Galerie Bortier

Galerie Bortier
Façade rue de la Madeleine
Présentation
Destination initiale
Galerie commerçante
Destination actuelle
Galerie commerçante
Architecte
Ouverture
Commanditaire
Pierre Bortier (d)
Patrimonialité
Localisation
Pays
Région
Ville
Coordonnées
50° 50′ 41″ N, 4° 21′ 18″ E
Carte

La galerie Bortier (en néerlandais : Bortiergalerij) dans le quartier du Pentagone de Bruxelles est un passage couvert jouxtant le marché couvert de la Madeleine, inauguré en 1848. Longtemps attribuée à tort à Jean-Pierre Cluysenaar, auteur du marché, elle est l'œuvre de l'architecte Félix Pauwels. Située dans le centre de la ville, elle unit la rue Saint-Jean à la rue de la Madeleine. La ville de Bruxelles en est propriétaire et sa gestion est assurée par sa Régie foncière.

Historique

Au futur emplacement de la galerie, rue de la Madeleine, se trouve dès du fin du XVIIe siècle ou le début du XVIIIe siècle une maison de maître. Achetée en 1763 par Beydaels, «roi d’armes» du duché de Brabant, sa façade de style baroque tardif date de cette époque. Plus tard et jusqu’au deuxième quart du XIXe siècle, elle devient le point de départ des diligences vers Paris, sous l'enseigne des « Messageries J. B. Van Gend »[1].

Mise en place

La galerie doit son nom à Pierre Louis Antoine Bortier (nl), un riche rentier qui hérite, en 1830, cette Hôtel des Grandes Messageries à côté de plein d'autre biens, surtout en Flandre Occidentale[2].

Après le déménagement de l'ancien hôpital Saint-Jean au boulevard du Jardin Botanique, l'hôpital déclare, en mois de de vouloir vendre ses anciennes possessions à la place Saint-Jean. La ville lance un appel à idées sur ce qu'on pourrait faire avec les terrains libérés. Deux des douze projets introduits, de Cluysenaar, et de Henri Partoes, proposent déjà de tracer un passage couvert à partir de la façade des Messageries. Finalement, la ville trouve le prix que les hospices demandent pour leurs terrains trop élevé et se limite à tracer les nouvelles rues Saint-Jean et Duquesnoy, suivant un plan simplifié de Partoes (arrêté royale du ). Pour le reste des terrains, les hospices doivent chercher des acquéreurs privés[3].

Bortier obtient alors, le , une bonne partie du nouveau îlot derrière le complexe qu'il y possède déjà, sur une autre partie de l'îlot il prend une option d'achat[4],[5]. Le , le conseil communal discute la proposition que Bortier fait à la ville : d'y édifier le marché de la Madeleine, une halle couverte destinée aux commerces d'étalage et de colportage, ayant son entrée principale dans la rue Duquesnoy[5] (il reste la façade de cette entrée, devenue la façade de la salle de concert La Madeleine).

Il s'agit d'une opération qu'on appellerait aujourd'hui un partenariat public-privé. La ville veut dégager la rue Marché aux Herbes du marché. Elle n'a pas d'autre terrain assez vaste que celui de Bortier à sa disposition dans le quartier. Et elle n'a pas les moyens de financer toute seule une halle de marché. La ville va donc racheter à Bortier 1 100 m2 des terrains de l'ancien hôpital Saint-Jean, et 1 400 m2 de l'ancienne Messagerie. Ensemble, ces terrains permettent la construction d'un marché couvert. En plus, Bortier fait un prêt à la ville, pour la plus grande partie des coûts de construction. La ville rembourse le prêt et l'achat des terrains en vingt annuités, devient donc seulement complètement propriétaire en 1867. Après avoir continué les discussions le , et avoir obtenu des précisions et concessions le conseil communal autorise l'opération, le [5].

