George de Mohrenschildt

| Naissance | |
|---|---|
| Décès |
(à 65 ans) Manalapan |
| Nationalité | |
| Formation | |
| Activités | |
| Père |
Sergej Aleksandrovič von Mohrenschildt (d) |
| Fratrie |
Dimitri Sergius Von Mohrenschildt (d) |
| Parti politique | |
|---|---|
| Personne liée |
George de Mohrenschildt[note 1] (17 avril 1911 – 29 mars 1977) est un Américain d'origine russe, réfugié politique anticommuniste, professeur, géologue pétrolier, et informateur occasionnel de la CIA[1].
Issu d'une famille aristocratique de la Russie tsariste, les siens furent victimes de la révolution d'octobre et s'exilèrent en Pologne.
Établi aux États-Unis à la fin des années 1930, il fréquenta la bonne société et notamment Jacqueline Kennedy, future épouse du président Kennedy. Fixé dans la région de Dallas en octobre 1961, George de Mohrenschildt se lia d'amitié avec Lee Harvey Oswald dans le courant de l'été 1962, un an avant l'assassinat de John F. Kennedy.
Après l'attentat de novembre 1963, Mohrenschildt témoigna devant la Commission Warren chargée d'enquêter sur l'assassinat, au cours de laquelle il minimisa sa relation avec l'assassin présumé. Son témoignage est l'un des plus longs de tous les témoins entendus[2],[3].
En mars 1977, Mohrenschildt meurt, apparemment par suicide, alors qu'il devait témoigner devant la commission d'enquête de la Chambre des représentants sur les assassinats. Ses versions contradictoires concernant Oswald à différentes époques et ses liens avec la CIA avaient conduit plusieurs théoriciens du complot à remettre en question sa relation avec Oswald.
Biographie
Jeunesse
George de Mohrenschildt est né sous le nom de Jerzy Sergius von Mohrenschildt à Mozyr, dans l'empire russe, aujourd'hui en Biélorussie, le 4 avril 1911, selon l'ancien calendrier julien russe. Il avait un frère aîné, Dimitri. Leur père, Sergueï Alexandrovitch von Mohrenschildt, était d'origine germano-balte, suédoise et russe. Sa mère, Alexandra, était d'origine polonaise, russe et hongroise[4].

Selon son fils, Sergueï von Mohrenschildt était maréchal de la noblesse du gouvernement de Minsk[5] de 1913 à 1917, et occupa le poste de conseiller civil effectif, équivalent à celui de major-général. En 1920, pendant la Terreur rouge et la guerre civile russe, Sergueï von Mohrenschildt fut arrêté par la Tchéka, la police secrète bolchevique, pour agitation antisoviétique présumée. Il fut condamné à l'exil à vie à Veliki Oustioug, une ville du nord de la Russie.
Mohrenschildt témoigna plus tard devant la Commission Warren que, pendant l'attente de son transfert à Veliky Oustioug, son père tomba malade. Deux médecins qui le soignèrent en prison lui conseillèrent de cesser de s'alimenter afin de paraître plus souffrant. Les médecins informèrent ensuite le gouvernement soviétique que Sergueï était trop malade pour survivre au voyage vers Veliky Oustioug et qu'il devait être autorisé à se rétablir chez lui. Le gouvernement soviétique accepta, à condition que Sergueï se présente chaque semaine jusqu'à ce que son état de santé lui permette d'être transféré à Veliky Oustioug. Après sa libération, Sergueï, sa femme et le jeune Mohrenschildt s'enfuirent en Pologne, cachés dans une charrette à foin. Quant au frère aîné de Jerzy, Dimitri, condamné à mort, il fut rapatrié en Pologne dans le cadre d'un échange de prisonniers[6]. Durant leur voyage, Jerzy, son père et sa mère Alexandra contractèrent la fièvre typhoïde. Alexandra mourut de cette maladie peu après que la famille eut franchi la frontière polonaise.
Après son veuvage, Sergueï von Mohrenschildt et ses fils s'installèrent à Vilnius, en Lituanie, où la famille possédait encore un important domaine. Jerzy de Mohrenschildt obtint son baccalauréat au lycée de Vilnius en 1929, puis son diplôme de l'Académie de cavalerie de l'armée polonaise en 1931. Il poursuivit ses études et obtint une maîtrise à l'Institut des hautes études commerciales. Après avoir soutenu une thèse sur l'influence économique des États-Unis sur l'Amérique latine, il reçut un doctorat ès sciences en commerce international de l'Université de Liège, en Belgique, en 1938.
Émigration aux États-Unis
Jerzy von Mohrenschildt émigra aux États-Unis en mai 1938, date à partir de laquelle il fit franciser légalement la particule nobiliaire de son nom, passant de l'allemand « von » au français « de »[7],[8],[9].
