Friedrich Eckstein
Friedrich Eckstein (17 février 1861, Perchtoldsdorf – 10 novembre 1939, Vienne) est un polyhistor, théosophe, mécène et intellectuel autrichien. Fondateur de la première loge de la Société théosophique à Vienne en 1887, il joue un rôle de passeur entre les milieux ésotériques, musicaux (proche d’Anton Bruckner et Hugo Wolf), littéraires et psychanalytiques de la Vienne de la Belle Époque et de l’entre-deux-guerres. Ami de longue date de Sigmund Freud et figure emblématique du Café Imperial, il est connu pour ses mémoires et ses souvenirs sur Bruckner, ainsi que pour ses éditions et traductions d’œuvres de Comenius, William Butler Yeats, Fiodor Dostoïevski et Léon Tolstoï. Son salon de Baden bei Wien, tenu avec son épouse Bertha Eckstein-Diener, et sa réputation de « Polyhistor » restent des éléments marquants de la vie culturelle viennoise.

Biographie
Origines familiales et jeunesse à Perchtoldsdorf (1861-1879)
Friedrich Eckstein naît le 17 février 1861 à Perchtoldsdorf, en Basse-Autriche, aîné des dix enfants d'Albert Eckstein et d'Amalie née Wehle(de) « Friedrich Eckstein », sur Wien Geschichte Wiki, Stadt Wien (consulté le ).,Gregor Gatscher-Riedl, « Der Polyhistor aus Perchtoldsdorf. Notizen zum 150. Geburtstag Friedrich Ecksteins », Heimatkundliche Beilage zum Amtsblatt der Bezirkshauptmannschaft Mödling, 46e année, fasc. 1, Mödling, 5 mars 2011, p. 3-4.. Son père, chimiste et inventeur d'origine bohême, exploite à partir de 1860 une fabrique de papier parchemin dans la « Tabormühle » de la Mühlgasse, à Perchtoldsdorf, et passe localement pour un industriel progressiste,. La famille, juive et appartenant à la grande bourgeoisie viennoise, fait partie des cercles d'industriels libéraux« Eckstein, Friedrich », dans Lexikon deutsch-jüdischer Autoren, Bd. 6 : Dore–Fein, Archiv Bibliographia Judaica (éd.), Munich, K. G. Saur, 1998 (ISBN 3-598-22686-1), p. 57-64..
Parmi ses neuf frères et sœurs figurent Emma Eckstein (1865-1924), connue pour avoir été l'une des premières patientes de Sigmund Freud et l'objet d'une intervention chirurgicale ratée pratiquée par Wilhelm FließKarl Baier, « Occult Vienna: From the Beginnings until the First World War », dans Hans Gerald Hoedl, Astrid Mattes, Lukas Pokorny (éd.), Religion in Austria, vol. 5, Vienne, Praesens, 2020, p. 9-10., Therese Schlesinger (1863-1940), militante féministe et l'une des premières députées au Conseil national autrichien, et Gustav Eckstein (1875-1916), journaliste et théoricien marxiste« Eckstein, Gustav », dans Deutsche Biographie, notice d'index, en ligne..
Du fait de ses aptitudes intellectuelles précoces, le jeune Friedrich est élevé par préceptorat. Par les relations de son père, il rencontre dès l'adolescence le général et inventeur Franz von Uchatius, le philosophe social et écrivain Josef Popper-Lynkeus, l'ingénieur forestier Wilhelm Franz Exner, ainsi que Sigmund Freud, avec lequel il restera lié toute sa vie,. Wagnérien convaincu, il accomplit à pied le pèlerinage de Vienne à Bayreuth pour la création du Parsifal en 1882Jacques Le Rider, « Friedrich Eckstein, Alte unnennbare Tage! Erinnerungen aus siebzig Lehr- und Wanderjahren, reprint, Edition Atelier », Austriaca, n° 29, 1989, p. 162-163.,Karl Baier, op. cit., p. 10-11.. Dès les années 1870, selon ses propres souvenirs, il fréquente à Vienne des cercles qui discutent de Pythagore et du néoplatonisme et pratiquent le végétarisme.
Formation viennoise : Pernerstorfer-Kreis, végétarisme et wagnérisme (1879-1886)

Vers 1879-1880, Eckstein devient un habitué du « Ramharter », premier restaurant végétarien de Vienne, situé dans une cave de la Wallnerstrasse au centre de la villeKarl Baier, « Occult Vienna: From the Beginnings until the First World War », dans Hans Gerald Hoedl, Astrid Mattes, Lukas Pokorny (éd.), Religion in Austria, vol. 5, Vienne, Praesens, 2020, p. 9.. Il y côtoie une partie des membres du cercle Pernerstorfer, groupe d'intellectuels viennois, majoritairement issus de la bourgeoisie juive assimilée, déçus du libéralisme de leurs pères et cherchant des alternatives politiques et culturelles. Selon l'historien des religions Karl Baier, Eckstein lui-même décrit ce milieu dans ses mémoires comme partagé entre un courant « socialiste », autour de Victor Adler et Engelbert Pernerstorfer, et un courant « pythagoricien », d'orientation culturelle et artistique, auquel il se rattache,Karl Baier, op. cit., p. 10-11..
