Fairlie (mortier)

Le mortier Fairlie est un projet britannique de mortier anti-sous-marin du début de la Seconde Guerre mondiale, dont le résultat a été insatisfaisant. Il lançait simultanément de petites charges anti-sous-marines, dix de chaque côté de la dunette, chacune contenant 9,1 kg d’explosif. Ce mortier n’a pas rencontré de succès et le Hedgehog, un mortier à embase projetant 24 petites charges a été retenu comme l’arme anti-sous-marine principale des navires britanniques pendant la guerre.

Établissement de recherche Fairlie

Le mortier Fairlie est développé par l’établissement de recherche ASDIC de la Royal Navy à Fairlie, dans le North Ayrshire. Cet établissement de recherche avait été initialement créé à Portland Harbour, sur la côte du Dorset, avant la guerre, mais a été déplacé vers le nord pour échapper aux combats et au risque de bombardement, s’installant au chantier naval de Fife en Écosse. Le chantier fournissait des installations pour le développement de l’ASDIC et servait parfois, avec Ardrossan à proximité, de base pour le navire d’essais HMS Kingfisher, mais n’était pas suffisamment vaste pour construire des navires en tant que chantier stratégique[1]. Comme l’établissement avait été créé pour développer le capteur ASDIC, et non des armes offensives, cela a conduit à des conflits avec le HMS Vernon (en), établissement terrestre de la Royal Navy à Portsmouth, qui, en tant qu’école des torpilles de la marine, se considérait responsable des armes offensives.

En , Fairlie obtient l’autorisation de s’associer à Vickers-Armstrongs pour développer une arme anti-sous-marine, le mortier Fairlie, tandis que Vernon collabore avec Thornycroft pour concevoir un système similaire, les « Five Wide Virgins », basé sur le mortier de la Première Guerre mondiale de Thornycroft. Le Département du développement des armes diverses (surnommé les « Wheezers and Dodgers ») faisait la promotion du mortier à embase multiple qui deviendra le Hedgehog[2]. Les développements des années suivantes seront marqués par des désaccords entre ces trois groupes[3].

Fairlie

Le mortier Fairlie est développé par le scientifique civil (boffin) B. S. Smith à Fairlie[3]. Son objectif principal, typique de Fairlie, est de pallier une limitation de l’ASDIC : la portée minimale de ce sonar laissait un « angle mort » immédiatement devant le navire, où les sous-marins ne pouvaient pas être détectés. Un commandant de U‑boot pouvait attendre ce moment, puis manœuvrer pour sortir de la trajectoire du destroyer. Les charges de profondeur tombées par gravité étaient lourdes, descendaient lentement et ne pouvaient être larguées qu’à l’arrière. Une technique développée pendant la Première Guerre mondiale consistait à « lancer » les charges sur les côtés à l’aide de lanceurs motorisés, comme le mortier Thornycroft. En tirant suffisamment de charges, on espérait que la cible se trouverait encore quelque part dans le motif formé. Les charges étant très lourdes, peu de rechargements pouvaient être transportés, et le temps de rechargement manuel permettait à un sous-marin d’échapper à une deuxième salve. En tirant ces mortiers vers l’avant et en utilisant un projectile plus petit, profilé et plus rapide à couler, l’espoir était de détruire le sous-marin avant que le contact ASDIC ne soit perdu[4][5].

