Fiq (Syrie)
| Pays | |
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| Gouvernorat | |
| District |
Fiq District (en) |
| Sous-district |
Fiq Subdistrict (d) |
| Coordonnées |
32° 46′ N, 35° 42′ E |
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Fīq (arabe : فيق) est un ancien village de Syrie du gouvernorat de Qouneitra et localisée sur le plateau du Golan[1]. L'ancien village de Fīq est aujourd'hui occupé par la colonie israélienne Afik, qui est un kibboutz, à côté de l'emplacement de la possible ville biblique d'Aphek.
Histoire
L'ancien village syrien de Fīq est situé sur une colline artificielle, à 350 mètres d'altitude et s'étend sur une superficie d'environ 100 dunams.
Dans son Onomasticon du début du IVe siècle, l'évêque et auteur chrétien Eusèbe de Césarée identifie à Fīq l'emplacement de la ville biblique d'Afik / Aphek / Apheka (en grec), mentionnée dans la Bible (1 Rois 20:26)[2],[3]. Cependant, le nom d'« Aphek » (« forteresse » ?) est attribué à un ou plusieurs lieux désignés dans la Bible hébraïque comme théâtres de plusieurs batailles entre les Israélites et les Araméens (issus du centre de l'actuelle Syrie)[4].
Les recherches archéologiques montrent toutefois qu'Afiq est continuellement établi à partir de l'âge du Fer (XIe siècle av. J.-C.-Xe siècle av. J.-C.)[5].
De nombreuses inscriptions de l'époque grecque et romaine sont découvertes sur le site[6] ; l'une d'elles pourrait faire référence à un passage du Livre des Psaumes et une autre, inscrite sur de la roche basaltique, appartiendrait à la dédicace d'un édifice chrétien et mentionne un évêque, un presbytre et un diacre[7].
Après la Grande Révolte juive contre les Romains de 66-73, une colonie de soldats romains démobilisés est apparemment établie à Afiq[8].
La présence juive à Afiq est encore attestée par un passage de la Mishna (IIIe siècle) et du Talmud (IIe-IVe siècles). À la fin de l'Antiquité, Fīq compte une population mixte de Juifs, chrétiens et païens[3].
Une colonne datée entre le IVe et le VIIe siècles, ornée d'une menorah à sept branches et portant l'inscription en araméen « Je suis Yehuda / Judah le chantre », est découverte à Fīq ; il s'agirait d'une colonne se trouvant autrefois dans une synagogue locale sous la domination byzantine[3],[7].
Fīq est localisée sur l'une des rares routes reliant la Galilée et le plateau du Golan, faisant partie du réseau routier entre l'Égypte et la Syrie. Une inscription découverte à Fīq et datant de 692 attribue au calife omeyyade ʿAbd al-Malik (646-705) et à son oncle Yaḥyā ibn al-Ḥakam le nivellement de l'« aqaba » (col) pour inaugurer la nouvelle route reliant la capitale omeyyade Damas à Jérusalem ; il s'agit de la plus ancienne inscription arabe relative à la construction d'une route à l' époque islamique[9].
L'historien arabe du IXe siècle Al-Baladhuri cite Aphek parmi les villages et les forts conquis lors de la conquête islamique du Proche-Orient (638 après J.-C.)[3]. Au XIe siècle, l'historien et géographe syrien Yaqout al-Rumi mentionne également Aphek dans son ouvrage influent sur la géographie, Mu'jam al-Buldān, se plaignant que les habitants appelaient l'endroit « Fīq ».
Les Ayyoubides construisent un caravansérail sur l'Aqaba d'al-Fīq au début du XIIIe siècle, l'appelant Khān al-ʿAqaba, dont les ruines sont encore visibles de nos jours[10]. En 1225, le géographe syrien Yaqout al-Rumi note que le couvent de Dayr Fīq est vénéré par les chrétiens et reçoit de fréquentes visites de voyageurs[11].
En 1596, sous la domination ottomane, Fīq figure dans les registres des impôts comme appartenant à la nahié de Jawlan Garbi, dans le sandjak de Hauran. Sa population est à cette époque entièrement musulmane et se compose de 16 familles et 9 célibataires. Les impôts se paient sur les revenus obtenus de la culture du blé, de l'avoine et des oliviers, des troupeaux de chèvres et de la production de miel[12].
En 1806, l'explorateur allemand Seetzen constate que Fīq possède 100 maisons construites en pierre de basalte, dont quatre habitées par des chrétiens et le reste par des musulmans[13].

