Frank Urbaniok

Frank Urbaniok
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Frank Wolfgang Johannes Urbaniok (né à Cologne) est un psychiatre légiste allemand. Ses travaux s'inscrivaient au départ dans le cadre du développement de la psychiatrie forensique avant de prendre une tournure politique.

Il a développé avec une équipe un algorithme prédictif de criminalité du nom de FOTRES, système dont la méthodologie est critiquée par ses pairs et l'objet de probables conflits d'intérêts.

Il publie en 2025 les faces sombres de la migration et donne de nombreuses conférences pour le parti d'extrême droite suisse UDC. L'auteur prétend que la criminalité serait explicable par l'origine ethnique de l'accusé.

Carrière professionnelle

En octobre 1990, il soutient sa thèse de doctorat les risques de fausse couche en fonction de l'âge sous la direction d'Ivar-Harry Pawlowitzki et Wilhelm Tünte à l'Institut de génétique humaine de l'Université de Münster[1]. De 1989 à 1995, il travaille dans la clinique psychiatrique rhénane[1] Rheinischen Landesklinik Langenfeld, institution qui fut jadis impliquée dans le programme nazi de stérilisations forcées.

De 1997 à 2018, il dirige le service psychiatrique et psychologique du canton de Zurich (PPD) à l’office de l’exécution des peines du canton de Zurich[1]. Il est professeur honoraire à l'université de Constance et membre d'un groupe de travail dirigé par Astrid Rosseger[2],[3].

L’algorithme FOTRES et conflits d'intérêts

Urbaniok et son équipe (Astrid Rossegger, Jérôme Endrass, Thomas Villmar) ont développé leur propre instrument pour l'évaluation des risques des délinquants, appelé FOTRES (Forensic Operationalized Therapy and Risk Evaluation System). Il s'agit d'un algorithme qui délivre une prédiction finale de dangerosité de l'individu expertisé[4] :

« Cet instrument, développé par des praticiens zurichois, consiste en un jugement professionnel structuré informatisé combinant près d’une centaine de facteurs statiques et facteurs dynamiques. La prédiction finale repose sur l’utilisation d’algorithmes qui donne à chaque facteur, favorable ou défavorable, un poids relatif (Niveau, 2015). L’algorithme de calcul du risque n’est toutefois pas connu de l’évaluateur. »

Le système d'évaluation FOTRES est fortement critiqué en raison de sa méthodologie[5],[6],[7] (il ne répond pas pleinement aux normes scientifiques actuelles), pour le risque d'instrumentalisation sécuritaire et positiviste qu'il implique[4] et en raison du conflit d'intérêts manifeste, Urbaniok étant par ailleurs un entrepreneur qui vend ce système et ses propres services[8] par le biais de sa société Profecta AG.

Le philosophe Tim Räz (2022), de l'Université de Berne, note[6] que :

« FOTRES utilise une terminologie non standardisée en ce qui concerne les critères de diagnostic. Comme le soulignent Habermeyer et al., cela conduit à la mise au point d’un nouveau système de diagnostic qui n’a pas fait l’objet d’une évaluation empirique et qui est source d’ambiguïtés et peut-être de confusion »

Selon Habermeyer et al. [20], une seule étude traite de la validité prédictive de FOTRES, à savoir celle de Rossegger et al., qui ont eux-mêmes travaillé avec Frank Urbaniok[6], ce qui met en évidence un conflit d'intérêts non annoncé par les auteurs.