Devenu officiellement George de Mohrenschildt, et à en croire son propre témoignage, il collecta alors des informations sur des personnes impliquées dans des activités pro-nazies, notamment celles qui sous-traitaient pour des concessions pétrolières américaines au nom de l'Allemagne avant l'entrée en guerre des États-Unis. George de Mohrenschildt indiqua également qu'un autre de ses objectifs était d'aider les compagnies pétrolières françaises à surenchérir sur les entreprises allemandes. Il affirma qu'il travaillait pour les services de renseignement français, sans toutefois en être membre.
George de Mohrenschildt passa l'été 1938 avec son frère aîné Dimitri à Long Island. Comme George, Dimitri von Mohrenschildt était un fervent anticommuniste, qui était également un agent anti-nazi pour l'OSS du général William J. Donovan et, pendant la guerre froide, l'un des fondateurs de Radio Free Europe et de Radio Liberty.
Lors de son séjour à New York, George de Mohrenschildt fit la connaissance de la famille Bouvier, et notamment de la future première dame des États-Unis, Jacqueline Bouvier. Jacqueline, qui grandissait en l'appelant « Oncle George », s'asseyait souvent sur ses genoux. Il devint également un proche de la tante de Jacqueline, Edith Ewing Bouvier Beale.
De 1939 à 1941, George de Mohrenschildt s'essaya sans succès au secteur des assurances. En 1941, il s'associa à Film Facts à New York, une société de production appartenant à son cousin, Berend Maydell, également connu sous le nom de baron Maydell (ou comte Maydell), qui aurait entretenu des sympathies pro-nazies. La même année, il co-fonde la revue The Russian Review[10].
En 1942, alors qu'il se rendait au Mexique, Mohrenschildt fut interpellé par des agents du gouvernement américain. Après la fouille de sa voiture, il fut relâché et poursuivit sa route[11]. Selon une note de l'ancien directeur de la CIA, Richard Helms, Mohrenschildt « était soupçonné d'être un agent d'espionnage nazi ». Toujours en 1942, Mohrenschildt postula pour intégrer l'OSS, mais sa candidature fut rejetée en raison de ces soupçons[12]. George de Mohrenschildt a nié avoir jamais eu de sympathies nazies et a affirmé au contraire avoir aidé à collecter des fonds en Amérique pour la résistance polonaise, en réalisant un film documentaire sur les résistants en Pologne occupée.
En cette même année 1942, il épouse une jeune Américaine, Dorothy Pierson. Ils ont une fille, Alexandra (dite Alexis), mais le couple divorce au début de l'année 1944. En 1945, Mohrenschildt obtient une maîtrise en géologie pétrolière à l'Université du Texas.
Dallas, Oswald et Haïti
Après la Seconde Guerre mondiale, George de Mohrenschildt s'installa au Venezuela, où il travailla pour Hampton Industries Oil[13]. En 1947, il se remarie avec Phyllis Washington, la belle-fille d'un diplomate. Ils divorcèrent en 1949. La même année, Mohrenschildt obtint la nationalité américaine.
En 1950, il fonda une société d'investissement pétrolier avec son neveu par alliance, Edward Hooker, avec des bureaux à New York, Denver et Abilene[13].
En 1951, Mohrenschildt épousa en troisièmes noces la médecin Wynne « Didi » Sharples. L'année suivante, le couple s'installa à Dallas, où Mohrenschildt travailla comme géologue pétrolier pour le magnat du pétrole Clint Murchison[14]. Mohrenschildt et sa troisième épouse eurent deux enfants, un fils et une fille, tous deux atteints de mucoviscidose (leur fils décéda de cette maladie en 1960 et leur fille en 1973). Mohrenschildt et Sharples divorcèrent en 1957[15].
Mohrenschildt était alors membre du Dallas Petroleum Club, du Dallas Council on World Affairs, et enseignait dans un collège de la région. L'un de ses amis de longue date, l'ingénieur pétrolier offshore George Kitchel, a déclaré au FBI que Mohrenschildt comptait parmi ses amis proches plusieurs magnats du pétrole, parmi lesquels H.L. Hunt. Mohrenschildt a également rejoint le Texas Crusade for Freedom, un groupe d'extrême droite.
En 1957, Mohrenschildt se rendit en Yougoslavie pour mener une étude géologique de terrain financée par le Département d'État américain. Sur place, il fut accusé par la police secrète (UDBA) d'avoir réalisé des croquis de fortifications militaires. À son retour aux États-Unis, il fut interrogé par la CIA, à Washington puis à Dallas. L'année suivante, il se rendit au Mexique et au Panama où il rédigea de nouveaux rapports de renseignement pour la CIA[12],[16].
