Françoise Quintin-Ryszowska

Françoise Quintin-Ryszowska
une illustration sous licence libre serait bienvenue
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Cimetière d'Étretat (d)
Nationalité
Activités
Autres informations
Membre de

Françoise Quintin-Ryszowska, née en 1935 à Paris et morte le à Étretat, est une poétesse et écrivaine française.

Issue d’un milieu catholique très aisé, elle publie notamment Étretat, Le Vrai Sublime et Fille de pêcheur. Sa vie littéraire est associée à plusieurs cercles poétiques et revues de l’après-guerre ; Le Parisien la présente comme une femme de lettres reconnue, membre de cercles littéraires à Paris et proche de l’Académie française[1].

Engagée politiquement dans les années 1950-1960, d’abord proche du gaullisme, elle se rapproche ensuite de Jacques Soustelle et de milieux favorables à l’Organisation de l'armée secrète (OAS), selon des dossiers des Renseignements généraux déclassifiés par son petit-fils, Ludovic Ryszowski, historien de formation et ancien professeur[1],[2], et cités par Paris-Normandie et Le Parisien[3],[1].

Retrouvée morte au pied de la falaise d’Amont, à Étretat, le , elle est officiellement présentée comme s’étant suicidée. Cette version est contestée depuis 2025-2026 par Ludovic Ryszowski, qui demande une réévaluation du dossier à la lumière d’archives et de témoignages publiés dans la presse[3],[2],[4].

Biographie

Origines et vie familiale

Françoise Quintin naît en 1935 à Paris, dans une famille aisée : ses parents possèdent plusieurs biens immobiliers à Paris et en banlieue parisienne, ainsi qu'une importante villa à Étretat, située rue de l'abbé-Cochet et baptisée « Le Maupas »[3],[5], et que Le Parisien présente comme une somptueuse villa de villégiature près de la plage[1]. Son parrain est le général Jean de Lattre de Tassigny[2].

Élevée dans un milieu catholique attaché à des valeurs militaires, elle sort diplômée de l'Université de Paris (1896-1970) comme étant la plus jeune médaillée universitaire au moment de ses fiançailles[2]. Elle épouse en 1957 Michel Stanislas Ryszowski, militaire de carrière dans l’Armée de l’Air, rapidement affecté en Afrique du Nord, notamment en Algérie. Le couple aura cinq enfants[3].

Carrière littéraire et distinctions

Poétesse et écrivaine, Françoise Quintin-Ryszowska est mentionnée dans plusieurs cercles et concours littéraires. La presse la présente comme « maître ès Lettres » de l’Académie des poètes classiques, lauréate de l’Académie de la Manche et de Tunisie, ainsi que chevalier de l’« ordre du mérite national » et du « mérite poétique »[3]. Elle est, en outre, présentée comme lauréate de l’Académie des Jeux floraux de Bigorre et des Pyrénées, dans la lignée des prestigieux Jeux floraux de Toulouse[4].

En 1958, elle publie un recueil de poèmes intitulé Étretat. Il s'agit d'un long poème à la gloire de la cité d'Étretat[2].

À l'époque, Paris-Normandie et d'autres journaux indiquent que Françoise Quintin reçoit à ce titre les félicitations du général de Gaulle, ainsi que celles du président René Coty et du député André Bettencourt ; elle y est présentée comme « la plus jeune femme écrivain de France »[6].

En 1962, un communiqué publié dans la presse par Lucien Poyet (Prix Aurel 1947, de l'Académie française[7]), rédacteur en chef des Éditions des Cahiers du Nouvel Humanisme, annonce que le poème Étretat sera mis en vente en Belgique, en Allemagne, en Afrique du Nord, en Suisse et à Ankara, en Turquie[8].

Françoise Quintin figure également comme poétesse dans un panorama de la vie littéraire en Seine-Maritime publié en 1962 par René Streiff dans la revue Études normandes[9].

Avec son époux, Michel Stanislas Ryszowski, elle est membre de la Société de géographie de Paris, où elle apparaît sous le prénom « Ève-Françoise »[10].