Mario Gmür, écrit dans la NZZ en 2009[9] : « Un tel ensemble de critères est au mieux utile et légitime comme guide et aide-mémoire pour évaluer le risque de récidive, mais en aucun cas pour l’évaluation finale des cas individuels. » Pour Gravier[4], médecin psychiatre en milieu carcéral pendant trente ans, « l’accent systématique mis sur leur usage fait courir le risque d’un appauvrissement de la démarche clinique et, en conséquence, de l’apport du travail expertal. On voit maintenant de plus en plus de rapports qui se satisfont de la production du score obtenu à la passation de telle ou telle échelle sans le resituer dans l’analyse du fonctionnement psychique du délinquant. »

Dérive sécuritaire

En 2023, Bruno Gravier, clinicien, thérapeute et expert forensique[10], mais aussi chef, pendant près de trente ans, d’un service de médecine et de psychiatrie en prison et président de l’association des médecins pénitentiaires suisses inscrit la démarche d'Urbaniok dans le contexte de dérive sécuritaire[11] que connaît la Suisse depuis 2007, moment de la révision du code pénal suisse : « La Suisse connaît maintenant « une dérive sécuritaire » (Jung, 2014) dans laquelle la psychiatrie forensique tient une place centrale autant dans ses fonctions d’évaluation que de traitement. Les modifications législatives et les pressions populistes et médiatiques ont, certes, été pour beaucoup dans cette profonde inflexion. Mais ce mouvement a ceci de particulier en Suisse qu’il s’est focalisé sur le développement d’un soin psychique aux délinquants dans une perspective plus criminologique que thérapeutique. »

Les articles relatifs à l'internement à vie et aux mesures thérapeutiques (59 CP et 64,al.1) sont particulièrement sujet à débat en Suisse. En 2004, Urbaniok est institué par Christoph Blocher, Conseiller fédéral UDC, dans un groupe de travail chargé de préparer la mise en œuvre de l'initiative sur l'internement[12],[13].

La généralisation de l'utilisation de l'algorithme FOTRES est effective malgré les réticences du Tribunal fédéral Suisse qui dénonce l'opacité du système, la pondération des facteurs de risques aboutissant au résultat prédictif n'étant pas connue des utilisateurs[14] :

« Pour cette raison, il a été fortement critiqué, notamment par le Tribunal fédéral qui a estimé qu’il ne remplissait pas les exigences de transparence et de traçabilité qu’une telle évaluation requiert (Vuille, 2019). Les critiques concernaient aussi la rareté des études de validation et l’évidence de conflits d’intérêts chez les promoteurs de cet instrument. Malgré ces limites, cette évaluation actuarielle informatisée est considérée par les autorités pénitentiaires helvétiques comme la pierre angulaire de toute évaluation de la dangerosité, en particulier en matière d’exécution des peines dans les cantons alémaniques. »

Gravier examine les effets pervers de la survalorisation de systèmes tel que FORTES dont l'usage contribue à "l’effet de construction sociale de la dangerosité de l’individu et à sa stigmatisation"[15],[16]

Personnalité publique & thèses d'extrême droite

Dans l'opinion publique, il est souvent perçu comme un partisan de la ligne dure, souhaitant l'internement à vie des délinquants, même après l'exécution de leur peine[réf. souhaitée]. Selon psychiatrie.ch, "Frank Urbaniok est convaincu de l’existence d’un petit groupe de délinquants extrêmement dangereux et non amendables"[12]. Cette prise de position très isolée n'est pas partagée par ses pairs[17]chez qui "iI y a une quasi-unanimité pour dire qu’aucun pronostic n’est fixé à vie"[17].

Il défend des théories farfelues et controversées, notamment concernant le lien entre criminalité et immigration. Il donne des conférences pour le parti d'extrême droite UDC (Union démocratique du centre), par exemple le 29 mars 2026 à Puidoux et préconise l'application de dix sept mesures d'obédience fasciste afin de mettre un terme à ce qui serait selon lui un problème effrayant[18].

La plupart des criminologues et des sociologues rejettent son approche culturaliste et insistent plutôt sur l'importance et l'influence des facteurs socio-économiques, des traumatismes liés à la migration et à la discrimination [19].

Interviewé par Swissinfo, il passe sous silence le 4 août 2011[20] les motivations accélérationnistes des deux attentats fascistes commis en Norvège par Anders Behring Breivik et ayant fait plus de soixante dix victimes dont de nombreux jeunes.

