Expéditions polonaises dans les Andes

Au premier plan, de gauche à droite : les pentes du Mercedario, du Pico Polaco et de La Mesa. À l’arrière-plan, de gauche à droite : le Cerro Ramada et le sommet faiblement visible de l'Alma Negra.

Les expéditions polonaises dans les Andes font référence à deux expéditions alpines dans les Andes dans les années 1930[1],[2],[3].

La première expédition polonaise dans les Andes est conduite par Konstanty Narkiewicz-Jodka (en) en 1933-1934. Ses membres réalisent plusieurs ascensions notables : la première ascension du Mercedario et du Cerro Ramada, l'ascension de La Mesa (en), de l'Alma Negra et la découverte du Pico Polaco (6 050 m), ainsi que l'ascension de plusieurs sommets supérieurs à 5 000 mètres - parmi lesquels le Cerro Negro (5 550 m) et l'exploration des environs de l'Aconcagua ; ils ouvriront une nouvelle voie et donneront leur nom au Glacier des (Glaciar de los Polacos).

La seconde expédition polonaise dans les Andes est conduite par Justyn Wojsznis (pl) en 1936-1937. Elle réalise la première ascension de l'Ojos del Salado et du Monte Pissis (6 792 m).

Ces deux expéditions ont permis de recueillir des données scientifiques et ont donné lieu à la production de plusieurs œuvres littéraires (telles que des mémoires autobiographiques).

Première expédition polonaise dans les Andes

La première expédition polonaise dans les Andes (1933-1934) dans la région argentine de la cordillère de la Ramada est également la première expédition d'alpinisme de la nouvelle nation polonaise (la Pologne ne retrouve son indépendance qu'en 1918, à l'issue de la Première Guerre mondiale). L'expédition obtient une couverture dans la presse mondiale[2].

Konstanty Jodko-Narkiewicz, chef de la première expédition, en 1936.

Parmi ses membres, on trouve Konstanty Narkiewicz-Jodko (médecin et chef de l'expédition), Stefan Daszyński (pl) (ingénieur et géologiste), Jan Kazimierz Dorawski (pl) (médecin), Adam Karpiński (pl) (ingénieur aéronautique), Stefan Osiecki (architecte et peintre) et Wiktor Ostrowski (pl) (ingénieur)[2].

Au cours de l'expédition, les participants ont gravi les sommets suivants (par ordre chronologique) :

  •  : Trabante I (4 860 m, Dorawski and Karpiński)[2] ;
  •  : Trabante II (5 300 m, Narkiewicz-Jodko and Ostrowski)[2] ;
  •  : Pilar Grande (6 000 m, Karpiński)[2] ;
  •  : première ascension du Mercedario (6 720 m, Karpiński, Ostrowski, Daszyński et Osiecki)[2] ;
  •  : Cerro Wanda (5 271 m, Karpiński and Dorawski) alors non cartographié[4])[2] ;
  •  : Cerro Negro (5 550 m, Dorawski, Karpiński, Ostrowski)[2] ;
  •  : Alma Negra (6 110 m, Dorawski and Ostrowski)[2] ;
  •  : La Mesa (6 150 m, Dorawski et Ostrowski)[2] ;
  • vers le  : Cerro Ramada (6 410 m, Narkiewicz-Jodko), première ascension[2] ;
  •  : Aconcagua (6 960 m, Ostrowski, Daszyński, Osiecki, Narkiewicz-Jodko) ; point culminant des Andes, et de tout le continent américain. Ils ouvrent la « voie des Polonais » (Ruta de los Polacos) à proximité du glacier de los Polacos)[2],[5].

Parmi les autres succès de l'expédition figure la découverte d'un sommet de plus de six mille mètres, appelé Cerro N par les explorateurs polonais, mais qui ne sera conquis qu'en 1958[6] ou 1962[2]. La première ascension a été réalisée par une expédition argentine ; les géographes argentins renomment alors le Cerro N en Pico Polaco en l'honneur des membres de l'expédition polonaise[2]. De même, les glaciers descendant du Mercedario recevront le nom des explorateurs polonais : le glacier Ostrowski (Glaciar Ostrowski) et le glacier Karpiński (Glaciar Karpiński)[2],[5],[7].

L'expédition revêtait également une importance scientifique, en termes d'exploration géographique et géologique (y compris dans les domaines de la tectonique, de la stratigraphie, de la paléontologie et de la pétrographie), ainsi que des observations météorologiques. Les observations médicales de Dorawski sur l'adaptation humaine à la haute altitude seront également utiles dans le domaine de la médecine[2].

Seconde expédition polonaise dans les Andes

La seconde expédition polonaise dans les Andes a lieu en 1936–1937, elle est conduite par le journaliste et écrivain Justyn Wojsznis (pl), dans la région de l'Ojos del Salado, sur la partie nord de la frontière entre l'Argentine et le Chili. Les participants à l'expédition comprenaient, outre Wojsznis : Stefan Osiecki (participant à première expédition), Witold Paryski (pl) (défenseur de l'environement) et Jan Alfred Szczepański (journaliste)[2].

