Gélose Drigalski

La gélose Drigalski ou gélose Conradi-Drigalski est un milieu de culture sélectif et différentiel employé en microbiologie pour l'isolement et l'identification des bacilles Gram négatifs (BGN). Ce milieu comporte un indicateur coloré qui détecte la consommation du lactose. Décrit en 1902 par W. von Drigalski et H. Conradi (de)[1], il a subi plusieurs modifications avant de parvenir aux diverses formulations commerciales actuelles.

Il est utilisé principalement pour isoler les BGN « entériques » (c'est-à-dire, d'origine digestive) au sein de prélèvements cliniques[2],[3].

Principe

Dans la formulation initiale de Drigalski & Conradi, la base nutritive se compose de 30 g/L de lactose, d'extrait de viande et d'un mélange à parts égales de peptone et de caséine (toutes les deux à hauteur de 20 g/L)[1].

Le milieu est rendu sélectif par la présence de violet cristallisé qui inhibe la croissance des bactéries Gram positives.

La consommation du lactose est détectée par de la teinture de tournesol, qui vire au rouge sous l'effet de l'accumulation des sous-produits acides de dégradation de ce sucre. Les formulations modernes emploient un indicateur de pH plus performant, pourpre de bromocrésol (BCP) ou bleu de bromothymol (BBT), qui dans les deux cas vire au jaune en cas d'acidification du lactose.

Le chlorure de sodium augmente la pression osmotique au sein du milieu. L'agar est l'agent gélifiant.

Lecture

L'aspect des colonies sur gélose Drigalski reflète leur aptitude à acidifier le lactose et dépend bien sûr de l'indicateur de pH utilisé.

Dans la formulation originale de Drigalski & Conradi, où l'indicateur est de la teinture de tournesol :

  • les colonies qui acidifient le lactose (colonies « lactose + ») sont colorées en rouge ;
  • les autres (colonies « lactose – ») sont colorées en bleu violacé.

Dans la formulation voisine présentée ci-dessous (cf. §Composition), où l'indicateur est le pourpre de bromocrésol :

  • les colonies lactose + sont colorées en jaune et font virer au jaune le milieu environnant ;
  • les colonies lactose – sont incolores ou prennent la coloration initiale du milieu (rouge rosé) sans modifier son aspect.

Dans les formulations commerciales actuelles (cf. §Variantes), où l'indicateur est le bleu de bromothymol :

  • les colonies lactose + sont aussi colorées en jaune et font virer au jaune le milieu environnant ;
  • les colonies lactose – sont aussi incolores ou prennent la coloration initiale du milieu (bleu-vert) sans modifier son aspect.

Composition

Une formulation proche de la version originale est la suivante, pour 1000 mL de milieu[2],[3] :

  • peptone (quelconque) : 10 g
  • caséine : 10 g
  • lactose : 10 g
  • chlorure de sodium : 5 g
  • pourpre de bromocrésol : 30 mg
  • violet cristallisé : 4 mg
  • agar : 15 g.

Ajuster le pH à 6,8 ± 0.2 à 25°C (après autoclavage).

Variantes

Les formulations commerciales actuelles sont assez éloignées de la formule d'origine. Elle se rapprochent à certains égards de la formule modifiée suivante[4],[5] :

  • peptone (quelconque) : 10 g
  • lactose : 10 g
  • extrait de viande : 4 g
  • bleu de bromothymol : 40 mg
  • agar : 16 g.

Ajuster le pH à 7,4 ± 0,2 à 25°C (après autoclavage).

Selon les fournisseurs et les formulations[6],[7] :

  • la caséine est généralement absente, remplacée par une hausse à 15 g/L des quantités de peptone et de lactose ;
  • la base nutritive est souvent enrichie d'extrait de viande et d'extrait de levure ;
  • la quantité d'agar est souvent abaissée à 11 g/L ;
  • le milieu est généralement rendu plus sélectif vis-à-vis des bactéries non entériques par ajout de 0.1% de désoxycholate de sodium (en plus du violet cristallisé) ;
  • du thiosulfate de sodium à hauteur de 0.1% est habituellement ajouté, sans que les raisons de cet ajout soient expliquées par les fournisseurs ;
  • le système indicateur est habituellement composé de 80 mg/L de bleu de bromothymol.