Marché de la Madeleine, 1850 (observez les fenêtres du premier étage, au fond)
partie arrondi de la galerie Bortier, 1919 (derrière les fenêtres de l'autre image)

Bortier garde pour lui-même le bâtiment à front de la rue de la Madeleine. Sur ces 410 mètres carrés, il fait construire par l'architecte Félix Pauwels[6],[7],[8], un passage de quatre mètres de large vers le marché couvert, avec servitude pour la ville. Le long de ce passage il installe des boutiques. Ce passage comprend aussi, quelques marches plus élevée, un couloir en demi-cercle vers la Rue Saint-Jean, derrière la galerie au premier étage du fond du marché couvert - on en voit les fenêtres sur les images ci-contre[5],[9]. Les travaux de la galerie commencent déjà avant la construction du marché par Jean-Pierre Cluysenaar[6]. La galerie porte dès la planification le nom « galerie Bortier »[10],[11].

Attachée au marché

A l’intérieur, la galerie est bordée de boutiques et d’habitations, de part et d’autre, dans sa partie rectiligne, d’un seul côté dans le bras arrondi, appelé alors Passage. Dès le début, la galerie Bortier est investie principalement par des libraires. En plus, on trouve quelques libraires dans les échoppes du marché même, ce qui ne plaît pas à la ville, qui leur démande de quitter les lieux, le au plus tard. Les libraires Coeckx, Stroobant et Christiaens déménagent alors aussi dans la galerie[2].

Le , Alexis Christiaens, un des libraires, demande de pouvoir louer « le mur de la Galerie menant à la rue Saint-Jean [en le couvrant] de rayons uniformes d’un bout à l’autre. » La ville ne le lui autorise pas, à ce moment, mais accepte, une trentaine d’années plus tard, en 1886, un projet similaire d’une gigantesque bibliothèque en bois, 2,20 m hauteur et 27 m de longueur - les locataires-libraires se partagent les rayonnages[12].

En 1891, la ville arrête le marché, qui n'a jamais eu beaucoup de succès, mais garde les libraires et bouquinistes dans la galerie. En fait, ils rapportent 10 000 francs à la ville, alors que les échoppes du marché, beaucoup plus grand, ne rapportent que 25 000 francs[13].

Paul Delvaux en fit une aquarelle en 1956, lorsque planait la menace de sa disparition

Après la destruction du marché

Le marché de la Madeleine fut démoli en 1957, on ne garde que les façades devant et derrière. La ville y construit une salle des fêtes[1], qui sera temporairement occupée par un casino dans les années 2003 à 2009[réf. nécessaire].

La partie courbée de la galerie est alors fermé au public, perd sa verrière et sur son sol on coule du béton pour assurer l'étanchéité du plafond de la salle en dessous[14]. Il ne subsista donc de l'ensemble que la partie rectiligne de la galerie, qui reste dans les mains du privé jusqu'à son achat par la ville, en 1972[12].

Revitalisation 1974-75

galerie Bortier en 2009

En , l'échevin des Propriétés communales, Marc-Antoine Pierson, propose au collège de faire rénover la galerie Bortier[14]. La ville confie alors les travaux aux architectes Paul et Marcel Mignot, qui avaient déjà « transformé » La Madeleine auparavant[12]. Ils reconstruisent alors le bras arrondi de la galerie, laissé à l’abandon depuis près de vingt ans. Pour les boiseries et colonnes ils s'inspirent du modèle de la partie rectiligne de Pauwels. Ils remplacent la verrière de la partie rectiligne par une copie en matériaux moins épais et plus légers et placent sur la partie courbée le même type de verrière, où la verrière de Cluysenaar à un seul versant avait disparu depuis longtemps[15]. La galerie est agrandie par le local de la Madeleine qui se trouvait derrière la longue bibliothèque[12],[15].

La galerie est un peu plus courte qu'avant, parce que sa sortie ancienne vers la rue Saint-Jean sert comme sortie de secours à la Madeleine. On perce donc une nouvelle sortie vers cette rue au travers d'une des boutiques, qui reçoit une façade « style îlot sacré »[16]. La galerie est rouverte en 1977, toujours occupée par des librairies et éditeurs[15].

Années 2000

À partir des années 2015-2020, la Régie foncière de la ville de Bruxelles se désintéresse progressivement de la galerie ; les libraires qui partent ne sont pas remplacés à cause des loyers excessifs demandés et de la fragilité des baux proposés. La galerie se dégarnit peu à peu au grand dam des libraires, qui essaient de la faire vivre en y organisant, de leur propre initiative, des activités culturelles. Ils sont encore au nombre de six, début 2022, lorsque la Régie lance un appel à manifestation d'intérêt pour deux espaces vacants, classée sans suite[réf. nécessaire].

