Giuseppe Campuzano
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| Naissance | |
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| Décès | |
| Sépulture |
Cimetière jardins de la paix (d) |
| Nom officiel |
Frank Giuseppe Campuzano Espinoza |
| Nationalité | |
| Activités |
Museo Travesti del Perú (d) |
Frank Giuseppe Campuzano Espinoza, connu sous le nom de Giuseppe Campuzano, né à Lima au Pérou le et mort dans la même ville le , est un philosophe, chercheur, artiste multidisciplinaire et activiste travesti péruvien. Ses recherches portent sur l'histoire du travestissement au Pérou et sur les constructions de l'identité sexuelle. Il théorise le travestissement non pas comme une imitation de la femme mais comme un exercice de liberté d'une personne rompant avec les conventions. Il questionne également la figure du travesti blanc et occidental issue de la théorie queer anglophone, en revendiquant l'impureté des traces cuir du Sud.
Son travail comprend des œuvres graphiques, plastiques, vidéos, littéraires et des performances scéniques. Depuis 1990, il a fait de son corps travesti un projet artistique et a réalisé diverses expositions. Il est le fondateur en 2003 de l'expérience muséale du Musée Travesti du Pérou.
Biographie
Giuseppe Campuzano naît dans une famille nombreuse. Ses parents, originaires des régions andines rurales, ont eu neuf enfants, dont trois partent vivre à Lima. Il a vécu une partie de sa vie aux États-Unis, en Virginie, mais retourne vivre au Pérou au bout de six mois[1].
À la fin des années 1980, il commence à explorer les possibilités de son corps transgenre, en parodiant la normalité sexuelle à travers des performances lors de fêtes, défilés, foires d'art et dans des galeries. À la fin des années 1990, il revient dans le village de son père afin de découvrir et de participer aux fêtes paysannes des Andes péruviennes[2].
En 2000, il commence à faire des recherches sur le travestissement et la performance. Puis, en 2003, il commence à travailler sur son œuvre la plus importante, le Musée travesti du Pérou, dans lequel il aborde le contexte historique du travestissement au Pérou. Il mène alors une réflexion philosophique à partir d'une enquête recueillant documents, objets, images, mythes et traditions visant à conceptualiser le travesti comme une entité artistique et autonome[3].
En 2005, il présente l’essai photographique Deux fois par jour, qui porte sur le quotidien des personnes vivant avec le VIH / sida. L'essai est accompagné d’un texte exposant sa conception du travestissement. Comme l’indique Miguel A. López dans son texte Museum, musexo, mutexto, mutant : la machine à travestissement de Giuseppe Campuzano : « le travestissement est également compris comme une série de rituels quotidiens, comme peut l’être la relation entre un corps atteint du VIH et la technologie médicale. L’ingestion du cocktail, au-delà d’être une nécessité vitale, constitue aussi une manière d’habiter l’histoire politique du médicament ; la prise de pilules est ainsi envisagée par Giuseppe comme une expérience esthétique et un acte rituel dans lequel le corps s’inscrit dans la thérapie afin d’altérer le destin de la maladie »[2].
En 2006, Giuseppe Campuzano publie le texte Reclaiming Travesti Histories, consacré à des recherches sur le travestissement dans l’histoire préhispanique du Pérou. En 2008, il collabore à l’ouvrage Development with a Body et le livre consacré au Musée travesti du Pérou est publié.
Toujours en 2008, l’exposition ALTERIDADES. Le travestissement dans les collections du Micromuseo est présentée à la galerie Paradero Habana, sous le commissariat de Gustavo Buntinx[4]. L’exposition montre une grande partie du Musée travesti, et notamment des céramiques représentant des personnages travestis et androgynes, des poteries d’idoles incas à la sexualité indéfinie, des copies des ordonnances coloniales de 1566[5] punissant le travestissement ainsi que de coupures de presse contemporaines sur des travestis assassinés en ville et des photographies de rituels d’initiation travestis au Collège militaire Leoncio Prado. Le court-métrage Anastasha (1999), un faux documentaire sur le transformiste péruvien Javier Temple, y est également projeté.
Giuseppe Campuzano meurt en novembre 2013 des suites d’une maladie dégénérative chronique qui l’avait contraint à vivre en fauteuil roulant durant ses dernières années[6]. Lors de la veillée funèbre, ses proches lui rendent hommage à travers des rituels, de la musique et de la danse. Il est enterré aux Jardins de la Paix de La Molina[7].