Au cours de l'expédition, les participants ont gravi les sommets suivants (par ordre chronologique) :

  •  : Cerro de Los Patos (6 280 m, sommet atteint par tous les participants)[2] ;
  •  : Cerro del Nacimiento (Paryski atteint le sommet sud-ouest à 6 330 m et Wojsznis le sommet nord-ouest à 6 493 m ; le lendemain, Wojsznis atteint également le sommet nord-est à 6 490 m)[2] ;
  •  : Monte Pissis (5 950 m, par Osiecki et Szczepański, première ascension[8] découverte du lac de montagne Laguna Negra)[2] ;
  •  : Cerro Sosa (approx. 5 000 m, Wojsznis et Paryski)[2] ;
  •  : Volcán del Viento (6 010 m, Wojsznis)[2] ;
  •  : Nevado Tres Cruces (6 620 m, Osiecki et Paryski - les alpinistes atteignirent d'abord le sommet intermédiaire ; deux jours plus tard, Paryski atteignit seul le sommet sud[2] ;
  •  : Ojos del Salado (6 870 m, Szczepański et Wojsznis - premierę ascension[9])[2] ;
  •  : le volcan Copiapó (6 052 m, Paryski et Szczepański)[2].

Comme lors de la première expédition, les participants mènent plusieurs études scientifiques, dont un croquis topographique d'une zone d'environ 3 000 km2. Les observations médicales de Paryski, ainsi que les observations de Dorawski des années précédentes, ont contribué à l'enrichissement des connaissances sur l'acclimatation des alpinistes et le mal aigu des montagnes[2]. Une partie de ces observations ont cependant été perdues pendant la Seconde Guerre mondiale[10].

Les succès des Polonais ont été largement relatés dans la presse argentine et chilienne ; plusieurs réunions ont été organisées, notamment à Buenos Aires, La Plata, Montevideo et Santiago du Chili. Un film tourné pendant l’expédition a également été projeté[2].

Postérité

L'activité des explorateurs polonais dans la région avant la Seconde Guerre mondiale a ouvert la voie à de nombreuses expéditions ultérieures après la guerre, à l'époque de république populaire de Pologne et d'autres plus récentes[2],[11].

Dans la culture populaire

Ces expéditions donnent lieu à la constitution d'un recueil de textes, principalement en polonais, relatant les exploits des alpinistes polonais. Des articles, ainsi que des livres, sont publiés par les participants, plusieurs années après la fin des expéditions. Ces publications paraissent aussi bien dans des cercles spécialisés, dans des revues d'alpinisme polonaises telles que Wierchy (pl) et Taternik (pl) (mais également dans des publications en langue anglaise comme The Geographical Journal[12]) et sous des formes plus largement accessibles au public, comme par exemple à travers plusieurs mémoires autobiographiques ou récits d'expéditions, publiés par diverses maisons d'édition polonaises (à commencer par des ouvrages de Narkiewicz-Jodka, W walce o szczyty Andów (1935) et d'Ostrowski Na szczytach Kordyljerów. Wspomnienia z polskiej wyprawy naukowo-alpinistycznej w Kordyllera de los Andes la même année, suivie par l'ouvrage de Szczepański Wyprawa do księżycowej ziemi (1954), celui de Paryski W górach Atakamy (1957) et un autre ouvrage d'Ostrowski, Wyżej niż kondory (1959). Enfin, Dorawski publie Pierwsza wyprawa w Andy en 1961[1].

Notes et références

  1. (pl) Przemysław Kaliszuk, « "Wyprawa egzotyczna o charakterze odkrywczym" albo "wyniosła pielgrzymka". Andyjskie szczyty, polski alpinizm i opowieści o eksploracji gór w I połowie XX wieku », Wielogłos, no 46,‎ , p. 87–113 (ISSN 1897-1962, DOI 10.4467/2084395XWI.20.031.13423 Accès libre, S2CID 239755562, lire en ligne)
  2. (pl) Aneta Marek, « Andy jako rejon eksploracji górskiej Polaków do 1989 r. », Słupskie Prace Geograficzne, vol. 13,‎ , p. 83–104 (lire en ligne [archive du ])
  3. (pl) « Polska eksploracja Andów w okresie międzywojennym. Paulina Wierzbicka | 8academy », sur 8a.pl, (consulté le )
  4. (en) « Wanda Peak (Cerro Wanda) : Climbing, Hiking & Mountaineering », sur SummitPost (consulté le )
  5. (es) « Biografía de Víctor Ostrowski », sur Centro Cultural Argentino de Montaña (consulté le )
  6. (en) The American Alpine Journal, American Alpine Club, , 443 p. (lire en ligne)
  7. (pl) Edmund Stefan Urbański, Sylwetki polskie w Ameryce Łacińskiej w XIX - XX wieku, Artex Publishing, Incorporated, , 57 p. (ISBN 978-0-901430-46-5, lire en ligne)
  8. (en) Frederic Hartemann et Hauptman Robert, The Mountain Encyclopedia : An A to Z Compendium of Over 2,250 Terms, Concepts, Ideas, and People, Taylor Trade Publishing, , 141 p. (ISBN 978-1-4617-0331-0, lire en ligne)
  9. (pl) Wierchy, Nakładem Pol. Towarzystwa Tatrzańskiego w Krakowie, , 451 p. (ISBN 978-83-85550-16-7, lire en ligne)
  10. (de) Marcus Nüsser et Juliane Dame, Der Ojos del Salado in der Atacama : Forschungsgeschichte und aktuelle Probleme im trockensten Hochgebirge der Erde, vol. 29, Heidelberger Geographische Gesellschaft, Universität Heidelberg, (lire en ligne)
  11. (pl) Andrzej Paulo et Andrzej Gałaś, « Polska Wyprawa Naukowa do Peru », Przegląd Geologiczny, vol. 59, no 1,‎ , p. 58–68 + okładka + 92 (ISSN 0033-2151, lire en ligne)
  12. (en) S. W. Daszynski, « A Polish Expedition to the High Andes », The Geographical Journal, vol. 84, no 3,‎ , p. 215–223 (ISSN 0016-7398, DOI 10.2307/1785755, JSTOR 1785755, lire en ligne)
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