Frenchie Mae Cumpio

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University of the Philippines Visayas Tacloban College (en) |
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| Condamnée pour |
Financement du terrorisme (en) |
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| Distinction |
Frenchie Mae Cumpio, née le , est une journaliste philippine, emprisonnée depuis 2020.
Carrière de journaliste
Frenchie Mae Cumpio suit une formation en biologie (Bachelor of Science) à l'université des Philippines Tacloban (en). Elle devient rédactrice en chef de UP Vista, publication officielle des étudiants de l'université. Elle abandonne alors ses études de biologie pour se consacrer au journalisme[1].
Frenchie Mae Cumpio est ensuite l'animatrice de Lingganay han Kamatuoran, une émission de la radio DYVL Aksyon Radyo (en)[2], et est à la tête de Eastern Vista, un média d'investigation, dont le siège est à Tacloban[3],[4] et couvrant la région des Visayas orientales (Eastern Visayas en anglais)[5]. À cette époque, sous la présidence de Rodrigo Duterte, elle enquête sur des abus commis par les forces de l'ordre[3] : dans une série de reportages, elle fait état de harcèlements commis par des unités de l'armée contre des paysans pauvres[6] et écrit une série d'articles sur des victimes d'exécutions extrajudiciaires[2]. Elle écrit aussi sur des sujets locaux, tels que les problèmes de reconstruction, après le passage du typhon Haiyan[3], et les difficultés rencontrées par les victimes des catastrophes naturelles, y compris leurs luttes contre les expulsions. Eastern Vista couvre de manière générale les luttes des travailleurs, des agriculteurs et des étudiants pour leurs droits[2].
Ses critiques des autorités dans le cadre de son travail attirent l'attention du gouvernement et de l'armée[6]. Quelques jours après avoir écrit un article au sujet de militants faisant l'objet de surveillance, elle commence elle-même à être suivie par des individus suspectés de travailler pour l'État[2].
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La ville de Tacloban en 2013 après le passage du typhon Haiyan.
Arrestation et détention provisoire
Pendant des mois, Frenchie Mae Cumpio est harcelée et surveillée, avant d'être arrêtée dans le cadre d'une opération policière de red-tagging (ou « étiquetage rouge »), consistant à accuser des opposants d'être des « communistes », « subversifs » ou « terroristes »[3]. Elle est arrêtée le en compagnie de Marielle Domequil, militante pour les droits humains[7] et membre laïc de l'organisation Rural Missionaries of the Philippines (en)[8]. Elles sont accusées toutes deux de possession illégale d'armes et d'explosifs[7]. La police aurait en effet trouvé une grenade à main, une arme à feu et un drapeau communiste dans le lit de Frenchie Mae Cumpio[5]. 500 000 pesos philippins en liquide sont aussi saisis[9]. Trois autres militants des droits humains sont arrêtés le même jour : Alexander Philip Abinguna membre de Karapatan (en) Eastern Visayas, Mira Legion membre de Bagong Alyansang Makabayan (en) (Bayan) Eastern Visayas et Marissa Cabaljao membre de People Surge Network, en compagnie de sa fillette âgée de un an. Tous les cinq sont collectivement désignés sous le nom de « Tacloban 5 »[10]. Mira Legion et Marissa Cabaljao sont par la suite libérées sous caution[11].
L'Association internationale des femmes de radio et de télévision (en) (International Association of Women in Radio and Television, IAWRT), dont Frenchie Mae Cumpio était membre de la section philippine, demande sa libération immédiate, aussitôt après son arrestation[12].
En mars 2021, une plainte est déposée contre Frenchie Mae Cumpio et Marielle Domequil pour financement du terrorisme et en septembre de la même année elles sont inculpées pour ce motif[10]. Frenchie Mae Cumpio est encore accusée du double meurtre de deux soldats lors d'une embuscade, accusations abandonnées par la suite[6].
En 2023, Frenchie Mae Cumpio est l'unique journaliste des Philippines encore en prison[11].