Après son troisième divorce en 1957, Mohrenschildt se remaria une nouvelle fois avec Jeanne LeGon, ancienne danseuse, mannequin et compatriote russo-américaine, en juin 1959[17]. LeGon (née Eugenia Fomenko) était la fille d'un directeur du Chemin de fer chinois d'Extrême-Orient, assassiné par les communistes [note 2].
De la fin de 1960 au début de 1961, il entreprit avec son épouse un voyage en Amérique centrale et dans les Caraïbes. Ce périple en Amérique centrale avait pour but de surmonter le deuil de son fils unique, décédé de la mucoviscidose en 1960. Mohrenschildt remit également un rapport écrit de son voyage au Département d'État américain, et une photographie prise durant ce voyage le montre en compagnie de l'ambassadeur américain au Costa Rica[16].
De retour au Texas, à l'été 1962, Mohrenschildt fait la rencontre de Lee Harvey Oswald et de son épouse Marina Oswald, d'origine soviétique, à Fort Worth. Mohrenschildt témoigna devant la Commission Warren en 1964 avoir rencontré les Oswald par l'intermédiaire George Bouhe, comptable pétrolier et membre éminent de la communauté russo-américaine de Fort Worth. Lorsque Mohrenschildt demanda s'il était prudent de se lier à Oswald, Bouhe répondit avoir consulté le FBI. Mohrenschildt pensait également avoir discuté d'Oswald avec Max Clark, qu'il croyait employé par le FBI, et avec J. Walton Moore, qu'il décrivait (à raison) comme « un agent du gouvernement – du FBI ou de la CIA » , et qui l'avait interrogé à plusieurs reprises après ses voyages à l'étranger, à partir de 1957[20],[21].
Mohrenschildt a témoigné que l'une des personnes avec lesquelles il avait discuté d'Oswald lui avait dit qu'« il était un fou inoffensif ». De retour d'un week-end à Houston, Mohrenschildt constata qu'un cambrioleur s'était introduit chez lui et avait photocopié ses papiers personnels et d'autres documents. Il possédait alors un manuscrit qu'Oswald lui avait confié et comprit que ce document avait probablement été photocopié lors de la perquisition. Sa principale préoccupation était que la CIA soit à l'origine du cambriolage. Selon Mohrenschildt, Moore nia catégoriquement toute implication de la CIA lorsqu'il fut confronté à cette accusation[22].
En octobre 1962, Oswald informa Mohrenschildt qu'il avait perdu son emploi à Fort Worth. Mohrenschildt lui conseilla alors de chercher du travail à Dallas, où les opportunités seraient plus grandes. De fait, Oswald fut rapidement embauché par la société photographique Jaggars-Chiles-Stovall, basée à Dallas. L'épouse et la fille de Mohrenschildt affirmèrent plus tard que c'était lui qui avait obtenu cet emploi pour Oswald.
Le 14 avril 1963, quelques jours après la tentative d'assassinat du général Edwin Walker à Dallas, Mohrenschildt et sa femme affirmèrent que lors d'une visite chez les Oswald, alors que Marina faisait visiter les lieux à Jeanne, ils découvrirent un fusil appuyé contre le mur d'un placard. Jeanne informa George qu'Oswald possédait un fusil, et George plaisanta avec Oswald : « C'est vous qui avez tiré sur le général Walker ? ». Selon Mohrenschildt, Oswald « savait en effet qu'il n'appréciait pas » ce haut-gradé. Interrogé par la Commission Warren sur la réaction d'Oswald, Mohrenschildt répondit qu'Oswald « avait souri ». Dans un entretien avec Edward Jay Epstein, Mohrenschildt affirma avoir déclaré à la CIA qu'il pensait qu'Oswald avait tenté d'assassiner le général Walker. « J'ai parlé à la CIA avant et après. C'est ce qui m'a perdu. »[22]. La Commission Warren a conclu que le 10 avril 1963, Oswald avait tenté d'assassiner le général Edwin Walker[23].
En avril 1963, Mohrenschildt s'installe en Haïti. Il tente alors de conclure un accord avec le gouvernement du président François Duvalier concernant l'exploration minière et pétrolière[24]. De 1964 à 1966, le courrier adressé à Mohrenschildt est placé sous surveillance : il est ouvert et photographié par l'ambassade des États-Unis en Haïti[25].