En 1875, selon l'explorateur français Victor Guérin, Fīq se compose de quatre quartiers, chacun administré par son propre sheik. La plupart des maisons contiennent des traces d'édifices plus anciens. Il note que le village dispose d'eau en abondance[14].
Quand l'ingénieur Gottlieb Schumacher étudie la région dans les années 1880, il décrit Fīq comme un gros village semi-abandonné, peuplé de 400 habitants, avec 160 maisons de construction « acceptable » en pierre, dont 90 sont inhabitées et les autres en ruine ; l'ensemble est peu florissant. A environ 200 mètres au sud du village, il note une colline couverte de ruines et d'oliviers, qui est marquée comme un ancien site par ses vestiges de vieilles colonnes et de pierres de construction et que les villageois utilisent dans leur cimetière pour enterrer leurs morts[15].
Après sa « découverte » au XIXe siècle, Fīq reste longtemps oubliée[7].
En 1966, la population de Fīq s'élève à près de 2 800 personnes[16]. Elle pratique diverses cultures agricoles, notamment la culture de céréales et de légumineuses, de sésame, de figues, d'oliviers ainsi que l'élevage de moutons et de bovins. La colonie compte trois pressoirs à huile, un dispensaire et plusieurs écoles.
Israël occupe la région lors de la guerre des Six Jours de 1967 et les habitants de Fīq doivent s'enfuir pour s'installer vers d'autres régions de la Syrie, en particulier autour de Damas. Les soldats de Tsahal redécouvrent l'ancien Afek, notamment la colonne gravée en araméen, trouvée par Schumacher, est retrouvée comme décoration d'un cimetière militaire syrien à Quneitra[17]. Le bourg de Fīq est détruit - comme d'autres villages syriens - pour dégager les hauteurs du Golan, lieu stratégique entre situé entre Israël, la Jordanie, la Syrie et le Liban[18].
Le kibboutz israélien Afik (אֲפִיק) est construit en 1972 sur le même site, à côté du village syrien abandonné[1],[19].
Lors de la guerre du Kippour de 1973 , l'armée syrienne reprend le contrôle de la ville de Fīq. À cette époque, près de la moitié des forces armées syriennes sont concentrées à Qouneitra, près de Fīq. Le 21 septembre de la même année, la ville est bombardée par l'aviation israélienne, suivie de l'invasion israélienne et de la destruction complète de la colonie syrienne[20].
En mai 1974, à l'initiative des États-Unis, un accord est signé entre Israël et la Syrie, selon lequel le territoire occupé par Israël doit devenir une zone neutre entre les deux pays et être sous le contrôle des forces armées de l'ONU. La ville-fantôme d'Al-Quneitra est restituée à la Syrie dans le cadre de l'accord de « zone tampon syro-israélienne » du 31 mai 1974 . Depuis lors, Al-Quneitra est sous le contrôle des forces armées participant à une mission de maintien de la paix de l'ONU. La ville et ses environs sont considérés comme une zone à haut risque en raison de la présence de mines terrestres.
Durant la crise syrienne ayant débuté en 2011, la ville est passée à plusieurs reprises sous le contrôle des terroristes de l’État islamique .
Archéologie
Musée du Golan
La colonne gravée antique fait aujourd'hui partie du musée archéologique du Golan à Katzrin[7]. Le musée expose également de nombreux artefacts Judaïca dont un linteau de Fīq orné d'une ménorah et d'autres symboles du temple de Jérusalem, notamment un shophar, un brûle-encens et un etrog, l'agrume utilisé lors de la fête juive de Souccoth, et des fragments datant de l'âge du Bronze moyen II au Proche-Orient (3000–2700 av. J.-C.), des périodes hellénistique et romaine, tandis que la majorité des découvertes datent des périodes byzantine - comme des objets de culte chrétien - omeyyade, abbasside et mamelouke[5].
Il abrite également de nombreux autres découvertes archéologiques de la région du Golan[21].
Hésitations sur le lieu
Depuis le début du XXe siècle, l'opinion dominante est qu'Aphik, le lieu biblique de toutes les batailles entre les différents dirigeants du Damas antique et les Israélites est le même et qu'il se situe à l'est du Jourdain. Initialement, l'on pensait que le nom était préservé dans le village aujourd'hui dépeuplé de Fīq, près du kibboutz Afik, à cinq kilomètres à l'est du lac de Tibériade, où un ancien tertre, Tel Soreg, avait été identifié. Les fouilles menées par les archéologues Moshe Kochavi et Pirhiya Beck en 1987-1988 ont bel et bien mis au jour une colonie fortifiée des IXe siècle av. J.-C. et VIIIe siècle av. J.-C., probablement araméenne, mais Kochavi la considérait trop petite pour remplir le rôle attribué à Aphek dans la Bible[22],[4].
