Fort de Tilbury

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| Petite ville | |
| Partie de |
Device Fort (en) |
| Coordonnées |
51° 27′ 14″ N, 0° 22′ 30″ E |
| Statut | |
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| Équipement |
Toilette handicapé (en) |
| Patrimonialité |
| Fondation |
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| Code postal |
RM18 7NR |
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| Site web |

Le fort de Tilbury, également connu sous les noms historiques de rempart de Thermitage et de fortin de West Tilbury, est un fort d'artillerie situé sur la rive nord de la Tamise, en Angleterre.
La première version du fort, composée d'un petit fortin et d'une artillerie couvrant le fleuve, est construite par le roi Henri VIII pour protéger Londres d'une attaque française dans le cadre de son programme de défense. Il est renforcé lors de la menace d'invasion de l'Armada espagnole en 1588, par l'ajout d'un bastion en terre, et les forces parlementaires l'utilisent pour sécuriser la capitale pendant la guerre civile anglaise des années 1640. A la suite aux raids navals des guerres anglo-néerlandaises, le fort est agrandi à partir de 1670 par Bernard de Gomme pour former un ouvrage défensif en étoile, avec des bastions angulaires, des douves remplies d'eau et deux lignes de canons pointées vers le fleuve.
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Outre sa fonction de protection de la Tamise, Tilbury commence au XVIIIe siècle à servir de dépôt de transit et d'entrepôt de poudre. Il demeure essentiel à la défense de la capitale et une nouvelle batterie d'artillerie est ajoutée dans son angle sud-est durant les guerres napoléoniennes. L'importance du fort en tant que structure défensive diminue avec le développement des technologies militaires au XIXe siècle. Il est réaménagé après 1868 pour accueillir de l'artillerie lourde, offrant ainsi une seconde ligne de défense le long du fleuve, mais de nouvelles avancées technologiques le rendent obsolète à la fin du siècle. Tilbury devient alors un dépôt stratégique, constituant une plateforme logistique pour le stockage et le transport des troupes et du matériel durant la Première Guerre mondiale. Le fort ne joue qu'un rôle limité durant la Seconde Guerre mondiale et est démobilisé en 1950.
Le fort de Tilbury est aujourd'hui géré par English Heritage et ouvert au tourisme. Il a accueilli 16 154 visiteurs en 2014[1]. La plupart des éléments militaires les plus modernes ont été démolis dans les années 1950, et d'autres travaux de restauration ont été entrepris dans les années 1970 avant l'ouverture du site au public en 1983. Les fortifications du XVIIe siècle sont considérées par l'historien Paul Pattison comme « le meilleur exemple de ce type encore existant en Grande-Bretagne », et le fort abrite les seules poudrières du début du XVIIIe siècle encore visibles en Grande-Bretagne[2].
Histoire
XVIe siècle

La première fortification permanente, à Tilbury dans l'Essex, est construite en raison des tensions internationales entre l'Angleterre, la France et le Saint-Empire romain germanique durant les dernières années du règne d'Henri VIII. Traditionnellement, la Couronne laissait la défense des côtes aux seigneurs et aux communautés locales, ne jouant qu'un rôle modeste dans la construction et l'entretien des fortifications. En cas de conflit avec France et l'Empire, les raids maritimes étaient fréquents, mais une véritable invasion de l'Angleterre semblait improbable[3]. Des défenses rudimentaires, composées de fortins et de tours simples, existent dans le sud-ouest et le long de la côte du Sussex, avec quelques ouvrages plus impressionnants dans le nord de l'Angleterre, mais en général, les fortifications restent de taille très limitée[4].
En 1533, Henri VIII rompt avec le pape Paul III afin d'annuler son mariage avec Catherine d'Aragon et de se remarier[5]. Catherine est la tante de Charles Quint, empereur du Saint-Empire romain germanique, et ce dernier considère cette annulation comme une insulte personnelle[6]. En conséquence, la France et l'Empire britannique forment une alliance contre Henri en 1538, et le pape encourage les deux pays à attaquer l'Angleterre[7]. Une invasion de l'Angleterre semble inévitable[8]. En réponse, Henri publie en 1539 un décret, appelé « dispositif », donnant des instructions pour la « défense du royaume en cas d'invasion » et la construction de forts le long des côtes anglaises[9].
La Tamise revêt une importance stratégique capitale, car la ville de Londres et les chantiers navals royaux nouvellement construits de Deptford et Woolwich sont vulnérables aux attaques maritimes remontant l'estuaire, voie maritime majeure assurant 80 % des exportations anglaises[10]. À l'embouchure de l'estuaire, la Tamise se rétrécit considérablement, formant un nœud de communication naturel : le « Long Ferry » transport les passagers vers la capitale, et le « Cross Ferry » assure la traversée du fleuve[11]. C'est également le premier point de débarquement aisé pour une force d'invasion, car auparavant, les vasières bordant l'estuaire auraient rendu les débarquements difficiles[12]. Des fortifications temporaires sont construites à Tilbury dès les XIVe et XVe siècles, bien que leur conception demeure peu connue[13].