C'est dans ce milieu qu'Eckstein rencontre Hermann Bahr, alors d'orientation socialiste et pangermaniste, le poète d'origine juive polonaise Siegfried Lipiner, le compositeur Gustav Mahler, le compositeur Hugo Wolf — avec lequel il partagera un temps un logement et qui composera plusieurs de ses cycles de lieder dans la villa Eckstein —, ainsi que la militante des droits des femmes et réformatrice sociale Marie Lang et son amie, peintre et écrivaine, Rosa Mayreder,Jacques Le Rider, « Friedrich Eckstein, Alte unnennbare Tage! Erinnerungen aus siebzig Lehr- und Wanderjahren, reprint, Edition Atelier », Austriaca, n° 29, 1989, p. 162-163.. Selon Le Rider, l'autobiographie d'Eckstein « ressemble à une encyclopédie de la culture viennoise » et il y serait « plus facile de dresser la liste des grands contemporains qu'il n'aurait pas rencontrés ».
Le wagnérisme constitue un autre pôle de cette socialisation intellectuelle. Eckstein est membre du Wiener Akademischer Wagnerverein (Association académique wagnérienne de Vienne), dont il se retire lorsque l'antisémitisme de Georg von Schönerer gagne du terrain dans les milieux pangermanistes viennoisKarl Baier, op. cit., p. 11.. À la même époque, il devient l'élève du compositeur Anton Bruckner au Konservatorium der Gesellschaft der Musikfreunde (Conservatoire de la Société des Amis de la Musique), où Bruckner enseigne le contrepoint et l'harmonie ; Eckstein se présente plus tard comme une sorte de « secrétaire privé bénévole » du musicien, l'aidant notamment à régler ses affaires éditorialesGregor Gatscher-Riedl, « Der Polyhistor aus Perchtoldsdorf. Notizen zum 150. Geburtstag Friedrich Ecksteins », Heimatkundliche Beilage zum Amtsblatt der Bezirkshauptmannschaft Mödling, 46e année, fasc. 1, Mödling, 5 mars 2011, p. 3-4.,Friedrich Eckstein, Erinnerungen an Anton Bruckner, Vienne, Universal-Edition, 1924.. Il étudie également les mathématiques auprès d'Oskar Simony, avec lequel il se lie d'une amitié durable.
À partir de 1881, il est associé à la fabrique de papier parchemin paternelle, dont il devient copropriétaire ; il déposera plusieurs brevets dans le domaine de la chimie du papier avant de céder l'entreprise(de) « Nachlassverzeichnis – F. Eckstein », sur Österreichische Nationalbibliothek (consulté le ).,Gregor Gatscher-Riedl, « Der Polyhistor aus Perchtoldsdorf », David. Jüdische Kulturzeitschrift, 2016, en ligne..
Engagement théosophique et fondation de la loge de Vienne (1886-1900)

Eckstein est initié à la théosophie par Franz Hartmann au milieu des années 1880(de) « Friedrich Eckstein », sur Wien Geschichte Wiki, Stadt Wien (consulté le ).,Karl Baier, « Occult Vienna: From the Beginnings until the First World War », dans Hans Gerald Hoedl, Astrid Mattes, Lukas Pokorny (éd.), Religion in Austria, vol. 5, Vienne, Praesens, 2020, p. 27-32.. En juin 1886, il reçoit une charte de fondation pour la loge viennoise de la Société théosophique signée personnellement par Helena Petrovna Blavatsky,(de) Helmut Zander, Anthroposophie in Deutschland : Theosophische Weltanschauung und gesellschaftliche Praxis 1884-1945, vol. 1, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, (ISBN 978-3-525-55452-4), p. 220-232.. Sur cette base, il établit en 1887 la première loge officielle de la Société théosophique en Autriche et en devient le premier président,. Entre le 25 janvier et le 5 février 1887, il rend visite à Blavatsky à Ostende, où celle-ci séjourne et travaille à La Doctrine secrète ; selon Rolf Speckner, leurs entretiens portent sur les manuscrits que les frères Keightley éditeront l'année suivanteRolf Speckner, « Friedrich Eckstein als Okkultist », Der Europäer, 18 (9/10), 2014, p. 44-50.. En janvier 1888, Eckstein publie dans la revue Sphinx un article intitulé « Die esoterische Lehre in indischer Fassung » (« La doctrine ésotérique dans sa version indienne »).
À Vienne, Eckstein fréquente le cercle réuni autour de Marie Lang et de son mari, l'avocat Edmund Lang. Selon Baier, ce milieu, sans constituer une communauté théosophique au sens strict, fait de la théosophie l'un de ses sujets centraux de discussion, à côté des thèmes de la réincarnation, de l'unité de la nature et de l'esprit, et des religions orientales. À partir de l'été 1888, les Lang louent le château de Bellevue, sur la colline du Cobenzl au-dessus de Grinzing, et y organisent ce qu'Eckstein appelle dans ses mémoires leur « colonie d'été ». Le noyau du groupe comprend la famille Lang, Eckstein lui-même, l'architecte Julius Mayreder, Hugo Wolf, le diplomate Carl Polycarp zu Leiningen-Billigheim et Franz Hartmann, lequel attire à son tour « des visiteurs des deux sexes venus du monde entier », selon les termes d'Eckstein cités par Baier. Rosa Mayreder, belle-sœur de Julius Mayreder, est également associée à ce cercle.