Dans les années 2020, les archéologues pensent que l'Aphik biblique pourrait plutôt se situer à Tel 'En Gev / Khirbet el-'Asheq au kibboutz Ein Gev[4].
Références
- Urman et Flesher 1998, p. 578
- ↑ (en) « Eusebius of Caesarea, Onomasticon », Note 63 (Notes), sur www.tertullian.org, éd. C. Umhau Wolf, (consulté le ), p. 76-252
- (en) Robert C. Gregg, « Marking Religious and Ethnic Boundaries: Cases from the Ancient Golan Heights », Church History, vol. 69, no 3, , p. 519–557 (ISSN 1755-2613 et 0009-6407, DOI 10.2307/3169396, lire en ligne, consulté le )
- (en) Avraham Negev et Shimon Gibson, Archaeological Encyclopedia of the Holy Land, Continuum, (ISBN 978-0-8264-1316-1, lire en ligne), p. 39
- (en) Israel Antiquities Authority Survey (IAA), « Expositions archéologiques au Kibboutz Afiq », sur www.iaa.org.il, (consulté le )
- ↑ Claudine Dauphin, La Palestine byzantine, Peuplement et Populations, BAR International Series 726, III: Catalogue, Oxford, Archeopress, 1998, p. 722.
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- ↑ (he)Zeev Safrai et Eyal Regev, (trad.) Eretz Israël à l'époque de Bat Shani, la Mishna et le Talmud, Carta Publishing, Jérusalem , 2011, p. 74.
- ↑ (en) Moshe Sharon, Corpus Inscriptionum Arabicarum Palaestinae (CIAP).: D-F. Volume three, BRILL, , 104-105 p. (ISBN 978-90-04-13197-2, lire en ligne)
- ↑ Shraron, p. 217.
- ↑ le Strange, 1890, p. 429
- ↑ Hütteroth et Abdulfattah, 1977, p. 196.
- ↑ Ulrich Jasper Seetzen, Reisen durch Syrien, Palästina, Phönicien, die Transjordan-Länder, Arabia Petraea and Unter-Aegypten, vol. 1, Berlin, G. Reimer, , p. 353
- ↑ Guérin, 1880, pp 314-5 ff
- ↑ Schumacher 1888, p. 136 et svv.
- ↑ Yigal Kipnis, The Golan Heights, Londres et New York, Routledge, , p. 244
- ↑ (he) Dafna Meir, « (Archives Internet ) Wayback Machine » [« Sentier Ein Pik »] [archive du ], sur www.golan.org.il (consulté le )
- ↑ Sulimani & Kletter 2022, p. 50
- ↑ « Research Guides | Researcher Resources | Law Library of Congress | Research Centers | Library of Congress », sur Library of Congress, Washington, D.C. 20540 USA (consulté le )
- ↑ (en) Jeremy Bowen, Six days: how the 1967 war shaped the Middle East, Simon & Schuster, (ISBN 978-0-7432-3095-7), p. 304
- ↑ « Go Israel », sur www.goisrael.com (consulté le )
- ↑ (en-US) Nicolas B. Tatro, « The Golan Heights: A Battlefield of the Ages », sur Los Angeles Times, (consulté le )
Bibliographie
- (en) Dan Urman et Paul Virgil McCracken Flesher, Ancient Synagogues : Historical Analysis and Archaeological Discovery, Leyde, Brill Publishers, , 677 p. (ISBN 978-90-04-11254-4, OCLC 42882859, lire en ligne)
- (en)W.-D. Hütteroth et K. Abdulfattah, Historical Geography of Palestine, Transjordan and Southern Syria in the Late 16th Century, Erlanger Geographische Arbeiten, Sonderband 5, Erlangen, Fränkische Geographische Gesellschaft, 1977 (ISBN 3-920405-41-2).
- (en)Guy Le Strange, Palestine Under the Moslems: A Description of Syria and the Holy Land from A.D. 650 to 1500, Committee of the Palestine Exploration Fund, 1890.
- (en)Moïse Sharon, Corpus Inscriptionum Arabicarum Palaestinae, Vol. III, D-F. Brill, 2004, (ISBN 9004131973)
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