Expérience de Clément-Desormes
En physique, et plus particulièrement en thermodynamique, l'expérience de Clément-Desormes permet de déterminer un ordre de grandeur du coefficient de Laplace d'un gaz. Elle a été réalisée en 1819 par les physiciens et chimistes français Nicolas Clément et Charles Desormes[1].
Description

Par définition, le coefficient de Laplace d'un gaz vaut :
avec la capacité thermique isobare et la capacité thermique isochore.
Le gaz à étudier est placé dans un récipient de volume muni d'une pompe permettant d'injecter du gaz, d'une vanne permettant d'évacuer le gaz à l'atmosphère et d'un manomètre à colonne de liquide (mercure ou eau). Le récipient n'est pas calorifugé, de sorte que le gaz puisse facilement établir un équilibre thermique avec l'atmosphère. Il est initialement rempli de gaz dans les conditions de pression et température atmosphériques ; le manomètre indique 0. L'expérience se déroule en plusieurs étapes[1],[2],[3].
- Compression isotherme.
- On injecte un supplément de gaz par la pompe dans le récipient. La pression monte dans le récipient. Le gaz étant réchauffé par la compression, on laisse l'équilibre thermique se rétablir entre le récipient et l'extérieur. On repère l'élévation finale du niveau du manomètre, correspondant à une pression .
- Détente adiabatique.
- On ouvre la vanne pour évacuer du gaz à l'atmosphère, de sorte que la pression du récipient retombe à et le manomètre à 0. L'ouverture de la vanne doit être la plus courte possible.
- Réchauffement isochore.
- Le gaz ayant été refroidi par la détente, on attend à nouveau que l'équilibre thermique se rétablisse entre le récipient et l'extérieur. La pression remonte dans le récipient. On repère l'élévation finale du niveau du manomètre, correspondant à une pression .
En faisant les hypothèses que le gaz est parfait et que la détente est adiabatique et réversible, on obtient[1],[2],[3] :
avec :
- pression atmosphérique et pression dans le récipient à l'issue de la détente adiabatique ;
- pression dans le récipient à l'issue de la compression isotherme ;
- pression dans le récipient à l'issue du réchauffement isochore ;
- hauteur manométrique (pression relative) mesurée, correspondant à la pression absolue ;
- hauteur manométrique (pression relative) mesurée, correspondant à la pression absolue .
Démonstration
Démonstration par les lois thermodynamiques

À l'issue de la compression isotherme, le récipient de volume contient une quantité de gaz à la pression et à la température . La loi des gaz parfaits donne[2],[3] :
- (a) :
avec la constante universelle des gaz parfaits. Cet état est représenté par le point I dans le diagramme de Watt de la figure 1 ci-contre.
À l'issue de la détente adiabatique, du gaz a été relâché hors du récipient. La quantité de gaz occupe, à la pression , un volume réparti entre le récipient et l'extérieur du récipient. La détente étant considérée comme réversible, la loi de Laplace s'applique[2],[3] :
- (b) :
Le point II de la figure 1 représente l'état de la quantité de gaz à l'issue de la détente. La quantité de gaz restant dans le récipient vaut, proportionnellement au volume[2],[3] :
- (c) :
Le point III de la figure 1 représente l'état de la quantité de gaz restant dans le récipient à l'issue de la détente.
À l'issue du réchauffement isochore, la quantité de gaz dans le récipient de volume est à la pression et à la température . On a[2],[3] :
- (d) :
Le point IV de la figure 1 représente l'état de la quantité de gaz dans le récipient à l'issue du réchauffement isochore.
Les relations (a) et (d) donnent :
Avec la relation (c), on a :
et avec la relation (b) :
On obtient ainsi le coefficient de Laplace [2],[3] par :
Les hauteurs manométriques représentent des pressions relatives par rapport à la pression atmosphérique . En exprimant les pressions absolues en hauteur de colonne de liquide du manomètre (mercure ou eau), on a :
Les écarts de pression mesurés par le manomètre étant faibles par rapport à la pression atmosphérique, soit et , on obtient par développement limité (pour , ) :
D'où l'expression approchée de [2],[3] :
Démonstration par la relation de Reech
Les points I et II de la figure 1 représentent des états d'une même quantité de gaz. Ces deux points sont situés sur la même courbe adiabatique réversible, donc isentropique (relation (b)) : . Le coefficient de compressibilité isentropique vaut :
Les points III et IV de la figure 1 représentent des états d'une même quantité de gaz. Les points I et IV, bien que représentant des états à la même température , ne sont pas sur la même courbe isotherme puisqu'ils ne représentent pas la même quantité de gaz. En multipliant la relation (d) par , on obtient, avec la relation (c) :
Cet état d'une quantité de gaz à la pression , dans un volume à la température est représenté par le point IVbis sur la figure 1. Ce point se situe sur la même courbe isotherme que le point I (relation (a)) : . Le coefficient de compressibilité isotherme vaut :
La relation de Reech donne[4],[5] :
Diagrammes de Watt et de Clapeyron

Dans un diagramme de Watt (pression en ordonnée, volume en abscisse, figure 1), l'expérience de Clément-Desormes est représentée par les points :
- point I : , , , ;
- point II : , , , ;
- point III : , , , ;
- point IV : , , , ;
- point IVbis : , , , .
Au point I, le gaz a un volume molaire :
La relation (c) montre qu'aux points II, III, IV et IVbis le gaz a le même volume molaire :
Dans un diagramme de Clapeyron (pression en ordonnée, volume molaire en abscisse, figure 2), le point III est confondu avec le point II, et le point IV avec le point IVbis.
Notes et références
Notes
- Taillet et al. 2012, p. 130 Clément-Desormes (expérience de).
- Arbouet 1995, p. 1079-1083.
- Rousseau.
- ↑ Swyngedauw 1897, p. 129-131.
- ↑ Velasco et al. 1998, p. 642–643.
Bibliographie
- Articles
- Alain Arbouet, « L'expérience de Clément & Desormes automatisée », Bulletin de l'union des physiciens, vol. 89, no 775, (lire en ligne [PDF], consulté le ).
- R. Swyngedauw, « Sur le calcul de C/c par la méthode dite de Clément et Desormes », Journal de Physique Théorique et Appliquée, vol. 6, no 1, (DOI 10.1051/jphystap:018970060012901, lire en ligne).
- (en) S. Velasco, F. L. Román et J. Faro, « A simple experiment for measuring the adiabatic coefficient of air », American Journal of Physics, vol. 66, no 1, (DOI 10.1119/1.18925, lire en ligne).
- Ouvrages
- Richard Taillet, Loïc Villain et Pascal Febvre, Dictionnaire de physique, Louvain-la-Neuve/impr. aux Pays-Bas, De Boeck supérieur, , 4e éd., 976 p. (ISBN 978-2-8073-0744-5, lire en ligne).
Liens externes
- Jean-Jacques Rousseau, faculté des Sciences exactes et naturelles, université du Mans, « Mesure de gamma - Méthode de Clément-Desormes », sur ressources.univ-lemans.fr (consulté le ).
- Mus'X - le Musée de l’École polytechnique, « Appareil de Clément-Desormes », sur polytechnique.edu (consulté le ).
- Mus'X - le Musée de l’École polytechnique, « L'appareil de Clément-Desormes », sur YouTube (consulté le ).
Articles connexes
- Capacité thermique
- Charles-Bernard Desormes
- Coefficients calorimétriques et thermoélastiques
- Expérience de Rüchardt
- Indice adiabatique (coefficient de Laplace)
- Nicolas Clément (chimiste)
- Relation de Reech
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