Suite à l'assassinat de Kennedy et à la mort d'Oswald en novembre 1963, Mohrenschildt témoigna devant la Commission Warren en avril 1964 et minimisa ses liens avec Oswald. Lui et sa femme déclarèrent avoir eu l'impression qu'Oswald admirait Kennedy[2]. Selon le colonel L. Fletcher Prouty, alors chef des officiers de liaison entre le Pentagone et la CIA, Mohrenschildt rencontra également à plusieurs reprises en privé Allen Dulles, ancien directeur de la CIA et membre de la Commission Warren[26]. En novembre 1966, Mohrenschildt quitta Haïti et retourna à Dallas.
En 1967, le procureur du district de La Nouvelle-Orléans Jim Garrison, interrogea Mohrenschildt et son épouse dans le cadre des poursuites engagées contre Clay Shaw. Garrison déclara que les Mohrenschildt affirmaient tous deux qu'Oswald avait été désigné comme bouc émissaire dans l'assassinat du président. Garrison a conclu de sa conversation avec eux que George de Mohrenschildt avait sans doute été l'un des « baby-sitters » involontaires d'Oswald, chargés de protéger ou de veiller au bien-être général d'Oswald[27].
Fin de vie
George et Jeanne de Mohrenschildt divorcent à Dallas le 3 avril 1973, après 14 ans de mariage. Le couple continue cependant de se présenter publiquement comme mari et femme.
Le 17 septembre 1976, la CIA demanda au FBI de localiser Mohrenschildt, car il avait « tenté de contacter le directeur de la CIA ». Le 5 septembre 1976, Mohrenschildt avait en effet écrit une lettre au directeur de la CIA, George H. W. Bush, pour lui demander son aide. Il connaissait la famille Bush ; George H.W. Bush avait partagé une chambre avec le neveu de Mohrenschildt, Edward G. Hooker, à la Phillips Academy d’Andover, dans le Massachusetts. La lettre disait :
« Vous voudrez bien excuser cette lettre manuscrite. Peut-être pourrez-vous apporter une solution à la situation désespérée dans laquelle je me trouve. Ma femme et moi sommes entourés par des sortes de justiciers ; notre téléphone est sur écoute ; et nous sommes suivis partout. Soit le FBI est impliqué dans tout cela, soit il refuse de recevoir mes plaintes. Cette situation nous rend fous. Je me comporte comme un parfait idiot depuis que ma fille Nadya est morte de [mucoviscidose] il y a plus de trois ans. J’ai essayé d’écrire, stupidement et sans succès, sur Lee H. Oswald, et j’ai dû mettre beaucoup de gens en colère — je ne sais pas. Mais punir un vieil homme comme moi et mon épouse, très nerveuse et malade, c’est vraiment trop. Pourriez-vous faire quelque chose pour desserrer l’étau qui nous entoure ? Ce sera ma dernière demande d’aide et je ne vous importunerai plus. Bonne chance dans votre tâche importante. Merci infiniment.[28],[29] »
Réponse de George H.W. Bush :
« Permettez-moi d’abord de vous dire que je sais combien il a dû vous être difficile de solliciter mon aide dans la situation décrite dans votre lettre. Je crois pouvoir comprendre votre état d’esprit, compte tenu de la mort tragique de votre fille il y a quelques années, et du mauvais état de santé actuel de votre épouse. J’ai été extrêmement navré d’apprendre ces circonstances. Dans votre situation, j’imagine sans peine la manière dont les attentions que vous décrivez dans votre lettre peuvent vous affecter, vous et votre femme. Cependant, mon équipe n’a trouvé aucun indice laissant penser que les autorités fédérales se soient intéressées à vos activités ces dernières années. Le brusque regain d’attention suscité par votre témoignage devant la Commission Warren est retombé depuis longtemps. Je ne puis que supposer que vous êtes peut-être redevenu « digne d’intérêt » pour l’actualité, en raison du regain d’intérêt pour l’assassinat de Kennedy, et que vous attirez ainsi l’attention de personnes travaillant dans les médias. J’espère que cette lettre vous aura apporté quelque réconfort, George, même si je comprends que je ne suis pas en mesure de répondre entièrement à votre question »
— George Bush, Directeur central du renseignement. [CIA Exec Reg. # 76,51571 9.28.76][note 3]
Le 9 novembre 1976, Jeanne fit interner Mohrenschildt dans un établissement psychiatrique du Texas pour trois mois et fit consigner dans une déclaration sous serment notariée quatre tentatives de suicide antérieures commises dans la région de Dallas. Dans cette déclaration, elle affirmait que son ex-époux souffrait de dépression, entendait des voix, avait des visions et croyait être persécuté par la CIA et la mafia juive. Il fut cependant libéré à la fin de l'année.