Le mortier utilisait deux rampes de dix tubes, montées sur la dunette[4]. Les tubes étaient alignés longitudinalement, montés sur un cadre oscillant. D’après leur travail sur l’ASDIC, ce cadre était stabilisé contre le roulis du navire et pouvait également être orienter selon le relèvement de l’ASDIC[6]. Le projectile initial du Fairlie était léger, limité par la puissance de la charge propulsive et par la résistance du pont pour supporter le mortier. Il fut rapidement reconnu que ce poids était insuffisant pour un usage opérationnel et qu’une version développée devrait être plus lourde, plus puissante et montée sur un support plus robuste. Un problème similaire affectait le lanceur Thornycroft, qui utilisait des charges lourdes et était limité à cinq projectiles seulement, formant un motif insuffisant si elles devaient être lancées assez loin pour se trouver devant le navire lors de la détonation[7]. Les obus du mortier Fairlie ne contenaient que 9,1 kg d’explosif[7] et utilisaient un poids de ballast en plomb pour rester orientées vers l’avant et couler plus rapidement. Une bombe de production devait contenir environ 27 kg d’explosif afin d’éviter la masse « inutile » du ballast pur. Elles étaient déclenchées par une fusée à impact à la pointe, nécessitant une descente quasi verticale pour que le détonateur fonctionne de manière fiable.

Le mortier Fairlie fut un échec, autant pour des raisons politiques que pour des défauts techniques. Bien qu’il ait pu être testé sur le HMS Kingfisher, navire d’essais régulier de l’équipe Fairlie depuis leur séjour à Portland, ces essais semblent avoir été interrompus prématurément. Un conflit existait entre les équipes : celle de Vernon et Thornycroft, qui favorisait les mortiers (comme le Fairlie) mais souhaitait des projectiles très lourds, et le DMWD, qui doutait de la capacité à viser une telle arme et préférait la quantité à la qualité avec un grand nombre de petits projectiles Hedgehog. Fairlie se retrouva pris entre ces positions, dans un domaine offensif auquel ils n’étaient supposément pas censés participer. Ils avaient confiance dans leur détection ASDIC et la possibilité de viser un petit nombre d’armes puissantes près d’une cible, mais manquaient de soutien politique pour développer davantage cette approche. L’arme Thornycroft était trop lourde pour être contrôlée automatiquement, et le Hedgehog était jugé inutile. Finalement, le Directeur de l’artillerie navale intervint, et B. S. Smith fut retiré du contrôle en 1942[3].

Hedgehog

Le Hedgehog adoptait une approche opposée à celle de Fairlie : il utilisait un grand nombre de projectiles légers et une méthode de ciblage dite « scatter-gun ». Cette approche était beaucoup plus simple à mettre en œuvre ; les projectiles étaient équipés d’un détonateur à contact, nécessitant un impact direct pour exploser. Même dans ce cas, des inquiétudes subsistaient quant à leur capacité à infliger des dégâts sérieux à la cible si le projectile touchait une partie non critique, comme la coque extérieure ou le kiosque, plutôt que la coque étanche. Pour y remédier, la charge de TNT de 14 kg des projectiles fut portée à 16 kg de Torpex aluminisé, plus puissant[8].

Il existait également une méfiance des équipages envers leurs Hedgehogs, après des incidents comme celui sur le HMS Escapade en , lorsqu’un Hedgehog eut un défaut de mise à feu et tua 16 membres d’équipage, causant d’importants dégâts[9].

Parsnip

Le Parsnip, ou « Mortar A », a été développé en réponse aux préoccupations liées à la petite taille du Hedgehog et constitue une reprise du mortier Fairlie, désormais doté de deux rangées de dix tubes de mortier, chaque projectile transportant une charge de 27 kg[10][11]. Les tubes du lanceur Parsnip étaient alignés pour tirer un motif circulaire, la moitié de chaque rangée, et étaient tirés par paires de chaque côté, avec un délai automatique de 0,1 seconde entre chaque paire afin de réduire la charge de recul sur le support[7]. Le lanceur était bien conçu pour faciliter son utilisation et pouvait être incliné horizontalement, permettant le rechargement à l’aide d’un simple chariot, contrairement au levage vertical sur bossoirs requis par le Thornycroft, qui aurait rendu le rechargement impossible dans la plupart des conditions de l’Atlantique[7]. Le propulseur, au moins pour les essais, était une cartouche à chargement par la culasse séparée, plus facile à stocker indépendamment des projectiles plus lourds mais moins sensibles, et permettant d’essayer plus facilement différentes charges propulsives et poids de projectiles.