Dans le cadre du nouveau programme de travaux du roi, la Tamise est protégée par un réseau de fortins se renforçant mutuellement, situés à Gravesend, Milton et Higham sur la rive sud, et à West et East Tilbury sur la rive opposée[14]. Le fortin de West Tilbury, faisant partie de la ligne intérieure, est initialement appelé « rempart du Thermitage », car il se trouve sur le site d'un ermitage dissous par le roi en 1536[15]. Il est conçu par James Nedeham et Christopher Morice, assistés de trois contremaîtres ; avant le début des travaux, le coût estimé s'élève à 211 £, comprenant la pierre, le bois, 150 000 briques et 200 tonnes de craie[16]. Le fortin en forme de D est incurvé à l'avant, avec deux étages de meurtrières, et comporte probablement des plates-formes de tir supplémentaires s'étendant de part et d'autre de la rivière ; des bâtiments annexes sont situés à l'arrière et l'ensemble du site est protégé par un rempart et un fossé, de vastes marais et ruisseaux offrant une protection supplémentaire à l'est[17]. Il est initialement commandé par le capitaine Francis Grant et son adjoint, avec une garnison composée d'un porteur, de deux soldats et de quatre artilleurs, équipés de cinq pièces d'artillerie, dont un Canon de 32 livres et des sakers[18].
La menace d'invasion s'éloigne et, en 1553, tous les fortins reçoivent l'ordre de rendre leurs canons ; Milton et Higham sont démolis[19]. Cependant, à l'été 1588, il y a une nouvelle menace d'invasion par l'Armada espagnole[20]. Une armée est mobilisée pour protéger l'embouchure de l'estuaire et Robert Dudley entreprend des travaux d'urgence pour renforcer les fortifications du fortin de Tilbury[21]. La reine Élisabeth Ire visite le fort en barge le et se rend en procession au camp militaire voisin, où elle prononce un discours devant les troupes rassemblées[22]. La crainte d'une invasion persiste même après la défaite de l'Armada et, au cours de l'année suivante, l'ingénieur italien Federigo Giambelli renforce le fortin, probablement par la construction de deux remparts concentriques en terre, complétés par des fossés et une palissade[23]. Une chaine est déployée en travers de la rivière jusqu'à Gravesend pour un coût de 305 £[23].
XVIIe siècle

Au début du XVIIe siècle, l'Angleterre est en paix avec la France et l'Espagne, et de ce fait, les défenses côtières sont négligées. Des études font état de nombreux problèmes au fort de Tilbury, notamment des inondations dues aux marées de l'estuaire, et la présence de passagers de ferry et d'animaux s'y introduisant sans autorisation[24]. En 1642, la guerre civile éclate entre les partisans du roi Charles Ier et ceux du Parlement. Tilbury est contrôlé par le Parlement, qui place les forts de Tilbury et de Gravesend sous l'autorité d'un gouverneur militaire. Ce dernier les utilise pour contrôler le trafic entrant à Londres et pour rechercher les espions ; le fort ne connait aucun combat durant la guerre[25]. Tilbury reste en service pendant l'interrègne, avec une garnison de trois officiers et soixante-six hommes en 1651[26].
Après sa restauration sur le trône en 1660, Charles II entreprend un vaste programme de travaux sur les défenses côtières[27]. La flotte néerlandaise remonte ensuite la Tamise en , mais renonce à aller plus loin par crainte des fortifications de Tilbury et de Gravesend[28]. En réalité, les forts sont mal préparés pour résister à une attaque néerlandaise ; à Tilbury, seuls deux canons sont opérationnels[28]. Les Néerlandais attaquent la flotte anglaise à Medway, donnant ainsi au gouvernement le temps nécessaire pour améliorer les défenses le long de la Tamise et installer 80 canons sur les forts[28]. À la suite de ce conflit, le roi charge son ingénieur en chef, un Néerlandais du nom de Bernard de Gomme, de développer davantage les défenses du fort de Tilbury[29].