Engagement politique et surveillance des RG

Sur le plan politique, Françoise Quintin-Ryszowska se déclare d’abord proche du général Charles de Gaulle. Les dossiers des Renseignements généraux cités par Paris-Normandie indiquent qu’elle se présente comme militante de l’Union pour la nouvelle République (UNR), responsable pour l’arrondissement du Havre, et qu’elle fonde en un « Comité de soutien au général de Gaulle »[3]. Le Courrier Cauchois présente ce comité comme le premier comité de soutien au général de Gaulle dans l’arrondissement du Havre et en Seine-Maritime[2]. Elle en est la présidente-fondatrice à Criquetot-l’Esneval ; la trésorière du comité est présentée comme une ancienne secrétaire administrative du général de Gaulle[11].

Les mêmes dossiers décrivent ensuite un revirement politique : elle qualifie Charles de Gaulle de « traître » et soutient Jacques Soustelle, ancien gouverneur général de l’Algérie, alors proche de l’Organisation de l'armée secrète (OAS). Selon Paris-Normandie, les RG expliquent cette « volte-face » politique par l’influence de son mari, Michel Stanislas Ryszowski, militaire de carrière revenu d’Algérie[3]. Le Courrier cauchois indique toutefois que Ludovic Ryszowski conteste cette interprétation et soutient que l’engagement de sa grand-mère en faveur de l’Algérie française ne fut pas encouragé par son époux[2].

Le même article mentionne, parmi les éléments relevés dans les archives et dossiers consultés par Ludovic Ryszowski, une possible mise en relation avec l’affaire dite des « ballets bleus du Havre », que l'écrivain semble dénoncer, présentée par le journal, par analogie avec les « ballets roses », comme une affaire d’agressions sexuelles sur mineurs révélée à partir de 1959[2].

Les RG mentionnent notamment un article de L’Humanité titré « Le 25, rue des Rosiers à Alfortville sert-il de planque à Soustelle ? », visant une adresse liée à la famille de Françoise Quintin-Ryszowska et la présentant comme une possible cache de Jacques Soustelle[3].

Selon Paris-Normandie, les dossiers reproduisent également une lettre interceptée dans laquelle elle affirme effectuer des déplacements en Sicile et en Algérie pour le compte de Soustelle[3]. Le Parisien indique de son côté que les dossiers des RG montrent une femme « suivie, traquée, épiée » de 1959 à 1967, jusque dans ses déplacements et sa correspondance[1].

Mort

Le au matin, vers 8 h 30, les forces de l’ordre et les pompiers constatent le décès de Françoise Quintin-Ryszowska, dont le corps gît au pied de la falaise d’Amont, à Étretat. L’enquête conclut au suicide, et treize jours plus tard l’affaire est classée avec la mention « suicide »[3]. Des articles paraissent alors dans la presse française et internationale[2],[4], notamment au Maroc, où l'écrivaine était connue, puis l’affaire tombe dans l’oubli[3],[2].

Selon le récit publié en 1967 et repris par Paris-Normandie, la poétesse aurait sollicité un taxi au Havre vers 5 h 30, en affirmant vouloir se rendre à l’hôtel des Roches-Blanches, à Étretat, pour y rejoindre un de ses enfants[3]. À 6 h, le taxi l’aurait déposée devant l’hôtel. Le chauffeur, constatant qu’elle avait oublié son sac à main dans le véhicule, se serait assoupi en l’attendant, puis réveillé deux heures plus tard et, inquiet de son absence, aurait ouvert le sac, qui contenait les éléments permettant l’identification de cette dernière[3].

Les autorités retrouvent alors son corps au pied de la falaise d’Amont, haute d’environ 80 mètres. Plusieurs articles reprennent la même formule, décrivant un « corps disloqué et affreusement mutilé », malgré des divergences dans les récits. Le journaliste Philippe Huet, alors jeune reporter au Havre-Le Progrès qui couvre l’affaire en 1967, explique avoir obtenu ses informations de la gendarmerie d'Étretat et précise que ce lexique lui a été fourni par les forces de l’ordre[3],[2].