L’appareil a été testé sur le HMS Ambuscade en [10]. Ses performances étaient jugées satisfaisantes, mais le Hedgehog était déjà bien implanté et la génération suivante, le Squid, était presque prête pour ses essais sur l’Ambuscade en mai[10]. Le travail principal de Fairlie jusqu’à cette époque était revenu à l’ASDIC, avec l’ASDIC Type 144Q à la fin de 1942, puis le Type 147[12]. L’accessoire Q permettait un enregistrement papier du relèvement de la cible, avec un faisceau beaucoup plus étroit en vue horizontale que le 144. Le système 147, avec son transducteur « sword » formant un faisceau, produisait un faisceau horizontal en éventail capable de donner une estimation de profondeur[13],[14]. Ces deux systèmes amélioraient le ciblage d’une arme, contrairement au Hedgehog, en permettant d’utiliser ces informations.

Squid et Limbo

L'héritage du mortier Fairlie réside dans le concept de petits nombres d’armes puissantes et bien visées, et constitue une étape vers le développement du Squid ou « Mortier B », puis du Limbo, le mortier anti-sous-marin dominant pendant la guerre froide[15][10][16]. Ces systèmes comprenaient une ou deux installations de mortiers lourds à trois tubes projetant vers l’avant. Ils étaient contrôlés directement par le système ASDIC, d’abord le sonar Type 147, et suivaient la cible en continu. Lorsque la cible atteignait l’emplacement optimal, les mortiers étaient tirés automatiquement. Ils étaient contrôlables en relèvement, en profondeur et, pour le Limbo, en portée. Les trois mortiers avaient une position fixe les uns par rapport aux autres, formant un motif triangulaire autour de la cible. Le projectile était une charge de profondeur lourde, d’environ 180 kg, contenant 91 kg de Minol. Ils étaient profilés pour couler rapidement et de manière prévisible et possédaient une fusée à retard mécanique, réglée automatiquement entre le chargement et le tir. Cette synchronisation était meilleure qu’une fusée hydrostatique, et les charges étaient conçues pour exploser simultanément autour de la cible en générant une onde de choc commune.

Notes et références

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Fairlie Mortar » (voir la liste des auteurs).
  1. « Explosive send off for Fairlie sub base after WW2 », Largs & Millport Weekly News,‎ (lire en ligne)
  2. Henry (2005), p. 163.
  3. Henry (2005), p. 164.
  4. Lavery (2012), p. 23.
  5. Brown (2007), p. 115–116, 119.
  6. Friedman (2012), p. 138.
  7. DiGiulian (2019).
  8. Brown (2007), p. 116–120.
  9. Brown (2007), p. 119.
  10. Friedman (2012), p. 146.
  11. Brown (2007), p. 54,119.
  12. Lavery (2012), p. 375.
  13. Proc, « ASDIC/Sonar Equipment Types - Section B »,
  14. Proc, « 144 and 147 ASDIC beam shapes »,
  15. Brown (2007), p. 119–120.
  16. Brown (2007), p. 161.

Bibliographie

  • David K. Brown, Atlantic Escorts: Ships, Weapons & Tactics in World War II, Seaforth Publishing, (ISBN 978-1-84-415702-0, lire en ligne)
  • DiGiulian, « Britain ASW Weapons », navweaps.com,
  • Norman Friedman, British Destroyers & Frigates: The Second World War & After, Seaforth Publishing, (ISBN 978-1-84-832015-4, lire en ligne)
  • Chris Henry, Depth Charge!: Mines, Depth Charges and Underwater Weapons, 1914–1945, Casemate Publishers, (ISBN 978-1-84-415174-5, lire en ligne)
  • Brian Lavery, Shield of Empire, Birlinn, (ISBN 978-0-85-790542-0, lire en ligne)
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