Francisca Pizarro Yupanqui
| Francisca Pizarro Yupanqui | |
Portrait de Francisca Pizarro Yupanqui sur la façade du palais de la Conquête (es), à Trujillo | |
| Biographie | |
|---|---|
| Naissance | Jauja |
| Décès | (à 63 ans) Espagne |
| Père | Francisco Pizarro |
| Mère | Quispe Sisa (es) |
| Conjoint | Hernando Pizarro (1552-1578) Pedro Arias Portocarrero (1581-1598) |
| Enfants | Francisco Pizarro y Pizarro Juan Pizarro y Pizarro Inés Pizarro y Pizarro |
Francisca Pizarro Yupanqui, née en à Jauja (dans l'actuel Pérou) et morte le en Espagne, est une princesse hispano-inca (ou hispano-quechua).
Fille de Francisco Pizarro et nièce de Huascar et Atahualpa, elle reçoit une éducation à l'espagnole. Elle est confrontée très jeune à l'assassinat de son père et aux guerres civiles qui s'ensuivent. La fortune dont elle hérite, ainsi que sa double appartenance à l'aristocratie coloniale et aux lignées dynastiques incas, l'exposent alors aux tractations politiques : son oncle Gonzalo tente en vain de l'épouser, puis le gouverneur Pedro de la Gasca l'écarte en 1551 en l'exilant en Espagne.
À son arrivée dans la péninsule, elle tombe sous la férule d'un autre oncle, Hernando Pizarro, emprisonné au château de La Mota. Celui-ci l'épouse l'année suivante : de leur union naissent cinq enfants, dont seuls trois atteignent l'âge adulte. En parallèle, le couple attaque la couronne espagnole en justice pour récupérer une partie de leur héritage familial confisqué. Après la libération d'Hernando en 1561, ils poursuivent ce combat depuis Trujillo, où ils font édifier le palais de la Conquête (es) : Francisca Pizarro y évolue parmi d'autres nobles hispano-incas en exil.
Après la mort d'Hernando en 1578, elle se remarie avec un veuf local, Pedro Arias Portocarrero, malgré leur différence de rang et de fortune. Le couple s'installe à Madrid, où elle parvient à recouvrer son héritage.
Francisca Pizarro Yupanqui est une figure notable du Pérou du XVIe siècle, où elle est reconnue comme l'une des premières personnes métissées (mestizos) du pays.
Biographie
Jeunesse péruvienne

Francisca Pizarro Yupanqui naît en à Jauja, dans l'actuel Pérou. Son père est le conquistador Francisco Pizarro, meneur de la conquête espagnole de l'Empire inca ; sa mère est la princesse (ñusta) Quispe Sisa (es), dite Inés Huaylas[1],[2] ou Inés Yupanqui, fille de l'ancien empereur Huayna Capac et sœur de ses successeurs (et derniers dirigeants de l'Empire inca) Huascar et Atahualpa. Francisco Pizarro et Quispe Sisa se sont mariés après la victoire du premier sur la dynastie de la seconde ; ensemble, ils ont deux enfants, Francisca et Gonzalo, légitimés par Charles Quint en 1537[2].
Séparée de sa mère dès le plus jeune âge, Francisca Pizarro est élevée par sa tante Inés Muñoz (es)[3] et la domestique espagnole Catalina de la Cueva, originaire de Ségovie[4]. Celle-ci lui sert de nourrice puis de gouvernante — et, probablement, de confidente et amie ; fidèle à la princesse, elle l'accompagnera toute sa vie, bien qu'elle soit elle-même mariée[2]. C'est sans doute à ses côtés que Francisca Pizarro apprend à parler et écrire l'espagnol : elle élaborera par la suite une signature élaborée qu'elle apposera fréquemment sur ses documents officiels[2]. Son enfance est néanmoins mouvementée : alors qu'elle a six ans, son père est assassiné sous ses yeux par les hommes du conquistador rival Diego de Almagro el Mozo. Elle trouve refuge chez sa tante Inés Muñoz, avant de regagner Lima à la fin des affrontements qui s'ensuivent[1].
En 1544, la mort de son frère Gonzalo fait d'elle la plus riche héritière du Pérou, ce qui suscite des convoitises. L'un de ses oncles, également prénommé Gonzalo, manœuvre pour l'épouser, ce qui lui permettrait de s'arroger les richesses et le prestige politique légués par Francisco Pizarro. Par ce projet de mariage, il entend fonder sa propre dynastie péruvienne et s'émanciper de la couronne espagnole. Opposée à ses plans et craignant pour la vie de sa nièce, sa tante Inés Muñoz la protège à nouveau en la cachant dans un bateau et l'exfiltre de Lima[1].
S'ouvre alors une période de guerre civile, durant laquelle Gonzalo trouve la mort ; le pays n'est pacifié qu'en 1549[1], bien que les querelles dynastiques restent vives[2]. Dans ce contexte, le nouveau gouverneur du Pérou, Pedro de la Gasca, juge trop encombrant le symbole politique qu'est devenue Francisca Pizarro, qui jouit du double prestige de son père et de la lignée impériale inca[1]. Lorsque la princesse, âgée de 17 ans, revendique son héritage paternel, il l'écarte définitivement du pays en l'envoyant en Espagne[1].