De Gomme prépare plusieurs plans pour le roi en 1665 ; une nouvelle version est soumise en 1670 et reçoit l’approbation royale[30]. Les travaux commencent la même année, mais ne sont achevés qu’en 1685[31]. Ils sont réalisés par des entrepreneurs qualifiés, secondés par d’importantes équipes d’ouvriers enrôlés de force dans toute la région ; en 1671, jusqu’à 256 ouvriers travaillent sur le chantier[32]. Environ 3 000 pieux en bois sont importés de Norvège en 1671 pour soutenir les fondations dans le terrain marécageux[33]. Les ressources nécessaires aux multiples projets de défense du roi s’avèrent insuffisantes, et l’un des bastions prévus à Tilbury, initialement conçu pour faire face à la rivière, est annulé en 1681, notamment pour des raisons d’économie[34]. Le coût total du projet est inconnu, mais il dépasse largement l’estimation initiale de 47 000 £[34].
Le résultat est un grand fort pentagonal en forme d'étoile, doté de quatre bastions angulaires revêtus de briques et d'une enceinte extérieure comprenant deux douves et une redoute ; deux nouvelles portes défendent l'entrée nord[35]. Deux lignes de plates-formes de canons, orientées vers la rivière, s'étendent de part et d'autre du fort[36]. L'intérieur du fort est surélevé au-dessus du niveau des marais pour prévenir les inondations, et des casernes ainsi que d'autres bâtiments y sont construits[32],[37]. L'écrivain John Evelyn loue le nouveau fort comme « un véritable ouvrage royal »[34]. Des travaux ultérieurs, après 1694, remplacent les plates-formes de canons en bois longeant la rivière par des structures en pierre plus durables[38].
XVIIIe-XIXe siècles

Au début du XVIIIe siècle, le fort de Tilbury est l'un des plus puissants de Grande-Bretagne[39]. Le nombre de pièces d'artillerie varie ; en 1715, on compte 17 demi-canons et 26 couleuvrines sur la plateforme ouest, et 31 demi-canons et une couleuvrine sur la plateforme est ; l'année suivante, le fort compte au total 161 canons, dont 92 sont en mauvais état et hors d'usage[40].

Outre son rôle dans la protection de la Tamise, le fort a diverses utilisations militaires au cours du XVIIIe siècle. À partir de 1716, le Bureau de l'Artillerie commence à l'utiliser comme dépôt de poudre à canon ; les restrictions de sécurité concernant le transport de poudre à canon dans les docks de Londres contraignent à utiliser Tilbury[41]. Deux grands poudrières sont construites, pouvant contenir chacune 3 600 barils de poudre, et l'ancien fortin ainsi que d'autres bâtiments sont transformés en poudrières supplémentaires[42]. Finalement, le fort peut contenir plus de 19 000 barils de poudre[43]. Il sert également de dépôt de transit pour les soldats et, après le soulèvement jacobite de 1745, de prison pour 268 prisonniers de guerre des Highlands[38]. Les prisonniers jacobites sont détenus dans les poudrières et 45 d'entre eux meurent du typhus avant d'être transférés à Londres pour y être jugés[44].
Les conditions de vie au fort sont précaires[38]. Entouré de marais et doté d'un réseau routier rudimentaire, le fort oblige la garnison à survivre grâce à la collecte des eaux de pluie[38]. Un marchand, appelé vivandier, a construit une maison à l'intérieur de l'entrée sud, cultivant des légumes dans le bastion sud-ouest et bénéficiant d'un quasi-monopole sur la vente de nourriture aux soldats[45]. De nouvelles casernes pour les officiers et les hommes de troupe sont reconstruites en 1772, mais les officiers préfèrent souvent vivre de l'autre côté de la rivière, dans le cadre plus urbain de Gravesend, près du quartier général militaire[40]. Un match de cricket en 1776, opposant des hommes du Kent et de l'Essex, aurait dégénéré en bain de sang lorsque des armes sont saisies dans le corps de garde ; les journaux racontent comment un homme de l'Essex et un sergent sont abattus, et un soldat blessé à la baïonnette, avant que les deux camps ne prennent la fuite[46]. On ignore dans quelle mesure le récit du journal est exact, bien que les historiens Andrew Saunders et Charles Kightly lui accordent une certaine crédibilité[47].