Françoise Quintin-Ryszowska repose au cimetière d’Étretat. Sur sa tombe, une épitaphe porte l’inscription : « Ici repose l’écrivain Françoise Quintin Ryszowski, décédée tragiquement le à l’âge de 32 ans »[3],[2].

Réexamen des circonstances du décès

À partir de 2025, la version officielle du suicide est publiquement contestée par Ludovic Ryszowski, petit-fils de Françoise Quintin-Ryszowska. Dans un entretien accordé à La Dépêche du Midi, il indique que des documents issus des dossiers des Renseignements généraux, consultés après déclassification, montrent que sa grand-mère faisait l’objet de « contraintes administratives », qu’elle était surveillée et considérée comme « dangereuse »[4].

Le Courrier Cauchois indique qu’en 1964 et 1966, sur décision administrative de l’État, Françoise Quintin-Ryszowska est internée à deux reprises[2]. Le Parisien évoque également deux séjours en hôpital psychiatrique au Rouvray, près de Rouen, que Ludovic Ryszowski qualifie d’« internements administratifs »[1].

Un article publié dans La Dépêche du Midi le sous le titre « Quand l’amour des lettres mène au suicide » présente alors la mort de Françoise Quintin-Ryszowska comme un suicide et en propose une lecture liée à un supposé « échec d’artiste »[4]. Les proches de l’écrivaine, cités par Paris-Normandie, affirment n’avoir jamais cru à l’hypothèse d’un suicide volontaire, qu’ils jugent incompatible avec son profil de mère de cinq enfants et sa foi catholique[3].

La presse récente relève plusieurs éléments nourrissant la contestation familiale de la thèse du suicide : divergences dans les récits de 1967, témoignages familiaux, évocation de douilles qui auraient été retrouvées sur le haut de la falaise, mention d’un rendez-vous prévu le matin du décès à la chapelle des Marins, ainsi que d’un dossier ou d’une enveloppe que Françoise Quintin-Ryszowska aurait emporté avec elle et qui n’aurait jamais été retrouvé[3],[2].

Le Courrier Cauchois indique également que Ludovic Ryszowski n’a pas retrouvé la trace du chauffeur de taxi évoqué dans les récits de presse et rapporte ses interrogations sur la tenue d’obsèques religieuses catholiques ainsi que sur l’absence de Françoise Quintin-Ryszowska dans le registre des personnes « noyées et suicidées » de l’arrondissement du Havre pour la période 1965-1968[2].

Paris-Normandie replace par ailleurs cette mort dans le contexte des tensions liées à l’OAS, au SDECE et au SAC, tout en présentant les hypothèses d’élimination politique comme non établies[3]. Ces hypothèses, rapportées par la presse, s’appuient sur le contexte politique de l’époque et sur des témoignages, mais ne sont pas directement corroborées par les documents publiquement cités concernant les circonstances de la mort de Françoise Quintin-Ryszowska[3].

Redécouverte médiatique et démarches judiciaires

En 2025-2026, plusieurs médias régionaux et nationaux consacrent des articles à Françoise Quintin-Ryszowska et aux démarches entreprises par son petit-fils Ludovic Ryszowski pour obtenir un réexamen des circonstances de sa mort.

En décembre 2025, La Dépêche du Midi publie un entretien dans lequel Ludovic Ryszowski annonce vouloir déposer plainte et saisir le Procureur de la République afin de relancer l’examen du dossier[4].

En janvier 2026, Le Courrier Cauchois consacre une enquête de deux pages à Françoise Quintin-Ryszowska et relaie la contestation de la version officielle du suicide[2]. Le même mois, Paris-Normandie indique que Ludovic Ryszowski a déposé à la gendarmerie de Criquetot-l'Esneval une demande d’ouverture d’enquête aux fins de recherche des causes de la mort, transmise au parquet du Havre[12].

En avril 2026, Le Parisien consacre à son tour un article national à l’affaire. Le quotidien indique que Ludovic Ryszowski, a saisi le parquet du Havre afin d’obtenir un réexamen des circonstances du décès et rapporte qu’il présente le dossier comme « historique, littéraire et politique d’intérêt public majeur »[1].

