Fanny Kaplan

Fanny Kaplan
Photographie de profil.
Fanny Kaplan.
Biographie
Naissance

Novytchi (d)
Décès
(à 28 ans)
Moscou
Nom dans la langue maternelle
Фанни Ефимовна Каплан
Nom de naissance
Фейга Хаимовна Ройтблат
Nationalité
Activités
Autres informations
Parti politique
Idéologie
Influencée par

Fanny Iefimovna Kaplan (en russe : Фа́нни Ефи́мовна Капла́н), née Feïga Khaïmovna Roïtblat (en russe : Фейга Хаимовна Ройтблат) ou Roïdman (en russe : Ройдман), dans l'Empire russe, le , exécutée à Moscou le , est une militante du Parti socialiste-révolutionnaire russe.

Biographie

Jeunesse

Peu de choses sont connues avec certitude sur la jeunesse de Fanny Kaplan. Fanny Kaplan est issue d'une famille juive russe[1]. Son père était enseignant, et elle avait sept frères et sœurs[2]. Son nom complet n’est pas connu avec certitude. Vera Figner écrit dans ses mémoires (At Women's Katorga) que son nom à l’état-civil était Feiga Khaimovna Roytblat-Kaplan (Фейга Хаимовна Ройтблат-Каплан). D’autres sources déclarent que son nom de famille était Roytman (Ройтман), correspondant au nom courant en allemand et en yiddish Reutemann (רויטמאן). Elle est aussi connue sous le surnom de Dora[3].

Fanny Kaplan reçoit une instruction à la maison, puis travaille comme modiste à Odessa[2]. Elle s’engage du côté des révolutionnaires très jeune et rejoint un groupe socialiste, le parti socialiste-révolutionnaire (SR). En 1906, à 16 ans, elle est arrêtée à Kiev à cause de son implication dans un projet d’assassinat à la bombe du gouverneur de la ville, Vladimir Sukhomlinov[4]. Elle est arrêtée après l’explosion accidentelle de la bombe qu’elle fabriquait avec un partenaire amoureux[5]. Elle est condamnée à vie à la katorga, un camp de travaux forcés. Elle est envoyée aux prisons de Maltsev puis d’Akatuy (en) de la katorga de Nertchinsk, en Sibérie, où elle perd la vue, qu’elle retrouve partiellement ensuite. Elle est libérée le , après la Révolution de février qui renverse le gouvernement impérial. Sa période de bagne lui laisse des migraines continues et des périodes où elle est aveugle comme séquelles[6].

À cause du conflit entre les SR et les bolchéviques, Kaplan est déçue par Lénine dès 1917–1918[7]. Ce dernier jouit d’un fort soutien dans les soviets mais son parti est devancé aux élections constituantes de 1917. Lors de la première réunion de l’Assemblée en , c’est un SR qui est élu président. Les Bolchéviques décident de dissoudre l’Assemblée. En , la plupart des autres partis avaient été proscrits, les derniers en date étant les Socialistes-révolutionnaires de gauche (SR de gauche), principaux partenaires de coalition des Bolchéviques mais qui s’étaient soulevés contre eux en juillet par opposition au traité de Brest-Litovsk. Kaplan décide alors d’assassiner Lénine qu’elle considère comme un « traître à la Révolution[8],[9]. »

Tentative d'assassinat de Lénine

Pendant la guerre civile russe, les socialistes révolutionnaires organisent une tentative d'assassinat de Lénine le .

Lénine visite ce jour-là l'usine Michelson (завод Михельсона) de Moscou. Lorsqu'il quitte le bâtiment pour regagner son véhicule, Fanny Kaplan l'interpelle. Quand Lénine se tourne vers elle, elle tire trois coups de feu. L'une des balles passe à travers le manteau de Lénine, les deux autres le touchent à l'épaule gauche et au poumon. Lénine retourne dans ses appartements au Kremlin. Il craint un autre attentat contre lui et refuse de quitter la sécurité du Kremlin pour se faire soigner. Les médecins arrivés pour le soigner se déclarent incapables de retirer les balles en dehors d'un hôpital. Cependant, il survit.