Début 2024, la Régie foncière annonce que la gestion de l'ensemble de la galerie est cédée à un acteur privé, la S.A. Choux de Bruxelles, spécialisée dans les « food markets ». Malgré une pétition de soutien de plus de 13 000 signatures pour que la galerie conserve son statut de « galerie des bouquinistes », le dialogue se crispe avec la Régie foncière. Entre et , trois libraires sont poussés vers la sortie pour laisser place, fin , aux nouveaux occupants : des commerces de bouche « de standing ». Mais le concept peine à convaincre et huit mois plus tard, certains commerces quittent le projet[17].

Tandis que sa transformation en food-market est présentée comme un retour aux sources, des libraires et amis de la galerie créent un site internet qui retrace son histoire depuis sa naissance. On y apprend, documents d'archives à l'appui, que dès 1848 et l'ouverture du marché de la Madeleine, la galerie a toujours été occupée par des libraires dont le commerce était florissant, tandis que le marché de victuailles ne prospéra jamais[18].

Accès

Ce site est desservi par la station de métro : Gare Centrale.

Références

  1. « Galerie Bortier et ancien marché de la Madeleine », sur Inventaire du patrimoine architectural, MRBC
  2. « Galerie Bortier et Marché de la Madeleine, un acte de naissance unique, deux identités », (consulté le )
  3. (nl) Edwin Smellinckx, Urbanisme in Brussel, 1830-1860, hoofdstuk 3 (mémoire de licence Histoire), KUL, 2000-2001 (lire en ligne)
  4. Willaumez 1983, p. 49.
  5. Ville de Bruxelles, Bulletin des Séances du Conseil Communal, t. 1, (lire en ligne [PDF])
  6. « Non, la Galerie Bortier n’est pas « la petite soeur » des Galeries Royales Saint-Hubert », (consulté le )
  7. « La restauration de la façade de l'hôtel des Grandes Messageries », L'Indépendance Belge,‎ , p. 1 (lire en ligne)
  8. « Galerie Bortier », sur Inventaire du patrimoine architectural, MRBC
  9. Marie-France Willaumez, Les passages-galéries du XIXe siècle à Bruxelles, Bruxelles, Ministère de la Communauté Française, , p. 54
  10. Willaumez 1983, p. 53.
  11. Marie-France Willaumez, Trois visages de passages au XIXe siècle, Bruxelles, MRBC, coll. « Bruxelles, Ville d'Art et d'Histoire » (no 7), (lire en ligne), p. 38
  12. (fr-BE) « La Bibliothèque Galerie Bortier | La Galerie Bortier », (consulté le )
  13. « Le marché de la Madeleine », La Nation,‎ , p. 2 (lire en ligne)
  14. Willaumez 1983, p. 56.
  15. (fr-BE) « La rénovation de la Galerie Bortier par les frères Mignot » (consulté le )
  16. Willaumez 1994, p. 40.
  17. Emma Druelles, « Galerie Bortier : un concept toujours critiqué », sur BX1, (consulté le )
  18. Anneleen Arnout, Approvisionner la ville, Bruxelles, Éditions de l'Université Libre de Bruxelles, , À ses débuts, le marché de la Madeleine attirait peu de marchands ou de clients. La situation s'est améliorée quelque peu par la suite, mais jamais au point de répondre aux attentes. C'est pourquoi à la fin du XIXe siècle, on a discuté de la réaffectation du bâtiment.

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

  • Louis, Henri & Paul Hymans, Bruxelles à travers les âges, tome III, Bruylant-Christophe et Cie, Bruxelles
  • Marie-France Willaumez, Les passages-galéries du XIXe siècle à Bruxelles, Bruxelles, Ministère de la Communauté Française, , 101 p.
  • Marie-France Willaumez, Trois visages de passages au XIXe siècle, Bruxelles, MRBC, coll. « Bruxelles, Ville d'Art et d'Histoire » (no 7), , 49 p. (lire en ligne)

Liens externes

  • icône décorative Portail de l’architecture et de l’urbanisme
  • icône décorative Portail de Bruxelles