à Principe, puis croise dans la région de Sainte-Hélène. Le , un navire marchand américain lui apprend qu’une escadre britannique a pris le contrôle du Cap. Face à la perte du dernier port sûr et au besoin urgent de réparations et de ravitaillement, Linois décide de retourner en Europe[57], longeant lentement les routes commerciales à la recherche de navires marchands britanniques[58]. Le , le Marengo franchit l’équateur. À son insu, Linois fait route vers une importante campagne navale, celle de l’Atlantique de 1806 (en).

Après la bataille de Trafalgar le et la conclusion de la campagne de Trafalgar (en) à la bataille du cap Ortegal le , les Britanniques relâchent leur blocus des ports atlantiques français. Les pertes françaises et espagnoles ayant été si sévères, Lord Barham, estime que la marine française sera incapable de répondre durant l’hiver suivant et retire la majeure partie de la flotte vers la Grande-Bretagne jusqu’au printemps[59]. Cette stratégie sous-estime cependant la force de la flotte française de Brest, qui n’a pas été engagée lors de la campagne de Trafalgar et reste donc à pleine capacité. Profitant de l’absence des escadres britanniques devant son principal port de l’Atlantique, Napoléon ordonne à deux escadres de mettre à la mer le [60]. Ces forces doivent croiser sur les routes commerciales atlantiques à la recherche de convois britanniques, tout en évitant les confrontations avec des forces britanniques équivalentes. L’une des escadres, sous le vice-amiral de Leissègues, reçoit l’ordre de se diriger vers les Caraïbes, tandis que l’autre, commandée par le contre-amiral Philibert Willaumez, met le cap sur l’Atlantique Sud[61]. Le , lorsqu’il apprend que les escadres françaises ont quitté Brest, Barham envoie deux escadres à leur poursuite, sous le commandement des contre-amiraux Richard Strachan et John Borlase Warren. Une troisième escadre, détachée sans ordre du port de Cadix sous le contre-amiral John Thomas Duckworth, rejoint la traque[62]. Les trois forces britanniques patrouillent l’Atlantique central à la recherche des Français. Après une brève rencontre avec Willaumez, Duckworth se rend aux Caraïbes et y détruit l’escadre de Leissegues lors de la bataille de San Domingo en [63].

Capture de Linois à la bataille de Cap-Vert

Avec une des escadres françaises éliminée, Strachan et Warren restent dans l’Atlantique central, anticipant le retour de Willaumez de ses opérations dans le sud. L’escadre de Warren reçoit l’ordre de croiser dans l’Atlantique est, autour de l’île de Madère, sur la route de Linois[64]. Le , à 2 h du matin, les vigies du Marengo aperçoivent des voiles au loin, vers le sud-est[65]. Ignorant les avertissements de Bruilhac, qui suppose qu’il pourrait s’agir d’une escadre britannique, Linois insiste pour qu’il s’agisse d’un convoi marchand et ordonne à ses navires d’avancer[66]. La nuit est noire et la visibilité très limitée ; Linois ne se rend donc pas compte de la nature de sa cible avant que le HMS London, vaisseau de 98 canons de 2ᵉ rang, n’apparaisse soudain devant lui. Le capitaine du London, Harry Burrard Neale, a repéré les voiles françaises à distance et s’en approche pour enquêter, hissant des signaux lumineux bleus afin d’informer le reste de l’escadre de Warren, étirée devant le London plus lent, de ses intentions. Ce dernier est accompagné de la frégate HMS Amazon, commandée par le capitaine William Parker, dont les vigies ne peuvent encore distinguer l’ennemi mais suivent la trace du London en prévision d’un engagement[67]. À 3 h, Linois comprend que le bateau face à lui est un navire de guerre et ordonne de changer la direction de son escadre, pour se préparer au combat. Durant tout le reste de la nuit, aucun des belligérants ne prend la décision de débuter les hostilités, préférant attendre le lever du soleil pour analyser les forces adverses. Ainsi, après une revue des postes de combat par Linois, le combat commence aux alentours de 5 h du matin[65]. Les Français sont rapidement dominés par les navires britanniques, plus puissants ; Linois est même mis hors de combat, alors qu’il se tenait sur le pont. Néanmoins, les marins se battent avec courage et témérité, parvenant à résister et à faire momentanément fuir un navire anglais. Vers 8 h, les batteries du Marengo étaient détruites tandis que le gréement inutilisable. La Belle-Poule tente alors de fuir mais est rapidement rattrapée, puis capturée après un combat acharné[68]. À 10 h 10, alors que le Marengo est encerclé, les Français se rendent[1].

Conséquences

La dernière bataille de l’opération, coûte la vie à plus d’une centaine d’hommes français[1], en blessant une autre centaine. Du côté britannique, les pertes sont plus faible, avec seulement quatorze tués[69]. Néanmoins, le bilan total de l’opération mène à plus d’une vingtaine, le nombre de navires britanniques, capturés ou détruits. Ainsi, durant trois ans, les forces de Linois, par leur activité incessante, permis aux colonies françaises de « respirer », en se soustrayant du blocus britannique et de leurs attaques[18]. Tout en infligeant de sérieuses pertes à la Marine marchande britannique[23]. En effet, la flotte de Regnier fut contrainte de défendre la côte et de pourchasser Linois, au lieu de mener des attaques sur les possessions françaises[70].

Cependant, le bilan de Linois compte également plusieurs échecs majeurs. Les vastes distances séparant les ports alliés, le manque de provisions et de matériel naval, ainsi que la force des escortes britanniques après les premiers mois de guerre contribuent aux échecs de Linois à exploiter pleinement ses opportunités. Toutefois, la responsabilité de ses résultats médiocres est attribuée de manière constante à ses propres défauts de commandement, tant par ses contemporains que par les historiens. En bataille, Linois refuse de mettre ses navires en danger si cela peut être évité, passe de longues périodes à réarmer et ravitailler dans les ports français et, même face à une cible non défendue, hésite à exploiter son avantage[71].