Rudolf Steiner participe à ce cercle en 1889-1890, après son retour à Vienne, et y rencontre régulièrement Eckstein(de) Robin Schmidt, Rudolf Steiner und die Anfänge der Theosophie, Dornach, Rudolf Steiner Verlag, , p. 85-92 et 98-101.,. Dans son autobiographie Mein Lebensgang (1925), Steiner décrit Eckstein comme « un excellent connaisseur de cet ancien savoir » et rappelle leurs longues conversations sur la connaissance spirituelleRudolf Steiner, Mein Lebensgang (GA 28), Dornach, Rudolf Steiner Verlag, 1925, chap. XVI.. Selon le théologien anthroposophe Emil Bock, Eckstein aurait alors transmis à Steiner sa première lecture suivie de la théosophie de Blavatsky, notamment via l'ouvrage d'Alfred Percy Sinnett Le Bouddhisme ésotérique (1883), reçu « de la main d'un ami »Emil Bock, Rudolf Steiner. Studien zu seinem Lebensgang und Lebenswerk, Stuttgart, Urachhaus, 1961, p. 180-186.. Steiner rapporte cependant dans ses souvenirs qu'à cette époque, le livre de Sinnett ne lui a « fait absolument aucune impression »,. L'historien des religions Helmut Zander souligne que Steiner ne s'oriente vers la théosophie qu'une dizaine d'années plus tard, à l'occasion de sa rencontre avec Annie Besant, et qu'il qualifie la théosophie viennoise des années 1890 de « faiblesse d'esprit » (Schwachgeistigkeit) dans des notes ultérieures.
Eckstein entretient également des liens avec d'autres figures de l'occultisme germanophone. Il fréquente l'industriel et chimiste viennois Carl Kellner, futur cofondateur de l'Ordo Templi Orientis, et plusieurs sources le rattachent au cercle d'Alois Mailänder (1843-1905), un tisserand mystique d'origine souabe établi à Dreieichenhain auquel se rendent de nombreux théosophes germanophonesEmil Bock, op. cit., p. 180-186.,. Une photographie de 1890, prise chez Mailänder, montrerait Eckstein aux côtés de Franz Gustav Gebhard et Carl zu Leiningen-Billigheim(de) Robin Schmidt, « Rudolf Steiner in Wien », sur Das Goetheanum (consulté le ).. Selon Speckner, qui s'appuie sur les souvenirs d'Eckstein et de Steiner, Eckstein aurait également été en contact avec la tradition de la franc-maçonnerie occulte de Johann Baptist Kerning, dont il aurait transmis certains éléments à Steiner ; cette filiation, défendue dans la littérature interne au mouvement anthroposophe, n'est pas reprise sans réserves dans l'historiographie académique,.
Au-delà de la théosophie de Blavatsky, les intérêts ésotériques d'Eckstein incluent la mystique allemande et espagnole, les légendes templières et maçonniques, la mythologie wagnérienne et les religions orientales, en particulier le yoga,Gregor Gatscher-Riedl, « Der Polyhistor aus Perchtoldsdorf », David. Jüdische Kulturzeitschrift, 2016, en ligne.. Selon Gatscher-Riedl, Eckstein pratique alors le Ju-jitsu et s'astreint à des entraînements physiques inhabituels, et c'est lui qui aurait initié Sigmund Freud aux techniques du yoga, ce que Freud évoquera de manière allusive dans Malaise dans la civilisation (1930),.
Mariage avec Bertha Diener, salon de Baden et séparation (1898-1909)

En avril 1898, Eckstein épouse Bertha Helene Diener (1874-1948), fille d'un industriel viennois et de treize ans sa cadette(de) « Bertha Eckstein », sur Wien Geschichte Wiki, Stadt Wien (consulté le ).,(de) Sibylle Mulot-Déri, Sir Galahad. Porträt einer Verschollenen, Francfort-sur-le-Main, Fischer Taschenbuch, (ISBN 3-596-25663-1).. Le mariage se fait contre la volonté des parents de Bertha, qu'elle attend d'avoir atteint la majorité pour épouser Eckstein. Pour permettre cette union — sa fiancée étant de confession protestante —, Eckstein, qui était de famille juive, se convertit au protestantisme. Leur fils unique, Percy Eckstein, naît en 1899. Le couple loue le St.-Genois-Schlössl (aujourd'hui Villa Aichelburg), une villa Biedermeier de la Helenenstraße à Baden, attribuée à l'architecte Joseph Kornhäusel.

Le couple y reçoit, entre autres, Peter Altenberg, Arthur Schnitzler, Karl Kraus et Adolf Loos — selon une expression reprise dans plusieurs sources, « tout Vienne » s'y retrouve,« Eckstein, Friedrich », dans Lexikon deutsch-jüdischer Autoren, Bd. 6 : Dore–Fein, Archiv Bibliographia Judaica (éd.), Munich, K. G. Saur, 1998 (ISBN 3-598-22686-1), p. 57-64.. Bertha Eckstein, comme son mari, est membre de la loge de Vienne de la Société théosophique Adyar. Selon la biographe Sibylle Mulot-Déri, ce « refuge de l'esprit » se transforme rapidement en « prison de l'esprit » pour Bertha, dont la formation reste cantonnée à un rôle d'épouse,(de) « Sir Galahad (Bertha Diener) », sur Fembio (consulté le ).. Arthur Schnitzler s'inspire de la villa Eckstein et du jeune Percy pour son drame Das weite Land (1911) ; Eckstein lui-même y serait transposé sous les traits du personnage « Gustl Wahl »(de) « Friedrich Eckstein », sur Wien Geschichte Wiki, Stadt Wien (consulté le )..