Irene Khan, rapporteuse spéciale des Nations unies sur la promotion et la protection du droit à la liberté d'opinion et d'expression, rend visite à Marielle Domequil, Fenchie Mae Cumpio et Alexander Abiguna dans leur prison à Tacloban en janvier 2024[10],[13]. En novembre 2024, Irene Khan exprime sa consternation devant la longueur de la détention provisoire de Frenchie Mae Cumpio et déclare que les accusations portées contre elle « semblent avoir été engagées en représailles à son travail de journaliste »[14].
La branche philippine de l'Association internationale des femmes de radio et de télévision, lors de la manifestation du 8 mars 2024 à Manille, dénonce les attaques contre les femmes journalistes sur des bases politiques et sexistes, faisant le lien avec la détention de Frenchie Mae Cumpio, et demande sa libération[15].
En 2025, plus de 250 journalistes demandent sa libération dans une lettre ouverte publiée par le Comité pour la protection des journalistes[3],[16]. Cette même année, son nom est ajouté à la « liste des dix cas les plus urgents d'injustice contre des journalistes » par One Free Press Coalition[10],[17].
Procès et condamnation
Après presque cinq années de détention provisoire, le procès de Frenchie Mae Cumpio et Marielle Domequil commence en 2024[7]. La juge Georgina Uy Perez du tribunal régional de Tacloban est en charge du procès[18]. Perez a été nommée à ce poste en 2017 par le président Rodrigo Duterte. Elle est promue au rang de juge exécutive adjointe en 2020 et de juge exécutive en 2022. En 2023 elle participe en Australie à une visite d'étude d'assistance technique juridique en matière de lutte contre le terrorisme[19].
En janvier 2026, Frenchie Mae Cumpio et Marielle Domequil sont condamnées de 12 ans minimum et jusqu'à 18 ans de prison pour financement du terrorisme[5],[4],[18], principalement sur la base des témoignages d'anciens rebelles présumés, par le tribunal régional de Tacloban[20]. Cumpio et Domequil, d'après quatre de ces rebelles, auraient remis de l'argent, des munitions et des tapetas (pantalon longs qui sèchent facilement) à un commandant de la New People's Army (NPA, « nouvelle armée populaire »), la branche armée du Parti communiste, dans le barangay San Andres de la ville de Catbalogan en mars 2019. Une autre rebelle prétend avoir rencontré Cumpio deux fois dans une ferme en 2016 et 2017[21]. Pour le tribunal, la présentation de preuves est inutile, car le témoignage des anciens rebelles présumés est jugé crédible[20]. Les charges de possession illégale d'armes et d'explosifs sont abandonnées[7]. Cumpio et Domequil fondent en larmes à l'annonce du jugement, de même que la mère de Cumpio et ses deux fils à l'extérieur du tribunal[22]. Frenchie Mae Cumpio est la première journaliste philippine condamnée pour cette accusation de financement de terrorisme[4].
Leurs avocats font appel[9] et leur demande de libération conditionnelle est rejetée en février[20].
En avril 2026, Cumpio et Domequil sont incarcérées à l'Institut correctionnel pour femmes (en) à Mandaluyong[23].
Réactions au jugement
Atty Josa Deinla, l'un des avocats de Cumpio, s’inquiète des conséquences de cette condamnation pour le journalisme local, indépendant des médias dominants, car d'autres journalistes philippins sont poursuivis pour les mêmes accusations[5].
La représentante pour la région Asie-Pacifique du Comité pour la protection des journalistes, Beh Lih Yi, s'élève contre le jugement du tribunal. Pour elle, cette condamnation montre que les promesses du président Ferdinand Marcos Jr., successeur de Rodrigo Duterte, en matière de liberté de la presse sont des « paroles en l'air »[5]. Pour le média indépendant Altermidya, cette décision de la justice est une « erreur judiciaire »[5],[24]. Pour l'Association internationale des femmes de radio et de télévision (en) aux Philippines, il s'agit d'« un acte flagrant de censure commanditée par l'État »[5],[25].
Cristina Palabay, secrétaire générale de l'alliance pour les droits humains Karapatan (en), estime que « Cumpio et Domequil ont été prises pour cible en raison de leurs efforts pour améliorer la vie des populations pauvres des Visayas orientales »[26].