Le , il est invité de l’émission Bonjour la Normandie sur BFM Normandie, où il évoque la possibilité d’une « affaire potentiellement d’État » si l’hypothèse du suicide venait à être écartée[13].

Œuvres

Parmi les ouvrages de Françoise Quintin conservés dans des bibliothèques publiques françaises, notamment à la Bibliothèque nationale de France et à la Bibliothèque Sainte-Geneviève, figurent :

  • Le Vrai sublime (Paris, Éditions de la Revue moderne, 1959)[14]
  • Fille de pêcheur, Les Cahiers du Nouvel Humanisme, n° spécial hors série, (Fontenay-le-Comte, impr. Lussaud frères, 1961)[15],[16]
  • Le Pain de l’Unité et de la Vie Éternelle, Traité de Méditation sur le Flambeau de l’Éternelle Clarté (Fontenay-le-Comte, impr. P. et O. Lussaud frères, 1964)[17],[18]

Autres œuvres signalées par la presse ou par des sources secondaires (liste non exhaustive) :

Notes et références

  1. Bérangère Lepetit, « Espionne ? Bourgeoise excentrique ? 60 ans après, il tente d’élucider la mort de sa grand-mère retrouvée gisant au pied d’une falaise », sur Le Parisien, (consulté le )
  2. Charles Turcant, « La double vie et la mort suspecte d’une écrivaine : « Pour moi, ma grand-mère a été assassinée » », Le Courrier Cauchois,‎ (lire en ligne)
  3. Philippe Dufresne, « La double vie de la “suicidée” d’Étretat dévoilée 58 ans plus tard », Paris-Normandie, édition du Havre,‎ (lire en ligne)
  4. Gilles-R. Souillés, « « C’était une artiste, pas une folle » : le mystère de la « suicidée » d’Étretat », La Dépêche du Midi,‎ (lire en ligne)
  5. Raymond Lindon, Étretat, son histoire, ses légendes, Paris, Les Éditions de Minuit, , p. 162
  6. « Françoise Quintin reçoit les félicitations du Général de Gaulle pour son ouvrage sur Étretat », Paris-Normandie (éd. du Havre),‎
  7. « Lucien Poyet », sur Académie française
  8. Lucien Poyet, « Le poème consacré à la gloire de la Ville d’Étretat va faire le Tour du Monde », Le Havre,‎
  9. René Streiff, « La vie littéraire en Seine-Maritime », Études normandes, vol. 44, no 147,‎ 3e trimestre 1962, p. 33–60 (lire en ligne).
  10. Société de géographie, « Liste alphabétique des membres de la Société de géographie commencée en 1924 et continuée jusqu'en 1966 », sur Gallica, Bibliothèque nationale de France
  11. « Mise en place d’un Comité de soutien pour le Chef de l’État », Les Informations du canton de Criquetot-l’Esneval et cantons limitrophes,‎
  12. Philippe Dufresne, « La « suicidée » d’Étretat : son petit-fils demande une ouverture d’enquête », Paris-Normandie,‎ (lire en ligne)
  13. « L’invité de Bonjour la Normandie du mardi 21 avril 2026 : Ludovic Ryszowski », sur BFM Normandie, (consulté le )
  14. Quintin, Ève-Françoise, « Le Vrai sublime », sur Catalogue général de la Bibliothèque nationale de France
  15. Quintin, Françoise, « Fille de pêcheur », sur Catalogue général de la Bibliothèque nationale de France
  16. « Notice bibliographique : Fille de pêcheur », sur Catalogue de la Bibliothèque Sainte-Geneviève (consulté le )
  17. Quintin, Françoise, « Le Pain de l’unité et de la vie éternelle », sur Catalogue général de la Bibliothèque nationale de France
  18. « Notice bibliographique : Le Pain de l’unité et de la vie éternelle », sur Catalogue de la Bibliothèque Sainte-Geneviève (consulté le )

Voir aussi

Liens externes

  • icône décorative Portail de la littérature française et francophone
  • icône décorative Portail de la poésie
  • icône décorative Portail du gaullisme
  • icône décorative Portail de la guerre d'Algérie