Fièvre d'Oropouche
| Causes | Oropouche virus (d) |
|---|---|
| Transmission | Transmission par les insectes (d), Culicoides et transmission par les moustiques (d) |
| Symptômes | Arthralgie, vomissement, frissonnement et fièvre |
| Traitement | Soins de support (d) |
|---|---|
| Spécialité | Infectiologie |
| CIM-10 | A93.0 |
|---|---|
| CIM-9 | ICD9 |
Mise en garde médicale
La fièvre d'Oropouche est une maladie infectieuse émergente causée par le virus d'Oropouche (OROV, pour l'anglais Oropouche virus, un arbovirus de la famille des Bunyaviridae), identifié en 1955.
La fièvre d'Oropouche est une arbovirose semblable à la dengue, transmise aux humains par le moucheron piqueur Culicoides paraensis (en) et plusieurs espèces de moustiques à partir de vertébrés sauvages forestiers. Originaire du bassin amazonien, elle survient principalement en Amérique latine. La plupart des patients guérissent spontanément, mais les formes sévères paraissent plus fréquentes.
Depuis 2024, plusieurs cas importés (de retour de séjour en Amérique latine) sont survenus en Amérique du Nord et en Europe.
Historique

La fièvre et le virus doivent leur nom à la région du fleuve Oropouche (Trinité-et-Tobago) où la maladie a été décrite pour la première fois en 1955[1] ; il leur a été donné par le Trinidad Regional Virus Laboratory (en), qui a identifié le virus[2].
Au Brésil, le virus OROV a été isolé en 1960, à partir du sang d'un paresseux (Bradypus tridactylus) capturé dans la forêt tropicale lors de la construction de l'autoroute Belém-Brasília. Le moustique Ochlerotatus serratus (en) a été impliqué comme vecteur, car le virus a été retrouvé chez ces moustiques dans la même zone[3].
De 1960 à 1980, plusieurs épidémies sont survenues en Amazonie brésilienne, dans l'État du Pará, y compris la ville de Belém, avec 11 000 cas enregistrés. Depuis les années 1980, les épidémies surviennent dans d'autres régions du Brésil, ainsi qu'au Panama[4],[5].
Dans les années 1990, des épidémies sont signalées au Pérou, puis dans d'autres pays (Équateur, Argentine, Bolivie) dans les années 2000[5].
Agent causal et transmission
L'agent causal est le virus Oropouche (Orthobunyavirus oropoucheense) ou OROV, un arbovirus appartenant à la famille des Peribunyaviridae, du genre Orthobunyavirus, classé dans le sérogroupe Simbu.
C'est un virus à ARN dont le génome comporte trois segments linéaires simple brin, à sens négatif. Ce génome trisegmenté favorise la recombinaison virale, d'où une forte diversité génétique et de grandes capacités évolutives du virus (transmission, extension géographique, virulence)[4].
En milieu urbain et péri-urbain, l'agent vecteur principal est le moucheron piqueur Culicoïdes paraensis, un diptère hématophage de la famille des Ceratopogonidae. Un vecteur secondaire est le moustique Culex quinquefasciatus. On ne connait pas de transmission interhumaine directe de la fièvre d'Oropouche, à l'exception d'une transmission verticale de la femme enceinte au fœtus[4].

Le virus se maintient dans la nature en deux cycles de transmission : le cycle forestier et le cycle urbain. Dans le cycle forestier, le virus circule chez des vertébrés sauvages (paresseux, primates non humains, rongeurs, oiseaux…) par l'intermédiaire de moucherons et moustiques hématophages forestiers. Dans le cycle urbain, le virus circule chez les humains et probablement chez des animaux domestiques (données en discussion pour le chien, bétail, poulets…). C'est l'humain qui fait la jonction entre les deux cycles : travailleur forestier s'infectant en forêt (hôte accidentel d'un cycle forestier) et retournant en zone urbaine (hôte amplificateur d'un cycle urbain humain)[4],[5].
Le moucheron Culicoïdes paraensis est présent de l'Argentine aux États-Unis[6]. Il est surtout actif en saison chaude et humide, en s'adaptant aux régions périurbaines. Les larves se développent dans de nombreux habitats : forêt tropicale, rivages des fleuves, trous d'arbre, sols humides et matières végétales en décomposition (banane, cacao…). Il pique de préférence dans les maisons, tard le soir, lors de journées pluvieuses[7].
Épidémiologie
Amériques
En Amazonie brésilienne, la fièvre d’Oropouche est la deuxième maladie virale la plus fréquente, après la dengue. Pour la période 1960-2020, on estime qu'au moins 30 épidémies totalisant plus d'un demi-million de cas sont survenus en Amérique Centrale et du Sud[5],[6].