L'United Church of Christ in the Philippines (en) (« Église unie du Christ aux Philippines ») et le National Council of Churches in the Philippines (en) (« Conseil national des Églises aux Philippines »), qui regroupent des Églises protestantes, demandent l'annulation du jugement[27].
En février 2026 le Comité pour la protection des journalistes, Reporters sans frontières et Free Press Unlimited proposent Frenchie Mae Cumpio au prix mondial de la liberté de la presse Guillermo Cano, en reconnaissance de « son courage, son engagement pour le journalisme et sa défense de la liberté de la presse »[28],[4].
En mars 2026, cinq experts du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme réclament a minima la libération de Frenchie Cumpio et Marielle Domequil le temps du procès en appel[7].
Frenchie Mae Cumpio est l'une des dix journalistes présentes sur la liste des « menaces les plus urgentes qui pèsent sur la liberté de la presse en 2026 », liste établie par le Comité pour la protection des journalistes, l'International Women's Media Foundation et Reporters sans frontières[29],[17].
Les organisations internationales Comité pour la protection des journalistes, Reporters sans frontières et Free Press Unlimited ainsi que les organisations philippines Union nationale des journalistes des Philippines (en) et People’s Alternative Media Network (AlterMidya, « réseau des médias alternatifs populaires ») sont membes de la coalition #FreeFrenchieMaeCumpio (#LibérezFrenchieMaeCumpio). L'Union nationale des journalistes des Philippines rappelle que d'autres journalistes philippins ont dû faire face à des accusations forgées par l'État, comme Deo Montesclaros, inculpé de financement du terrorisme, Anne Krueger, dont un tribunal a rejeté les accusations de possession illégale d'armes à feu et d'explosifs, ou Lady Ann “Icy” Salem, accusée elle aussi de possession illégale d'armes à feu et d'explosifs et en liberté provisoire[4].
En mai 2026, Frenchie Mae Cumpio reçoit l'un des prix attribués par l'International Women's Media Foundation, le prix Wallis Annenberg Justice pour les femmes journalistes. Ce prix a pour but d'attirer l'attention sur les femmes journalistes qui sont détenues, emprisonnées ou incarcérées (« detained, jailed or imprisoned »)[30]. Pour l'International Women's Media Foundation, « le travail de Cumpio – et son emprisonnement continu – mettent en lumière l’utilisation de mécanismes juridiques, notamment les lois antiterroristes et le "red-tagging", pour faire taire les médias indépendants aux Philippines[31]. » La National Union of Peoples’ Lawyers (NUPL, « Union nationale des avocats du peuple »), qui assiste juridiquement Cumpio et Domequil, déclare qu'à travers ce prix, « le monde reconnaît en Frenchie Mae une journaliste emprisonnée pour avoir fait son travail, et cette reconnaissance constitue la justification la plus accablante de son travail et de sa cause en tant que journaliste au service du peuple[32]. »
Articles de Frenchie Mae Cumpio
- (en) Frenchie Mae Cumpio, « Love means fighting back », sur Altermidya, Eastern Vista, (dernier article publié par Frenchie Mae Cumpio avant son arrestation).
Prix
Références
- ↑ (en) « Free Frenchie Mae Cumpio! », sur Altermidya (consulté le ).
- (en) Alyssa Mae Clarin, « Frenchie Mae Cumpio’s brave truth-telling », sur Bulatlat (en), (consulté le ).
- Matthias Troude, « Philippines: Frenchie Mae Cumpio, un dossier monté de toutes pièces et cinq ans de détention provisoire », sur Radio France International,
- (en) Franck Dick Rosete, « Int’l groups nominate Frenchie Mae Cumpio for UNESCO’s 2026 Guillermo Cano Prize », sur Bulatlat, .
- (en) Gavin Butler, « Philippine journalist found guilty of financing terrorism », sur BBC, .
- (en) Tess McClure, « ‘A grenade under her pillow?’: the Filipino journalist jailed for six years without trial », sur The Guardian, (consulté le ).