Des variantes sélectives ont été développées par ajout de ceftazidime (2 mg/L) à des formulations commerciales de gélose Drigalski dans le but faciliter l'isolement des Entérobactéries productrices de bétalactamase à spectre étendu (en) (BLSE)[8], [9], [10]. D'autres céphalosporines de 3ème génération ont été utilisées à la place du ceftazidime, comme par exemple la ceftriaxone[11] (Drigalski + 3 mg/L) et le céfotaxime[12] (Drigalski + 2 mg/L).

Le milieu Supercarba est une variante sélective destinée à l'isolement des Entérobactéries productrices de carbapénémase (en)[13]. Il s'agit d'une gélose Drigalski additionnée d'une faible quantité d'ertapénème (0,25 µg/mL) pour sélectionner les bactéries exprimant une carbapénémase même à faible niveau, et de cloxacilline (250 µg/mL) qui restreint la croissance des bactéries n'exprimant que des céphalosporinases (même de haut niveau). Du sulfate de zinc est ajouté pour favoriser l'expression des métallo-bétalactamases (bétalactamases de la classe B d'Ambler).

Préparation

Aucun ingrédient n'étant thermosensible, il suffit de les dissoudre à chaud dans le volume correspondant d'eau distillée et de stériliser à l'autoclave (15 min à 121°C). Le mélange est ensuite réparti dans des contenants stériles.

Notes et références

  1. von Drigalski W & Conradi H « Ueber ein Verfahren zum Nachweis der Typhusbacillen » Z Hyg Infekstionskr. 1902;39:283-300. Accès libre.
  2. « Conradi Drigalski Agar » in: Atlas RM & Snyder JW. Handbook of media for clinical microbiology. Boca Raton : 2nd ed, 2006, CRC Press, Taylor & Francis Group, p. 159. (ISBN 0-8493-3795-X)
  3. « Conradi Drigalski Agar » in: Atlas RM. Handbook of microbiological media. Washington, DC : ASM Press. Boca Raton : 4th ed, 2010, CRC Press, Taylor & Francis Group, p. 446. (ISBN 978-1-4398-0408-7)
  4. « Drigalski Litmus Lactose Agar, Modified » in: Atlas RM. Handbook of microbiological media. Washington, DC : ASM Press. Boca Raton : 4th ed, 2010, CRC Press, Taylor & Francis Group, p. 608. (ISBN 978-1-4398-0408-7)
  5. https://www.himedialabs.com/media/TD/M1378.pdf, consulté le 31/01/2026.
  6. https://www.himedialabs.com/media/TD/M1761.pdf, consulté le 31/01/2026.
  7. https://www.bio-rad.com/webroot/web/pdf/fsd/literature/Technical_Sheets/TS_Drigalski%20Agar_V4_05-08-11.pdf, consulté le 31/01/2026.
  8. Vidal-Navarro L et al. « Faecal carriage of multidrug-resistant Gram-negative bacilli during a non-outbreak situation in a French university hospital » J Antimicrob Chemother. 2010:65(11):2455-2458. DOI 10.1093/jac/dkq333
  9. Boutet-Dubois A et al. « Faecal carriage of oxyiminocephalosporin-resistant Enterobacteriaceae among paediatric units in different hospitals in the south of France » Eur J Clin Microbiol Infect Dis. 2013;32(8):1063-1068. DOI 10.1007/s10096-013-1851-7
  10. Ouattara MB et al. « Evaluation of Drigalski agar supplemented with ceftazidime (2 mg/L) for selective isolation of extended-spectrum beta-lactamase (ESBL) producing Enterobacteria » Afr J Med Res. 2014;8(29):2758-2765. DOI 10.5897/AJMR2014.6880
  11. Herindrainy P et al. « Rectal carriage of extended-spectrum beta-lactamase-producing gram-negative bacilli in community settings in Madagascar » PLoS One 2011;6(7):e22738. DOI 10.1371/journal.pone.0022738
  12. Sanneh B et al. « Prevalence and risk factors for faecal carriage of Extended Spectrum β-lactamase producing Enterobacteriaceae among food handlers in lower basic schools in West Coast Region of The Gambia » PLoS One 2018;13(8):e0200894. DOI 10.1371/journal.pone.0200894
  13. Nordmann P et al. « Detection of carbapenemase producers in Enterobacteriaceae by use of a novel screening medium » J Clin Microbiol. 2012;50(8):2761–2766. DOI 10.1128/JCM.06477-11

Voir aussi

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