En 1900, Bertha Eckstein fait la connaissance du médecin Theodor Beer aux bords du Léman ; à partir de 1903, elle entretient avec lui une liaison. En 1904, elle quitte Eckstein et son fils Percy pour entreprendre de longs voyages en Égypte, en Grèce et au Royaume-Uni. Le divorce est prononcé en 1909. Bertha publiera ensuite, sous les pseudonymes Ahasvera puis Sir Galahad, plusieurs ouvrages dont Mütter und Amazonen (1932), considéré comme un classique de la recherche sur le matriarcat. Eckstein conserve la garde de leur fils Percy, qui devra émigrer en 1939 vers Rome, étant classé comme « demi-juif » au regard des lois de Nuremberg.
Dernières années : « Polyhistor » du Café Imperial (1910-1939)

Après la séparation puis le divorce d'avec Bertha Diener, Eckstein revient s'installer à Vienne, où il élève seul son fils Percy. Sa fortune ayant été en partie érodée par les bouleversements politiques et économiques de l'entre-deux-guerres, il vit dans une situation plus modeste qu'au temps de Baden et concentre son activité sur les cafés littéraires viennois,.
Eckstein devient l'une des figures les plus reconnaissables de la culture des cafés viennois de l'entre-deux-guerres, principalement au Café Imperial (deuxième salle, à gauche),(de) « Café Imperial », sur Wien Geschichte Wiki, Stadt Wien (consulté le ).. Il y croise régulièrement Karl Kraus, Arthur Schnitzler, Felix Salten, Hugo von Hofmannsthal, Franz Werfel, Rainer Maria Rilke, Robert Musil, Adolf Loos et, lors de son passage à Vienne, Léon Trotski. Sa réputation de « Polyhistor » — encyclopédiste universel — devient proverbiale dans les milieux littéraires viennois ; il est l'auteur d'une monographie sur Anton Bruckner intitulée Der Weltgeist an der Orgel (« L'Esprit du monde à l'orgue »), restée à l'état de manuscrit et qui semble avoir été perdue(de) Friedrich Torberg, Die Tante Jolesch oder Der Untergang des Abendlandes in Anekdoten, Munich, Langen-Müller, , p. 202..
Friedrich Torberg rapporte plusieurs anecdotes illustrant la légende d'érudition universelle attachée à Eckstein : selon lui, on disait du « vieil Eckstein » qu'« il savait simplement tout ». Torberg rapporte notamment que lorsque le quotidien Die Presse évoqua un jour une œuvre du poète chinois Kun-Han-Su, Eckstein fournit séance tenante un commentaire détaillé sur ce poète lyrique chinois ; il s'avéra le lendemain que le nom résultait d'une erreur de transmission télégraphique pour Knut Hamsun.
Au cours des années 1920 et 1930, Eckstein publie ses principaux travaux. En 1924, il fait paraître ses Erinnerungen an Anton Bruckner (« Souvenirs d'Anton Bruckner ») à la Universal-Edition de Vienne,. Entre 1925 et 1928, il collabore avec René Fülöp-Miller à plusieurs éditions de textes inédits de Fiodor Dostoïevski et de Léon Tolstoï chez Piper à Munich, dont Die Urgestalt der Brüder Karamasoff (1928) et Die Beichte einer Jüdin (1926). En 1915, il avait déjà publié chez Insel-Verlag une étude sur Comenius et les Frères tchèques (Comenius und die böhmischen Brüder), et en 1916 une traduction des Essais et récits de William Butler Yeats. Du côté psychanalytique, il contribue dès le début des années 1930 à l’Almanach des Internationalen Psychoanalytischen Verlages, et publie en 1932 Die Flucht in das Unendlich kleine. Über die irrationalen Zahlen chez l'éditeur freudien Internationaler Psychoanalytischer Verlag,.
En 1936, à 75 ans, Eckstein publie ses mémoires sous le titre Alte unnennbare Tage. Erinnerungen aus siebzig Lehr- und Wanderjahren (« Vieux jours sans nom. Souvenirs de soixante-dix années d'apprentissage et de pérégrinations ») aux éditions Reichner à Vienne,Jacques Le Rider, « Recension de Friedrich Eckstein, Alte unnennbare Tage (reprint 1988) », Austriaca, no 29, , p. 162-163 (lire en ligne).. Selon le germaniste Jacques Le Rider, cet ouvrage constitue une véritable « encyclopédie de la culture viennoise » de la fin du XIXe siècle. Le volume est réédité en fac-similé en 1988 par les éditions Atelier de Vienne.
Après l'Anschluss du 12 mars 1938, Eckstein, bien que converti au protestantisme depuis 1898, est considéré comme juif au regard des lois de Nuremberg et perd la protection juridique dont jouissaient les citoyens « aryens » du Troisième Reich,. Sa loge maçonnique, comme l'ensemble de la franc-maçonnerie en Autriche, est dissoute par les autorités allemandes. Il meurt à Vienne le 10 novembre 1939 — un jour après le premier anniversaire de la Nuit de Cristal — à l'âge de 78 ans, dans des circonstances dont les sources disponibles ne précisent pas les causes immédiates,. Son fils Percy, classé comme Mischling (« sang mêlé ») par les autorités national-socialistes, émigre la même année à Rome et survit à la guerre.
Activité intellectuelle
Eckstein laisse l'image d'un érudit polyvalent, davantage médiateur et passeur que producteur d'œuvre originale. La biographe de Bertha Diener, Sibylle Mulot-Déri, le caractérise comme un « polyhistor » des cercles viennois plus que comme un auteur systématique. L'historien Karl Baier, dans son étude sur l'occultisme viennois, souligne que son rayonnement tient avant tout à sa capacité à mettre en contact des milieux séparés — théosophie internationale, lebensreform, milieux musicaux brucknériens, premiers cercles psychanalytiques, sociétés savantes orientalistes.