Linois et ses hommes restent prisonniers en Grande-Bretagne jusqu’à la fin de la guerre, Napoléon refusant de les échanger contre des prisonniers britanniques. La colère de l’Empereur face à ses échecs aurait exclu toute nouvelle nomination, même s’il était rentré en France. Cependant, en 1814, il est nommé gouverneur de la Guadeloupe par le roi Louis XVIII. Lors du retour de Napoléon pendant les Cent-Jours, Linois se rallie à l’Empereur, devenant le seul gouverneur colonial français à le faire. Quelques jours plus tard, une petite force expéditionnaire britannique le renverse, et le Napoléon lui-même se rend[72].

L’océan Indien reste un théâtre actif de la guerre pendant quatre années supplémentaires, la campagne contre les navires marchands britanniques étant conduite par des escadres de frégates basées à l’Isle de France. Ces opérations sont d’abord menées par Motard à bord de la Sémillante, qui s’avère un corsaire beaucoup plus efficace que son ancien commandant, jusqu’au retrait de son navire en 1808, devenu trop vieux et endommagé pour rester en service[73]. Le commandement passe ensuite au commodore Jacques Hamelin, dont l’escadre inflige en un an plus de pertes que Linois en trois, capturant sept Indiamen entre 1809 et 1810[74]. Finalement, les forces britanniques sont mobilisées pour s’emparer de l’île dans le cadre de la campagne de Maurice (1809–1811), aboutissant à la prise de l'île de France en et à la défaite définitive des Français dans l’océan Indien[75].

Navire Canons Capitaine Notes
Marengo (en) 74 Contre-amiral Durand de Linois Navire amiral, capturé le [76].
Belle Poule 40 capitaine Alain Bruilhac Frégate, capturée le [1].
Sémillante 36 capitaine Léonard Motard Frégate, détachée le .
Atalante 40 capitaine Gaudin-Beauchène Frégate, détruite en 1805.
Berceau (en) 20 capitaine Emmanuel Halgan Corvette, détachée en avril 1804
Aventurier 16 lieutenant Harang Corvette, détachée en février 1804.
Source[17],[21]

Notes et références

  1. Clavier 1972, p. 688.
  2. ↑ Henderson 1994, p. 47.
  3. ↑ Gardiner 2006, p. 102.
  4. ↑ Adkins et Adkins 2008, p. 342.
  5. ↑ Gardiner 2005, p. 88.
  6. Clavier 1972, p. 681.
  7. ↑ Woodman 2002, p. 150.
  8. Gardiner 2001, p. 185.
  9. ↑ Gardiner 2005, p. 19.
  10. Rodger 2006, p. 546.
  11. ↑ Gardiner 2005, p. 92.
  12. ↑ Gardiner 2006, p. 24.
  13. ↑ Woodman 2002, p. 172.
  14. ↑ Woodman 2002, p. 42.
  15. ↑ Henderson 1994, p. 19.
  16. ↑ Woodman 2002, p. 160.
  17. James 2011, p. 176.
  18. Clavier 1972, p. 682.
  19. James 2011, p. 211.
  20. Clowes 1997, p. 59.
  21. Clowes 1997, p. 58.
  22. James 2011, p. 212.
  23. Gardiner 2006, p. 26.
  24. James 2011, p. 213.
  25. ↑ James 2011, p. 248.
  26. ↑ Woodman 2002, p. 194.
  27. ↑ James 2011, p. 249.
  28. ↑ Clowes 1997, p. 337.
  29. ↑ Clowes 1997, p. 338.
  30. ↑ Woodman 2002, p. 195.
  31. ↑ James 2011, p. 250.
  32. ↑ Tracy 2005, p. 114.
  33. ↑ Clowes 1997, p. 339.
  34. ↑ Gardiner 2006, p. 27.
  35. ↑ Clowes 1997, p. 348.
  36. ↑ James 2011, p. 277.
  37. Rodger 2006, p. 547.
  38. James 2011, p. 276.
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  40. ↑ Clowes 1997, p. 349.
  41. ↑ James 2011, p. 279.
  42. ↑ Clowes 1997, p. 350.
  43. ↑ Gardiner 2006, p. 28.
  44. Gardiner 2006, p. 29.
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  46. ↑ James 2002, p. 153.
  47. ↑ Clowes 1997, p. 413.
  48. Calvier 1972, p. 683.
  49. James 2002, p. 151.
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  51. Clavier 1972, p. 683.
  52. Adkins et Adkins 2008, p. 184.
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  58. ↑ Adkins et Adkins 2008, p. 190.
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  60. ↑ Gardiner 2005, p. 18.
  61. ↑ James 2002, p. 185.
  62. ↑ James 2002, p. 186.
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  64. ↑ Gardiner 2005, p. 28.
  65. Clavier 1972, p. 686.
  66. ↑ Clowes 1997, p. 373.
  67. ↑ Woodman 2002, p. 215.
  68. ↑ Clavier 1972, p. 687.
  69. ↑ Clowes 1997, p. 374.
  70. ↑ Gardiner 2006, p. 19.
  71. ↑ Woodman 2002, p. 216.
  72. ↑ Marley 1998, p. 376.
  73. ↑ James 1837, p. 261.
  74. ↑ Woodman 2002, p. 283.
  75. ↑ James 1837, p. 326.
  76. ↑ Clavier 1972, p. 687-688.

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