Foe (roman)

Foe (roman)
Auteur J. M. Coetzee
Pays Afrique du Sud
Genre Roman
Éditeur Viking Presss
Date de parution 1986
Nombre de pages 157
ISBN 0-670-81398-2

Foe est un roman de J. M. Coetzee paru en 1986. S'appuyant sur l'intrigue du Robinson Crusoé de Daniel Defoe, Foe est écrit du point de vue d'un personnage qui ne figure pas dans l'œuvre d'origine, Susan Barton. Tout comme Robinson Crusoé, le livre de Coetzee enchâsse le récit de la vie sur l'île au sein d'un récit-cadre, à savoir la vie de Susan Barton après l'île, de retour en Angleterre. Le roman a fait l'objet de critiques en Afrique du Sud lors de sa parution, jugé en décalage avec les enjeux politiques de l'époque. Coetzee est revenu sur son intérêt pour Robinson Crusoe en 2003, dans son discours de réception du prix Nobel.

Intrigue

Susan Barton est à la recherche de sa fille, enlevée et probablement envoyée au Nouveau Monde. Le navire sur lequel elle rentre du Brésil vers Lisbonne connaît une mutinerie, et elle est laissée à l'abandon sur un canot. Sans plus aucune force pour ramer, Susan se laisse tomber dans l'eau et se réveille sur une île. Elle y découvre d'abord Vendredi, puis Cruso. Vendredi est muet, car sa langue aurait été tranchée, d'après Cruso, par d'anciens marchants d'esclaves. Quant à Cruso, il vit paisiblement avec Vendredi depuis quinze ans, oubliant son passé et résigné à la vie sur l'île. Barton ne reste qu'un an sur l'île, avant que le trio ne soit secouru. Cruso, incapable de quitter son île, ne survit pas à la traversée vers l'Angleterre.

De retour en Angleterre avec Vendredi, Barton tente de faire le récit de ses aventures sur l'île, mais elle trouve que son écriture, trop prosaïque, ne touchera pas le public. Elle s'approche du romancier Daniel Foe pour le convaincre de lui apporter son aide dans la rédaction du manuscrit, mais celui-ci remet en cause l'importance du séjour sur l'île dans l'histoire globale de Susan. Il préférerait faire de ce livre un récit sur l'histoire conventionnelle d'une mère à la recherche de sa fille disparue. Lorsque enfin il rédige le récit voulu par Barton, Foe romance les aventures de Cruso, plutôt que de relater les faits précis. Accablé de dettes, il n'a ni le temps ni l'énergie suffisantes pour 'écrire.

Thèmes

Les analyses du livre se sont principalement concentrées sur les thèmes du pouvoir et des fonctions du langage pour les personnes marginalisées.

En 1994, Patrick McGrath affirme dans le New York Times que l'un des thèmes centraux de l'œuvre de Coetzee est « le lien entre le langage et le pouvoir, l'idée que ceux qui sont privés de voix cessent d'avoir de signifier, au sens figuré comme au sens propre. »[1] Barton souhaite raconter sa propre histoire, mais elle ne trouve pas les mots pour le faire d'une manière qui atteindra le lectorat. L'auteur qu'elle choisit pour l'aider à trouver les mots nécessaires à la communication persiste à effacer son histoire, en minimisant ce qu'elle considère comme important et en remplaçant ses souvenirs par une fiction aventureuse. À mesure que Foe s'empare de son récit, explique McGrath, Barton « perd sa voix dans l'histoire, et donc son identité. »[1]

Outre sa volonté de préserver son identité et son histoire, Barton s'efforce de donner la parole à Vendredi, réduit au silence de façon encore plus frappante. Denis Donoghue, professeur de littérature à l'Université de New York, a déclaré que « la parabole politique [du roman] découle du mutisme de Vendredi », car l'un des thèmes centraux de l'œuvre est l'impératif de donner la parole aux opprimés[2]. Barton perçoit Vendredi comme prisonnier de son mutisme, bien qu'il n'exprime pas la volonté de s'en libérer. Foe, tout en se demandant si ceux qui ont la parole ne seraient pas « secrètement reconnaissants » de pouvoir projeter leurs pensées sur Vendredi sans résistance de sa part, pense que ce dernier pourrait surmonter son mutisme en apprenant à écrire[2]. Bien que le livre dépeigne la lutte pour le contrôle du récit, Donoghue conclut que le narrateur indéfini des dernières pages du livre est « la voix de l'imagination poétique, dont les sympathies s'étendent au-delà de tous les systèmes pour atteindre les vaincus, ceux qui sont réduits au silence… » [2] Dans ces dernières pages oniriques, Vendredi se voit offrir une dernière occasion de raconter son histoire, mais ne peut communiquer qu'à travers la libération de bulles de son cadavre gorgé d'eau, une communication que ni le narrateur ni le lecteur ne peuvent interpréter.