Kaplan est arrêtée et interrogée par la Tchéka. Elle déclare : « Je m'appelle Fanny Kaplan. J'ai tiré sur Lénine aujourd'hui. Je l'ai fait volontairement. Je ne dirai pas d'où provient le revolver. J'étais résolue à tuer Lénine depuis longtemps. Je le considère comme un traître à la Révolution. J'ai été exilée à Akatouï (en) pour avoir participé à la tentative d'assassinat du tsar à Kiev. J'ai passé là-bas sept ans à travailler dur. J'ai été libérée après la Révolution. J'étais en faveur de l'assemblée constituante et je le suis toujours. »

Le pistolet FN Browning M1900 (calibre 32 ACP) que Fanny Kaplan a utilisé lors de sa tentative d'assassinat contre Lénine, en 1918.

Son arme, un pistolet FN M1900 en calibre 32 ACP[10], a été fournie par Boris Savinkov[11].

Exécution et conséquences

Fanny Kaplan est exécutée sans jugement le . Elle est battue à mort, puis son corps est aspergé d'essence et brûlé dans la cour de la Tchéka[12]. Elle déclare avant de mourir : « J'ai tiré sur Lénine parce que je le considère comme un traître au socialisme et parce que son existence discrédite le socialisme. Je suis sans réserves pour le gouvernement de Samara et pour la lutte contre l'Allemagne aux côtés des Alliés[13]. » Quelques jours plus tard, Grigori Petrovski, commissaire du peuple à l'Intérieur, encourage les exécutions et déclare : « Il est grand temps de mettre fin à toute cette mollesse et à cette sentimentalité[14]. » Le , le Conseil des commissaires du peuple publie le décret officialisant la terreur rouge.

Bibliographie

  • Gilles Ferragu, « 5 - La terreur décomplexée : l’affirmation des totalitarismes », dans Histoire du terrorisme. Paris, Éditions Perrin, « Synthèses historiques », 2014, p. 162-207

Notes et références

  1. Gwendoline Dos Santos, Frédéric Lewino, « 30 août 1918. Le jour où Lénine échappe à un assassinat », sur Le Point, (consulté le )
  2. Semion Lyandres, « The 1918 Attempt on the Life of Lenin: A New Look at the Evidence », Cambridge University Press, vol. 48, no 3,‎ , p. 432–448 (DOI 10.2307/2498997, JSTOR 2498997, S2CID 155228899)
  3. Norman Donaldson et Betty Donaldson, How Did They Die?, Greenwich House, (ISBN 9780517403020), p. 221
  4. (en) Tony Brenton, Was Revolution Inevitable?: Turning Points of the Russian Revolution, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-065891-5, lire en ligne), p. 181
  5. (en) Martin Sixsmith, Was Revolution Inevitable?: Turning Points of the Russian Revolution, Oxford University Press, , 175–180 p. (ISBN 978-0-19-065893-9), « Fanny Kaplan's Attempt to Kill Lenin, August 1918 »
  6. (en) Jonathan Schneer, The Lockhart Plot: Love, Betrayal, Assassination and Counter-Revolution in Lenin's Russia, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-259444-0, lire en ligne), p. 208
  7. Ludwik Kowalski, Hell on Earth – Brutality and Violence Under the Stalinist Regime, American Academy of Arts and Sciences, (ISBN 978-1-60047232-9), Glossary
  8. « 1918: Fanya Kaplan, Lenin's would-be assassin », sur www.executedtoday.com,
  9. « Fanya Kaplan », sur Spartacus Educational
  10. (en) M.J. Trow, Dodging the Bullet : Failed Assassinations Throughout History, Yorkshire, Pen and Sword History, , 224 p. (ISBN 9781399037648, OCLC 1454719626, lire en ligne)
  11. Thomas Masaryk, Alain Soubigou, Fayard, 2002, p. 234.
  12. Crapez, Marc, Elles l'ont combattu : femmes contre le totalitarisme au XXe siècle, Paris, Éd. du Cerf, , 261 p. (ISBN 978-2-204-12561-1 et 220412561X, OCLC 1030376226, lire en ligne)
  13. Dominique Venner, Histoire de l'Armée Rouge (Plon, 1981, p. 202).
  14. Histoire-Géographie sur le Web : la Terreur rouge

Liens externes

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