Exil espagnol
Francisca Pizarro quitte le Pérou en . Outre sa gouvernante Catalina de la Cueva, elle est accompagnée de son demi-frère Francisco, âgé de douze ans[note 1], de son beau-père Francisco de Ampuero, administrateur colonial chargé de veiller au bon déroulement de son voyage, et de la fille de ce dernier, Isabel, à qui il entend assurer une position convenable en Espagne[2]. Le périple, qui se déroule dans un luxe fastueux, les emmène d'abord aux îles Guañape (es), où ils achètent du vin et rendent visite aux caciques locaux[note 2], puis dans l'actuel Panama, où ils font escale durant plus d'un mois pour se préparer à la traversée de l'Atlantique. Celle-ci les conduit aux Açores, à Sanlúcar, puis à Séville, où la princesse se procure de nombreuses pièces d'argenterie, vêtements et bijoux[4].
L'année même de son arrivée en Espagne, Francisca Pizarro rencontre un autre frère de son père, Hernando Pizarro[1]. De trente ans son aîné, celui-ci est alors de facto le chef de la famille Pizarro, bien qu'il soit emprisonné au château de La Mota, dans la province de Valladolid, pour son rôle jugé trouble dans la guerre civile au Pérou[3]. Hernando obtient l'installation de sa nièce à Medina del Campo, près de sa prison, plutôt que chez sa tante à Trujillo comme le suggérait Francisco de Ampuero. Désireux de consolider sa situation pécuniaire au sein de la famille, il parvient à conclure un mariage avec la princesse le [3]. Celle-ci, juridiquement mineure et placée sous la tutelle de son mari, emménage à ses côtés dans le château[3] avec son demi-frère Francisco[5] : Hernando lui donne trois fils et deux filles, dont seuls trois (Francisco, Juan et Inés) atteindront l'âge adulte[3].

En parallèle, les époux entame de longues poursuites judiciaires contre la couronne espagnole pour récupérer une partie de la fortune confisquée de leur famille[1]. L'implication réelle de Francisca Pizarro dans ce processus est inconnue, bien que sa vie ultérieure montre une volonté de gérer elle-même ses affaires[3]. La procédure, qui s'étale sur plus d'une décennie, marque l'histoire du droit espagnol de l'époque. La libération d'Hernando est finalement prononcée en 1561[5] : la princesse le suit alors à La Zarza (actuelle Conquista de la Sierra), près de Trujillo, où se trouve le domaine ancestral des Pizarro[1]. C'est sur la place principale de cette dernière ville, où ils passent la majeure partie de leur temps, qu'ils font construire l'année suivante une imposante résidence, le palais de la Conquête (es). Francisca Pizarro évolue alors au centre d'un cercle de nobles incas installés comme elle à Trujillo, dont plusieurs enfants nés de l'union entre les frères Pizarro et d'autres princesses autochtones : c'est notamment le cas d'Inés Pizarro Inquill, descendante de Manco Inca, qui y épouse en 1557 son cousin Francisco — le demi-frère de Francisca[5],[note 3].
Durant de nombreuses années, Francisca et Hernando Pizarro recouvrent une partie de leur patrimoine familial et défendent la mémoire de Francisco Pizarro, que ses ennemis cherchent à ternir. La mort d'Hernando, en 1578, met un terme à cette période[1].
Après trois ans de deuil, Francisca Pizarro, qui a alors 44 ans[5], surprend ses contemporains en se remariant avec le veuf ruiné Pedro Arias Portocarrero (lointain parent du conquistador Pedro Arias Dávila), d'une fortune et d'un rang très inférieurs aux siens[1] ; cette union la place par ailleurs dans un schéma familial incongru — quoique typique de l'aristocratie de l'époque — puisque la sœur de Portocarrero a épousé le fils de Francisca Pizarro peu de temps auparavant, faisant de ce dernier son beau-frère[5]. Avec son nouvel époux, la princesse déménage dans la calle del Príncipe (es), au cœur de Madrid : elle y poursuit, avec succès[6], son combat pour revendiquer son héritage paternel[5], jusqu'à sa mort le [6].
Postérité
Francisca Pizarro Yupanqui est passée à la postérité comme l'une des premières personnes métissées (mestizos) du Pérou[1].
Son visage est sculpté à l'angle du palais de la Conquête de Trujillo[7], en surplomb de la place principale de la ville, près de la statue de son père[6].
Notes et références
Notes
- ↑ Il s'agit du fils de Francisco Pizarro et de sa deuxième épouse inca, la princesse Cuxirimay Ocllo (es) dite Angelina Yupanqui[2], avec laquelle il s'est marié après s'être séparé de Quispe Sisa.
- ↑ Les îles Guañape, au large de la côte nord du Pérou, sont d'une importance particulière pour leur gisement de guano, utilisé pour fertiliser les terres incas[4].
- ↑ Celui-ci, de santé fragile, meurt néanmoins l'année même de son mariage[5].
Références
- (es) José María González Ochoa, « Francisca Pizarro », sur Historia Hispánica, Académie royale d'histoire, (consulté le )
- Dodds Pennock 2025, p. 223.
- Dodds Pennock 2025, p. 225.
- Dodds Pennock 2025, p. 224.
- Dodds Pennock 2025, p. 226.
- Dodds Pennock 2025, p. 227.
- ↑ Dodds Pennock 2025, p. 222.
Voir aussi
Bibliographie
- Caroline Dodds Pennock (trad. de l'anglais par Julie Loncin), L'Europe, ce continent sauvage : comment les Amérindiens ont découvert l'Ancien Monde [« On Savage Shores »], Albin Michel, (ISBN 978-2-226-45651-9), p. 222-227
- (es) María Rostworowski de Diez Canseco, Doña Francisca Pizarro : Una ilustre mestiza, 1534-1598, Lima, Instituto de estudios peruanos,
Liens externes
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