Voyage en Europe
Selon le journaliste néerlandais Willem Oltmans, en 1967, un « voyant néerlandais réputé » nommé Gerard Croiset eut une vision d'un conspirateur ayant manipulé Oswald ; sa description mena Oltmans à Mohrenschildt, et les deux hommes demeurèrent en contact. En 1977, Oltmans se rendit au Texas et ramena Mohrenschildt aux Pays-Bas[30]. Oltmans affirma avoir fait sortir Mohrenschildt d'un hôpital psychiatrique pour le présenter à Croiset. D'après Oltmans, Croiset confirma que Mohrenschildt était bien l'homme qu'il avait vu en vision.
Oltmans raconte qu'après l'arrivée de Mohrenschildt aux Pays-Bas, il l'invita à sortir avec des amis russes. Ils se rendirent à Bruxelles et prévoyaient de se rendre à Liège, où Mohrenschildt avait étudié dans les années 1930. Oltmans possédait une maison à la campagne, non loin de Liège. De retour à Bruxelles, Mohrenschildt fit une courte promenade dont il ne revint pas. Il avait auparavant convenu de déjeuner avec Oltmans et ses amis. Oltmans l'attendit, mais il ne revint pas[31].
Disparition
Le 16 mars 1977, Mohrenschildt rentra aux États-Unis après son voyage. Sa fille s'entretint longuement avec lui et constata qu'il était profondément perturbé par certaines affaires, rapportant qu'il avait exprimé le désir de se suicider. Le 29 mars, Mohrenschildt accorda un entretien à l'auteur Edward Jay Epstein, au cours duquel il affirma qu'en 1962, J. Walton Moore, agent de la CIA à Dallas, et l'un de ses associés lui avaient remis l'adresse d'Oswald à Fort Worth, non loin de là, et lui avaient suggéré de le rencontrer. Il laissa entendre à Moore qu'il apprécierait l'aide de l'ambassade américaine en Haïti. « Jamais je n'aurais contacté Oswald, même pas en rêve, si Moore ne l'avait pas autorisé », déclara Mohrenschildt. « L'enjeu était trop important. »[22],[32]. Le jour même de l'entretien avec Epstein, Mohrenschildt reçut une carte de visite de Gaeton Fonzi, enquêteur auprès de la Commission spéciale de la Chambre des représentants sur les assassinats, qui souhaitait le rencontrer. La Commission le considérait comme un « témoin crucial ». Cet après-midi-là, Mohrenschildt fut retrouvé mort, tué d'une balle dans la tête, dans une maison où il séjournait à Manalapan, en Floride. La police déclara qu'il n'avait laissé aucune lettre d'adieu[33]. Le médecin légiste conclut au suicide.
Après l'assassinat de Kennedy
Commission spéciale de la Chambre sur les assassinats
Le 2 avril 1977, Willem Oltmans déclara devant la Commission spéciale de la Chambre des représentants sur les assassinats que Mohrenschildt s'était impliqué dans le complot visant à tuer le président Kennedy. Pat S. Russell, l'avocat de Mohrenschildt, affirma : « Je suis absolument convaincu qu'il y a eu un complot, et c'était aussi l'avis de George. »[34]. Oltmans témoigna pendant trois heures à huis clos et déclara à la commission que Mohrenschildt lui avait confié avoir discuté de tous les aspects de l'assassinat avec Oswald. « Mohrenschildt m'a dit qu'Oswald avait agi sur ses instructions et qu'il savait qu'Oswald allait tuer Kennedy », déclara Oltmans[35],[36].
Le 6 juillet 1978, Joseph Dryer déclara à la HSCA que lui et Mohrenschildt étaient liés à une femme nommée Jacqueline Lancelot. Dans le cadre de cette relation, Dryer transmettait des messages à des personnes aux États-Unis qu'il supposait avoir des liens avec la CIA. Dryer affirma que Lancelot lui avait confié, peu après l'assassinat, qu'une somme importante, entre 200 000 et 250 000 dollars, avait été déposée sur le compte de Mohrenschildt. Dryer ajouta que Mohrenschildt prétendait être venu en Haïti pour prospecter du pétrole, mais il déclara : « Je n'ai jamais su ce qu'il faisait réellement. » Dryer était convaincu que Mohrenschildt avait des contacts au sein des services de renseignement[37].
Le chercheur du Congrès, Gaeton Fonzi, a noté qu'à la fin de 1963, « plusieurs dépôts importants sont apparus sur le compte bancaire haïtien de Mohrenschildt, dont un de deux cent mille dollars provenant d'une banque bahaméenne »[38]. Cela s'est produit alors que Mohrenschildt et Clemard Joseph Charles, conseiller du président haïtien François Duvalier, « étaient censés gérer une plantation de sisal, une exploitation abandonnée dont ils ne se sont jamais approchés »[38].
Dans une note interne de la CIA de 1976 concernant Mohrenschildt, le directeur George H.W. Bush a déclaré : « À un moment donné, il avait/ou dépensé beaucoup d'argent »[39].
