François Augiéras

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Abdallah Chaamba |
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Pierre Augiéras (d) |
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roman, souvenirs, récit de voyage, correspondance, autofiction |
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François Augiéras est un écrivain français, né à Rochester (État de New York) le et mort à Périgueux le .
Biographie
Enfance
François Augiéras est le fils de Pierre Augiéras, un pianiste français renommé, et de Suzanne Marie Kaczinska[1], peintre sur porcelaine d'origine polonaise. Pierre Augiéras, installé aux États-Unis en 1922 pour raisons professionnelles, enseigne à l'école de musique Eastman de Rochester[1] ; il meurt le [1] d'une appendicite. Moins de deux mois plus tard, le , son fils François naît. Quelques mois plus tard, la mère et l'enfant traversent l'Atlantique sur le France II[2] et s'installent en France, tout d'abord à Paris, ville que François Augiéras trouve sinistre et qu'il déteste, dans laquelle il passe sa prime enfance ; il est scolarisé au collège Stanislas (qui ne lui laissa pas non plus un très bon souvenir)[3] ; puis, à l'âge de huit ans, François et sa mère déménagent à Périgueux[4]. C'est là, à la bibliothèque municipale, qu'il découvre, à l'âge de treize ans, André Gide, Nietzsche et Arthur Rimbaud.
Adolescence et voyages
C'est aussi à l'âge de treize ans que, attiré par l'art, il quitte l'école pour suivre des cours de dessin[3]. En 1941, il s'inscrit à la Jeunesse de France et d'Outremer[4], mouvement encadré par le régime de Vichy[5], mais s'en détache dès 1942 pour devenir acteur dans un théâtre ambulant[réf. souhaitée]. En 1943, il rejoint un autre mouvement de jeunesse de Vichy, les Compagnons de France, où il s'occupe d'enfants délinquants et travaille dans des fermes[4].
Il s'engage, en 1944, au dépôt de la flotte à Toulon, puis passe en Algérie, où il reste environ un an, d'abord à Alger où il rejoint le camp Sirocco des jeunes des FNFL[4]. Mais il est bientôt réformé et séjourne dans le monastère de Tibhirine, puis dans le bordj de son oncle Marcel Augiéras[4], militaire colonial en retraite, à El Goléa, dans le Sahara. La figure à la fois ancestrale et mystagogique de cet oncle jouera un rôle essentiel dans l'œuvre et dans l'imaginaire de François Augiéras[4]. Mais durant ce séjour dans le Sahara, il est abusé sexuellement par son oncle, et découvre à cette occasion ses propres penchants homosexuels[3],[6].
L'écriture
Augiéras s'inspire de cet épisode pour écrire en 1949, Le Vieillard et l'Enfant, qu'il publie à compte d'auteur sous le pseudonyme d'Abdallah Chaamba. L'ouvrage retient l'attention d'André Gide qui, quelques mois avant son décès, rencontre le jeune écrivain après que ce dernier lui a envoyé deux lettres. Augiéras décrit plus tard un Gide manifestement ému par sa rencontre avec lui, et s'imagine comme le « dernier amour » du grand écrivain. Le Vieillard et l'Enfant est republié en 1954 par les Éditions de minuit et une rumeur prétend alors qu'« Abdallah Chaamba » est un pseudonyme posthume de Gide[3].
Solitaire et révolté, Augiéras multiplie les voyages, parcourant notamment l'Algérie et la Grèce, où il fait retraite au mont Athos. En 1957-1958, il participe à la revue Structure, que dirige Pierre Renaud à Paris, puis s'engage dans une compagnie de méharistes du sud algérien. Ses livres s'inspirent de sa vie mouvementée. Lui-même écrit[7] : « J'ai accepté – ou appelé – de dangereuses aventures, toujours avec cette arrière-pensée : ça deviendra des livres ! ». D'un tempérament panthéiste, Augiéras évoque ouvertement dans ses écrits l'attirance sexuelle à la fois pour les garçons et les jeunes filles, mais également pour les animaux[3]. Dans L'Apprenti sorcier, le seul de ses ouvrages qui ne soit pas directement autobiographique[8], il aborde le thème de la pédophilie.