En 2024, au Brésil, la maladie est présente dans 22 états sur 26, une transmission autochtone s'établissant dans 15 états non-amazoniens. Pour les cinq premiers mois de 2025, le Brésil compte 11 853 cas[4].
La même année, des épidémies sont signalées à Cuba et Barbade, en Guyana et Guyane. Des cas importés sont survenus aux États-Unis (108 cas, de retour de Cuba) et au Canada (2 cas)[4],[6],[8].
Europe
En Europe, en Juin 2024, deux premiers cas de fièvre d’Oropouche sont diagnostiqués en Italie sur deux personnes en provenance de Cuba. Il s'agirait « des premiers cas d'infection par le virus Oropouche en dehors de l'Amérique latine »[1],[9]. Au , l'Europe compte 30 cas importés dans trois pays : Espagne (21 cas), Italie (6), Allemagne (3)[8].
En France, un cas a été diagnostiqué au retour d'un voyage au Brésil en [10].
Caractéristiques cliniques
La période d'incubation dure de quatre à huit jours[11].
Formes habituelles
60 % environ des personnes infectées présentent des symptômes : la fièvre d'Oropouche débute par l'apparition d'une fièvre brutale autour de 39 °C, initialement avec des symptômes généraux semblables à ceux observés dans la dengue, tels que des frissons, des céphalées, anorexie, myalgies et arthralgies et vomissements[11].
La plupart des patients guérissent spontanément au bout d'une semaine, parfois après une rechute dans les deux semaines[11].
Des patients peuvent développer des symptômes de méningite, le plus souvent de bon pronostic, guérissant sans séquelles, mais après une période de fatigue et de douleurs musculaires durant deux à quatre semaines[12].
Formes plus sévères
Depuis les années 2020, la maladie tend à se présenter sous des formes plus graves, probablement liées à de nouvelles souches virales réassorties. À Cuba, en 2024, des cas de Guillain-Barré ont été associés à une épidémie de fièvre d'Oropouche où les manifestations neurologiques étaient plus fréquentes et plus sévères. Au Brésil, quatre décès (dont deux jeunes femmes sans comorbidité) sont survenus en 2024 et un au Panama en , alors qu'aucun décès par fièvre d'Oropouche n'avait été signalé auparavant[5].
Chez la femme enceinte, des cas d'atteintes fœtales ont été constatées lors d'infections par virus d'Oropouche (avortement spontané, malformations, mort fœtale…), ce qui suppose que le virus pourrait franchir la barrière placentaire[5]. En au Brésil, un mort-né et quatre nouveau-nés microcéphales dont les mères souffraient de la fièvre d'Oropouche font craindre que certains variants du virus d'Oropouche aient des effets analogues à ceux de la fièvre Zika[13].
Diagnostic
Le diagnostic clinique est difficile, les symptômes étant similaires à ceux d'autres maladies virales sévissant dans la même région (dengue, zika, chikungunya…). Il faut prendre en compte le contexte : lieux de vie et activités du patient surtout dans la période précédant la maladie. La fièvre d'Oropouche doit être incluse dans le diagnostic différentiel d'une fièvre contractée en Amérique centrale et du sud[11].
Le diagnostic repose essentiellement sur[4],[6] :
- L'isolement du virus (par exemple, à partir du liquide cérébrospinal dans le cas d'une méningite), mise en culture cellulaire ;
- le dosage de la concentration sérique des anticorps spécifiques au virus, comme le test ELISA ;
- les techniques de biologie moléculaire, comme la PCR quantitative.
Traitement et prévention
La maladie n'a pas de traitement spécifique, notamment antiviral, et se limite généralement à un traitement symptomatique (antalgiques, antipyrétiques…). L'infection guérit généralement d’elle-même et les complications sont rares. Les patients guérissent habituellement sans séquelles à long terme[1],[11].
Mesures de prévention
La protection personnelle contre les moucherons Culicoïdes est similaire à celle contre les moustiques. Elle repose sur l'utilisation de moustiquaire et de répulsifs comme la deltaméthrine, le DEET, l'huile de neem ou des huiles essentielles d'eucalyptus, de géraniol[6].
L'éradication des populations de culicoïdes n'est guère possible. L'utilisation à grande échelle d'insecticides pose des problèmes écologiques[7]. L'élimination des sites de développement (déchets végétaux) des culicoïdes pourrait être obtenue par des meilleures pratiques agricoles et d'hygiène urbaine. L'éducation des populations (des travailleurs forestiers aux touristes, en passant par les écoliers) des régions endémiques, lors des saisons à risques, est aussi importante[7].