Publications

Notes et références

(de) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en allemand intitulé « https://de.wikipedia.org/wiki/Frank_Urbaniok » (voir la liste des auteurs).
  1. « Psychiatre judiciaire pragmatique », sur psychiatrie.ch, (consulté le )
  2. « Prof. Dr. Frank Urbaniok | Publikationen | Forschung | Arbeitsgruppe Forensische Psychologie | Arbeitsgruppen | Fachbereich Psychologie », sur www.psychologie.uni-konstanz.de (consulté le )
  3. « Personen | Arbeitsgruppe Forensische Psychologie | Arbeitsgruppen | Fachbereich Psychologie », sur www.psychologie.uni-konstanz.de (consulté le )
  4. Bruno Gravier, « La psychiatrie forensique en Suisse : au risque de l’instrumentalisation sécuritaire et positiviste: », Déviance et Société, vol. Vol. 47, no 3,‎ , p. 435–475 (ISSN 0378-7931, DOI 10.3917/ds.473.0435, lire en ligne, consulté le )
  5. (de) von Nada Sayed et Balz Oertli, « FOTRES: Simple Mathematik mit komplizierten Folgen », sur AlgorithmWatch CH (consulté le )
  6. (en) Tim Räz, AI et éthique, vol. 3, Researchgate, (ISSN 2730-5961, PMID 37915972, DOI 10.1007/s43681-022-00223-y), p. 1158
  7. Anne-Catherine Menétrey-Savary, « Expertises psychiatriques : le cas Urbaniok », (consulté le )
  8. (de) von Nada Sayed et Balz Oertli, « FOTRES: Simple Mathematik mit komplizierten Folgen », sur AlgorithmWatch CH (consulté le )
  9. (de) « Der Richter und sein (forensischer) Denker », sur Neue Zürcher Zeitung, (consulté le )
  10. « Mon profil d’expert/e #66 | CSCSP », sur www.skjv.ch (consulté le )
  11. JUNG Anne, « De Carl Stooss à l’internement à vie – la dérive sécuritaire des mesures en Suisse », Déviance et Société, vol. 34, no 4,‎ , p. 571-595 (lire en ligne)
  12. « portrait de Frank Urbaniok », sur psychiatrie.ch,
  13. « Mise en ouvre de l'initiative sur l'internement: groupe de travail constitué - Le projet à mettre en consultation devra être prêt d'ici fin juin 2004 », sur www.admin.ch, (consulté le )
  14. Simon Vuille, « Forensic Risk Assessment Based on Algorithms: A Critique of FOTRES As an Allustration », SSRN Electronic Journal,‎ (ISSN 1556-5068, DOI 10.2139/ssrn.3451734, lire en ligne, consulté le )
  15. Bruno Gravier, Valérie Moulin et Jean-Louis Senon, « L'évaluation actuarielle de la dangerosité : impasses éthiques et dérives sociétales: », L'information psychiatrique, vol. Volume 88, no 8,‎ , p. 599–604 (ISSN 0020-0204, DOI 10.1684/ipe.2012.0966, lire en ligne, consulté le )
  16. GRAVIER Bruno, « L’évaluation du risque de violence : un pas vers la réinsertion ou un « tour de clé » supplémentaire ? », dans GENILLOD-VILLARD F., KELLER S., NIGGLI M., SCHWARZENEGGER C., La réhabilitation dans la société du risque zéro, Bern, Stämpfli Verlag, , p. 77-96
  17. « Bruno Gravier: «Le crime n'est pas une maladie» - Le Temps », www.letemps.ch,‎ (ISSN 1423-3967, lire en ligne, consulté le )
  18. (de) « Urbaniok schreibt Buch über Ausländerkriminalität – gecancelt », sur stgallen24.ch (consulté le )
  19. https://www.24heures.ch/criminalite-importee-lidee-fixe-de-ludc-411907868525
  20. Thomas Stephens, Thomas Stephens, «Tout le monde n’est pas un meurtrier potentiel», sur SWI swissinfo.ch, (consulté le )

Annexes

Bibliographie

Liens externes

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