En 1960, il épouse sa cousine Viviane de La Ville de Rigné, mais leur union ne dure pas et est officiellement dissoute neuf ans plus tard. En 1964 paraît sans nom d'auteur, aux éditions Julliard, L'Apprenti sorcier, un texte peu connu, sauvage, d'une force peu commune, où un adolescent entretient des rapports masochistes avec le prêtre chez qui il est placé, puis vit une histoire d'amour avec un jeune garçon. En 1967, Augiéras achève le premier livre qu'il signe de son véritable nom, Une adolescence au temps du Maréchal et de multiples aventures. Les errances, la précarité, l'extrême solitude aggravent son état de santé. Les séjours à l'hôpital de Périgueux se succèdent.
Fin de vie
À la fin des années 1960, il réside un temps dans les grottes de Domme pour échapper aux conditions de vie dans les hospices, et y écrit sur des cahiers d'écolier. Son livre Domme ou l'Essai d'occupation, qu'il ne parvient pas à faire éditer de son vivant, est inspiré de cette vie dans les grottes[7]. Prématurément vieilli par ses conditions de vie, miné par la pauvreté et la malnutrition, il s'installe dans une maison de repos près de Brantôme (Dordogne), puis dans un hospice pour indigents à Montignac. Un voyage au Mont Athos est publié en 1970. Souffrant d'une maladie cardiaque, François Augiéras meurt le à l'hôpital de Périgueux[9]. Il est inhumé à Domme le [1]. L'un de ses rares amis, l'instituteur Paul Placet, s'emploie ensuite à faire connaître l'œuvre d'Augiéras en organisant des expositions de ses peintures et en diffusant ses manuscrits[10].
Rayonnement
Plusieurs ouvrages de François Augiéras, dont des recueils de correspondance, ont paru de manière posthume. En plus d'une œuvre littéraire, il laisse un ensemble de tableaux et des dessins, encore peu connus. L'un de ses biographes, Serge Sanchez, décrit l'œuvre littéraire d'Augiéras comme « une fresque spirituelle qui prend racine dans sa vie même »[10].
En 1968, Michel Mardore signe un article de critique littéraire dans Le Nouvel Observateur du , qui fera connaître l'œuvre d'Augiéras.
En 2009, le peintre catalan Miquel Barceló « fait rayonner l'œuvre d'Augièras à la Biennale de Venise »[2].
François Augiéras donne son nom au prix littéraire du Grand Périgueux, le Prix Augiéras, qui est attribué chaque année dans le cadre du « Salon du Livre de Champcevinel », devenu « Livre en Fête » en 2010[11].
En 1998, la ville de Périgueux souhaite qu'une œuvre artistique orne la future place François-Augiéras, devant l’actuelle médiathèque Pierre-Fanlac. L'artiste Marc Monnier crée une sculpture composée de lettres pochoirs, réalisée en acier Corten, un matériau qui produit une couche de rouille protectrice. L'œuvre est inaugurée le , en présence de l’artiste, du maire de l’époque Xavier Darcos, et des amis de François Augiéras, Guy Célarier, Marcel Loth et Paul Placet[12].
En 2021, à l’occasion du cinquantenaire de sa mort, l’Office de la culture de Domme propose un hommage appuyé, à Sarlat et Domme, puis à Montignac et aux Eyzies, avec des expositions événements et débats sur son œuvre. La même année, au sujet de l'œuvre d'Augiéras, paraissent un hors-série de la revue Raskar Kapac ainsi qu'un essai de Bernard Duvert[13].
En 2025, sur l'initiative de Miquel Barceló, une exposition sur la vie de François Augiéras se tient en Espagne à Gérone[2].
