Forces vives (politique)
En politique, l’expression forces vives désigne un ensemble d’acteurs (partis, syndicats, organisations religieuses et associatives, personnalités) présentés comme représentatifs de la société civile en sa partie la plus dynamique.
Elle ne correspond pas à une catégorie juridique stable et varie selon les contextes nationaux.
Usage politique de l’expression
L’expression « forces vives » a en politique un usage surtout rhétorique, et correspond à un contenu généralement fluctuant et dépendant des acteurs qui s’en réclament.
L’expression apparaît fréquemment dans des périodes de crise ou de transition pour :
- désigner des coalitions d’opposition ou de concertation ;
- légitimer une représentation élargie au-delà des institutions en place ;
- encadrer des processus de dialogue national (conférences, forums, transitions).
Dans la littérature académique, les forces vives sont analysées comme une catégorie discursive visant à produire une représentation englobante de la société. Son usage ne présume ni d’une structure organisationnelle stable ni d’une représentativité objectivement mesurable. Les travaux académiques soulignent son caractère englobant et stratégique. Ainsi, au Bénin, la « conférence des forces vives » est décrite comme réunissant « l’ensemble des composantes organisées de la société[1] ». Dans une perspective plus générale, la catégorie est analysée comme une construction visant à « agréger des acteurs hétérogènes sous une bannière commune[2]. À propos de Madagascar, la littérature évoque une coalition large incluant « partis politiques, Églises et organisations civiques[3] ».
Occurrences
Lors de la Conférence nationale de février 1990, l’expression « forces vives de la nation » est employée pour désigner l’ensemble des participants (partis, syndicats, Églises, société civile) impliqués dans la transition démocratique[4].
Au Burkina Faso, la notion apparaît dans les appels au dialogue et dans certains processus de transition, notamment pour inclure organisations de la société civile et autorités traditionnelles[5].
Aux Comores, l’expression est utilisée dans des contextes de concertation politique pour désigner des regroupements d’acteurs civils et institutionnels[6].
Le forum des forces vives de Guinée est un rassemblement de l'opposition regroupant des partis politiques, des syndicats et des ONG et d'anciens premiers ministres qui a été réprimé par le Massacres du 28 septembre 2009[7].
À Madagascar, en 1991-1994, les Forces vives désignent la coalition d’opposition au régime de Didier Ratsiraka, active durant la crise de 1991 et la transition qui conduit à la Troisième République[8] ; aussi connue sous le nom de Mouvement de 1990-1992 à Madagascar.
Au Niger, dans les années 1990–2010, l’expression est utilisée de manière récurrente dans les processus de dialogue politique pour désigner les acteurs civils et politiques conviés aux forums nationaux[9].
L’expression forces vives de la nation est fréquemment employée lors des conférences nationales et des dialogues politiques pour désigner les acteurs non étatiques associés aux processus de transition[10].
Les Forces vives du Sénégal sont une plateforme regroupant une centaine de partis politiques de l'opposition et organisations de la société civile qui avait pour objectif de faire barrage à la tentative de Macky Sall de briguer un troisième mandat présidentiel, objectif qui a été atteint[11].
Références
- ↑ Banégas, Richard, La démocratie à pas de caméléon, Paris, Karthala, 2003, p. 83.
- ↑ Gazibo, Mamoudou, Les paradoxes de la démocratisation en Afrique, Montréal, PUM, 2005, p. 112.
- ↑ Marcus, Richard, Political Change in Madagascar, African Studies Review, 38(1), 1995, p. 75.
- ↑ Banégas, Richard, La démocratie à pas de caméléon : transition et imaginaires politiques au Bénin, Paris, Karthala, 2003.
- ↑ Hagberg, Sten et al. Nothing Will Be as Before: A Study of the 2014 Insurrection in Burkina Faso. Uppsala, 2017.
- ↑ Walker, Iain, Comoros: Between Coups and Chaos, London, Hurst, 2019.
- ↑ « En Guinée, l’ancien chef de la junte reconnu coupable de crimes contre l’humanité au terme d’un procès hors norme », Le Monde, (lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Marcus, Richard, Political Change in Madagascar, African Studies Review, 1995.
- ↑ Gazibo, Mamoudou. Les paradoxes de la démocratisation en Afrique, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2005.
- ↑ Nzongola-Ntalaja, Georges, The Congo from Leopold to Kabila, London, Zed Books, 2002.
- ↑ « Au Sénégal, l’hétéroclite Plateforme F24 pour faire obstacle à un troisième mandat de Macky Sall », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
Voir aussi
- Forces vives du Sénégal
- Forum des forces vives de Guinée
- Massacres du 28 septembre 2009 en Guinée
- Mouvement de 1990-1992 à Madagascar
- Conférence nationale souveraine
- Conférence nationale des forces vives de la nation
- Transition politique
- Société civile
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