Le Musée Travesti du Pérou
Le musée offre un contre-récit queer, une pensée intersectionnelle et historique qui collecte des objets, des images, des textes, des coupures de presse, des œuvres d'art. A partir de ce matériel, il propose des actions et des mises en scène qui viennent fracturer les modèles dominants de l'imagerie et de la corporalité. A mi-chemin entre performance et recherche historique, cette expérience muséale propose une approche critique de l'histoire du Pérou à partir de la figure fictionnelle que Giuseppe Campuzano appelle le « travesti androgyne autochtone / métis »[8]. La figure du travesti et de l'androgyne devient un acteur central et un sujet politique dans la construction de l'histoire. Le corps autochtone drag est un lieu d'énonciation qui vient contester les systèmes de connaissance occidentaux[8].
En prêtant attention aux corps autochtones et aux rituels androgynes qui précédèrent la colonisation, Campuzano a mis en évidence la manière dont les identités nationales imposées sont des pratiques de travestissement : « Toute péruvianité est un acte de travestissement », avait-il l'habitude de déclarer[8]. Le musée n'est pas une collection d'objets queer mais représente plutôt une démarche visant à rendre queer les méthodes historiographiques, les modes de représentation, les langages, les récits fondés sur l’espace et les systèmes traditionnels de production du sens[8].
Le Musée Travesti du Pérou partait du constat que, pour fissurer la centralité des récits hétéronormatifs, il fallait cannibaliser le musée, l’une des formulations occidentales les plus sophistiquées de la modernité et de la vérité. En montrant comment les pratiques du travestissement et les opérations de reconstruction et de mise en forme de son propre corps pouvaient servir de modèle utile pour une relation érotique au savoir, Giuseppe Campuzano a aussi réuni autour du musée une communauté d'amis, de performeurs travestis, de travailleurs du sexe. Après la mort de son fondateur, il a continué à inspirer de nombreux jeunes queer et activistes trans au Pérou et en Amérique du Sud[8].
Œuvre
- 2000 : Le ginoide
- 2002 : Ne Helden Club Rock Bar
- 2003 : Mon citron, mon limonero. Entier me plaît plus
- 2003 : Beautifalse (Interprète)
- 2003 : TransformaT
- 2003 : Œdipe (Interprète)
- 2003-2005 : Whatever happened to Campy Jane?
- 2006 : Cortapelo (Interprète)
- 2006 : Couvrir pour montrer
- 2008 : S/T
- 2009 : Andróginos, Hommes habillés de femme, maricones. Le Musée Travesti du le Pérou. Androgynous, men dressed As women, queer. The Peruvian Travesti Museum
Prix et reconnaissances
- Médaille d'Honneur Daniel-Hernández (à titre posthume en 2017) de l'École nationale supérieure autonome de Beaux-Arts du Pérou[9].
Collections
- Genealogía Veillée du futur travestí (2012), MACBA[10]
- Beauty Salon (2014) Musée Règne Sofia, Giuseppe Campuzano et Miguel Ángel López[11]
Liens externes
Voir aussi
Références
- ↑ (es) « Página/12 :: soy », sur www.pagina12.com.ar (consulté le )
- (en-US) « Museo, musexo, mutexto, mutante: la máquina travesti de Giuseppe Campuzano », sur The Guggenheim Museums and Foundation (consulté le )
- ↑ (es) Fran Pollitt, « El Museo Travesti del Perú » [archive du ], sur hemisphericinstitute.org (consulté le )
- ↑ (es) « ALTERIDADES », sur Micromuseo (consulté le )
- ↑ (es) Karoline Noack et Claudio Soltmann, « Las ordenanzas de Jayanca (1566) », Notas de Antropología de las Américas, vol. 4, , p. 127–197 (ISSN 2750-2902, DOI 10.71903/naa.v4i.3316, lire en ligne, consulté le )
- ↑ VADB, « Arte contra la invisibilidad de la comunidad LGBT. Cinco casos en Perú: Giuseppe Campuzano. », sur vadb.org (consulté le )
- ↑ [vidéo] « El último adiós a Giucamp (Giuseppe Campuzano) creadora del Museo Travesti del Perú 10.11.2013 », Regina Limo, , 11:34 min (consulté le )
- Visible: art as policies for care: socially engaged art 2010-ongoing, Nero, (ISBN 978-88-8056-281-8), p. 48-51
- ↑ (es) « Bellas Artes otorgará su máxima condecoración a Venancio Shinki, Giuseppe Campuzano, Joaquín López Antay y César Ramos Aldana », ensabap.edu.pe (consulté le )
- ↑ « Giuseppe Campuzano », www.macba.cat (consulté le )
- ↑ (en) « Giuseppe Campuzano Miguel Ángel López - Beauty Salon », www.museoreinasofia.es (consulté le )
Liens externes
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