La taille de la garnison varie durant la première moitié du siècle, mais en 1830, le fort peut accueillir 15 officiers et 150 hommes de troupe[48]. Malgré la construction de nouvelles installations en 1809, les conditions de vie des soldats restent précaires : quatre hommes partagent chacune des chambres à deux lits des casernes, et il n’y a pas d’eau courante sur le site[49]. Au cours du XIXe siècle, une pompe est installée pour remonter l’eau d’un puits de 178 mètres sous la surface[50]. Des enquêtes nationales sur le niveau des casernes de l'armée en 1857 conduisent à des investissements dans de meilleures installations à Tilbury ; l'eau courante est installée sur le site en 1877, et des commodités et des installations sanitaires améliorées sont mises en place après 1880[51].

Dans les années 1850, l'avènement des navires à vapeur permet aux bâtiments ennemis de remonter la Tamise beaucoup plus rapidement qu'auparavant, réduisant ainsi le temps dont disposaient les forts pour les intercepter[52]. Les canons rayés, les tourelles et les nouveaux blindages permettent aux navires de guerre ennemis de tirer plus facilement sur des forts comme Tilbury depuis l'aval, tout en étant protégés de leurs propres tirs[52]. La crainte d'une invasion de Napoléon III conduit à la création de la Commission royale pour la défense du Royaume-Uni en 1859[53]. La Commission remet son rapport l'année suivante et recommande la construction de nouveaux forts plus puissants en aval, les fortifications telles que Tilbury constituant une seconde ligne de défense[53]. Les travaux de renforcement de Tilbury commencent en 1868, sous la direction du capitaine Charles Gordon, et visent principalement à ajouter des positions de canons plus lourdes, capables de tirer en amont pour appuyer les nouveaux forts[54]. Les bastions ouest, nord-est et est, ainsi que le mur d'enceinte sud-est, sont modifiés pour abriter treize canons rayés à chargement par la bouche, protégés par des murs de briques, des terrassements et des boucliers en fer[54]. Initialement, des canons de 7 tonnes sont déployés, mais ils sont remplacés par des canons de 25 tonnes dès 1888[54]. L'ancien fortin Tudor est détruit pour faire place aux nouveaux canons[55].
Les progrès technologiques navals et défensifs se poursuivent au cours des décennies suivantes, rendant obsolète la conception bastionnée du fort de Tilbury[56]. Le gouvernement juge les défenses situées plus en aval de la Tamise suffisantes et Tilbury n'est donc pas amélioré. Il devient largement inutile comme fortification défensive à la fin du siècle, bien qu'il serve encore de dépôt stratégique[57]. À partir de 1889, il devient un centre de mobilisation destiné à soutenir une force de frappe mobile en cas d'invasion, dans le cadre du vaste plan de défense de Londres, et de grands entrepôts sont construits sur le site pour stocker du matériel[58].
XXe et XXIe siècles