La photo d'Oswald

Le , Jeanne de Mohrenschildt remit à la Commission spéciale de la Chambre des représentants sur les assassinats un tirage photographique montrant Lee Harvey Oswald debout dans son jardin à Dallas, tenant deux journaux et un fusil, un pistolet à la ceinture – une photographie prise par l'épouse d'Oswald, Marina. Bien que semblable à d'autres tirages retrouvés parmi les effets personnels d'Oswald le 23 novembre 1963, l'existence de celui-ci était jusqu'alors inconnue. Au verso figuraient l'inscription « À mon ami George, de la part de Lee Oswald » et la date « 5/IV/63 » (5 avril 1963) , ainsi que la mention « Copyright Geo de M » et une phrase russe traduite par « Chasseur de fascistes, ha-ha-ha !!! ». Des graphologues conclurent par la suite que les mots « À mon ami George… » et la signature d'Oswald étaient de sa main, mais ne purent déterminer si le reste était l'écriture d'Oswald, de sa femme ou de Mohrenschildt[40]. Mohrenschildt a supposé que Marina l'avait écrit avec sarcasme[40].
Mohrenschildt écrivit dans son manuscrit qu'il avait omis de mentionner la photographie d'Oswald lors de ses préparatifs pour le déménagement en Haïti en mai 1963, raison pour laquelle il ne l'avait pas évoquée devant la Commission Warren (bien qu'il eût noté dans son manuscrit qu'Oswald possédait un fusil en avril 1963 et qu'il s'en fût moqué en lui disant qu'il avait manqué le général Walker, se souvenant qu'Oswald avait pâli à cette plaisanterie). Selon Mohrenschildt, la photographie ne fut retrouvée parmi ses papiers archivés qu'en février 1967, lorsque lui et sa femme la découvrirent. Analysée par la HSCA en 1977, cette photo s'avéra être un tirage de première génération de la photographie prise dans le jardin, déjà connue de la Commission Warren sous la référence « CE-133A » et qui avait probablement été prise le 31 mars 1963[41].
Mémoire
Jeanne de Mohrenschildt a également remis à la HSCA une copie d'un manuscrit intitulé « Je suis un bouc émissaire ! Je suis un bouc émissaire ! », que George de Mohrenschildt avait achevé durant l'été 1976 et qui relatait sa relation avec son « cher ami défunt », Oswald. Dans ce manuscrit, il affirmait que l'Oswald qu'il avait connu était rarement violent et n'aurait jamais été le genre de personne à avoir tué Kennedy. Ce jugement reposait en partie sur l'estimation que faisait Mohrenschildt des opinions politiques d'Oswald et des idées libérales de Kennedy. Jusqu'en 2014, ces mémoires n'avaient jamais été publiés séparément, mais le manuscrit intégral a été publié en annexe du rapport de la HSCA[37].
Le texte de Mohrenschildt est principalement consacré à une série de souvenirs de la brève période, entre septembre 1962 et avril 1963, durant laquelle lui et sa femme ont fréquenté les Oswald. Il s'attarde également, de façon secondaire, sur les effets néfastes que les Oswald ont eus sur la vie professionnelle et personnelle des Mohrenschildt. « Il faut reconnaître que notre courte amitié avec les Oswald a eu des conséquences étranges et néfastes sur nos vies. » Le manuscrit s'intéresse moins à la culpabilité ou à l'innocence d'Oswald qu'à l'identité des véritables coupables. Affirmant qu'Oswald était un « bouc émissaire, sans lien avec une quelconque vengeance », et faisant référence à des articles décrivant des « meurtres organisés à but lucratif », Mohrenschildt invite le lecteur à se forger sa propre opinion. Le manuscrit de Mohrenschildt a été édité et annoté par Michael A. Rinella sous le titre * Lee Harvey Oswald as I Knew Him* . Il a été publié en novembre 2014 par les Presses universitaires du Kansas[42].
Dans les médias
Parmi les représentations fictives de Mohrenschildt dans la littérature, on trouve :
- Le roman Libra, paru en 1988, présente l'assassinat comme un complot[43].
- Son expérience haïtienne est décrite dans le roman Haïti Chérie (Suhrkamp, 1990) de Hans Christoph Buch.
- Il apparaît comme personnage dans Billy Bat, une série manga publiée de 2008 à 2016.
- Il apparaît comme un personnage du roman de Stephen King, 11/22/63, un roman de voyage dans le temps où Lee Harvey Oswald agit seul pour tuer JFK.