- (en) « Philippines: UN experts decry Frenchie Cumpio and Marielle Domequil's condemnation, call for their provisional release », sur OHCHR, .
- ↑ (en) James Patrick Cruz, « Groups slam Frenchie Mae Cumpio’s conviction as ‘miscarriage of justice’ », sur Rappler, .
- (en) Franck Dick Rosete, « CA upholds ruling: No proof money seized from Cumpio, Domequil linked to terrorism », sur Bulatlat, .
- (en) Franck Dick Rosete, « TIMELINE: The prolonged detention of Filipino journalist Frenchie Mae Cumpio », sur Bulatlat, .
- (en) Alyssa Mae Clarin, « Media groups urge DOJ to release journalist Frenchie Mae Cumpio, 2 others », sur Bulatlat, .
- ↑ (en) Sheerah Escudero, « Global group of women journalists demand release of Cumpio », sur Bulatlat, .
- ↑ (en) Anne Marxze Umil, « UN expert Irene Khan visits journalist Frenchie Mae Cumpio, companions in jail », sur Bulatlat, .
- ↑ (en) « Philippines: Special Rapporteur calls for justice for journalist Frenchie Mae Cumpio », sur OHCHR, .
- ↑ (en) Alyssa Mae Clarin, « Women journos call for release of detained broadcaster Frenchie Mae Cumpio », sur Bulatlat, .
- ↑ (en) « CPJ and more than 250 journalists urge Philippine leader to free Frenchie Mae Cumpio », sur Committee to Protect Journalists,
- (en) « cases of injustice against journalists », sur One Free Press Coalition, 30 avril 2025-2026
- « Philippines: une journaliste condamnée à 12 ans de prison incompressible », sur France 24, (consulté le )
- ↑ (en) James Patrick Cruz, « Frenchie Mae Cumpio case: Who is Tacloban City RTC Judge Georgina Perez? », sur Rappler, (consulté le ).
- (en) Franck Dick Rosete, « Groups frustrated over ruling affirming Cumpio, Domequil guilty verdict », sur Bulatlat, .
- ↑ (en) Franck Dick Rosete, « How ‘ex-rebels’ testimonies lead to conviction of Cumpio, Domequil », sur Bulatlat, .
- ↑ (en) « Filipino journalist Frenchie Cumpio found guilty of terror financing in verdict rights groups call ‘absurd’ », sur The Guardian, .
- ↑ (en) Franck Dick Rosete, « Solicitor General urged to relieve Cumpio, Domequil in terrorism financing case », sur Bulatlat, .
- ↑ (en) « ‘A MISCARRIAGE OF JUSTICE’: Altermidya condemns the guilty verdict on Frenchie Mae Cumpio’s case », sur Altermidya, (consulté le ).
- ↑ (en) « Silencing the Press: Terrorism Financing Allegations and the Case of Frenchie Mae Cumpio », sur IAWRT, .
- ↑ (en) Franck Dick Rosete, « Int’l groups call for Cumpio, Domequil release », sur Bulatlat, .
- ↑ (en) Martha Teodoro, « Church councils condemn Cumpio, Domequil conviction », sur Bulatlat, .
- ↑ (en) Gwyneth Antonio, « UN Special Rapporteurs urge courts to release Frenchie Cumpio, Marielle Domequil », sur Rappler, .
- ↑ (en) « The Most Urgent Threats to Press Freedom in 2026 », sur Time, .
- (en) John Sitchon, « Jailed journalist Frenchie Cumpio wins Annenberg Justice for Women award », sur Rappler, (consulté le )
- ↑ (en) « Frenchie Mae Cumpio », sur iwmf.org (consulté le ).
- ↑ (en) Franck Dick Rosete, « Frenchie Mae Cumpio wins prestigious international award », sur Bulatlat, .
Liens externes
- (en) « TrialWatch: Five Questions for the Court Deciding the Case of Journalist Frenchie Mae Cumpio and Human Rights Defender Mariel Domequil », sur Columbia Law School, Human Right Institute, .
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