Œuvres
- Le Vieillard et l'Enfant, Les Éditions de minuit, 1954, rééd. en 1985. Un récit semi-onirique, une écriture hantée par Dieu sous le ciel étoilé de l'Afrique. Le drame d'un enfant réduit à « l'esclavage » et d'abord la relation d'une éducation érotique et spirituelle dans une oasis au milieu du désert. Une première œuvre qui a enchanté Gide.
- Zirara, Revue Structure, 1957.
- Le Voyage des morts, Revue Structure-La Nef de Paris, 1959 ; rééd. Fata Morgana, 1979 ; rééd. Grasset - Les cahiers rouges, 2000.
- L'Apprenti sorcier, sans nom d'auteur, Julliard, 1964 ; rééd. Fata Morgana, 1976, puis Grasset, 1989. Le critique et cinéaste Michel Mardore, avec lequel François Augiéras entretient une amitié et une correspondance sur plusieurs années, pense à adapter ce livre au cinéma dès 1964. Mais le projet restera inabouti.
- Une adolescence au temps du Maréchal et de multiples aventures, Christian Bourgois, 1968 ; rééd. éditions de la Différence, 2001 ; rééd. Bartillat, Omnia Poche, 2018.
- Un voyage au Mont Athos, Flammarion, 1970.
- Domme ou l'Essai d'occupation, Fata Morgana, 1982 ; rééd. Éd. du Rocher, 1990 ; rééd. Grasset, 1996.
- La Chasse fantastique, de François Augiéras et Paul Placet, Éditions Phalène, 1984 ; rééd. Éditions Novetlé, 1996 ; rééd. La Différence, coll. « Minos », 2005.
- Les Barbares d'Occident, Fata Morgana, 1990 ; rééd. La Différence, 2002. L'essentiel de l'œuvre de François Augiéras est autobiographique. Les Barbares d'Occident n'y font pas exception. Le titre devait, à l'origine, couvrir l'ensemble de ses rapports avec des figures de son époque (Gide, Cendrars, Jouhandeau, Bissière, Yourcenar, Malraux), mais l'auteur a abandonné son projet initial, préférant inclure dans Une adolescence au temps du Maréchal les épisodes de ses rencontres avec Gide et avec le peintre Bissière.
- Bout du monde dessins de Claude Stassart-Springer, éditions de la Goulotte, Vézelay, 1998.
- Lettres à Paul Placet, Fanlac, 2000.
- Le Diable ermite. Lettres à Jean Chalon (1968-1971), (préface de Jean Chalon), La Différence, 2002. Correspondance entretenue durant trois ans, jusqu'à la veille de sa mort, avec J. Chalon, cet ami qu'il ne rencontra jamais en personne.
Notes et références
- Guy Penaud, Dictionnaire biographique du Périgord, Éditions Fanlac, 1999, (ISBN 2-86577-214-4), p. 55.
- Isabelle de Montvert-Chaussy, « Il a chanté l'Afrique et le Périgord », Sud Ouest Week-End no 665, supplément à Sud Ouest, , p. 18-19.
- Patrick Bergeron, « François Augiéras », sur erudit.org, Nuit blanche, le magazine du livre (n°108), (consulté le )
- Jean Chalon, « Postface » à Domme ou l'essai d'occupation, Grasset, 1997.
- ↑ Pierre-André Taguieff, Grégoire Kauffmann et Mickaël Lenoire, L'Antisémitisme de plume, - : Études et documents, Paris, Berg International, coll. « Pensée politique et sciences sociales », , 618 p. (ISBN 2-911-28916-1), « Un mouvement de jeunesse pour l'exclusion et la déportation des Juifs », p. 66–69 [lire sur Google Livres]
- ↑ Michel P. Schmitt, "François Augiéras : la stratégie du désert", Premiers romans, 1945-2003, Presses Sorbonne Nouvelle, 2005, page 41
- « Les papiers de François Augiéras rejoignent la bibliothèque de l'Arsenal »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?), sur Bibliothèque nationale de France
- ↑ Masques, revue des homosexualités, recueil des Numéros 12 à 15, 1981.