Mohrenschildt a été interprété par :
- Willem Oltmans, le journaliste néerlandais qui s'est lié d'amitié avec lui à la fin des années 1960, dans le film JFK de 1991
- Bill Bolender dans le téléfilm de 1993 Fatal Deception : Mme Lee Harvey Oswald
- Démosthène Chrysan dans le film Killing Kennedy (2013)
- Jonny Coyne dans 11.22.63, une adaptation en mini-série du roman de Stephen King[44].
En 1997, le cinéaste néerlandais Theo van Gogh a sorti le film Willem Oltmans, De Eenmotorige Mug ( Willem Oltmans, le moustique monomoteur ), dans lequel le journaliste Willem Oltmans fait des déclarations sur ses contacts avec Mohrenschildt (et la mère d'Oswald, Marguerite Oswald ) jusqu'à la mort de Mohrenschildt en 1977[45].
Notes
- ↑ russe : Георгий Сергеевич де Мореншильд
- ↑ Jeanne LeGon avait une fille nommée Jeanne Elinor LeGon[18],[19].
- ↑ George H. W. Bush se souvient : « J'ai rencontré De Mohrenschildt pour la première fois au début des années 1940. Il était l'oncle de mon colocataire à la Phillips Academy d’Andover. » (Techniquement, il s’agissait d’un lien de parenté par alliance, car le colocataire, Edward G. Hooker, était en réalité le beau-fils de Dimitri von Mohrenschildt.
Références
- ↑ « Subject: Comments on George de Mohrenschildt "Reputed Former CIA Agent" », Archives.gov (consulté le )
- (en) Szulc Szulc, « Friend of Oswals (sic) Knew Mrs. Kennedy », The New York Times, , p. 1 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Vincent Bugliosi, Reclaiming History: The Assassination of President John F. Kennedy, New York, W. W. Norton & Company, (ISBN 978-0-393-04525-3, lire en ligne), 648 :
« De Mohrenschildt's testimony occupied 58 pages in the published transcript. Only the testimonies of Oswald's wife, mother, brother, Jack Ruby, and Ruth Paine was [sic] longer. »
- ↑ (en) Warren Commission Hearings, Testimony of George S. de Mohrenschildt, vol. 9 (lire en ligne), p. 168.
- ↑ (ru) Минский Губернский Статистический комитет, Памятная книжка Минской губернии на 1917 год [« Livre commémoratif de la province de Minsk pour 1917 »], Minsk, (lire en ligne [archive du ])
- ↑ (en) Patricia Johnson McMillian, Marina and Lee: The Tormented Love and Fatal Obsession Behind Lee Harvey Oswald's Assassination of John F. Kennedy, Steerforth Press, (ISBN 978-1-586-42217-2), p. 262–263
- ↑ (en) « Gallery » [archive du ], (consulté le )
- ↑ (en) Mark Lane, « The Mysterious Death of a Key JFK Witness », Gallery, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Testimony of Mr. George S. de Mohrenschildt, vol. IX, History Matters: Warren Commission Hearings (lire en ligne), p. 183–4
- ↑ (en) Alla Zeide, « The Russian Review: The Story in History », Ab Imperio, vol. 2012, no 4, , p. 282 (ISSN 2164-9731, DOI 10.1353/imp.2012.0134, lire en ligne
)
- ↑ (en) Appendix to Hearings Before the Select Committee on Assassinations Volume XII, U.S. Government Printing Office, , p. 51
- (en) « Oswald friend labeled CIA informant in memo », Dallas Times Herald, , p. 1, 14 (lire en ligne)
- Baker 2009, p. 75.
- ↑ (en) Anthony Summers, Official and Confidential: The Secret Life of J. Edgar Hoover, New York, Putnam Adult, (ISBN 0-399-13800-5, lire en ligne), 329
- ↑ Bugliosi 2007, p. 657-658.
- (en) Anthony Summers, Not in Your Lifetime, New York, Marlowe & Company, (ISBN 1-56924-739-0), p. 154
- ↑ (en) Testimony of Mrs. George S. de Mohrenschildt, vol. IX, History Matters: Warren Commission Hearings (lire en ligne), p. 291
- ↑ Warren Commission Hearings, volume 9, p. 206, Testimony of George S. de Mohrenschildt.
- ↑ (en) Warren Commission Hearings, Testimony of Mrs. George S. de Mohrenschildt, vol. IX (lire en ligne), p. 291.
- ↑ George de Mohrenschildt, House Select Committee on Assassinations - Appendix to Hearings, Volume 12, 4, p. 54.
