Gervais Chardin
| Gervais Chardin | |
| Création | 1754 |
|---|---|
| Fondateurs | Gervais Chardin |
| Siège social | Paris |
| Produits | Gants, Parfums |
Gervais Chardin est une maison de parfumerie et ganterie parisienne fondée en 1754[1]. Titulaire du brevet de Parfumeur de leurs Majestés Impériales et Royales sous le Premier Empire, elle figure parmi les grandes maisons de parfumerie parisiennes du tournant des XVIIIe siècle et XIXe siècle siècles[2].
Histoire
Fondation
La maison est fondée en 1754 à Paris et s'installe au 139, rue Saint-Martin sous l'enseigne À la Cloche d'Argent[3]. Un coffret de toilette portant le nom de la maison, daté des années 1780, a été présenté dans des expositions consacrées à l'histoire du maquillage et de la parfumerie[4], témoignant de son positionnement dans la parfumerie de luxe sous Louis XVI.
Fournisseur de la Cour impériale (1806–1812)
Sous le Premier Empire, la maison détient le titre de Parfumeur de leurs Majestés Impériales et Royales et approvisionne Napoléon Ier et l'impératrice Joséphine[2],[5]. Les mémoires de livraisons sont conservés aux Archives nationales, fonds de la Maison de l'Empereur (série O²)[6], et documentés par Alphonse Maze-Sencier[7].
En 1806, du à fin septembre, la maison livre cinquante-deux boîtes d'opiat, cent soixante-deux bouteilles d'eau de Cologne, vingt-cinq pots de pâte d'amande et deux cent trente paires de gants (chevreau, daim, renne), pour un total de 4 248 francs[8]. En , un mémoire atteste la fourniture de vingt-quatre douzaines de cure-dents en buis et de six boîtes de poudre de corail fin pour les dents[9]. En 1809, une facture du atteste la fourniture d'un gros paquet de coton superfin à l'usage de l'impératrice, pour 50 livres[10]. La facture du , portant sur des gants, de l'eau de Cologne, des éponges, des savons et des bretelles, est validée et signée par le comte de Rémusat, premier Chambellan, Maître de la Garde-Robe, pour un montant de 1 456 francs[11].
La maison fournit également les gants de cérémonie de l'empereur, en peau blanche brodée de l'aigle impériale, de branches de laurier et d'une couronne[12].
Fournisseur des cours royales et impériales
La maison est parfumeur de S. A. R. la duchesse de Berry, de la duchesse d'Orléans et de Mademoiselle d'Orléans, ainsi que des souveraines impératrice de Russie et reine de Hongrie[13]. Elle fournit également le duc d'Orléans et le duc de Chartres[14]. Des gants de la maison figurent parmi les objets personnels de la princesse Mathilde Bonaparte[15].
Sous la Restauration et la monarchie de Juillet
En 1831, les magasins de la maison, installés au boulevard des Italiens, au n° 15, proposent parfumerie, flacons, porcelaines et meubles de toilette[16]. La maison, désormais établie à l'angle de la rue Grammont, conserve l'enseigne À la Cloche d'Argent et le titre de Parfumeur du Roi et de la Famille Royale ; elle est réputée pour sa lavande royale de Cathau et son eau de miel d'Angleterre[17]. Elle s'impose alors comme l'une des adresses incontournables du Paris élégant, en concurrence directe avec la maison Houbigant[18]. Ses flacons, passés en quelques décennies de deux liards à vingt francs, témoignent d'une ascension remarquable dans la parfumerie de luxe parisienne[19].
Procès en usurpation d'enseigne
En 1843, la maison intente une action contre M. Deudon, parfumeur rue de la Chaussée-d'Antin, qui avait adopté l'enseigne À la Cloche d'Argent. Le tribunal de commerce de Paris prononce la suppression de l'enseigne usurpée ; la Cour royale de Paris confirme le jugement sur appel, établissant que la famille Chardin est en possession de cette enseigne depuis 1754[20].
Dans la culture
La Comédie humaine
Honoré de Balzac se documente avec précision sur la parfumerie parisienne de son temps pour écrire César Birotteau (1837). Dès 1819, le personnage de Birotteau découvre dans la boutique de la rue Saint-Martin la réclame de son Huile Céphalique. La maison Gervais Chardin figure parmi les établissements réels que Balzac connaît et fréquente[21].
Collections publiques

Une étiquette gravée (eau-forte) portant la mention Parfumeur de leurs Majestés Impériales et Royales, À la Cloche d'Argent, Rue Saint Martin N°139 à Paris est conservée au musée Carnavalet[22].