Théosophie, ésotérisme et franc-maçonnerie

L'engagement théosophique d'Eckstein s'inscrit, selon Karl Baier, dans une trajectoire intellectuelle propre à l'occultisme viennois, marqué par la rencontre entre la tradition de la mystique allemande (Maître Eckhart, Suso, Tauler, Jakob Böhme), la philosophie de la nature romantique, la franc-maçonnerie ésotérique du sud-allemand Johann Baptist Kerning et la théosophie de Blavatsky,Karl Baier, « Mesmer versus Bell: Animal Magnetism, Physiology, and the Origins of the Western Esoteric Tradition », dans Wouter J. Hanegraaff, Joyce Pijnenburg (éd.), Hermes Explains, Amsterdam University Press, 2018.. Selon Baier, le rôle d'Eckstein consiste moins à élaborer une doctrine qu'à introduire la théosophie blavatskienne dans un terreau intellectuel viennois déjà saturé de mysticisme germanique et de Naturphilosophie — il en résulte une variante « viennoise » de la théosophie, distincte du courant adyarien international et du courant rosicrucien-christianisant développé en Allemagne autour d'Mailänder.
L'historien des religions Helmut Zander souligne que cette position de carrefour fait d'Eckstein un acteur structurellement important mais doctrinalement peu fixé : à la différence de Franz Hartmann, qui produit une œuvre théosophique systématique, ou de Rudolf Steiner, qui fonde un mouvement, Eckstein reste un « animateur de cercles » dont l'influence se mesure aux contacts qu'il rend possibles plutôt qu'aux écrits qu'il laisse. Son article de 1888 dans la revue Sphinx, « Die esoterische Lehre in indischer Fassung », et quelques contributions ultérieures dans les Lotusblüthen de Hartmann constituent l'essentiel de sa production écrite directement théosophique.
Eckstein est également initié à la franc-maçonnerie et à plusieurs traditions ésotériques connexes. Selon Rolf Speckner, qui s'appuie sur les souvenirs d'Eckstein lui-même et sur les notes de son biographe interne au mouvement anthroposophe Emil Bock, il aurait été en contact à partir des années 1880 avec la maçonnerie occulte issue de Kerning ; il est par ailleurs lié au chimiste Carl Kellner, futur cofondateur de l'Ordo Templi Orientis (OTO),. Helmut Zander et l'historiographie maçonnique allemande relativisent toutefois cette filiation kerningienne, faute de documentation contemporaine probante. La littérature interne au mouvement anthroposophe (Bock, Robin Schmidt, Speckner) défend en outre la thèse selon laquelle Eckstein aurait initié Rudolf Steiner à la mystique de Kerning à la fin des années 1880, point que l'historiographie académique externe (Zander, Baier) ne reprend pas,,.
L'historienne Corinna Treitel, dans son étude sur l'occultisme allemand et autrichien, classe Eckstein parmi les figures qui ont contribué à formuler une « science de l'âme » à la croisée du naturalisme expérimental, de la psychophysique et des spiritualités orientales — typique du laboratoire intellectuel viennois entre 1880 et 1914(en) Corinna Treitel, A Science for the Soul: Occultism and the Genesis of the German Modern, Baltimore, Johns Hopkins University Press, (ISBN 978-0-8018-7812-0[à vérifier : ISBN invalide])..
Musique : Bruckner, Hugo Wolf et mécénat

La place d'Eckstein dans la vie musicale viennoise s'organise autour de deux figures : Anton Bruckner et Hugo Wolf. À partir de 1880-1881, il suit les cours de contrepoint de Bruckner au Konservatorium der Gesellschaft der Musikfreunde (Conservatoire de la Société des amis de la musique) et devient l'un de ses étudiants proches,. Dans ses propres mémoires, Eckstein se décrit comme « secrétaire privé bénévole » du compositeur, l'assistant dans sa correspondance, ses démarches administratives et l'édition de ses partitionsFriedrich Eckstein, Alte unnennbare Tage. Erinnerungen aus siebzig Lehr- und Wanderjahren, Vienne, Reichner, 1936.. Selon Emil Bock, dont la formulation est reprise dans plusieurs notices, Eckstein aurait été pour Bruckner « le bras droit » qui veillait au bon déroulement de ses affairesCité dans : « Frederick Eckstein », Wikipedia (en), d'après Emil Molt, Sinngebung des Lebens. À utiliser avec prudence comme témoignage interne au mouvement anthroposophe.. En janvier 1889, dans les jours qui suivent l'affaire de Mayerling, Eckstein accompagne Bruckner à l'Abbaye de Heiligenkreuz pour interroger l'abbé sur les circonstances du drame ; l'épisode, rapporté par Eckstein dans ses mémoires, illustre la dimension à la fois religieuse et confidentielle de leur lienFriedrich Eckstein, Alte unnennbare Tage, op. cit..
Son ouvrage de 1924, Erinnerungen an Anton Bruckner (« Souvenirs d'Anton Bruckner »), publié à la Universal Edition, demeure l'un des témoignages directs les plus utilisés par les biographes de Bruckner, notamment pour la période viennoise et pour la relation pédagogique. La monographie qu'Eckstein avait par ailleurs entreprise sous le titre Der Weltgeist an der Orgel (« L'Esprit du monde à l'orgue ») n'a, à la connaissance des sources disponibles, jamais été publiée et passe pour perdue.