- ↑ (en) Vincent Bugliosi et Fred Haines, Final Verdict: The True Account of the Murder of John F. Kennedy, New York, 1st, (ISBN 0393045250, lire en ligne)
- (en) Edward Jay Epstein, The Assassination Chronicles: Inquest, Counterplot, and Legend, New York, Carroll & Graf, (ISBN 978-0-88184-909-7), p. 559
- ↑ (en) « Warren Commission Report p. 184-195 », Archives.gov (consulté le )
- ↑ (en) « Assertions About Oswald Confronting House Group », The New York Times, (lire en ligne)
- ↑ (en) « COMMENTS ON GEORGE DE MOHRENSCHILDT. », National Archives
- ↑ (en) Dick Russell, The Man who Knew Too Much, New York, Carroll & Graf, (ISBN 978-0786712427), p. 202
- ↑ (en) Jim Garrison, On The Trail of the Assassins, Sheridan Square Press, , 55–56 (ISBN 0-941781-02-X, lire en ligne)
- ↑ CIA MFR Raymond M. Reardon SAG 9.20.76.
- ↑ Baker 2009, p. 268.
- ↑ Gallery, April 1977
- ↑ (en) Gaeton Fonzi, The Last Investigation, New York, Thunder's Mouth Press, (ISBN 1-56025-052-6), p. 189
- ↑ (en) Jerry Kroth, Conspiracy in Camelot: A Complete History of the John Fitzgerald Kennedy Assassination, New York, Algora Publishing, (ISBN 978-0875862460), p. 130
- ↑ (en) David Nagy, « Shotgun Bang Ended Exotic, Baffling Life », Eugene-Register Guard,
- ↑ (en) « Lawyer Says Texan Told Him Oswald Had Aid in '63 Plot », The New York Times, (lire en ligne)
- ↑ (en) « Journalist tells of JFK Plots », The Ledger, Lakeland, Florida,
- ↑ (en) « THE OSWALD CONNECTION », The Sun Sentinel, (consulté le )
- (en) « HSCA Volume XII: George de Mohrenschildt » (consulté le )
- (en) Gaeton Fonzi, The Last Investigation, New York, Thunder's Mouth Press, , 312–313 p. (ISBN 1-56025-052-6)
- ↑ (en) Russ Baker, Family of Secrets, New York, Bloomsbury Press, (ISBN 978-1-59691-557-2), p. 267
- Bugliosi 2007, p. 795.
- ↑ (en) « Assassination Archive and Research Center », Aarclibrary.org (consulté le )
- ↑ (en) « Lee Harvey Oswald as I Knew Him » [archive du ], kansaspress.ku.edu (consulté le )
- ↑ (en) Michael Naas, Don DeLillo, American Original: Drugs, Weapons, Erotica, and Other Literary Contraband, Bloomsbury Publishing, , p. 184
- ↑ (en) Julia Felsenthal, « 11.22.63 Is Very Strange and Strangely Addictive », Vogue, (lire en ligne)
- ↑ (en) « Willem Oltmans - Memoires Introductie » [archive du ], Papierentijger.org (consulté le )
Bibliographie
- (en) Bruce Campbell Adamson, Oswald's closest friend : The George de Mohrenschildt story (lire en ligne) (14 volumes de recherche soutenus par le membre du Congrès Leon Panetta, qui deviendra directeur de la CIA en 1992).
- (en) Joan Mellen, Our Man in Haiti: George De Mohrenschildt and the CIA in the Nightmare Republic, Trine Day, .
Liens externes
- (de) Genealogisches Handbuch der baltischen Ritterschaften: Estland [« Manuel généalogique des ordres de chevalerie baltes : Estonie »] (lire en ligne)
- Je suis un bouc émissaire ! Je suis un bouc émissaire, le brouillon des mémoires de de Mohrenschildt. Il s'agit d'une version retranscrite simplifiée d'environ le premier tiers du manuscrit annexé au rapport HSCA sur de Mohrenschildt.
- Déposition de George S. DeMohrenschildt, Auditions de la Commission Warren, Vol. IX, p. 166 et suivantes. Le témoignage de De Mohrenschildt devant la Commission Warren, long de 118 pages et recueilli sur deux jours, fournit de nombreuses informations biographiques, depuis ses premiers souvenirs jusqu'aux détails et dates précis apportés par de nombreux documents publics mis à la disposition de la commission. (Également téléchargeable au format PDF dans la section Sommaire de WH9 .)
- HSCA Vol. 12 deMohrenschildt ( consultable ) Rapport du personnel de la HSCA sur de Mohrenschildt, alors décédé. Ce rapport comprend une analyse de ses opinions politiques et des informations précieuses sur ses contacts au sein du gouvernement. En annexe se trouve une photocopie du manuscrit intégral de « Je suis un bouc émissaire ! Je suis un bouc émissaire ! »
- Portail de la Russie
- Portail du communisme
- Portail des États-Unis
- Portail des énergies fossiles
- Portail de la géologie