De nouvelles inquiétudes apparaissent quant à la vulnérabilité de la Tamise aux attaques de torpilleurs et de croiseurs cuirassés, et en 1903, quatre canons de 12 livres à tir rapide sont positionnés sur le mur d'enceinte sud-est de Tilbury, complétés en 1904 par deux canons à chargement par la culasse[59]. En 1905, cependant, le gouvernement décide que la Royal Navy et les forts en aval assuraient une protection suffisante pour la capitale et retire l'artillerie, ne laissant en place que des mitrailleuses[60].
Le fort de Tilbury continue de servir de dépôt de mobilisation et, après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, il est utilisé pour loger jusqu'à 300 soldats de transit et pour approvisionner les nouveaux camps militaires établis à Purfleet et à Belhus Mansion[61]. Il est initialement occupé par le 2e bataillon des Royal Dublin Fusiliers jusqu'en 1916, puis par diverses unités de réserve pour le reste de la guerre[62]. Le fort lui-même sert d'entrepôt de munitions tandis qu'un dépôt de remonte est construit juste à l'ouest ; un pont de bateaux est construit sur la Tamise pour les mouvements de troupes, gardé par les canons du fort[63]. Jusqu'en 1917, il sert également d'état-major à plusieurs bataillons d'infanterie[64]. L'éclairage électrique est installé, et une voie ferrée à écartement réduit ainsi qu'une grue à vapeur sur le quai sont ajoutées pour faciliter le transport du matériel à l'intérieur et à l'extérieur du fort[61]. Après les raids de zeppelins de , des canons antiaériens et des projecteurs sont installés au fort et jouent un rôle dans l'abattage du zeppelin L15 de la marine allemande, bien que l'emplacement exact du tir qui a abattu le dirigeable soit contesté[65].
Entre les deux guerres mondiales, le gouvernement conclut que le fort n'a plus d'utilité militaire et plusieurs tentatives, infructueuses, sont menées pour le vendre[66]. Durant la Seconde Guerre mondiale, le fort abrite initialement une salle d'opérations antiaériennes improvisée, contrôlant les défenses de la zone de canons de la Tamise et de la Medway (Nord) entre 1939 et 1940[67]. Des tranchées sont creusées dans les environs pour prévenir toute attaque aérienne[68]. La caserne des sous-officiers et le bâtiment des installations, ainsi que probablement la maison du fournisseur, sont bombardés et endommagés, puis démolis après la guerre[69]. Le fort est désaffecté relativement tôt après la guerre et, en 1950, le ministère des Travaux publics en prend possession[70]. Des travaux de restauration ont lieu dans les années 1970, notamment la construction de répliques de ponts en bois[66]. Il est ouvert au public en 1982[66].
Au XXIe siècle, le fort est géré par English Heritage et exploité comme site touristique, accueillant 16 154 visiteurs en 2014[1]. Le site est classé monument historique le [71] bénéficiant ainsi d'une protection au titre de la loi britannique. La caserne des officiers est un bâtiment classé Grade II*[72].
Architecture

Le fort de Tilbury est resté en grande partie inchangé depuis sa reconstruction à la fin du XVIIe siècle sous la direction de Bernard de Gomme, avec quelques ajouts du XIXe siècle[73]. Il est conçu dans un style principalement hollandais, avec un système de défenses extérieures et intérieures permettant d'attaquer les navires de guerre ennemis tout en étant protégé des attaques terrestres[74]. L'organisme de protection du patrimoine Historic England le décrit comme « l'exemple le plus spectaculaire » d'un fort de la fin du XVIIe siècle en Angleterre, et l'historien Paul Pattison considère ses défenses comme « le meilleur exemple de ce type encore existant en Grande-Bretagne »[75].
Défenses extérieures