Notes et références
- ↑ « Depuis 1754, la famille Chardin est en possession de l'enseigne de la Cloche d'argent. » Gazette des Tribunaux, n° 5047, 16 juin 1843.
- Élisabeth de Feydeau, Dictionnaire amoureux du Parfum, Paris, Plon, 2011, p. 642.
- ↑ Jacques Boulenger, Sous Louis-Philippe : Le Boulevard, Paris, 1933, p. 151–152. Gallica/BnF : lien.
- ↑ Exposition Le teint entre en scène, musée Gadagne, Lyon, 2013.
- ↑ Marc Fourny, « Quand Joséphine prenait des bains de champagne pour séduire Napoléon », Le Point, 2 août 2025. lien.
- ↑ FranceArchives, inventaire du fonds O², Archives nationales. Lien.
- ↑ Alphonse Maze-Sencier, Les Fournisseurs de Napoléon Ier, Paris, 1893, p. 37–38. Gallica/BnF : lien.
- ↑ Maze-Sencier, op. cit., p. 37 ; Archives nationales, O²235.
- ↑ Rousseau Claude, « Le coffret d'instruments de chirurgie dentaire de Napoléon, l'énigme de son testament », Actes de la SFHAD, Université Paris Cité. Lien.
- ↑ Facture Gervais Chardin, 23 septembre 1809, BnF, département Estampes et photographie, collection de Vinck, cote RESERVE QB-370 (58)-FT 4. Gallica/BnF : lien.
- ↑ Facture Gervais Chardin, 10 janvier 1810, lot n° 383, vente « Lettres et manuscrits autographes », Ader, Paris. Expert : Thierry Bodin. Lien.
- ↑ Paris Match, Royal Blog. Lien ; lot n° 214, vente « L'Empire à Fontainebleau », Osenat, Fontainebleau. Adjugé 35 728 €. Bibliographie : Maze-Sencier, op. cit. Lien.
- ↑ Almanach des adresses de tous les commerçans de Paris, vol. 1, C.L.F. Panckoucke, Paris, 1818, p. 332. Google Books : lien.
- ↑ Almanach du commerce de Paris, 1827, p. 176. Gallica/BnF : lien ; 1829, p. 213. Gallica/BnF : lien.
- ↑ Paris Match, Royal Blog. Lien.
- ↑ La Mode, revue des modes, 1831, p. 47–48. Gallica/BnF : lien.
- ↑ Almanach du commerce de Paris, 1832, p. 221. Gallica/BnF : lien.
- ↑ H. Clouzot et R.-H. Valensi, op. cit., p. 26.
- ↑ H. Clouzot et R.-H. Valensi, op. cit., p. 29.
- ↑ Gazette des Tribunaux, n° 5047, 16 juin 1843.
- ↑ H. Clouzot et R.-H. Valensi, op. cit., p. 26–29. Gallica/BnF : lien.
- ↑ Adresse illustrée de Gervais Chardin, parfumeur À la cloche d'argent, rue Saint-Martin, eau-forte anonyme, Musée Carnavalet, Paris. Collections Paris Musées (CC0). Lien.
Bibliographie
- Alphonse Maze-Sencier, Les Fournisseurs de Napoléon Ier, Paris, 1893. Gallica/BnF : lien.
- H. Clouzot et R.-H. Valensi, Le Paris de la Comédie humaine : Balzac et ses fournisseurs, Paris, Le Goupy, 1926, p. 26–29. Gallica/BnF : lien.
- Almanach du commerce de Paris, 1837. Gallica/BnF : lien.
- Jacques Boulenger, Sous Louis-Philippe : Le Boulevard, Paris, 1933. Gallica/BnF : lien.
- La Mode, revue des modes, 1831. Gallica/BnF : lien.
- Gazette des Tribunaux, n° 5047, .
- Rousseau Claude, « Le coffret d'instruments de chirurgie dentaire de Napoléon, l'énigme de son testament », Actes de la SFHAD, Université Paris Cité. Lien.
- Élisabeth de Feydeau, Les Parfums : Histoire, Anthologie, Dictionnaire, Paris, Robert Laffont, 2011 (ISBN 978-2-221-11007-2).
- Élisabeth de Feydeau, Dictionnaire amoureux du Parfum, Paris, Plon, 2011, p. 642.
Voir aussi
Articles connexes
- Parfumeur
- Jean-Louis Fargeon
- César Birotteau
- Joséphine de Beauharnais
- Napoléon Ier
- Mathilde Bonaparte
- Boulevard des Italiens
- Rue Saint-Martin
- Ganterie
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