Eckstein joue également un rôle décisif auprès de Hugo Wolf, qu'il rencontre dans les années 1880 dans le sillage du Wiener Akademischer Wagner-Verein. Il devient l'un de ses principaux soutiens financiers et logistiques : en 1887, il se porte garant auprès de l'éditeur viennois Wetzler pour la publication des Sechs Lieder für eine Frauenstimme, première publication imprimée des lieder de Wolf(de) « Hugo Wolf und Eduard Mörike », sur Internationale Hugo-Wolf-Gesellschaft (consulté le ).. Au sein du recueil des Eichendorff-Lieder (1888), Wolf place en ouverture le lied Der Freund, hommage à ses amis et notamment à Eckstein, dont la villa familiale d'Unterach sur l'Attersee lui sert de retraite estivale pour la composition d'une douzaine de lieder d'Eichendorff et de Mörike,(de) « Hugo Wolf (1860-1903) », sur Mahler Foundation (consulté le ).. Selon le premier biographe de Wolf, Ernst Decsey, plusieurs lieder Eichendorff sont composés dans le jardin viennois d'Eckstein, à proximité de la fabrique paternelle dont les bruits importunent le compositeurErnst Decsey, Hugo Wolf, Berlin, Schuster und Loeffler, 1903-1906, 4 vol.. Wolf consulte également Eckstein sur le choix de ses textes poétiques : c'est Eckstein qui lui aurait fait découvrir la lyrique espagnole à l'origine du Spanisches Liederbuch (1889-1890)Franz Zweybrück, cité par Honolka, Hugo Wolf. Sein Leben — sein Werk — seine Zeit, Stuttgart, Belser, 1988..
L'apport d'Eckstein dans ces deux relations n'est pas seulement celui d'un mécène : sa formation musicale rigoureuse, attestée par sa fréquentation du Conservatoire et par les témoignages concordants de Bruckner et de Wolf, en fait également un interlocuteur technique et intellectuel,.
Sigmund Freud et la psychanalyse

La relation entre Eckstein et Sigmund Freud commence dès l'adolescence : tous deux fréquentent le Stammtisch (table d'hôtes régulière) du père d'Eckstein dans les années 1870, où se réunit une partie de l'intelligentsia juive viennoise libérale,. La connexion familiale est doublée par le rôle joué par la sœur de Friedrich, Emma Eckstein (1865-1924), première patiente féminine célèbre de Freud et entrée dans l'histoire de la psychanalyse par l'intermédiaire du « rêve d'Irma » analysé dans Die Traumdeutung (1900),(en) « Eckstein, Emma (1865-1924) », sur Encyclopedia.com (consulté le ).. Emma Eckstein, opérée du nez en 1895 par Wilhelm Fliess dans le cadre de la « théorie réflexe naso-génitale », subit des complications qui contribueront, selon plusieurs historiens de la psychanalyse, à la révision freudienne ultérieure de la théorie de la séduction.
Dans Malaise dans la civilisation (Das Unbehagen in der Kultur, 1930), Freud évoque un ami qui lui aurait communiqué « par expérience propre » la réalité de sensations spécifiques liées à la pratique du yoga(de) Sigmund Freud, Das Unbehagen in der Kultur, Vienne, Internationaler Psychoanalytischer Verlag, .. L'identification de cet ami avec Eckstein est universellement reprise dans la littérature, notamment chez Baier et dans la notice du Wien Geschichte Wiki,,.
Au-delà de cet épisode, Eckstein contribue à l'orbite éditoriale freudienne à partir des années 1930. Il publie Die Flucht in das Unendlich kleine. Über die irrationalen Zahlen (« La Fuite dans l'infiniment petit. Sur les nombres irrationnels ») à l'Internationaler Psychoanalytischer Verlag en 1932, et donne plusieurs textes à l'Almanach des Internationalen Psychoanalytischen Verlages entre 1930 et 1936, dont Ältere Theorien des Unbewußten (« Anciennes théories de l'inconscient », 1936),. Selon Baier, ces contributions traduisent une tentative singulière de mettre en dialogue la conception freudienne de l'inconscient et les traditions ésotériques préfreudiennes (théosophie, mystique chrétienne, Carl Gustav Carus, Eduard von Hartmann) — une démarche qui ne sera pas reprise par la psychanalyse classique, mais qui anticipe certaines préoccupations ultérieures de la psychologie des profondeurs.
Éditions, traductions et travail philologique

Le quatrième volet de l'activité intellectuelle d'Eckstein concerne l'édition critique et la traduction. Il publie en 1915 chez Insel-Verlag à Leipzig Comenius und die böhmischen Brüder (« Comenius et les Frères tchèques »), une étude sur Comenius et la tradition de l'Unité des Frères (Unitas Fratrum). L'année suivante, en 1916, il fait paraître chez le même éditeur une traduction allemande des Erzählungen und Essays (« Récits et essais ») de William Butler Yeats, parmi les premières traductions allemandes du poète irlandais, par ailleurs membre comme Eckstein de cercles théosophiques (la branche dublinoise, puis l'Ordre hermétique de l'Aube dorée),.