- ↑ François Augiéras
- « http://www.boojum-mag.net/f/index.php?sp=liv&livre_id=1216 »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?)Augiéras, une porte sur l'absolu, entretien avec Serge Sanchez, biographe de François Augiéras, Boojum mag
- ↑ « Le Prix Augiéras – Livre en fête à Champcevinel », sur Livre en fête le salon du Grand Périgueux (consulté le )
- ↑ Ludovic Ibarz, « Dordogne : L’artiste Marc Monnier n’est plus », sur dordognelibre.fr, (consulté le )
- ↑ « Dordogne : un hommage XXL à l’artiste hors norme François Augiéras », sur SudOuest.fr (consulté le )
Voir aussi
Bibliographie, filmographie
- François Augiérias. Le temps qu'il fait, coll. « Cahier », n° 2, 1984. Études et témoignages de Bernard Blangenois, Jacques Brenner, Jacques Bussy, Patrick Cloux, Georges Monti, Paul Placet, Annick Sherer, Jacques de Ricaumont, Christian Rodier, Frédérick Tristan, Gérard Vincent, Marguerite Yourcenar. Illustrations, photos et dessins en noir et blanc.
- Revue Sophie, no 2, 1986, p. 54 : Une photographie de la tombe de François Augiéras à Domme en 1986.
- Julien Regoli, Luc Lagarde, François Augiéras, Fragments d'une Trajectoire, 1986 (Documentaire 40 min P2001ApacheFilm).
- Joël Vernet, Lettre de Gao, Éditions Lettres Vives, 1988.
- Paul Placet, François Augiéras, un barbare en occident, Fanlac, 1988.
- Philippe Berthier, François Augiéras, l'apprenti sorcier, Champ Vallon, 1994.
- Collectif, Augiéras, une trajectoire rimbaldienne, Au Signe de la Licorne, 1996.
- Collectif, François Augiéras ou le théâtre des esprits, L'Ile Verte, 1998.
- Stéphane Sinde, François Augiéras, un essai d'occupation, film documentaire, 2000.
- Joël Vernet, François Augiéras, l'aventurier radical, Jean-Michel Place, 2004 (ISBN 2-85893-791-5).
- Pierre E. Richard, Les années de formation de François Augiéras. Paris Méditerranée Éditions, 2005, 196p. (ISBN 2-84272-235-3). Cette étude contient de nombreux textes inédits de F.A. antérieurs au titre Le Vieillard et l'enfant, ainsi que des témoignages essentiels sur les premiers témoins de son aventure. NB : Contrairement à l'assertion ci-dessus, cet ouvrage n'est jamais paru ayant été censuré par l'ayant-droit de F. A, Jean Chalon.
- Serge Sanchez, François Augiéras, le dernier primitif, Grasset, 2006.
- Europe, n° 931-932, Nov.-déc. 2006, Dossier « François Augérias », p. 193-304 [Lire en ligne le sommaire de ce dossier (treize contributeurs) (page consultée le 10 février 2026)]
- Frédérick Tristan, Réfugié de nulle part, Fayard, 2010 (sur Augiéras, p. 109-112).
- Pierre E. Richard Bibliographie des écrits de François Augiéras, éditions la Palourde, Nîmes, 2010.
- Joël Vernet, L'ermite et le vagabond, Editions L'Escampette, 2010.
- Jacques Isolery, François Augiéras, Trajectoire d'une ronce, L'Harmattan, 2011.
- Philippe Lacadée, François Augiéras. L'Homme solitaire et la voie du Réel, Editions Michèle, 2016.
- Revue Raskar Kapac, François Augiéras, hors série numéro 1, 2021.
- Bernard Duvert, François Augiéras, les gravités célestes, préface de Jean Chalon, Éditions Artys, 2021.
Liens externes
- Site de l'Association « Les amis d'Augiéras » (Consulté le )
- Qui était François Augiéras?
- François Augiéras (1925-1971)
- François Augiéras, peintre 1940-1949
- À propos de L'Apprenti sorcier : [1]
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