Dans son livre J.M. Coetzee: South Africa and the Politics of Writing, David Attwell considère l'incapacité d'un personnage noir réduit au silence à communiquer comme un élément central du livre, indiquant que « le silence imposé à Vendredi représente ce qu'un discours monoculturel et métropolitain est incapable d'entendre. »

L'écrivain sud-africain Rian Malan estime également que l'incompréhension raciale est au cœur du livre, qualifiant Foe de « livre le plus profond jamais écrit sur les relations raciales dans une société où les Blancs étaient souvent séparés des Noirs par un abîme d'incompréhension linguistique et culturelle. » [3] Lors d'un entretien avec Coetzee pour le magazine Time, Malan l'interroge sur ce thème, ce à quoi Coetzee répond seulement : « Je ne voudrais pas vous priver de votre lecture. » [3]

Manju Jaidka, professeure à l'Université du Panjab à Chandigarh souligne que Barton, en tant que femme dans un récit marqué par les hommes, représente à elle seule « la minorité, la marginalisation, l'autre réduit au silence. » [4]

Jane Poyner, dans JM Coetzee and the Idea of the Public Intellectual, a mis en lumière la tension inhérente au rôle de Barton, qui lutte simultanément contre les efforts de Foe pour s'approprier et déformer son histoire et qui, involontairement, « colonise » elle-même l'histoire de Friday en voulant absolument interpréter son silence[5].

Réception critique

Dès sa parution, en Afrique du Sud, Foe a suscité la critique. Selon Michael Marais dans « Death and the Space of the Response of the Other in JM Coetzee's The Master of Petersburg », si Foe a rencontré lors de sa sortie « de l'acrimonie, voire de la consternation », c'est parce que l'un « auteurs les plus en vue » d'Afrique du Sud semblait avoir délaissé les événements marquants de son pays pour « écrire sur l'œuvre d'un romancier du XVIIIe siècle plutôt banal. » Marais cite notamment le commentaire de Michael Chapman dans « Writing of Politics » : « Alors que nous sommes témoins des souffrances humaines endurées à nos portes par des milliers de détenus privés de tout recours à l’État de droit, Foe ne parle pas tant à l’Afrique qu’il n'apporte, dans ce pays, une sorte de défoulement masturbatoire aux rêves d’européanisation d’une coterie intellectuelle. »

David Attwell, cependant, a relevé en 2003 que le roman fait référence à l'Afrique, en faisant de Vendredi non pas un Caribe, mais un Africain.

L'accueil du livre aux États-Unis a suscité moins de débats. Dans le New York Times, Michiko Kakutani en loua l'écriture, la qualifiant de « lucide et précise » et appréciant « le paysage dépeint, mythique et pourtant spécifique », concluant que « le roman – qui demeure quelque peu solipsiste dans sa réflexion sur la littérature et ses conséquences – manque de la force et de la résonance morale de En attendant les barbares et de Michael K, sa vie, son temps, mais n'en reste pas moins un témoignage de l'intelligence, de l'imagination et du talent de son auteur. »[6]

Andrew O'Hehir, dans Salon, décrit le roman comme « un peu aride »[7].

Références

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Foe (Coetzee novel) » (voir la liste des auteurs).
  1. Patrick McGrath, « To Be Conscious Is to Suffer », New York Times,‎ (lire en ligne, consulté le )
  2. Denis Donoghue, « Her man Friday », The New York Times,‎ , Section 7; Page 1; Column 1 (lire en ligne, consulté le )
  3. Malan, « Only the Big Questions », Time,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  4. Manju Jaidka, « South Africa's voice of the people », The Tribune,‎ (lire en ligne, consulté le )
  5. Jane Poyner, J.M. Coetzee and the Idea of the Public Intellectual, Ohio University Press, , 1–20 [15] (ISBN 0-8214-1686-3), « Introduction » :

    « In Foe (1986) Susan Barton resists the patriarchal attempts of the author-figure Foe to misrepresent the story of her shipwreck on a Robinsonian island while simultaneously Barton inadvertently "colonizes" Friday's story »

  6. Michiko Kakutani, « Books of the times: FOE. By J. M. Coetzee. 157 pages. Viking. $15.95. », The New York Times,‎ (lire en ligne, consulté le )
  7. O'Hehir, « The outsider: J.M. Coetzee is a teller of mysterious and universal tales in the tradition of Kafka » [archive du ], (consulté le )

Annexes

Sources

  • David Attwell, J. M. Coetzee: South Africa and the Politics of Writing, University of California Press, (ISBN 0-520-07812-8, lire en ligne Inscription nécessaire)
  • Michael Marais, J. M. Coetzee and the Idea of the Public Intellectual, Ohio University Press, , 83–99 p. (ISBN 0-8214-1686-3), « Death and the Space of the Response of the Other in J. M. Coetzee's The Master of St. Petersburg »

Liens externes

  • icône décorative Portail de la littérature