Recherches vaccinales
En 2025, il n'existe pas de vaccin homologué contre la fièvre Oropouche. Plusieurs vaccins sont en développement, dont le plus avancé en 2024 est un vaccin vivant atténué en phase I ; d'autres candidats sont des vaccins inactivés chimiquement, à vecteur viral, à sous-unité protéique… qui n'ont pas dépassé la phase pré-clinique[6],[12]. La mise au point d'un vaccin est difficile à cause de l'instabilité et de la diversité génétiques des virus Oropouche[4].
Facteurs d'émergence et d'extension

La fièvre d'Oropouche est une maladie infectieuse émergente qui prend son origine dans la déforestation de l'Amazonie pour un développement agricole, la culture prédominante étant celle du cacao. Au cours de la filière de production, les déchets (coques de cacao) sont déposés en tas auprès des habitations. Ces gîtes de détritus favorisent la multiplication des moucherons Culicoïdes (lieux de ponte et de développement larvaire)[14].
Il en est de même pour d'autres plantations agricoles (bananier, hévéa, manioc…). Dans ces régions où la densité humaine et celle des moucherons augmentent, il existe un contact plus étroit entre zones forestières, agricoles et urbaines[5].
À cela s'ajoutent des perturbations d'écologie du paysage (construction d'autoroute, de barrage, urbanisation…)[4],[11]. Les facteurs d'extension en dehors de l'Amazonie sont les mouvements de populations, les migrations et voyages, les transports aériens et le commerce alimentaire mondial[7].
Enfin le changement climatique, par ses conséquences sur la température et le régime pluvial, peut faciliter la prolifération des insectes vecteurs et modifier leur distribution mondiale[4].
Notes et références
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Oropouche fever » (voir la liste des auteurs).
- « Fièvre d’Oropouche : près d’une vingtaine de cas importés en Europe, depuis le Brésil et Cuba », sur Guadeloupe La Première, (consulté le )
- ↑ (en-US) Ronnie Henry et Frederck A. Murphy, « Etymologia: Oropouche Virus », Emerging Infectious Diseases journal, vol. 24, no 5, (DOI 10.3201/eid2405.et2405, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Jorge Fernando Travassos da Rosa, William Marciel de Souza, Francisco de Paula Pinheiro et Mário Luiz Figueiredo, « Oropouche Virus: Clinical, Epidemiological, and Molecular Aspects of a Neglected Orthobunyavirus », The American Journal of Tropical Medicine and Hygiene, vol. 96, no 5, , p. 1019–1030 (ISSN 1476-1645, PMID 28167595, PMCID 5417190, DOI 10.4269/ajtmh.16-0672, lire en ligne, consulté le )
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- (en) PAHO - WHO, « Epidemiological Alert Oropouche in the Americas Region », , p. 10.
- ↑ (en) Concetta Castilletti, Antonio Mori, Elena Pomari et Andrea Matucci, « First diagnoses of Oropouche virus in Europe: how can we strengthen communication and preparedness globally? », The Lancet Infectious Diseases, (ISSN 1473-3099, DOI 10.1016/s1473-3099(24)00496-1, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en-US) « Oropouche Virus Arrives in Europe Again », sur www.vax-before-travel.com (consulté le )
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- ↑ (en) Sofia Moutinho, « Virus spreading in Latin America may cause stillbirths and birth defects », Science, vol. 385, no 6707, (DOI 10.1126/science.z1x8yxr
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- ↑ (en) Stephen S. Morse (dir.) et Thomas P. Monath, Emerging Viruses, New York/Oxford, Oxford University Press, , 317 p. (ISBN 0-19-507444-0), chap. 13 (« Arthropod-Borne Viruses »), p. 142-143.
Voir aussi
Bibliographie
- (en) Anderson CR, Spence L, Downs WG, Aitken TH, « Oropouche virus: a new human disease agent from Trinidad, West Indies », Am J Trop Med Hyg., vol. 10, , p. 574–8 (PMID 13683183, lire en ligne)
- (en) Saeed MF, Wang H, Nunes M, et al., « Nucleotide sequences and phylogeny of the nucleocapsid gene of Oropouche virus », J Gen Virol., vol. 81, no Pt 3, , p. 743–8 (PMID 10675412, lire en ligne)
Articles connexes
Liens externes
- Oropouche fever. MedicDirect.
- Brazilian Viruses of the Bunyaviridae Family. Medicina Ribeirão (in Portuguese)
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