Les défenses extérieures comprennent des douves extérieures et intérieures remplies d'eau, alimentées par la Tamise et séparées par un anneau de remparts défensifs[2]. La douve intérieure mesure 50 mètres, mais est relativement peu profonde, et possède des berges consolidées à plusieurs reprises par des pieux pour les protéger de l'érosion[76]. On y accède par le nord, par un ouvrage défensif triangulaire appelé redan, défendu par une redoute[77]. Une chaussée relie le redan aux fortifications extérieures, qui forment un réseau complexe de remparts protégeant un chemin couvert faisant le tour de la ligne de défense[77]. Des bastions se dressent aux angles nord-ouest et nord-est, et deux éperons triangulaires, initialement équipés de canons, font saillie des fortifications à l'ouest et à l'est, avec des points de ralliement pour l'infanterie à l'intérieur[78].
Un pont en bois, réplique d'un pont existant, relie les défenses extérieures à une île appelée ravelin, elle-même reliée aux défenses intérieures par un autre pont, également réplique d'un pont, protégé par deux ponts-levis[50]. Le ravelin constitue une barrière physique contre les tirs d'artillerie dirigés vers l'entrée des défenses intérieures et peut également servir de cible aux tirs dirigés contre les forces ennemies ayant franchi la ligne de défense extérieure[79].
Au sud des fortifications extérieures, face à la rivière, se trouvent les lignes de canons ouest et est. Construites au XVIIIe siècle, elles subissent une érosion et un envasement considérables ; douze des quatorze positions d'origine de la ligne ouest subsistent, mais une seule de la ligne est a survécu[77]. Entre les deux lignes se trouve un quai, conçu pour permettre le ravitaillement depuis la Tamise, ainsi que les vestiges de la voie ferrée à écartement étroit construite pendant la Première Guerre mondiale[80]. Une vanne située dans l'angle sud-ouest gère l'eau des douves et permet de les vider complètement si leur surface venait à geler en hiver, offrant ainsi un avantage aux assaillants[79]. À l'ouest des fortifications extérieures se trouve le pub « World's End », anciennement la station de ferry locale, datant de 1788[77].
Défenses internes
Les défenses intérieures suivent en grande partie un plan pentagonal, avec quatre bastions défensifs disposés autour d'une place d'armes centrale. Au sud, on accède au fort par la Porte de l'Eau. Ce corps de garde à deux étages date de la fin du XVIIe siècle et présente une façade monumentale en pierre ornée de sculptures d'armes classiques et du XVIIe siècle ; à l'origine, la niche aujourd'hui vide en façade abritait probablement une statue du roi Charles II[81]. Le bâtiment servait initialement de logement au maître canonnier[82]. La majeure partie de l'intérieur du fort est occupée par la place d'armes, une superficie de 2,5 acres[83]. La place d'armes centrale est surélevée à sa hauteur actuelle aux XVIIe et XIXe siècles à l'aide de craie et de terre, et au début du XXe siècle, une grande partie est occupée par quatre grands entrepôts, depuis détruits[84].

En se dirigeant vers l'est depuis la porte de l'eau, les fortifications du rideau sud-est et le bastion sud-est sont reconstruits au début du XXe siècle pour accueillir quatre canons à tir rapide et deux canons de 150 mm. Des canons de 9 pouces sont exposés, reliés par des tunnels à un magasin de munitions souterrain[85]. Quatre pièces d'artillerie, datant de 1898 à 1942, sont présentées[86]. Face à la place d'armes se trouvent les logements des officiers, une rangée de maisons datant probablement de la fin du XVIIIe siècle dans sa forme actuelle, avec des écuries à l'extrémité nord, initialement destinées aux chevaux du commandant[87]. Elles abritent aujourd'hui la collection Bernard Truss de souvenirs militaires[88]. Le bastion nord-est est remanié après 1868 et comprend un magasin de munitions recouvert de terre, ainsi que des emplacements pour des canons rayés de 9 pouces à chargement par la bouche[89].
Du côté nord de la place d'armes se trouvent deux poudrières du début du XVIIIe siècle, remaniées au XIXe siècle[90]. Conçues spécifiquement pour éviter l'utilisation du fer, susceptible de produire des étincelles et de déclencher une explosion, elles sont construites en bois et en cuivre ; ce sont les seuls exemples de ce type encore existants en Grande-Bretagne[90]. La porte de Landport se situe derrière les poudrières et possède un corps de garde, appelé la Maison des Morts, au-dessus du passage menant à l'intérieur du fort[91]. Au-delà du bastion nord-ouest, les casernes des soldats se dressent en face de celles des officiers, mais elles sont détruites après la guerre et il n'en reste aujourd'hui que les fondations[92]. La poudrière sud-ouest abrite également une poudrière couverte, semblable à celle du bastion nord-est[93]. Juste à l'ouest de la porte de l'eau se trouvent le corps de garde et la chapelle du fort, datant de la fin du XVIIe siècle et l'un des plus anciens lieux de culte subsistant au sein d'une forteresse d'artillerie britannique[94].
Références
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