Entre 1925 et 1928, Eckstein collabore avec l'écrivain et historien des religions René Fülöp-Miller à une série d'éditions de textes inédits ou retravaillés de la littérature russe, principalement chez R. Piper & Co. à Munich. Sont ainsi publiés notamment Die Beichte einer Jüdin und andere Erzählungen (« La Confession d'une juive et autres récits ») de Léon Tolstoï en 1926, et Die Urgestalt der Brüder Karamasoff (« La forme originelle des Frères Karamazov »), édition critique des brouillons et notes préparatoires du roman de Fiodor Dostoïevski, en 1928,. Cette série d'éditions, accompagnée d'apparats critiques rédigés en allemand, devient l'une des références germanophones pour l'étude des œuvres russes durant l'entre-deux-guerres.
À cela s'ajoutent de nombreuses contributions à des revues, dont la Neue Freie Presse, la Wiener Allgemeine Zeitung, la Wiener Rundschau et l'Almanach freudien déjà mentionné, sur des sujets allant de la philologie classique aux mathématiques en passant par l'histoire de la musique et la mystique,. Cette dispersion thématique correspond au profil « polyhistor » qu'Eckstein revendique lui-même dans ses mémoires et que ses contemporains ont consacré par la légende du Café Imperial,.
Postérité et réception
Représentations littéraires

Arthur Schnitzler s'inspire du couple Eckstein et de leur villa de Baden pour sa tragicomédie Das weite Land, publiée en 1911. Selon Konstanze Fliedl et l'édition critique de la pièce, le décor reprend le St.-Genois-Schlössl, le fils Percy Eckstein sert de modèle au personnage de Percy, et Eckstein lui-même apparaît au troisième acte sous les traits de « Gustl Wahl », interlocuteur philosophique avec qui l'on discute de bouddhisme.
En 1936, dans la préface qu'il rédige pour les mémoires Alte unnennbare Tage, l'écrivain et historien des religions René Fülöp-Miller forge le surnom de « Mac Eck », qu'il glose comme « la sagesse en personne » et qu'il associe à la légende viennoise des cafés littéraires,René Fülöp-Miller, « Vorwort », dans Friedrich Eckstein, Alte unnennbare Tage, Vienne, Reichner, 1936.. Ce portrait, à la fois affectueux et hagiographique, demeure l'une des principales sources de la mythologie qui entoure Eckstein dans la mémoire viennoise.
Friedrich Torberg consacre à Eckstein plusieurs anecdotes de son recueil Die Tante Jolesch oder Der Untergang des Abendlandes in Anekdoten (1975), succès de librairie qui contribue à réinscrire le Kaffeehausliteratur viennoise dans la culture germanophone d'après-guerre. Dans le chapitre qu'il consacre au Café Imperial, Torberg reprend la formule de Fülöp-Miller en parlant de « Mac Eck » et rapporte plusieurs traits d'érudition prêtés à Eckstein, dont l'anecdote du faux poète chinois « Kun-Han-Su » résultant d'une dépêche déformée pour Knut Hamsun. Ces récits, plusieurs fois cités par la suite, fonctionnent davantage comme typifications littéraires de la culture viennoise fin-de-siècle que comme témoignages historiquement vérifiables.
Dans une moindre mesure, des allusions à Eckstein figurent également dans les correspondances et journaux de Hermann Bahr, Stefan Zweig et Felix Salten, ainsi que dans la biographie de Bertha Diener par Sibylle Mulot-Déri,.
Réception historiographique
La réception académique d'Eckstein est tardive et se développe en parallèle à la redécouverte plus large de l'occultisme viennois et de la modernité viennoise.
Dans le champ francophone, le germaniste Jacques Le Rider consacre, dans sa recension de la réédition des mémoires en 1988, une analyse synthétique au personnage : il y voit, plutôt qu'un auteur original, un « témoin privilégié » de la Vienne libérale et juive de la fin du XIXe siècle. La même année, les éditions Atelier de Vienne rééditent Alte unnennbare Tage en fac-similé, avec une postface de Sibylle Mulot-Déri,.
Dans le champ germanophone, c'est l'historien des religions Helmut Zander, dans son étude monumentale Anthroposophie in Deutschland (2007), qui inscrit pour la première fois Eckstein dans une cartographie systématique de la théosophie centre-européenne, comme animateur de la première loge de la Société théosophique à Vienne et comme intermédiaire — sans en faire un théoricien — entre la théosophie blavatskienne et le futur cercle anthroposophe de Rudolf Steiner. Zander remet en cause plusieurs traits du portrait diffusé par la littérature interne au mouvement anthroposophe (Emil Bock, Robin Schmidt, Rolf Speckner), notamment sur la prétendue initiation de Steiner par Eckstein à la mystique de Kerning et sur l'importance doctrinale du cercle viennois pour la genèse de l'anthroposophie,,.
Les travaux de Karl Baier (Université de Vienne), notamment son chapitre « Occult Vienna » paru en 2020 dans la série Religion in Austria, développent et nuancent cette lecture. Baier replace Eckstein dans une « topographie » de l'occultisme viennois comprenant à la fois la théosophie d'Adyar, le Lebensreform, le yoga et l'orientalisme, la mystique allemande, la franc-maçonnerie occulte et les premiers cercles psychanalytiques ; il insiste sur la fonction de « relais » jouée par Eckstein entre ces milieux, tout en concédant que sa production écrite reste mince. Du côté anglophone, l'historienne Corinna Treitel (A Science for the Soul, 2004) classe Eckstein parmi les acteurs viennois d'une « science de l'âme » au croisement du naturalisme expérimental, de la psychophysique et des spiritualités orientales.
Les biographies récentes de Bruckner (notamment celles de Cornelis van Zwol et de Constantin Floros) et de Hugo Wolf (Honolka, Werba) continuent quant à elles d'utiliser les Erinnerungen an Anton Bruckner d'Eckstein comme l'une de leurs principales sources directes pour la période viennoise des deux compositeurs, tout en signalant, à la suite des éditeurs critiques des œuvres de Bruckner, que ce témoignage relève d'un genre commémoratif et doit être confronté à d'autres sources.
Dans la mémoire urbaine viennoise, Eckstein demeure principalement associé au Café Imperial, dont la notice du Wien Geschichte Wiki fait de sa table l'un des points de cristallisation du Kaffeehausliteratur viennois,. Aucune rue, plaque commémorative ni distinction publique notable ne lui a en revanche été consacrée à ce jour, à la différence de plusieurs membres de sa fratrie (Therese Schlesinger, Emma Eckstein) qui figurent dans l'espace public viennois.
Œuvres
Écrits personnels
« Die esoterische Lehre in indischer Fassung », Sphinx. Monatsschrift für die geschichtliche und experimentale Begründung der übernatürlichen Weltanschauung auf monistischer Grundlage, vol. III, no 5, janvier 1888, p. 57-60.
Comenius und die böhmischen Brüder, Leipzig, Insel-Verlag, coll. « Insel-Bücherei » no 96, 1915.
Erinnerungen an Anton Bruckner, Vienne, Universal-Edition, 1924. (réédition augmentée d’un chapitre paru en 1923).
Die Flucht in das Unendlich kleine. Über die irrationalen Zahlen, Vienne, Internationaler Psychoanalytischer Verlag, 1932. (contribution au dialogue entre psychanalyse et traditions ésotériques).
Alte unnennbare Tage! Erinnerungen aus siebzig Lehr- und Wanderjahren, Vienne, Reichner-Verlag, 1936 (rééd. fac-similé Vienne, Edition Atelier, 1988, avec postface de Sibylle Mulot-Déri).
Eckstein a par ailleurs laissé un manuscrit inachevé et perdu, Der Weltgeist an der Orgel (monographie sur Bruckner), mentionné par Friedrich Torberg.
Éditions et traductions
Eckstein a collaboré, notamment avec René Fülöp-Miller, à plusieurs éditions critiques et traductions :
William Butler Yeats, Erzählungen und Essays, Leipzig, Insel-Verlag, 1916 (première traduction allemande importante).
Avec René Fülöp-Miller : ** Die Lebenserinnerungen der Gattin Dostojewskis / Das Tagebuch der Gattin Dostojewskis, Munich, R. Piper & Co., 1925. ** Dostojewski am Roulette, Munich, R. Piper & Co., 1925. ** Tolstojs Flucht und Tod, Berlin, Cassirer, 1925. ** Der unbekannte Dostojewski, Munich, R. Piper & Co., 1926. ** Die Beichte einer Jüdin und andere Erzählungen (Léon Tolstoï), Munich, R. Piper & Co., 1926. ** Die Urgestalt der Brüder Karamasoff / Raskolnikoffs Tagebuch, Munich, R. Piper & Co., 1928.
Ces éditions, accompagnées d’apparats critiques, ont constitué des références importantes dans le domaine germanophone de l’entre-deux-guerres.
Notes et références
Annexes
Bibliographie
- Baier, Karl, « Occult Vienna: From the Beginnings until the First World War », dans Hans Gerald Hoedl, Astrid Mattes, Lukas Pokorny (dir.), Religion in Austria, vol. 5, Vienne, Praesens, 2020.
- Gatscher-Riedl, Gregor, « Der Polyhistor aus Perchtoldsdorf. Notizen zum 150. Geburtstag Friedrich Ecksteins », Heimatkundliche Beilage zum Amtsblatt der Bezirkshauptmannschaft Mödling, 46e année, fasc. 1, Mödling, 5 mars 2011.
- Le Rider, Jacques, recension de Friedrich Eckstein, Alte unnennbare Tage !, Austriaca, no 29, 1989.
- Lexikon deutsch-jüdischer Autoren, vol. 6, Munich, K. G. Saur, 1998 (notice « Eckstein, Friedrich »).
- Mulot-Déri, Sibylle, Sir Galahad. Porträt einer Verschollenen, Francfort-sur-le-Main, Fischer Taschenbuch, 1987.
- Schmidt, Robin, Rudolf Steiner und die Anfänge der Theosophie, Dornach, Rudolf Steiner Verlag, 2010.
- Speckner, Rolf, « Friedrich Eckstein als Okkultist », Der Europäer, 18 (9/10), 2014.
- Torberg, Friedrich, Die Tante Jolesch oder Der Untergang des Abendlandes in Anekdoten, Munich, Langen-Müller, 1975.
- Zander, Helmut, Anthroposophie in Deutschland, vol. 1, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 2007.
Articles connexes
- Société théosophique
- Théosophie (Blavatsky)
- Anton Bruckner
- Hugo Wolf
- Sigmund Freud
- Rudolf Steiner
- Bertha Eckstein-Diener
- Emma Eckstein
- Pernerstorfer-Kreis
- Café Imperial (Vienne)
Liens externes
- Notice biographique détaillée, Wien Geschichte Wiki (consulté le 15 mai 2026).
- Nachlassverzeichnis, Österreichische Nationalbibliothek.
- Article de Gregor Gatscher-Riedl, David. Jüdische Kulturzeitschrift, 2016.
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